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de cette sorte on nous procuri un peu de l’un et de j’autre de ces éléments si essentiels à l’existence.
Plusieurs de nous demeurèrent cinq semaines dans cs'te affreuse prison. Je dois ici consigner le fait des charitables services d’un des gardiens de la prison, du nom de Devillerais, qui, pendant le peu d'heures libres que lui laissaient ses pénibles fonctions, avait la bonté d'aller acheter pour nous des provisions, dont la pauvre pitance règlementaire nous faisait un grand besoin.
Le 8 décembre, nous apprîimes la condamnation à mort de nos amis dont voici les noms : Joseph Narcisse Cardinal, notaire; Joseph Duquette, étudiant en loi; François Maurice Lepailleur, huissier ; Jean Louis Thibert, Jean Marie Thibert, Joseph Lécuyer, cultivateurs ; Léandre Ducharme, commis marchand ; Joseph Guimond, Louis Guérin et Antoine Côté, cultivateurs. L’instruction du procès de ces patriotes durait depuis le 28 Novembre. Ces dix jours avaient semblé bien longs à certains journaux anglais ; on se rappelle que quelques-uns d’entre eux écrivaient qu'il n'était pas nécessaire d'y
. mettre tant de cérémonies, et qu'on n'avait pas
besoin d’engraisser ces gens-là pour la potence.
Le 19 décembre, un des gardiens nous dit que Cardinal et Duquette avaient été notifiés de se préparer à monter sur l'échafaud sous deux jours. Cela nous fit espérr au moins que les
autres auraient un meilleu: sort.
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Ce fut le 21 décembre, à 9 heures du matin, que nos deux infortunés compatriotes montèrent sur l’échafaud, dressé au-dessus de la porte du mur de ronde de la prison de Montréal ; ils étaient soutenus par Messire Labelle, alors curé de Châteauguay, leur confesseur. Quelques heures après l'exécution, Messire Labelle vint nous voir et nous raconta les terribles circonstances de cette scène. Le pauvre jeune Duquette (il n'avait que 22 ans) eut beaucoup à souffrir ; l'exécuteur dut le reprendre à deux fois, la corde mal ajustée, s'étant dérangée dans la chute, lui avait fait donner du visage contre le bord de l'échafaud et l'avait ensanglanté.
Ce jour fut un jour de profonde tristesse pour nous : mais nous étions presqu'assurés du salut éternel de nos amis, et nous passâmes en prières une partie de ces longues heures du jour de l'exécution de nos frères. Nous nous attendions, plusieurs d’entre nous du moins, au même sort ;
- car les procès politiques se succédaient sans
interruption devant la cour martiale, malgré
les généreuses autant qu'habiles protestations des
avocats des accusés, MM. Drummond (*) et Hart, lesquels ne cessaient de protester contre
(*) Que les temps sont changés ! Depuis, un grand nombre des accusés de ces jours-là ont été ou sont encore des fonction naires publics, distribués à tous les degrés de l'échelle, et leur avocat principal, l'Honorable M. Drummond, après avoir occupé les plus hautes fonctions politiques, est un des juges du premier tribunal de notre pays.