‹ Notes de routeChapitre 33 sur 36 · LE HODNA · texte numérisé non relu

LE HODNA

bordj de Si-el-Raâb, appartenant aux habous de la zaouïya des Rahmania de Bou-Saâda, et ce sont des jardins touffus qui forment une masse confuse et noire, géante .

Après un souper sommaire, nous nous étendons sur une couverture, dans la cour, car il fait chaud, et les scorpions hantent les demeures en toub. Le jardin et le bordj, avec les chevaux et les mulets qui pâturent dans la campagne, sont confiés aux soins de quelques tolba (lettrés) qui vivent là en reclus, seuls dans la plaine, et qui emploient leurs loisirs à lire de vieux livres et à prier, comme des moines.

... C'est la seconde nuit que nous passons sans sommeil, et nos yeux se ferment.. . Mais le fléau des douars, les puces, s'abat sur nous... Les tolba, habitués, dorment profondément. La fatigue finit par accabler mon compagnon, et il s'endort. Alors, restée seule, je me lève et vais m'étendre au dehors, sur la terre sèche et chaude.

J'attends là le lever de la lune — l'heure du départ — en rêvant dans les ténèbres, sous l'écroulement vertigineux des étoiles... J'écoute mon cœur renaître à la vie, et je ressens avec bonheur la vitalité de ma jeunesse, qu'à force de souffrir j'oublie souvent...

Enfin, quand le disque déformé et livide de la lune à son dernier quartier s'élève au-dessus de la plaine qui m'apparaît semée de masures en

ruines et plantée de petits jardins épais comme des bosquets, je rentre pour réveiller Si Abou Bekr et les tolba qui dorment profondément, dans la fraîcheur matinale.

Nous repartons. Sur nos montures, nous sommeillons comme engourdis. De temps en temps, dans le silence profond, l'un des chevaux s'ébroue, ou fait un faux pas. Alors les tolba essayent d'entonner une de ces lentes chansons du Sud qui aident à franchir les grands espaces monotones :

« A-ya-â-â-ya-â-â I ... J'ai appelé et on ne m'a pas répondu... A-ya-â-ya-â-ya-â-â I .... J'ai supplié, et on ne m'a pas fait l'aumône... »

Puis, la voix de rêve se tait de nouveau, et nous continuons notre marche d'apparitions en silence.

Mais nous entrons dans une région où les chevaux avancent à contre-cœur, effrayés : il y a là une infinité de buissons tout ronds, noirs en dessous et argentés au-dessus, qui ressemblent de loin à des hommes couchés ou à des fantômes. Alors nous sommes obligés de nous réveiller tout à fait, de peur de tomber.

... Le jour se lève. Une délicieuse fraîcheur nous vient des lointains bleuissants, et la longueur de la nuit fait place à ce renouveau de jeunesse et de gaieté qu'amène toujours cette première heure du jour, dans les régions vastes et désertes du Sud...

Nous passons devant une vingtaine de maisons en toub, endormies, où seuls les chiens féroces

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