‹ Notes du condamné politique de 1838 [microforme]Chapitre 11 sur 67 · RAS · texte numérisé non relu

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l'incompétence du tribunal et l'illégalité des procédés. On sait que les douze exécutions qui ont eu lieu en vertu des condamnations de ce tribunal exceptionnel et arbitrairement établi ont été qualifiés de meurtres judiciaires par des jurisconsultes distingués du parlement anglais.

On ne devra pas s'étonner de ne pas voir de noms canadiens-français ajoutés à ceux de nos défenseurs devant la cour martiale : la raison en est que le nom canadien étant de soi suspect aux yeux des autorités du jour, des compatriotes nous eussent fait plus de mal que de bien, par le fait seul de leur origine. On en eut la preuve dans la manière dont furent reçus MM. Féréol Pelletier et R. À. R. Hubert par quelques membres du tribunal qui nous jugeait, dans une tentative d'intervention en faveur des accusés : on leur répondit, m'a-t-on dit, ces mots :

—“ Des rebelles qui défendent des rebelles.”

Quand je dis un mot en passant sur la compétence du tribunal devant lequel nous étions appelés à comparaître, je n’entends pas trouver extraordinaire qu’on nous ait fait un procès, ni même m'élever contre les sentences en tant que: liées avec les faits ; mais j'entends dire que l’on violait les droits garantis par ces mêmes lois qu'on nous accusait d'avoir voulu renverser.

Au reste, c’est un résultat à peu près inévitable de toute révolution et, pour ma part, en posant l’acte'j'en avais accepté toutes les conséquences :

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ce qui ne me privait cependant pas du droit de faire valoir, dans la défense de ma vie, toutes les excevtions de droit et les faits qui militaient en ma faveur.

Le 8 janvier 1839 je reçus l’ordre de me tenir prêt à comparaître devant: la cour martiale ; onze de mes compagnons de captivité reçurent aussi la même injonction. Le 9 janvier, nous fûmes conduits liés, dans une voiture cellulaire, à la prison du Pied-du-Courant. En franchissant l'enceinte de cette prison, nous passâmes sous l’échafaud tout frais teint du sang de nos amis Cardinal et Duquette.

Quelques heures après notre arrivée dans ce lieu, MM. Drummond et Hart vinrent nous rendre visite dans nos cachots, et nous demander les renseignements dont ils avaient besoin pour notre défense.

De temps en temps, pendant notre captivité, certaines autorités de l'époque nous avaient fait subir des interrogatoires dans lesquels on essayait à obtenir des informations contre les principaux chefs du parti canadien, contre lesquels n'existait pas le fait de flagrant délit de prise d'armes. Je mentionne ce tait pour montrer toute l'horreur de notre situation : on sait au reste que, dans ces occasions, il ne manque pas d'hommes dont le zèle dépasse souvent l’attente des pouvoirs qui les emploient, il n’est donc pas étonnant que nous avons rencontré deces hommes sur la pénible route que nous par-

courions alors. D'autre côté, il est juste comme il est consolant de dire que plusieurs officiers de l’armée et des employés civils du gouvernement d'alors ont fait preuve, à notre égard, de sentiments qui les honorent, et ont eu pour nous la conduite que les bons cœurs et les esprits honnêtes savent toujours tenir à l'endroit de ceux que le malheur a frappés.

Cela me rappelle que je ne dois pas oublier de consigner ici la noble générosité du clergé et des habitants de Montréal, qui, pendant le cours de ce triste et rigoureux hiver, n’ont pas laissé passer un jour sans apporter des secours ou des consolations aux prisonniers politiques réunis par eentaines dans l'enceinte de leur ville. Plusieurs dames canadiennes, entre autres mesdames Gauvin et Gamelin, (*) ont fait preuve d'une charité et d'un dévouement que ni le froid, ni la fatigue, ni les contrariétés, ni les embarras n'ont pu ébranler. Je voudrais pouvoir ici les remercier dignement, tant en mon nom qu’au nom de mes compagnons, mais les paroles sont impuissantes en pareille occurrence. Dieu seal s'est réservé le pouvoir de récompenser de telles actions ; ces nobles femmes se sont faites sœurs

(*) Madame Gauvin nous parlait souvent de son fils qui, lui aussi, avait été impliqué dans les mouvements insurrectionnels et auquel elle avait vu prendre, l'année précédente, le chemin de l’exil,

Madame Gamelin a été, depuis, fondatrice du couvent des sœurs de la Providence à Montréal.

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forment dans le ciel les saintes fill:s de la charité catholique.

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