ALTON A. 2Ç)S
nelle leur premier déjeuner; ils sont passés en revue, lavés et nettoyés, puis s'asseyent devant des tables sur lesquelles ils trouvent préparés des jeux de toutes sortes, petits cubes de bois pour élever de naïves constructions, soldats de plomb à mettre en bataille, divisions géométriques tracées sur le papier et qu'il faut remplir au moyen de crayons de couleur, etc., etc. L'émulation les excite à faire mieux que leurs voisins, leurs doigts, leurs yeux acquièrent ainsi, sans qu'ils s'en doutent, une certaine habileté relative; après une heure de cette occupation, ils passent dans le préau où ils jouent au soldat, — il faut que de bonne heure l'Allemand s'habitue au rôle qu'il remplira toute sa vie, — font divers exercices gymnastiques, tendent les bras, lèvent les jambes, puis se rendent • dans le jardin dont ils bouleversent le sol avec leurs pelles et où. ils chargent des tas de sable qu'ils transportent dans leurs brouettes.
On ne leur apprend ni à lire ni à écrire ; on prépare seulement leur esprit à profiter des leçons qui leur seront données plus tard. Ce système, fondé sur une idée juste, sur un principe vrai, donne des résultats dont les avantages ont été bien des fois constatés dans les statistiques allemandes. Les maîtres d'école reconnaissent à première vue, disent-ils, ceux de leurs élèves qui ont passé parles jardins d'enfants; leurs aptitudes diverses, leur intelligence, l'adresse de leurs membres, sont plus développées que celles des autres enfants et se prêtent plus facilement à suivre la direction qui leur est donnée.
Certains de ces établissements sont gratuits et destinés aux enfants du peuple : d'autres, au contraire, perçoivent une rétribution plus ou moins élevée, mais tous sont régis d'après les mêmes règles et les mêmes principes.
Altona est le but d'une agréable .promenade : la rue principale, la Palmaille, plantée de tilleuls sur tout son parcours, offre une assez grande animation ; les autres rues sont tranquilles et beaucoup plus calmes que celles de Hambourg-. Les maisons s'élèvent au milieu de jardins, de frais bosquets; les cafés, hôtels et tavernes abondent, car Altona est, aux jours de fête, le rendez-vous du peuple hambourgeois qui y trouve réunis tous les éléments de joie et de plaisir mis à sa portée, appropriés à ses goûts et à sa nature.
Les dimanches, dans la belle saison, Altona offre une animation extraordinaire. Les bals champêtres, les cafés-concerts, les guinguettes regorgent; le public se compose d'ouvriers, de matelots et de soldats. Les servantes de Hambourg, les bras nus jusqu'à l'épaule, un carré de dentelle sur la tête, s'y rencontrent avec les villageoises des environs, revêtues de leurs costumes pittoresques, et y prennent leurs ébats avec un laisser-aller dont les allures de nos bals publics de Paris les plus avancés ne peuvent donner une idée même approximative. — C'est naïveté, — nous répond-on toujours. Passe pour naïveté s'il le faut, mais notre corruption, puisque corruption il y a, est cent fois plus retenue et moins choquante.
La bourgeoisie, elle, va à Blankenesse, un peu plus loin qu'Altona, chercher les plaisirs et le repos du dimanche.
Blankenesse est une jolie petite ville ou un village sur la rive droite de l'Elbe, dans une prairie appuyée au pied d'une éminence, endroit frais et fleuri, choisi de préférence par les platoniques amoureux allemands pour leurs promenades sentimentales. On les rencontre deux à deux, la main dans la main, groupe grotesque marchant le long des chemins : l'amoureux, rêveur aux cheveux