‹ Notes de routeChapitre 34 sur 36 · LE HODNA · texte numérisé non relu

LE HODNA

veillent, nous saluant de leurs aboiements rauques et gutturaux... C'est le village de Saïda : pas un arbre, pas un brin d'herbe.

Après, nous rentrons dans le maquis argenté d'où s'élève la plainte étrange, mélancolique, comme un appel sans écho, du « kérouan )),roiseau du désert, vivant à terre et sortant de préférence la nuit pour chanter.

Il fait tout à fait jour quand nous arrivons à la baie occidentale du Hodna : une sebkha d'un jaune brun, s'étalant, unie, nivelée, sans une bosse, sans une herbe. Alors les tolba descendent de cheval pour prier le fedjr, la prière de l'aube.

Depuis près d'un an j'avais perdu l'habitude des duretés de la selle et des étriers arabes, et je me sens rompue, les jambes molles et douloureuses.

Si Ali, le taleb qui nous accompagnait, nous quitte pour retourner à M'sila. Si Abou Bekr monte sur la mule, et nous nous enfonçons dans la sebkha.

Le soleil se lève, rouge, enflammé déjà. Presque aussitôt la chaleur commence...

Baniou. — Un bordj militaire, d'un blanc grisâtre, sur la hauteur. Une allée de peupliers mène aux puits dont l'eau chaude est trouble et infecte. Alentour, quelques constructions entoub. En bas, c'est du sable, du vrai sable, un peu rou-

geâtre, il est vrai, mais fin et sec. Çà et là, des buissons de tamaris, dont les racines ensablées forment des buttes, comme celles de tous les arbres sahariens. C'est à l'ombre de l'un d'eux que nous nous reposons, pour boire avidement de la boue liquide et un affreux café plein de mouches.

Il fait de plus en plus chaud et nous repartons.

Deux heures se passent, et nous arrivons à Bir- Khali. Il y a là des maisons en toub, abandonnées pendant l'été, et un puits d'eau très pure et presque fraîche. Nous buvons avec rage... je ne sais quel autre terme employer.

Après, ce sont les heures lourdes du milieu du jour, dans la plaine nue et calcinée. Mais nous avons en face de nous les montagnes qui ferment l'horizon et, entre deux pics élevés, Bou-Saâda sur sa colline basse. On voit distinctement la kasbah qui domine la ville et le noir des jardins.

Et l'éternelle illusion du Sud recommence : la ville nous paraît proche et, cependant, nous avançons toujours, sans que la distance semble diminuer. Et cette vision de ville ensorcelée qui fuit à l'horizon devient, à la longue, angoissante. La chaleur est torride. Nos lèvres se dessèchent et se fendillent. Le siroco nous brûle.

Un chamelier que nous dépassons nous abreuve, puis, très vite, l'homme et sa grande bête lente se déforment et se fondent avec les ondulations à peines perceptibles, dans le vague de la plaine.

L'OUED BOD-SAADA

Bou-Saâda

Bou-Saâda, vision gracieuse qui m'est apparue, auréolée de soleil, dorée et sertie dans Témeraude vivante de ses jardins I

L'oued Bou-Saâda, par un grand circuit, coule au pied de la ville, sur des galets blancs. A gauche, débordant par-dessus les murs en toub jaune, les jardins touffus comme une forêt vierge et couronnés par l'empanachement royal des dattiers. A droite, émergeant d'une ceinture de figuiers, de lauriers-roses et de grenadiers, les hautes maisons déterre, disposées en un désordre agréable et très saharien.

Marchant dans l'eau, vers laquelle se penchent nos bêtes altérées, nous suivons le lit de l'oued, jusqu'à une fontaine très fraîche, qui jaillit d'un rocher, au pied de la ville : « Aïn-Bessem » — la fontaine souriante. Là, nous buvons encore.

... Bou-Saâda, elle aussi, est divisée en deux villes, séparées par un ravin profond et réunies par un pont.

Dans l'une, il y a les bâtiments européens, le

bureau arabe, la justice de paix. Dans l'autre, le vieil amas de terre pétrie qui est la vraie Bou- Saâda.

La ville double est enserrée entre de hautes collines rougeâtres, dominées par les montagnes, les étranges montagnes de cette chaîne du Sud, stratifiées et surmontées de terrasses inclinées, dont quelques-unes surplombantes.

Le peuple de Bou-Saâda ressemble à ce peuple du Sahara, attaché profondément aux anciennes coutumes, aux usages d'autrefois... ce peuple qui, plus on s'éloigne des grandes villes cosmopolites et corrompues, semble remonter plus loin l'échelle des vieux siècles abolis.

Visages bronzés sous le turban blanc ou le voile attaché avec la cordelette en poil de chameau beige, visages mâles ou ascétiques, yeux fauves et caves, brillant d'une flamme sombre sous l'auvent delà guelmouna (capuchon du burnous), chapelets au cou, attitudes d'un autre âge, d'un autre monde presque.

Le costume féminin est plus difficile à porter : les mousselines drapées en tunique grecque, ceinturées très bas, la coiffure volumineuse, s'étendant en largeur, tout cela ne sied qu'aux femmes grandes et sveltes, très souples surtout. Et ce ne sont pas celles-là que l'on voit dans la rue, mais de pauvres vieilles momies usées, lamentables.

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