‹ Notes du condamné politique de 1838 [microforme]Chapitre 55 sur 67 · LE CHANTIER CANADIEN · texte numérisé non relu

LE CHANTIER CANADIEN

Le chantier canadien était à neuf milles seulement de Sydney, sur le côté opposé de la rivière Paramata, et à trois milles des bords de la rivière. C'était en pleine forêt ; mais un sentier bien tracé y conduisait : aussi n’eûmes-nous aucune peine à le suivre.

Après informations prises, nous avions décidé, M. Bourdon et moi, de nous mettre à faire des lattes, et nous avions monté notre outillage dans ce but. Les raisons qui nous avaient déterminés à choisir la latte pour objet de notre production étaient : lo que nous ne faisions pas concurrence à nos camarades du chantier, occupés exclusivement à préparer du bois de charpente et du bois de sciage ; 20 que l’ouvrage requis, pour cette transformation du bois de la forêt, demandait moins d'habitude des travaux forestiers en général.

Partis le matin de Sydney, nous traversâmes la rivière, et, vers midi, nous atteignîimes le chantier, où bientôt arrivèrent de l'ouvrage, pour diner, nos amis tout réjouis de nous voir. Nos hôtes du moment étaient logés dans une cabane spacieuse, construite d’éclats de bois et recouverte d'écorce d’arbres: tout autour régnait, comme dans les chantiers du Canada, une rangée de couchettes mollement et abondam-

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NOTES D'UN CONDAMNÉ POLITIQUE. 181 ment bourrées de feuilles de fougères et garnies de couvertures de laine.

Nous préparâmes avec eux le diner, et, pendant ce temps et le temps que dura le repas, nous fimes part à nos compatriotes de notre projet de nous joindre à eux pour confectionner de la latte. Sachant que nous n’étions pas accoutumés aux travaux forestiers, ils exprimèrent certains doutes sur le résultat définitif de notre entreprise. Mais enfin, dirent-ils, comme il n'y a rien autre chose à faire dans ce malheureux pays, il faut bien essayer de tout !—Ils s’offrirent à nous venir donner wn coup de main, pour lancer notre exploitation.

Nous n'avions, niles uns ni les autres, de temps à perdre ; un labeur continuel et une sévère économie étaient de rigueur alors dans la Nouvelle-Galles du Sud, on ne se tirait pas d’affaire à moins; aussi, immédiatement après le dîner èt le petit bout de conversation qui en fut comme le dessert, nous allâmes nous mettre à l'ouvrage. Il était environ une heure de l'après-midi quand nous commençâmes notre

besogne, nos dix amis nous dirigeant et nous

aidant.

Un arbre énorme, ayant au moins six pieds de diamètre sur la souche et une longueur de plus de cent pieds, fut abattu et coupé en billots de quatre pieds de long, longueur que devaient avoir nos lattes. Nos amis, qui nous avaient aidé, dans cette première opération, nous enseignèrent alors les meilleurs pro-

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