Le Danemark^ Oscar Comettant
des faits contemporains, que ceux de la même nature dont nous avons naguère été victimes font cependant paraître déjà loin de nous.
De la question politique, nous n'avons à nous occuper: néanmoins il n'est pas hors de propos de faire ressortir la similitude des situations faites par la Prusse à ses adversaires, en 1864-1866-1870. Les mêmes moyens précèdent la déclaration de guerre, c'est toujours la Prusse qu'on attaque, elle qui se défend 1 ; puis, la guerre déclarée, il se trouve que ces gens pris à l'improviste sont admirablement préparés, que leurs troupes sont concentrées, leurs soldats exercés, leurs arsenaux pleins, leurs armes perfectionnées, tandis que leurs adversaires n'ont ni un homme ni une pièce de canon à mettre en ligne et, perdant un temps précieux en dispositions préliminaires, se font battre avant d'avoir pu trouver une alliance ou un appui.
Tout cela est de bonne guerre, la chose est incontestable. Peut-être vaut-il mieux voir les autres employer de tels procédés que de les employer soi-même 5 en tout cas, le meilleur moyen d'en diminuer la portée est de les constater et les faire connaître.
Comment à une époque telle que la nôtre, — quand les chemins de fer, les bateaux, les télégraphes mettent un peuple à même de savoir si bien et si vite ce qui se passe chez les autres, — ignorons-nous si complètement ce que font les Allemands, tandis qu'eux sont si bien fixés sur tout ce que nous faisons nous-mêmes? La chose est facile à comprendre : nous n'allons jamais chez eux, nous
1. La Prusse et l'Autriche comptaient, en 1874, soixante-dix millions d'habitants, le Danemark un million six cent mille.
ne lisons pas leurs ouvrages et les traduisons très-peu ; eux sont constamment chez nous, lisent et traduisent tout ce que nous écrivons. Leur exemple est facile à suivre, et il nous sera d'autant plus profitable que nous serons plus convaincus des avantages à retirer de la connaissance approfondie des qualités et des défauts de nos adversaires, afin de pouvoir nous assimiler les uns et éviter les autres.
« Depuis que nous avons commencé à sortir de nos frontières et à regarder autour de nous, nous n'avons encore appris à connaître que l'Angleterre et l'Allemagne1; quand on fera un pas de plus, quand on viendra jusqu'en Danemark, on sera surpris de voir ce qu'il y a de trésors amassés dans une ville à laquelle nous n'attribuons pas une grande influence et d'hommes savants dispersés dans un pays qu'un de nos journaux appelait encore dernièrement un pays presque barbare.
« X. M A RM I ER. ))
le jutland. le phtit-eelt. un ferry-boat.
une ferme. la fionie. le grand-belt.
l'île de se'eland.
Quand la nouvelle frontière qui sépare l'empire d'Allemagne du royaume de Danemark est franchie, le pays change un peu d'aspect; il est toujours aussi plat, mais semble moins triste, moins monotone. Les tourbières sont coupées de grands bois; dans les prairies paissent des animaux parqués, attachés à des pieux séparés, comme en Hollande, par une distance régulière ; çà et là apparaissent, comme un point coloré au milieu de l'ensemble
1. M. Marinier s'avance un peu loin peut-être en admettant que nous connaissons l'Allemagne et l'Angleterre.
gris et vert, une cabane ronge, une ferme bleue et le pittoresque costume d'une paysanne qui, les yeux grands ouverts, le regard placide, regarde au loin le panache de fumée du train qui file.
Fis. 161 .
Le costume de ces paysannes est du reste le détail sur lequel l'attention est le plus vivement attirée (fig. 161J. La coiffure a la forme d'un bonnet persan fixé par des rubans noués sous le menton, sur les épaules une courte pèlerine de drap décorée à son extrémité de broderies de couleur ou d'ornements en métal, variés de formes et cousus sur l'étoffe ; les manches sont étroites et courtes; le bras reste nu jusqu'au coude pendant l'été; l'hiver, il est renfermé dans de longs et épais gants de