‹ Notes de voyage d'un architecte dans le nord-ouest de l'EuropeChapitre 37 sur 74 · Id. du premier étage · texte numérisé non relu

Id. du premier étage

second ordre : il n'est pas destiné à recevoir des tou-

ristes voyageant pour leur plaisir, habitués au confort d'habitations luxueuses et pour qui la dépense est une question secondaire; ses hôtes habituels sont des voyageurs'de commerce ou des propriétaires des environs que leurs affaires appellent en ville les jours de foire et de marchés. Les salles de lecture, de conversation sont, en pareil cas, pièces superflues; les chambres ont besoin d'avoir les dimensions strictement nécessaires : elles doivent être commodes, chaudes en hiver, fraîches en été; les cabinets de toilette et les salons de réception se trouveraient sans emploi.

Sous le passage de porte cochère — que ferment trois portes vitrées, destinées à donner le jour nécessaire tout en protégeant contre les courants d'air les personnes montant en voiture ou en descendant, — se trouve le montecharge, qui reçoit directement les bagages chargés sur l'impériale des omnibus en évitant au personnel une opération fatigante, jointe à l'inconvénient de faire passer par l'intérieur des objets encombrants; à côté du montecharge, l'entrée du vestibule et à gauche le portier dont le rôle est si important dans les villes du Nord où il constitue la véritable providence des voyageurs étrangers. Ce portier, qui diffère essentiellement de nos concierges, parle toujours allemand, français et anglais; c'est lui qui donne toutes les indications, tous les renseignements nécessaires, qui fait viser les passe-ports, obtient les permis de séjour quand ils sont nécessaires, procure les cartes pour visiter les musées et monuments, connaît les heures de départ et d'arrivée des trains, diligences et bateaux à vapeur; il fait aussi le commerce des cigares français, vend des photographies, tient un dépôt des objets de fabrication locale, procure les domestiques de place, évite les contestations avec les cochers et ne

néglige aucun moyen pour obtenir, de bon ou mauvais gré, des gratifications de toutes sortes.

En face de la loge de ce fonctionnaire si utile s'ouvre le bureau, divisé en deux parties : la première sert de salle d'attente aux voyageurs, la seconde de caisse ; viennent ensuite quatre salles distinctes, mais solidaires l'une de l'autre, le café fumoir où se lisent les journaux, la grande salle à manger, le salon des déjeuners, — car les repas sont trop rapprochés et trop fréquents pour que les personnes prenant un léger repas trouvent place dans la grande salle de la table d'hôte; — enfin, en face de cette petite salle et ayant la même forme et la même dimension, un office pouvant être utilisé pour des repas séparés et dans lequel se préparent les desserts, se coupent les viandes et se desservent les tables. Ces deux pièces sont en communication avec la grande salle (fig. 122) au moyen ,d'arcades que ferment d'épaisses tentures; au fond de la grande salle, une loge dans laquelle on peut, en cas de besoin, placer une table et qui sert de refuge aux personnes attendant l'heure du repas. Le bureau, le café et la petite salle s'ouvrent sur une terrasse garnie, pendant l'été, de tables autour desquelles s'assoient les consommateurs désirant jouir du mouvement de la rue.

L'escalier est à révolution droite, avec un large palier orné de fleurs, et précédé d'un vestibule dont les murs sont couverts de cartes géographiques et de tableaux indicatifs de toutes sortes; à droite et à gauche, deux tourelles contenant l'une deux privés, l'autre l'escalier de service; sur les parois des murs, des cartes, des inscriptions de phrases usuelles en plusieurs langues, un tableau indicatif de la valeur de la monnaie de divers pays et une liste détaillée de tout ce que la ville offre de

curieux et d'intéressant à voir. Absence complète de cheminées ; à leur place, de grands poêles en faïence qui montent du sol au plafond.

Le mobilier des chambres est simple, mais trèspropre et bien entretenu : une toilette, une armoire, deux chaises et un de ces effroyables lits allemands, instruments de torture qu'on n'oublie jamais lorsqu'on y a été condamné, ne fût-ce qu'une seule nuit.

Les étages sont hauts de plafond, le rez-de-chaussée a 4m,6o, les autres étages 4"',oo et 3m,8o; le nombre des chambres est de vingt-cinq et les salles communes seraient trop importantes pour un pareil nombre de voyageurs, si, outre les étrangers, cet établissement ne recevait pas des hôtes passagers venant des environs et prenant seulement leurs repas, ainsi qu'un grand nombre d'habitants de la ville auxquels il sert de restaurant.

i. Véranda.

Page 1