‹ Notes du condamné politique de 1838 [microforme]Chapitre 16 sur 67 · PRISON DE MONTRÉAL · texte numérisé non relu

PRISON DE MONTRÉAL

14 Février 1839 à 11 heures du soir.

Le public et mes amis en particulier attendent peut-être une déclaration sincère de mes sentiments : à l'heure fatale qui doit nous séparer de la terre, les opinions sont toujours regardées et reçues avec plus d’impartialité. L'homme chrétien se dépouille en ce moment du voile qui a obscurci beaucoup de ses actions, pour se laisser voir en plein jour ; l'intérêt et les passions expirent avec ses dépouilles mortelles, Pour ma part, à la veille de rendre mon esprit à son créateur, je désire faire connaitre ce que je ressens et ce que je pense. Je ne prendrais pas ce parti, si je ne craignais qu’on ne représentät mes sentiments sous un faux jour : on sait que la mort ne parle plus, et la même raison d’état qui me fait expier sn° , échafaud ma conduite politique pourrait bien forger des contes à mon sujet. J'ai le temps et le désir de prévenir de telles fabrications et je le fais d’une manière vraie et solennelle à mon heure dernière, non pas sur l’échafaud environné d’une foule stupide et insatiable de sang, mais dans le silence et les réfiexions du cachot,

)mpagne in baiser la remit ommans.. et la

ntrée de él”... Il

ères et à estament ui avait

li se ressent le et de ses

res du soir.

eut-être une > fatale qui jours regarchrétien se eaucoup de l'intérêt et s, Pour ma r, je désire Je ne prenésentât mes e parle plus, hafaud ma

mon sujet.

ations et je re dernière, bide et insa- 8 du cachot,

recommandé, il se coucha. Je veillai près de lui: il dormit à peu près trois heures fort tranquillement.

Vers les sept heures (Vendredi 15 février 1839), son confesseur arriva : il venait lui apporter le Saint-Viatique et devait attendre pour l’accompagner à l'échafaud. Le condamné reçut la divine communion avec ferveur dans son cachot, où il demeura jusqu’à huit heures en action de grâce avec son confesseur. Le temps était veuu

Je meurs sans remords, je ne désirais que le bien de mon pays dans l'insurrection et l'indépendance, mes vues et mes actions étaient sincères et n’ont été entachées d'aucun des crimes qui déshonorent l'humanité, et qui ne sont que trop communs dans l'effervescence des passions déchainées. Depuis 17 à 18 ans, j'ai pris une part active dans pr :sque toutes les mesures populaires et toujours avec conviction et sincérité. Mes efforts ont été pour l'indépendance de mes compatriotes, nous avons été malheureux jusqu’à ce jour. La mort a déjà décimé plusieurs de mes collaborateurs. Beaucoup gémissent dans les fers, un plus grand nombre sur la terre d’exil avec leurs propriétés dé‘ruites, leurs familles abandonnées sans ressources aux rigueurs d’un hiver canadien. Malgré tant d’infortunes, mon cœur entretient encore du courage et des espérances pour l'avenir : mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres, un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent. Voilà ce qui me remplit de joie, quand tout est désolation et douleur autour de moi. Les plaies de mon pays se cicatriseront après les malheurs de l'anarchie d'une révolution sanglante. Le paisible canadien verra renaitre le bonheur et la liberté sur le Saint-Laurent, tout concourt à ce but, les exécutions mêmes, le sang et les larmes versés sur l'autel de la liberté arrosent aujourd’hui les racines de l'arbre ‘qui fera flotter le drapeau marqué des deux étoiles des Canadas, Je laisse des enfants qui n’ont pour héritage que le souvenir «de mes malheurs, Pauvres orphelins, c'est vous & .e je plains,

- — g : = tn RE re è S exe "2 $ : D De Sr emne e TS ms D ns ce oo Rte ne a — Z —— Æ 7 2 En su —

RTS QI is ce ir

pour De Lorimier de se préparer à marcher aw supplice, le prêtre se retira pour quelque temps: ce fut moi qui aidai mon malheureux ami à faire sa toilette de victime... Comme je lui fixais au cou une petite cravate blanche, il me dit : —“" Laissez l’espace nécessaire pour placer la “ corde.” Les larmes me partirent en torrents des yeux, en recevant de lui une pareille recomma: dati

Aït ne sa toilette ? : terminée, De Lori-

c'est vous que la main ensanglantee et arbitraire de la loi martiale frappe par ma mort. Vous n'aurez pas connu les douceurs et les avantages d'embrasser votre père aux jours d’allégresse, aux jours de fêtes ! Quand votre raison vous permettra de réfléchir, vous verrez votre père qui a expié sur le gibet des actions qui ont immortalisé d’autres hommes plus heureux, Le crime de votre père est dans l'irréussite, si le succès eût accompagné ses tentatives, on eût honoré ses actions d’une mention honorable. ‘ Le crime fait la honte et non pas l'échafaud.”’ Des hommes d’un mérite supérieur au mien m'ont battu la triste carrière qui me reste à parcourir de la prison obscure au gibet. Pauvres enfants, vous n'aurez plus qu’une mère tendre et désolée pour maintien ; si ma mort et mes sacrifices vous réduisent à l’indigence, demandez quelquefois en mon nom, je ne fus jamais insensible aux malheurs de l’infortune. Quant à vous, mes compatriotes, peuple, mon exécution et celle:

-de mes compatriotes d’échafaud vous sont utiles. Puissent-.

elles vous démontrer ce que vous devez attendre du Gouvernement Anglais... Je n’ai plus que quelques heures à vivre, et j'ai. voulu partager ce temps précieux entre mes devoirs religieux et ceux dus à mes compatriotes ; pour eux je meurs sur le gibet et de la mort infâme du meurtrier, pour eux je me sépare: de mes jeunes enfants et de mon épouse sans autre appui, et pour eux je meurs en m'écriant : Vive la liberlé! Vive l'indépendance !

Page 1