M. Oppler, architecte
à dossier droit. Le prix des chaises communes est de 2 thalers 1/2 (environ 10 francs).
La figure 139 est celle d'une applique, destinée à être fixée sur un mur et à supporter une statuette ou un objet d'art qui se détache sur le fond garni de velours;
Fig. 138.
on substitue souvent une glace à ce velours ; cette glace sert alors de réflecteur à une lampe placée devant.
Ces meubles sont plutôt des ouvrages de menuiserie que d'ébénisterie, ils sont réellement construits et leur construction est savante et raisonnée; le bois est de belle qualité, bien coupé suivant les lignes nettes et franches, et employé de droit fil 5 les assemblages sont faits avec le plus grand soin, toujours chevillés, sans pièces rapportées
ni clouées, pas de placage ni de collage, au contraire des moulures et des sculptures prises dans la masse; mais la grâce, l'élégance manquent souvent à ces œuvres, elles ont l'apparence lourde, épaisse, massive, et quand elles ne copient pas des exemples anciens, elles pèchent parfois par les proportions.
Fig. 139.
Maintenant que nous avons visité les différents édifices publics, vu le dehors et le dedans des maisons de Hanovre, il ne nous reste plus, avant de partir, qu'à ajouter quelques mots sur le moderne gothique allemand.
Les Allemands, nous l'avons déjà dit, n'ont jamais eu d'architecture qui leur fut personnelle 5 ils s'inspirent de celle des pays voisins et copient celle des siècles passés. L'idée de faire revivre chez eux l'architecture « gothique » ,
dont les types qu'ils possèdent sont bien inférieurs aux magnifiques exemples laissés sur notre sol par le moyen âge, ne leur est venue qu'après l'apparition chez nous des premières études archéologiques sur les œuvres des xne, xme, xiv% xve siècles, études qui ont commencé, il y a vingt-cinq ans, à mettre en honneur des édifices jusqu'alors réputés sauvages et barbares. Ils se sont mis en marche derrière nous, profitant de nos essais, de nos études, de nos fautes, traduisant sans vergogne dans leur langue des extraits de nos ouvrages pour appliquer ensuite les résultats de nos recherches; et, de même que l'Allemand qui construisit la cathédrale de Cologne connut et imita les cathédrales d'Amiens, de Beauvais et de Troyes, de même les Allemands modernes trouvant chez un voisin des renseignements, des indications, des formules toutes faites parfaitement propres à être utilisées dans leur pays, se sont, avec une rare adresse et beaucoup de bonheur, approprié tout ce qui, de notre bien, pouvait leur être utile et profitable. Mais tandis que, chez nous, les architectes de l'école gothique bornaient leur action, limitaient leurs travaux à la restauration d'édifices anciens ou à la construction d'édifices religieux, les Allemands, eux, allaient plus loin et, suivant l'ordre d'idées dont la voie leur avait été ouverte, ils élevaient des monuments civils et religieux, publics et privés, dits gothiques, où, tout en respectant le principe fondamental de la logique et du raisonnement qui leur avait servi de base et de point de départ, ils faisaient ployer la forme et multipliaient les combinaisons de façon à obtenir des résultats différents, à satisfaire des programmes variés répondant à tous les besoins de la vie publique et privée.
Leur manque d'imagination dans les œuvres d'art les servait au lieu de leur nuire dans cette tâche ingrate qu'ils
ont su rendre féconde. Raisonneurs froids et consciencieux, ils ne se laissaient pas emporter trop loin. Ne dénaturant pas, ne forçant pas leurs goûts et leur essence , ils ont su, jusqu'à présent, éviter les excès et les exagérations dans lesquels d'autres, les Anglais par exemple, sont tombés en suivant la même voie. La synagogue, les gares de marchandises du chemin de fer1, le gymnase, la plupart des maisons du Hanovre sont là pour venir à l'appui de ce que nous avançons.
Quant à notre influence en ce pays, elle est latente mais incontestable, les faits le prouvent, bien que pas un Allemand n'ait la bonne foi de le reconnaître et de l'avouer 5 ils copient notre architecture et nos arts, font représenter nos œuvres littéraires et nos compositions musicales , lisent nos publications scientifiques et littéraires, connaissent presque tous notre langue et s'arrachent nos articles de Paris ; leurs femmes singent les nôtres et croient leur ressembler ; ils ont été les vainqueurs et cependant les vaincus leur inspirent une terreur, une envie, une basse jalousie qu'ils ne peuvent ni dominer ni dissimuler, et « vivre comme un Dieu en France » est un dicton que le peuple répète encore maintenant.
Si ces gens-là nous connaissent bien, en revanche nous les connaissons peu et mal ; c'est ainsi qu'au retour d'un de nos voyages en Allemagne, un ami, architecte de mérite, nous disait un jour : « Qu'êtes-vous allé faire dans ce pays, il n'y a rien à y voir, pas un seul monument, à peine quelques stations de chemin de fer... » Nous
1. A deux reprises nous avons essayé de dessiner dans les gares de marchandises; mais à chaque fois nous avons été interrompu et expulsé d'une façon si... allemande que nous n'avons pas cru prudent d'essayer une nouvelle tentative.
lui avons alors montré quelques-uns de nos croquis ; il n'en pouvait revenir, s'exclamait de cent façons et, en vrai Français qu'il était, passant d'un excès à l'autre, déclara ces gens-là très-forts « plus forts que nous », — ce qui était une sottise égale à celle qui voudrait faire passer le reflet comme étant plus vif, plus lumineux que le rayon d'où il provient.
Notre esprit national cède avec une facilité regrettable à l'entraînement et à l'impression du moment. Depuis les désastres qui nous ont frappés, deux courants d'idées se sont manifestés parmi nous : les uns, frappés d'un fol orgueil, ne voulant reconnaître ni nos malheurs ni leur cause , se trouvaient plus grands après qu'avant ; les autres, au contraire, cédant à une humilité exagérée, s'abaissaient trop et voyaient des supérieurs en tous points dans nos adversaires ; ce sont deux excès dans lesquels il faut éviter de tomber. Sans entrer dans des considérations qui ne sont pas de notre ressort, reconnaissons que les efforts faits par les Allemands pour nous copier dans les questions artistiques prouvent que nous les avons devancés et qu'ils nous ont suivis. A nous d'agir de façon à conserver notre rang.