Chapelle
Ce genre de mobilier exige un grand emplacement, il serait de plus très-coûteux dans tous les pays où. l'on voudrait l'exécuter d'une façon moins grossière qu'en Danemark — et en Suède, contrée où il est également en usage. Une installation identique paraîtrait peu pratique chez nous, mais il n'en est pas de même de l'idée première à laquelle est due cette innovation, et nous pourrions en faire notre profit pour remédier un peu à notre mobilier scolaire si défectueux.
Le grand hôpital communal (fig. 180) est établi presque à la campagne, — ce qui devrait être l'emplacement
imposé à tous les hôpitaux, — entre le mur d'enceinte et un grand canal qui entoure la ville de ce côté ; les salles sont vastes et occupées seulement par un nombre restreint de malades , elles donnent sur une galerie reliant entre eux les différents services; les bâtiments d'administration sont répartis le long des cours fermées, tandis que les salles de malades s'élèvent au milieu de cours ouvertes. Cet établissement est donc dans d'excellentes conditions de salubrité, mais son installation intérieure n'est pas, comme confort, en rapport avec les exigences actuelles des maisons hospitalières.
Nous avons encore, en fait de palais, à visiter celui de Frederiksberg, aux portes de la ville; nous montons sur la Kongens Nytorv, dans un de ces grands omnibus qui commencent seulement à s'acclimater à Paris et dans lesquels quarante personnes s'asseyent à l'aise, montent, descendent sans se heurter ni se froisser. L'omnibus est complet; une femme se présente, aussitôt un homme se lève, cède sa place et se tient debout sur la plate-forme ; chaque voyageur en payant le conducteur reçoit en guise de reçu un petit carré de papier qu'il tient à la main et qui lui sert à éviter toute contestation (au lieu d'argent on paie avec des tickets, vendus d'avance dans les bureaux). Quand on veut descendre entre deux stations, les chevaux ralentissent leur allure sans s'arrêter complètement; les voitures ne peuvent tourner sur leurs essieux : arrivés au terme de lacourse, les chevaux sont dételés et attelés dans le sens opposé; la voie est unique, il faut donc que les voitures s'attendent aux croisements : de là, des retards parfois assez longs et fréquents, mais personne ne s'en émeut ni ne s'impatiente.
Nous descendons devant une grande grille élevée à
l'extrémité d'une allée plantée d'arbres. Cette avenue est bordée de riantes maisons, entourées de jardins , de pelouses et de bosquets en fleur; au fond se trouve le Frederiksberghave, très-beau parc bien que de médiocre étendue, bien dessiné de façon à paraître plus grand qu'il n'est en réalité, traversé par une Serpentine River; mais le sol plat et uni se prête peu aux conceptions pittoresques. Le palais qui se dresse en avant d'une grande cour et d'une pelouse verte est un édifice banal, souvenir de l'architecture italienne, sans intérêt et sans originalité. Ce parc et les allées qui y conduisent servent de lieu de promenade aux gens en voiture, certaines nuits d'été, quand le soleil reste sur l'horizon jusqu'à dix heures du soir; ils sont alors le théâtre de fêtes populaires auxquelles les spectacles en plein vent, les cafés-concerts, les bals bruyants donnent une animation excessive à tous les points de vue. Ce genre de fêtes est, paraît-il, fort curieux à voir pour un étranger : par malheur nous sommes loin du moment où elles ont lieu, mais les distractions qu'offre le jardin Tivoli peuvent en donner une idée, nous assure-t-on.
La vieille ville est enfermée dans une enceinte qui l'étouffé, la ville nouvelle au contraire se répand, s'étale à son aise; elle gagne la campagne par de belles et larges avenues, bâtit ses maisons au milieu de jardins, les entoure de verdure et de fleurs.
Les fortifications de la ville ancienne sont insuffisantes, elles ne protégeraient plus, en admettant qu'elles puissent encore protéger quelque chose, qu'une partie très-restreinte des habitations; un bombardement aurait promptement raison des murs d'enceinte s'ils recevaient le feu des assiégeants, et la ville pourrait entièrement
être détruite au moyen de pièces à longue portée, installées par les batteries ennemies à 6,000 mètres de distance et tirant dans le tas. Il a donc fallu remédier à cette situation et assurer en cas de besoin la sécurité de la défense.
Les batteries d'attaque d'une place, d'après les données des moyens actuels, devant être composées de pièces à longue portée, seront, comme nous venons de le dire, vraisemblablement installées par l'assiégeant à 6,000 ou 7,000 mètres de distance de la place à atteindre et emploieront soit le tir à plein fouet, soit le tir plongeant. Dans l'un et l'autre cas, la justesse du tir n'est pas possible à cette distance, puisqu'une différence inappréciable au point de départ donne un écart considérable au point d'arrivée. Pour cette raison, le tir à plein fouet parvient donc rarement d'une façon précise au but espéré 5 presque toujours, au contraire, le projectile passe par-dessus le rempart et tombe au delà à une distance très-variable, qui parfois dépasse les murs opposés de la ville ou de la forteresse. Avec le tir plongeant, le succès, ou du moins un succès relatif, est plus certain; en effet, en prenant pour type une place défendue par le système de Vauban encore en usage en ces derniers temps, nous voyons que, si le projectile n'atteint presque jamais le mur d'enceinte, il ne lui est pas difficile de tomber au moins à l'intérieur de cette enceinte, et de causer d'irréparables dommages dans l'espace où se trouvent réunis sur une assez grande étendue des casernes, des magasins de toutes sortes, et souvent une ville entière ; l'ennemi, tirant au jugé dans un cercle d'un grand diamètre, est ainsi toujours certain d'y causer des dégâts suffisants pour amener la reddition de la place dans un temps donné.
Mais si, au lieu d'une enceinte fortifiée par des fronts et des saillants entourant une grande surface, la défense ne présentait qu'une succession de fronts trèsétendus et de peu de profondeur, si ces fronts étaient reliés entre eux par des abris, traverses et chemins couverts, et de plus étaient assez détachés les uns des autres pour que le projectile destiné au premier ne vienne pas atteindre le second, et ainsi de suite, les efforts de l'assiégeant se trouveraient singulièrement neutralisés ; d'abord la quantité de projectiles nécessaires serait énorme, puisque ce serait l'exception de ceux envoyés qui porterait au but, et la défense reportée sur un front très-étendu acquerrait une efficacité considérable ; quant aux villes, au lieu d'être entourées de murs, elles seraient au contraire ouvertes, libres, à l'abri d'un bombardement et hors de la portée des projectiles à cause de leur éloignement des lignes de défense reportées en avant de leur enceinte.
C'est ce système qui va être mis en pratique pour la défense de Copenhague. Des forts, présentant des fronts développés mais sans profondeur, seront établis à grande distance de la ville sur les hauteurs de Vigersbev et de Utterslev, pour la protéger du côté de la terre pendant qu'une forteresse, armée suivant le même principe et élevée sur un point de la côte non encore déterminé d'une façon définitive, la défendra contre toute attaque tentée par mer; ces forts, reliés entre eux par des chemins couverts et des ouvrages secondaires, empêcheront l'approche, défieront les terribles projectiles de l'artillerie nouvelle; de plus, la ligne de défense ainsi obtenue sera trop considérable pour pouvoir être gardée, et l'investissement complet de la ville deviendra par suite à peu près impossible.
Le siège de Paris, en 1870, a, comme on le voit, donné de l'expérience aux Danois ; que n'avons-nous su profiter des leçons qu'ils avaient reçues pendant la guerre des duchés.
Les habitants de Copenhague ont de bonnes raisons, du reste, pour prendre leurs précautions : dans l'histoire de la ville se retrouvent les souvenirs des grands désastres qui l'ont frappée, et, sans aller plus loin que le commencement de ce siècle , ils se rappellent l'attaque tentée par Nelson en 1 801, et six ans plus tard, le bombardement de leur ville par ces mêmes Anglais, qui, sans déclaration de guerre préalable, détruisirent en trois jours trois cents maisons et monuments et s'emparèrent de la flotte danoise.