A TORONTO
Dans le train qui nous emporte vers la capitale de la province d'Ontario, nous recueillons nos impressions et nous causons un peu de tout. Et d’abord comme toujours, de France dont les journaux nous suivent régulièrement et ramènent nos pensées vers Paris. Comme il est difficile de s’en détacher tout à fait, ce Paris! On le voit toujours, ce point lumineux, de quelque côté qu'on regarde.
La pensée y revient, aussitôt qu'elle est laissée à elle-même; c’est là seul que règnent sans partage l'esprit, l’art, la fan-
taisie, la gaité, qui ont 4es intermittences ailleurs, des retours fréquents vers la réalité simple.
Les imaginations gaies qui remplissent ces feuilles diverses font plus de plaisir, à cette distance, que — tranchons le mot.
disons la chose -— la découverte de l'Amérique.
Ah! si Emile Goudeau, Alphonse Allais, George Auriol, savaient combien ils contribuent à la joie universelle, à l’allégresse de l'humanité, combien ils sont nécessaires aux hommes, ils ne seraient pas si paresseux et ils écriraient un volume par jour. Mais nous y perdrions de les voir si souvent au café; n’insistons donc pas.
Et néanmoins, dans ce train rapide, nous les oublions bientôt. Le spectacle est si différent de celui auquel nous sommes habitués, que le contraste nous empoigne. Dans ce vaste wagon admirablement aménagé, où l’on circule comme
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à l'hotel, distribue des poignées de main comme dans la rue, dort comme chez soi, nous n'avons garde de regretter les compartiments où l'on range les voyageurs par huit, en Europe, sans qu'ils puissent bouger autrement qu'ensemble et en dérangeant le voisin. Vous connaissez le mouvement : Veuillez écarter votre pied que je puisse à mon tour mettre le mien sur la chautferette.
Ici regnent la liberté, l’aisance. On fait ce que l'on veut, va où l’on veut, dort dans un coin ou dans l’autre. La seule chose qui ne puisse se faire c’est, comme sur les chemins de fer de l'Etat en France, de ralentir la marche du train, s'il y a à bord un sénateur que la vitesse incommode.
Je ne crois pas qu'il y ait au monde un chemin de fer mieux organisé que le Pacifique, des trains mieux conduits.
Et dire que cela dure sans accroc, comme sil s'agissait d’un parcours ordinaire,
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de l'Atlantique au Pacitique, la traversée à d'un continent. p d Nous arrivons en gare à Toronto. EM Quel tumulte! Quel mouvement! Et Eu r:
aussi quel ordre dans ce va-et-vient in- M 0 cessant ! De tous côtés des trains par- M rc tent, arrivent, car la gare sert au Grand ie la Tronc comme au Pacifique, les deux MN la grandes compagnies rivales. Je n'ai ja- th mais eu, comme dans cette descente de be n train, la sensation du mouvement prodi- Mu lo
gieux qui, en vingt ans, sous l'impulsion maitresse du C.-P.-R., a fait entrer le 1 Pc pays dans une voie de progrès qui s'étend di | à perte de vue devant lui. Cette gare. ù vi waversée en tous sens et comme en ébul- se les lition, et cependant bien ordonnée, c'est D en comme l’image même du Canada. : VIN La ville de Toronto a grand air. C'est MM Set une belle ville de province en Angleterre, dr ou mieux encore, un beau quartier de Mu bic Londres avec une activité plus marquée. sol om
Ceux qui aiment la vie anglaise, ses
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aspects sévères, son charme pénétrant ct durable dans l'intimité, son caractère loyal et sérieux dans les affaires, ne sauraient désirer un séjour plus à leur gré.
On s'y sent pris par cette existence sereine qui semble être celle même de la famille, dont la distraction ordinaire cest la tasse de thé — cette bonne tasse de thé qui repose de tout — ct qui s’épanouit à Christmas dans tout l'éclat du foyer domestique grand allumé.
Nous visitons la ville dans cette disposition particulière qui fait aimer ce que l’on voit et désirer de prolonger la vision de l'existence entrevue à travers les portes entre-bâillées et les fenêtres entr'ouvertes. Il nous semble que nous vivrions bien à Toronto, que nous y serions heureux, et que nous y deviendrions peut-être riches, à la condition, bien entendu, d'y asseoir une famille solidement et de ne jamais quitter son ombrage tutélaire.
Nous jetons un coup d’æœil sur les édihices parlementaires. Ce que nous en admirons, sans réserve, c’est la disposition intérieure. Nulle part, il n'existe des PS bureaux publics mieux compris, plus ESS , spacieux, mieux éclairés. La lumière MM entre de tous les côtés. Je ne sais pas où pa l’on peut y cacher les paperasses. Rien .
n'y sent la paperasserie, en tous cas. On M ne doit guère y paperasser, du reste. ln C'est comme une grande administration WA
ouverte.
A neuf heures du matin, le lendemain,
nous nous embarquons à bord du Cibola, en route pour Niagara. Cette traversée M sut le lac Ontario rappelle, à s’y méprendre, celle de l'Océan. Les vagues . a
sont plus courtes, dit-on; elles s’allon- = va gent, en tous cas, suflisamment pour M El atteindre le voyageur et le bercer jusqu'à MN le
ce qu'ilaitle mal de mer. La tempérance
règne à bord, de sorte qu’on a pour com- M battre le malaise que la vue changeante M
es édi- À Jus en isposiste des À
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