‹ Notes du condamné politique de 1838 [microforme]Chapitre 34 sur 67 · SERRE · texte numérisé non relu

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fairo qu'une opération du transbordement de tous les prisonniers à bord du bâtiment de transport qui devait les conduire tous aux terres australes.

Il était environ onze heures, le 27 septembre, lorsque nous accostâmes, dans le port de Québec, le navire de transport Le Buffalo:

c'était un grand bâtiment à trois ponts, armé, je crois, de quinze à vingt canons de divers calibres et monté d'environ cent cinquante hommes d'équipage.

On nous mit des menottes et l'on nous fit passer de suite dans les logements qui nous avaient été préparés, et quels logemenis, grand Dieu! C'était sur le troisième pont et bien audessous de la ligne de flottaison. Quand nous fûmes là, dans l'étroit et sombre espace qui devait être pendant plusieurs mois l'habitacle de nos souffrances, on nous enleva nos menottes et on nous distribua les lits que nous devions occuper.

Pour rendre possible au lecteur l'intelligence de ma description, j'ai fait préparer un petit diagramme, représentant les dispositions de ce logis, ménagé pour cent quarante-quatre prisonniers, tant du Bas que du Haut-Canada, dans un entrepont de quatre pieds et quelques pouces d’élévation, d'un pont à l’autre, sur environ soixante-quinze pieds de longueur entre deux cloisons construites à notre intention. Chacun de nous n'avait en jouissance qu'un espace cubique de cinquante pieds environ, dans un endroit privé de ventilation, où il passait les

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jours et les nuits, sauf les courts instants de rares promenades sur le grand pont.

Notre logement s'étendait donc du tiers postérieur du navire à l’espace qui correspond à ce que, dans les navires marchands, on appelle le coqueron. Cet espace, au centre du navire, affectait la forme d’une boite de soixante-quinze pieds de long, sur environ trente-cinq de large et quatre et demi de hauteur, à l'exception d’un petit espace en arrière, où un retrait du pont donnait une élévation d’un peu moins de six pieds, près de l’écoutille. Le milieu de cette boîte était occupé, dans le sens de la longueurs par une rangée de caisses et de ballots, étab'is sur une largeur d'au moins douze pieds et allant d’un pont à l’autre, séparant l'entrepont en deux compartiments distincts communiquant ensemble par deux passages laissés libres aux deux extrémités, lesquels passages correspondaient avec deux écoutilles grillées et gardées par des sentinelles armées.

Les deux couloirs ainsi faits de chaque côté du navire, ayant pour limites à l’intérieur la muraille de caisses et de ballots, à l'extérieur la paroi du vaisseau, avaient environ onze pieds et demi de largeur sur la longueur déjà donnée de soixante-quinze pieds. Cette largeur de onze pieds et demi était partagée comme suit : 1o un espace libre de trois pieds, seul endroit où nous pussions nous livrer à quelques mouvements, encore n'était-ce qu'en marchant à demi-courbés, puisque la hauteur d’un pont à l’autre n'avait

jours et les nuits, sauf les courts instants de rares promenades sur le grand pont.

Notre logement s'étendait donc du tiers postérieur du navire à l’espace qui correspond à ce que, dans les navires marchands, on appelle le coqueron. Cet espace, au centre du navire, affectait la forme d’une boite de soixante-quinze pieds de long, sur environ trente-cinq de large et quatre et demi de hauteur, à l'exception d’un petit espace en arrière, où un retrait du pont donnait une élévation d’un peu moins de six pieds, près de l’écoutille. Le milieu de cette boîte était occupé, dans le sens de la longueurs par une rangée de caisses et de ballots, établis sur une largeur d'au moins douze pieds et allant d’un pont à l’autre, séparant l'entrepont en deux compartiments distincts communiquant ensemble par deux passages laissés libres aux deux extrémités, lesquels passages correspondaient avec deux écoutilles grillées et gardées par des sentinelles armées.

Les deux couloirs ainsi faits de chaque côté du navire, ayant pour limites à l’intérieur la muraille de caisses et de ballots, à l'extérieur la paroi du vaisseau, avaient environ onze pieds et demi de largeur sur la longueur déjà donnée de soixante-quinze pieds. Cette largeur de onze pieds et demi était partagée comme suit : 1o un espace libre de trois pieds, seul endroit où nous pussions nous livrer à quelques mouvements, encore n'était-ce qu'en marchant à demi-courbés, puisque la hauteur d’un pont à l’autre n'avait

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pas cinq pieds; 20 un banc d'environ dix-huit pouces de large qui régnait dans toute l'étendue du couloir ; 8o une double rangée de compartiments de six pieds de profondeur qui devaient nous servir de lits.

Ces compartiments au nombre de dix-huit, savoir, neuf de front sur deux de hauteur, avaient sept pieds et quelques pouces de front sur la profondeur mentionnée de six pieds, ils étaient destinés à recevoir chacun quatre occupants.

Des espèces de matelas fort inégaux et fort durs étaient déposés au fond de, ces compartiments ou boîtes, dans lesquelles il était aussi difficile de s’introduire qu'il était difficile d'y trouver une position supportable.

‘Nous descendimes dans ce taudis affreux, par une écoutille d'environ deux pieds carrés, et deux sentinelles prirent de suite poste à deux autres écoutilles fortement grillées, commandant les deux extrémités de notre logement et communiquant avec les autres ponts du navire, du haut en bas ; c'était par ces écoutilles qu'on recevait le peu d'air et de lumière dont il nous était donné de jouir.

Les prisonniers politiques du Haut-Canada étaient au nombre de 83, on leur avait adjoint trois condamnés pour meurtre qui furent confondus avec eux, portant le nombre total à 144. L'officier qui nous avait conduits nous avait partagés en deux bandes de 72 hommes chacune ; l’une reçut l’ordre d'orcuper le logement de tribord, et l’autre, celui de babord. Je me

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trouvai placé sur le banc, à l'extrémité arrière du couloir de tribord, ayant pour voisins les plus proches M. le capitaine Morin, M. Morin, fils, MM. les notaires Huot et Lanctot, M. le Dr Newcombe et le jeune Ducharme.

Le lit qui m'était destiné, à moi quatrième, était le lit du second rang, du premier compartiment de tribord, en arrière (voisin de l’écoutille marquée C sur le diagramme). C'est dans ce compartiment que l'élévation, entre les deux ponts, était la plus grande ; il fallait, de cet endroit, franchir une marche pour arriver au niveau général du pont qui servait de plancher à notre prison.

Une fois que nous fûmes installés ou plutôt empilés, avec nos petites valises, dans cette étroite, obscure et fétide prison, on nous fit servir le diner, composé de bœuf salé froid et de biscuit, puis nous fûmes laissés à nos tristes réflexions et aux terribles pressentiments que cette manière de nous traiter nous suggérait tout naturellement.

Le soir on vint nous apporter le souper ; c'était un brouet clair de farine d'avoine, qu'on nous présentait dans un seau, où nous puisions avec une tasse d’une chopine qui constituait la ration règlementaire pour tous.

Immédiatement après le souper, .on nous intima l’ordre de nous mettre au lit au son d’une cloche qui devait sonner tous les soirs à huit heures : l'heure du lever était fixée à six heures. On devait garder le silence le plus absolu pen-

trouvai placé sur le banc, à l'extrémité arrière du couloir de tribord, ayant pour voisins les plus proches M. le capitaine Morin, M. Morin, fils, MM. les notaires Huot et Lanctot, M. le Dr Newcombe et le jeune Ducharme.

Le lit qui m'était destiné, à moi quatrième, était le lit du second rang, du premier compartiment de tribord, en arrière (voisin de l'écoutille marquée C sur le diagramme). (C’est dans ce compartiment que l'élévation, entre les deux ponts, était la plus grande ; il fallait, de cet endroit, franchir une marche pour arriver au niveau général du pont qui servait de plancher à notre prison.

Une fois que nous fûmes installés ou plutôt empilés, avec nos petites valises, dans cette étroite, obscure et fétide prison, on nous fit servir le diner, composé de bœuf salé froid et de biscuit, puis nous fûmes laissés à nos tristes réflexions et aux terribles pressentiments que cette manière de nous traiter nous suggérait tout naturellement.

Le soir on vint nous apporter le souper ; c'était un brouet clair de farine d'avoine, qu'on nous présentait dans un seau, où nous puisions avec une tasse d’une chopine qui constituait la ration règlementaire pour tous.

Immédiatement après le souper, .on nous intima l’ordre de nous mettre au lit au son d’une cloche qui devait sonner tous les soirs à huit heures : l’heure du lever était fixée à six heures. On devait garder le silence le plus absolu pen-

dant la nuit. Il était défendu de communiquer, en aucun temps, les uns avec les autres, d'un côté à l’autre des logements, et nul ne pouvait aller aux lieux d’aisance, situés dans l'entrepont supérieur près de l'escalier, sans la permission de la sentinelle.

À huit heures, nous nous glissâmes dans les boîtes qui devaient nous servir de lits, quatre ensemble, ayant pour deux une couverture, déjà très-malpropre, et pour oreiller un petit coussin fort mal fait et bien dur.

Pour ma part, malgré tout ce qu'un pareil lit avait d'incommode et de répugnant, je dormis bien toute la nuit : il est vrai que j'étais rendu de fatigues et d'émotions, et que, de plus, le froid que j'avais enduré sur le bateau à vapeur m'avait engourdi au point que je ne sentais pas les aspérités de ma couche.

A la cloche de six heures, le lendemain matin, nous sortimes de nos boîtes un peu meurtris, un peu asphyxiés et grandement indignés de la manière dont on en usait à notre égard. Un officier vint faire sa ronde pour constater notre présence dans le couloir, comme il l'avait fait la veille au soir, pour constater l’observance du règlement relatif au coucher.

À peine étions-nous hors de nos lits, que nous entendimes le bruit des chaînes de la frégate, on levait les ancres, et bientôt le navire se mit en mouvement : le bruit de la vapeur nous fit comprendre que nous étions remorqués.

Nous partions donc pour le grand et pénible voyage de l'exil; nous quittions notre patrie,

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sans pouvoir jeter un dernier coup-d'œil sur cette belle nature du Canada, si belle surtout dans ce magnifique port de Québec où nous nous trouvions en ce moment! D'un commun accord, nous nous jetâmes à genoux et nous miîmes à dire ensemble la prière du matin, pratique que nous avons fidèlement observée matin et soir tout le long du voyage. Cette première prière fut interrompue, pendant quelques instants, par des coups de canon tirés par notre vaisseau, salut auquel répondirent les canons de la citadelle du Cap-Diamant.

Vers sept heures, on nous fit mettre en sections de douze pour recevoir nos aliments. Un seau était le plat commun, destiné à contenir, tour à tour ou conjointement, tous nos aliments : du reste, nous n'avions ni couteaux, ni fourchettes, ni cuillers; tout notre service de table se composait d'une petite tasse où mesure de chopine.

Le régime alimentaire était ainsi ordonné :

déjeuner, —une chopine de gruau d'avoine faiblement édulcoré ; diner,—4 onces de bœuf salé, 4 onces de pudding au suif et quelques onces de hiscuit, ou bien (alternativement de deux jours l’un) une chopine de soupe aux pois, 8 onces de lard et 11 onces de biscuit * souper, —une chopine de cacao, avec le peu de biscuit qui nous restait du diner, quand il en restait.

La tablée à laquelle j'appartenais jouissait du luxe d’un petit couteau de poche que possédait Je capitaine Morin ; ce couteau nous servait à

sans pouvoir jeter un dernier coup-d'œil sur cette belle nature du Canada, si belle surtout dans ce magnifique port de Québec où nous nous trouvions en ce moment! D'un commun accord, nous nous jetâmes à genoux et nous mîmes à dire ensemble la prière du matin, pratique que nous avons fidèlement observée matin et soir tout le long du voyage. Cette première prière fut interrompue, pendant quelques instants, par des coups de canon tirés par notre vaisseau, salut auquel répondirent les canons de la citadelle du Cap-Diamant.

Vers sept heures, on nous fit mettre en sections de douze pour recevoir nos aliments. Un seau était le plat commun, destiné à contenir, tour à tour ou conjointement, tous nos aliments : du reste, nous n'avions ni couteaux, ni fourchettes, ni cuillers; tout notre service de table se composait d'une petite tasse ou mesure de chopine.

Le régime alimentaire était ainsi ordonné :

déjeuner, —une chopine de gruau d'avoine faiblement édulcoré ; diner,—4 onces de bœuf salé, 4 onces de pudding au suif et quelques onces de hiscuit, ou bien (alternativement de deux jours l'un) une chopine de soupe aux pois, 8 onces de lard et 11 onces de biscuit * souper, —une chopine de cacao, avec le peu de biscuit qui nous restait du diner, quand il en restait.

La tablée à laquelle j'appartenais jouissait du luxe d’un petit couteau de poche que possédait Je capitaine Morin; ce couteau nous servait à

couper la viande que nous prenions sous le pouce, après avoir bu ou mangé, comme on voudra, notre soupe aux pois avec la petite mesure. Voilà comment eurent à se tirer d'affaire, dans l'étroit entrepont que je viens de décrire, pendant les longs mois d’une traversée de plusieurs mille milles, des gens qui n'avaient jamais connu auparavu:t le malheur et le besoin, et qui, pour la plupart, n'avaient jamais vu la mer, même de loin.

On ne pouvait nous laisser jour et nuit dans l'étroit espace de notre prison flottante sans risquer de nous voir périr tous en peu de temps, aussi avait-on organisé la promenade journalière des prisonniers comme suit: le matin à neuf heures, la moitié d’entre nous, c’est-à-dire soixante-douze, étaient amenés sur le premier pont et y demeuraient en plein air jusqu’à onze heures et demie (le temps le permettant) ; dans l'après-midi l’autre moitié prenait la même place, sur le gaillard d'avant, à deux heures, et y demeurait jusqu’à cinq heures et demie.

Nous eûmes, au moins, pendant les premiers jours de notre traversée, le dernier plaisir de contempler les rives nord et sud du Saint- Laurent. Lorsque nous montâmes sur le pont le premier jour, nous étions un peu en bas de l'Ile-d'Orléans et le bateau à vapeur, qui jusquelà avait donné la remorque à notre frégate, venait de lâcher les amarres: nous le regardâmes longtemps, avec envie, remontant le fleuve et se rapprochant de tous les êtres chéris dont

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chaque minute nous éloignait, nous malheureux exilés.

Pendant cinq jours la mer fut belle et se “montra indulgente; mais le cinquième jour elle devint houleuse, sous l'effet d’un gros vent, et bientôt le mal de mer commença à faire son apparition au milieu de nous. À mesure que la tempête se faisait plus forte et que les vagues venaient battre avec plus de violence les flancs de notre triste frégate, le nombre des victimes de cet horrible mal augmentait.

Le sixième jour après notre départ, on comptait cinquante-neuf malades sur les soixantedouze prisonniers logés de notre côté du navire, et nous apprimes, plus tard, que l’état des choses était à peu près le même, sinon pire, du côté des prisonniers du Haut-Canada, occupant le couloir de babord.

Ceux qui ont goûté du mal de mer ou qui en ont pu voir les effets, ceux-là seuls pourraient se figurer dans quel état nous nous trouvions, malades ou non malades, privés de lumière, mais d'air surtout, d'air si nécessaire à ceux qui sont atteints du mal en question, entassés dans un étroit espace avec défense d'occuper les lits, si pauvres qu'ils fussent, pendant le jour. Les pauvres malades étaient sans cesse obligés de se cramponner à tout pour remonter sur le banc étroit, d’où les soubresauts du navire et la faiblesse les précipitaient sans cesse su: le pont rendu humide, glissant et fétide par les vomissements.

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Treize seulement (j'étais du nombre) échappèrent à la maladie : pendant huit jours, nous eûmes la douleur de voir nos compagnons en proie à ces tortures, que nous essayions à soulager de noîre mie x. La pluie, le vent et le roulis nous empêchèrent, pendant tout ce temps, de profiter de la promenade des premiers jours. L'odeur serait devenue suffocante, si elle ne l'était déjà, sans la précaution qu'on eut de mettre une cuve dans l’entrepont qui se trouvait au-dessus de nous, dans le voisinage des lieux d’aisance. Lorsque le besoin de vomir se faisait sentir, les plus forts allaient à la cuve, et, de ceux qui étaient en santé, six étaient constamment employés à nettoyer notre pavé (c'est le nom qu'il faut donner à ce pont), pour aller déposer les eaux de lavage dans cette même cuve. C'’étaient des scènes à faire bondir le cœur, et je ne comprends pas comment nous avons pu résister à de pareilles souffrances.

Ajoutez à tout cela les grossièretés, les insultes, les brutalités même de quelques hommes de l'équipage, entre autres celles d’un jeune offcier du nom de Nibblett (j'écris ce nom comme nous le prononcions), qui n'avait guère de plus aimables noms à nous donner que ceux de s0# of a bitch (enfant de chienne), de cut throat (coupe-jarret), etc. etc. À la vue de cette indigne conduite et du traitement que nous subissions, nous eûmes la pensée qu'on avait l’intention ou de nous faire périr de misères et de souffrances dans la traversée, ou bien de nous

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pousser à quelqu'acte de désespoir qui püt donner l'occasion de nous décimer. On avouera que de pareilles idées étaient parfaitement justifiées par la manière dont on nous traitait dans notre immense malheur.

Pendant huit jours, donc, nos pauvres compagnons malades eurent à subir ces terribles épreuves du mal de mer, et pendant huit jours, nous leur prodiguâmes les soins en notre pouvoir, les nettoyant, les aidant à se relever quand ils tombaient, les introduisant dans leur lit le soir, les en retirant le matin, à l’heure fixée par le règlement.

Enfin, le quatorzième jour après notre départ, le calme se fit et le beau temps reparut : ce jourlà nous pûmes monter sur le haut pont, pour y respirer l'air pur et frais de la mer. Nos pauvres malades se sentirent de suite soulagés, et deux jours après il ne restait plus que cinq de nos compagnons qui conservassent encore des traces du terrible mal.

Mais une autre souffrance physique nous attendait à ce point de notre voyage. Les marins disent que l'air de la mer creuse l’estomac: eh bien ! oui, l’air de la mer et notre quasi abstinence de huit jours venaient d'augmenter considérablement notre appétit ; mais il fallait cependant se contenter de la quantité d'aliments voulue par le règlement. Aussi, la plupart d’entre nous eurent-ils à souffrir affreusement, pendant toute la traversée, de l'insuffisance de nourriture.

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d'’exil et moi, ne sauront comprendre tout ce que nous avons enduré. A l'heure qu'il est, quand j'y pense, c'est comme un rêve dans lequel j'aime à me sentir délivré de mes maux, ou comme un cauchemar dont je cherche à me débarrasser, selon la disposition d'esprit dans laquelle je me trouve.

Il semblera au lecteur que notre situation était assez pénible pour ne pas inspirer autre chose, à un être humain, que de la pitié; que notre pénurie et notre misère étaient assez grandes pour ne pas suggérer l’idée d'y ajouter encore, qu'il ne devait venir à la pensée de personne de se faire une position meilleure aux dépens de malheureux comme nous. Eh bien!

il n’en fut rien. Il se trouva, parmi les employés du bord, un homme qui crut pouvoir tirer parti à son profit de la triste impuissance dans laquelle nous nous trouvions de pouvoir déjouer ses projets.

Il y avait, à bord de la frégate, un individu du nom de Black, marchand banqueroutier du Haut-Canada, lequel avait obtenu le privilége d'un passage gratuit aux terres australes, à la condition de nous servir de maître-d’hôtel pendent la traversée : c'était lui qui faisait le partage des rations des prisonniers et qui devait veiller à la propreté de notre logement. Il vint à la pensée de ce misérable de se rendre important auprès des autorités du bord, et probablement d'obtenir une récompense, en fabriquant contre nous la plus noire comme la plus lâche

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de toutes les calomnies. Pour accomplir son infâme projet, il s'associa à un prisonnier du Haut-Canada, le nommé Tywell ou Towell, qui consentit, moyennant des promesses de bons traitements présents et de liberté ultérieure, à servir de compère à ce scélérat.

Notre indigne maître-d’hôtel alla donc trouver le commandant de la frégate, dans la matinée du quinzième jour de notre navigation, pour lui dire que les prisonniers canadiens et américains (presque tous les prisonniers du Haut-Canada étaient américains) avaient formé le complot de se révolter contre l'équipage et de s'emparer du navire. Black indiqua Tywell, le prisonnier, comme étant en état de donner tous les renseignements désirables. Ce dernier, mandé devant le capitaine, corrobora tout ce qu'avait dit Black, comme nous le sûmes plus tard ; et désormais le commandant du navire, s’il ne fut pas effrayé d’un complot, qui eût été de notre part un acte de folie confirmée, n’eut plus de doute du moins sur son existence.

Nous n'avions pas l'ombre d'un soupçon de ce qui s'ourdissait ainsi contre nous; aussi on ne saurait décrire l’'étonnement que nous ressentimes, lorsque, à deux heures de l’après-midi de ce même quinzième jour, nous vîimes arriver dans notre logement deux officiers accompagnés de forts détachements des marins de l'équipage, armés de pistolets et de coutelas comme s’il se. fût agi d'un abordage. Nous reçûmes l’ordre de nous diriger en silence vers l'escalier qui

de toutes les calomnies. Pour accomplir son infâme projet, il s’associa à un prisonnier du Haut-Canada, le nommé Tywell ou Towell, qui consentit, moyennant des promesses de bons traitements présents et de liberté ultérieure, à servir de compère à ce scélérat.

Notre indigne maître-d’hôtel alla donc trouver le commandant de la frégate, dans la matinée du quinzième jour de notre navigation, pour lui dire que les prisonniers canadiens et américains {presque tous les prisonniers du Haut-Canada étaient américains) avaient formé le complot de se révolter contre l'équipage et de s'emparer du navire. Black indiqua Tywell, le prisonnier, comme étant en état de donner tous les renseignements désirables. Ce dernier, mandé devant le capitaine, corrobora tout ce qu'avait dit Black, comme nous le sûmes plus tard ; et désormais le commandant du navire, s’il ne fut pas effrayé d’un complot, qui eût été de notre part un acte de folie confirmée, n’eut plus de doute du moins sur son existence.

Nous n'avions pas l’ombre d'un soupçon de ce qui s'ourdissait ainsi contre nous; aussi on ne saurait décrire l’étonnement que nous ressentimes, lorsque, à deux heures de l’après-midi de ce même quinzième jour, nous vîimes arriver dans notre logement deux officiers accompagnés de forts détachements des marins de l'équipage, armés de pistolets et de coutelas comme s’il se fût agi d’un abordage. Nous reçûmes l’ordre de nous diriger en silence vers l'escalier qui

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conduisait à l’entrepont, où l’on nous logea sous clef dans un compartiment d'environ vingtquatre pieds carrés situé à l'avant.

Nous demeurâmes enfermés dans cet endroit pendant environ deux heures, sans savoir ce qu'on voulait faire de nous, ni pouvoir comprendre le but de cette conduite mystérieuse à notre égard.

Au sortir de notre seconde prison, dont les abords étaient gardés par des hommes armés jusqu'aux dents, nous reçûmes de nouveau l’ordre de n'avoir aucune communication d’un

‘côté à l’autre de nos logements, et de garder,

avec plus de rigueur que jamais, le silence entre nous. On nous avertit que les sentinelles avaient reçu l’injonction de faire feu sur le premier qui laisserait sa place sans en avoir préalablement obtenu la permission.

Pendant notre internement de deux heures dans le coqueron dont je viens de vous parler, on avait ouvert toutes nos valises et bouleversé tous nos lits. Il va sans dire qu'on ne trouva rien de compromettant: quelques canifs, des rasoirs et des pièces d’or et d'argent, trouvés dans quelques valises, furent confisqués sans pitié. Nous trouvâmes plusieurs valises brisées, nos effets bousculés, et nos pauvres lits sens dessus dessous.

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Ja moindre occasion de nous justifier. Nous ne pouvions deviner la cause de ces recherches et de ces rigueurs. Il était facile de voir que nous avions été la victime de quelque calomnie ; mais nous ne pouvions imaginer d’abord sur quoi on avait pu fonder le soupçon d’un damned plot (complot infernal), dont nous parlait, sans explication aucune, mais avec un crescendo d’injures, l'officier Nibblett. Ce ne fut que quelques jours après que nous apprîmes le tout de la bienveillance d’un pauvre factionnaire, ému de pitié à la vue de l'inquiétude dans laquelle nous jetait tout ce manége. Pour ne pas compromettre ce brave homme, nous ne dimes mot aux autorités de la révélation qu'il nous avait faite, laquelle, du reste, ne faisait de mal à personne ; car l’idée d’une révolte de notre part était d’une absurdité telle qu’elle ne pouvait manquer d’apparaître à tout le monde, après réflexion.

De ce moment, au lieu de nous faire monter ensemble tous les jours sur le pont, ceux de tribord pendant deux heures le matin, et ceux de babord pendant deux heures l'après-midi, on ne nous fit plus monter que par escouades de douze, et pour une heure seulement ; et alors nous étions obligés de nous tenir en silence dans un coin, sous la surveillance d'une garde armée.

Bientôt vint s'ajouter à toutes nos souffrances une misère qui prit rapidement des proportions atroces ; je veux parler de la vermine, qui, se trouvant en germe dans les effets de literie

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