‹ Notes de voyage d'un architecte dans le nord-ouest de l'EuropeChapitre 47 sur 74 · UN ENTERREMENT. — LES KIND ER-G AR T E N. ALTONA. — BLANKENESSE · texte numérisé non relu

UN ENTERREMENT. — LES KIND ER-G AR T E N. ALTONA. — BLANKENESSE

Un matin, pendant que nous attendions le départ de l'omnibus d'Altona, retentit tout à coup, dans une rue latérale, un grand bruit de cris, de pleurs et de lamentations; puis, au même moment, nous voyons arriver sur nous un étrange cortège que nous aurions infailliblement pris pour une mascarade de carnaval, si, au-dessus de la foule, ne se fût élevé un cercueil couvert d'un long drap mortuaire dont les plis cachaient les porteurs et balayaient le sol. C'était un enterrement, mais l'enterrement le plus bizarre qui se puisse imaginer. Au lieu de parents et d'amis en pleurs, l'assistance se composait d'individus affublés de pourpoints et de hauts-de-chausses, l'épée au côté, la perruque poudrée, portant sous le bras un chapeau à plumes et sur l'épaule un petit manteau de cérémonie. Ces personnages étaient des pleureurs à gages, se lamentant en raison de la générosité des familles qu'ils remplacent quand il faut porter un de leurs membres en terre. Leur costume et leur douleur sont en rapport avec les largesses des héritiers : un vêtement de soie ou de velours va avec des profonds gémissements et des cris inarticulés, tandis qu'un simple habit de drap n'entraîne que quelques pleurs discrets.

Quand le cortège eut défilé, l'omnibus se mit en route. C'était un omnibus américain haut et large, aux sièges confortables et allant très-vite. Nos compagnons de route se composaient surtout de cuisinières allant au marché ou en revenant, revêtues pour la circonstance, suivant la tradition du pays, de leurs plus beaux atours et cachant sous un pan de leur châle le panier de cuivre, dans lequel elles rapportent les provisions du ménage.

Au bout de quelques minutes, nous étions en face de l'ancienne porte d'Altona, dont le frontispice porte la bienveillante inscription « Nobis bene, Nemini maie », et bientôt après nous entrions dans la ville, qui, jusqu'à ces derniers temps, fut la seconde cité du Danemark.

L'objet de notre course à Altona était une visite à faire dans un Kinder-Garden (jardin d'enfants), qu'on nous avait bien recommandé d'aller visiter.

Les Kinder-Garden remplacent à peu près nos salles d'asile; ils reçoivent les enfants de deux à six ans, âge auquel l'instruction devient obligatoire. Le rapprochement qui existe entre une plante et un jeune enfant, les soins nécessaires à tous les deux, sont la base du principe qui a présidé à la fondation de ces établissements et l'origine de ce nom jardin d'enfants, c'est-à-dire lieu où se cultivent leur cœur et leur intelligence.

Le local est vaste, sain et bien aéré ; il comprend un préau servant de vestibule et de salle de récréation, une salle de réunion et une cour plantée d'arbres. Cent vingt garçons et filles sont réunis, les uns à droite, les autres à gauche, sous la surveillance d'une directrice aidée par un certain nombre de jeunes filles de douze à quinze ans, environ une par dix enfants. Le jardin est ouvert à neuf heures. Les enfants arrivent après avoir pris à la maison pater-

Page 1