Salles à manger. 10. Privés
restaurants, très-chaudes en hiver, et fréquentées surtout le soir, ce qui diminue l'inconvénient qu'elles offrent d'être un peu sombres. Le rez-de-chaussée, divisé dans le sens de la largeur par une série d'arcs montant de fond, contient les magasins de vente 5 ces magasins ne peuvent dresser les riches étalages auxquels nous accordons chez nous tant d'importance, car l'appui de leurs fenêtres
arrive au-dessus de la tête du passant ; leur entrée n'a pas lieu directement sur la voie publique, le climat trop
XZWà wcz
Fig. 151.
rude du Nord s'oppose à cette disposition qui, à chaque allée et venue d'un client, laisserait une énorme masse d'air froid pénétrer à l'intérieur; il faut préalablement monter un perron , abrité sous un auvent, et traverser un vestibule sur lequel donnent à droite et à gauche les portes d'accès, en face se trouve l'escalier qui conduit aux étages. L'entre -sol répète en général là distribution du rez-de-chaussée, et, aux autres étages, se
trouvent les logements, dans lesquels il faut signaler l'importance donnée à la salle à manger aux dépens du salon, et la disposition de la chambre à coucher à deux lits logés dans une alcôve, formant ainsi en réalité une seconde pièce éclairée par une fenêtre et pouvant être séparée par une tenture de la chambre proprement dite, devenue alors la salle des réunions de la famille *.
Devant les fenêtres du salon s'ouvre un balcon couvert, que nous aurions voulu voir fermé, car il semble que, si la toiture préserve les personnes placées sur un balcon des atteintes de la pluie, elle ne les protège pas efficacement contre le vent et le froid. Pas une pièce n'est pourvue de cheminée, toutes sont chauffées par ces hauts poêles en faïence dont nous avons déjà parlé et qui donnent une chaleur égale, douce et économique, à laquelle cependant nous préférerons toujours l'aspect d'un beau feu pétillant dans l'âtre. Ces intérieurs sont confortables et se rapprochent des nôtres avec cette différence, cependant, que les pièces importantes, comme dimensions, sont consacrées à la vie intime et quotidienne, tandis que les pièces officielles, pour ainsi dire, sont au contraire traitées d'une façon plus modeste : c'est le contraire de ce qui se produit chez nous.
Le propriétaire de la maison que nous venons de visiter est un marchand de porcelaines artistiques ; il nous fait passer en revue les remarquables spécimens qu'il possède et nous donne d'intéressants détails sur l'art céramique, depuis longtemps une des branches les plus importantes de l'industrie allemande.
1. Voir, pour plus de détails, Habitations modernes en Europe, par MM. Vio!let-le-Duc et Félix Narjoux, archit.— Paris, VVCA. Morel etC'',édit.
Les produits qui nous ont le plus frappés sont ceux delà manufacture de Meisen (Saxe), fondée en 1710, cinquante ans avant notre manufacture de Sèvres. Meisen fabrique surtout ces objets d'étagères, genre rococo, que tout le monde connaît ; les modèles nouveaux sont lourds et surtout prétentieux, mais les reproductions en biscuit et en pâte émaillée des anciens modèles offrent un véritable intérêt. Les sujets les plus en faveur sont, bien entendu, les bergers et les bergères, les allégories et les personnages fantastiques que créa, vers 1731, le sculpteur Kandler ; viennent ensuite des copies très-réussies des anciens services, des candélabres et cadres de glace en feuillages refouillés, saillants, déchiquetés de cent façons. 11 faut, dans ces objets, voir plutôt des curiosités artistiques que des œuvres d'art proprement dites, car le retrait de la cuisson modifie trop sensiblement les contours primitifs pour ne pas dénaturer la forme donnée par l'artiste à son modèle, mais leur collection n'en forme pas moins un ensemble fort curieux à examiner et assez rare à rencontrer.
La manufacture royale de Berlin, fondée en 1760 *, fabrique des articles d'un emploi plus général et qui se distinguent par les dorures au grand feu, la vivacité et l'égalité des tons unis. Les pièces sont plus lourdes, les formes sont moins élégantes, moins gracieuses que celles du même genre fabriquées à Limoges, auxquelles elles sont en outre inférieures comme pâte et comme perfection de travail.
1. Afin d'assurer la prospérité de sa manufacture, le grand Frédéric eut recours à un véritable expédient allemand. Les Juifs ne pouvaient alors se marier sans son autorisation ; il ne la leur accordait qu'en leur imposant l'obligation d'acheter à sa manufacture la porcelaine nécessaire au nouveau ménage.
Les Allemands n'ont pas le même engouement que nous pour les faïences anciennes et nouvelles; cependant ils copient nos productions modernes, mais leur succès en ce genre est médiocre. Leurs œuvres les plus remarquables sont inspirées par leurs anciens modèles de poêles, vases, pots à anses ', retrouvés dans les vieux châteaux de la Bohème et du Rhin, types bizarres souvent pleins de détails exagérés, défauts que rachètent heureusement la forme générale et surtout la puissance de coloration.
Quand on s'éloigne du centre de la ville on trouve, dans les quartiers les plus calmes et les plus retirés, les maisons privées et les hôtels de la riche bourgeoisie ; ces constructions ne sont pas toutes irréprochables, tant s'en faut. Les façades sont ou banales ou surchargées d'ornements qui viennent sans raison s'accrocher les uns aux autres ; mais il y a des exceptions : c'est ainsi que parfois se rencontrent des maisons semblables à celles que représentent nos croquis ffig. 152 et 1.53) et devant lesquelles on s'arrête avec plaisir. Le mur de face est, comme dans les maisons hollandaises, séparé de la voie publique par un fossé, sur ce fossé s'ouvrent les fenêtres du sous-sol occupé par la cuisine et les pièces de service ; au rez-dechaussée, surélevé de plusieurs marches, sont placés, à droite, la salle à manger et le salon; à gauche, une salle d'attente et un cabinet de consultations, — car cette demeure est celle d'un médecin, — en arrière, un petit jardin d'hiver; la salle à manger et le salon ne sont séparés que par une cloison mobile permettant de réunir les deux pièces en une seule les jours de fête, les jours d'audition de quelques motifs de musique de chambre, le
i. Voir, au Louvre, le vase dit de Nuremberg qui porte la date de 1578.
grand plaisir de la bourgeoisie allemande. Au premier étage, les chambres à coucher : la principale, précédée d'une loge en fer et vitres, est complètement fermée;, les habitants peuvent, de l'intérieur, jouir de la vue du dehors, sans avoir à redouter le vent et la pluie ; dans les combles les pièces secondaires et les chambres de domestiques.
Fig. 152.