‹ Notes du condamné politique de 1838 [microforme]Chapitre 15 sur 67 · PRIT SES · texte numérisé non relu

PRIT SES

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de Lorimier, accompagnée de la sœur et de la cousine de son mari, et conduite par un M. de Lorimier, cousin du condamné, entrèrent dans notre logement. Madame de Lorimier portait sur sa figure une expression de douleur à fendre le cœur, mais elle ne pleurait pas : ses deux compagnes fcndaient’en larmes.

Nous avions pris des arrangements pour donner à nos deux malheureux amis un diner d'adieu. La table chargée de mets préparés sur notre ordre par le geôlier, avait été placée dans une pièce située près de la porte et qui donnait sur le corridor. À quatre heures on se mit à table, Hindenlang présidait au banquei. De Lorimier n'occupa pas le siége qui lui était réservé ; mais il vint prendre avec nous un verre de vin. Pendant le repas, il se promenait dans le corridor, ayant madame de Lorimier au bras ; les autres membres de sa famille occupaient des siéges, tantôt dans sa cellule, tantôt dans le corridor : les dames, de temps à autre, prodiguaient à la malheureuse épouse des caresses de consolation.

Il régnait à notre table une certaine gaieté triste qu'Hindenlang, pour sa part, faisait quelquefois bruyante. Pendant ces instants de récréation, furent admis, par les autorités de la prison, six curieux, parmi lesquels, me dit-on, se trouvait le rédacteur du jou:nal “ The Herald.” Ils se tinrent en dedans, près de la porte, visiblement étonnés de l'aspect de cetis scène. Après s'être fait indiquer ceux qui «levaient le lende-

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main monter sur l’échafaud, ils se retirèrent sans mot dire.

Un instant après, on vint nous dire que madame de Lorimier venait de perdre connaissance : elle gisait en ce moment, dans un état de complet évanouissement, dans le cachot de son mari.

Le confesseur de De Lorimier vint au commencement de la soirée et passa quelque temps seul avec lui dans sa cellule ; puis il dit “ courage ” aux deux victimes, offrit quelques paroles de consolations chrétiennes à madame de Lorimier et prit congé de tous.

On nous avait laissés, les deux condamnés, M. Levêque et moi, en dehors de nos cellules plus longtemps que d'ordinaire ; à dix heures le geôlier vint nous dire qu'il fallait entrer. C'était le moment que ce pauvre de Lorimier redoutait tant, et que, nous aussi, nous voyions venir avec un déchirement de cœur. Quelques parents et amis étaient venus s'ajouter aux trois personnes de la famille qui accompagnaient madame de Lorimier et qui devaient être chargées de la pénible, mais charitable mission, dela reconduire en ville.

La pauvre jeune femme allait donc dire à son mari un éternel adieu ! À la suite de bien des hésitations, des sanglots et des larmes, elle se jeta à son col et s'évanouit de nouveau. De Lorimier la souleva dans ses bras, et, la tenant comme un enfant qu'on va déposer dans son berceau, il se dirigea vers la porte, les yeux atta-

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chés sur cette figure agonisante de la compagne de sa vie : arrivé sur le seuil, il déposa un baiser sur le front décoloré de sa femme, et la remit entre les bras de ses parents, en leur recommandant d'en avoir tous les soins possibles... et la porte se referma sur nous.

De Lorimier me dit, en regagnant l'entrée de notre cachot :—“ Le plus fort est donné ! ”.. Il était ferme, maïs pâle comme la mort.

Il passa une partie de la nuit en prières et à écrire une lettre qui était comme son testament politique (*); puis, selon qu'on le lui avait

(*) Voici cette lettre noble et touchante, mais qui se ressent de l’exaltation des sentiments dominants de l’époque et de ses espérances irréalisables.

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