‹ Notes du condamné politique de 1838 [microforme]Chapitre 5 sur 67 · MM · texte numérisé non relu

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quelle suite il pouvait avoir sur le sort de ceux qui comptaient sur notre concours, et auxquels ce concours était promis.

M. de Lorimier n'avait jusque là pris aucune part active au mouvement, du moins à ma connaissance personnelle. Sur la réponse faite aux personnes que je viens .e désigner, le projet qu'elles proposaient fut abandonné, et chacun accepta, dès lors, avec résignation, les conséquences de ce qui pouvait advenir.

Dans la nuit du 5 au 6, on vint annoncer que les sauvages du Sault Saint-Louis s'avançaient contre le village de Beauharnais. Il était en ce moment environ deux heures du matin, et la nuit était d’une obscurité extrême. L'appel aux armes fut de suite fait, et aussitôt que réunis, ce qui ne prit qu'un instant, nous nous mîmes en marche à la rencontre de l'ennemi. Mais on avait fait erreur, et, à la suite d’une marche difficile et fatigante, nous regagnûmes nos quartiers.

Pendant notre séjour au village, les femmes et les enfants des cultivateurs de la paroisse nous apportaient des provisions que nous préparions de notre mieux, et nous logions dans divers édifices et diverses maisons du village, par escouades.

Le 6, je reçus une invitation à dîner à bord du bateau à vapeur, de la part du capitaine, M.

Wipple, alors prisonnier sur parole avec son équipage. J’acceptai, et ce fut le premier repas

tranquille et confortable que je faisais depuis plusieurs jours.

La journée du 6 fut une journée d'inquiétude : nous ne recevions de nouvelles de nulle part, excepté de Châteauguay, où nos amis se décourageaient d'avoir perdu leurs chefs et de ne rien savoir de ce qui se passait ailleurs.

Le 7, sur les deux heures de l'après-midi, il nous vint un courrier du camp des patriotes dit de Baker, du nom de l’endroit occupé par ce camp sur les bords de la rivière Châteauguay à trois lieues de Beauharnais. Le camp de Baker comptait environ trois cents hommes et le courrier venait nous demander du secours, en nous informant qu’un parti de huit cents hommes, composé de troupes régulières et de volontaires, sous le commandement de M. le major Campbell (*), marchait sur eux.

Nous passâmes alors et de suite la revue de nos gens, et, prenant avec nous deux cents hommes, Chevalier de Lorimier et moi nous nous mimes en marche pour le camp de Baker, en toute hâte. Le reste de nos troupes, alors réunies à Beauharnais, devait, d’après l’arrangement pris, y demeurer sous le commandement de MM. Wattier et Roy, jusqu’à nouvel ordre.

Nous arrivâmes à Baker vers les six heures du soir, à la suite, comme on peut le voir, d’une

(*) Il ne s’agit point ici de M. le major Campbell, plus tard représentant du comté de Rouville,

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marche forcée soutenue par tous nos hommes avec autant de gaieté que de force et de ccurageo. Nous trouvâmes nos amis sur leurs gardes, protégés contre toute surprise par des piquets de sentinelles jetées dans toutes les directions. Ce fut ainsi que se passa la nuit du 7 au 8.

Le 8, sur les neuf heures du matin, des sentinelles, se repliant, vinrent nous informer que les troupes s’avançaient, et bientôt nous pûmes les distinguer sans être vus, à environ un quart de lieue de nous, où elles s’arrétèrent.

Apparemment que ces troupes étaient fatiguées, car elles ne bougèrent pas de toute cette journée, pas même pour faire des reconnaissances de notre côté. Tout ce jour et la nuit du 8 au 9 se passèrent à observer l'ennemi et à prendre nos dispositior, pour la bataille maintenant imminente, entre nous, étrangers à l'art de la guerre et fort mal armés, et une troupe supérieure en nombre, bien disciplinée et armée jusqu'aux dents.

Nous avions élu pour chef M. le docteur Perrigo, un vétéran des milices de 1812, lequel devait nous trouver bien différents, sous le rapport de la discipline et de l'équipement, de ce qu'étaient nos pères, ces fortes milices régularisées qui, juste un quart de siècle plus tôt, avaient remporté cette belle victoire qu’on connait, sur les bords de cette même rivière Châteauguay.

Nous allions, en ce moment, marcher contre ce même drapeau que défendaient alors nos

pères ! Cependant, nous allions, nous aussi, combattre pour la patrie ; et tous les souvenirs du ‘ glorieux passé des luttes héroïques de notre petit peuple semblaient devoir, en ce moment de faiblesse apparente et de décourageantes circonstances, nous tenir lieu d'armes et de dra-

peau.

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