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cédés pour fendre ces billots et les réduire en lattes; après quoi ils s’en allèrent reprendre leur propre ouvrage, pour le reste de la journée.
Il nous restait alors encore environ deux heures de travail, que nous employâmes de notre mieux, M. Bourdon et moi, à continuer le même labeur. Pendant ces deux heures d'ouvrage, nous fendîimes chacun environ quarante lattes : dans le même espace de temps, un homme parfaitement au fait de la besogne en eût fendu à peu près deux cents.
Le soir, réunis tous les douze dans notre cabane, après notre souper, nous passâmes la plus agréable veillée qu'il nous eût encore été donné de passer dans les terres australes. Jusqu'à onze heures, notre conversation, entremêlée de chansons canadiennes, roula sur notre cher pays, sur les parents et les amis absents. Chacun pensa et parla de sa famille, de sa paroisse, exprimant le ferme espoir de revoir encore l’une et l’autre avant de mourir. Cette conversation bien douce, sans doute, n'était pas sans larmes cependant ; il y avait parmi nous des époux et des pères dont les épouses et les enfants étaient absents et peut-être nécessiteux.
Notre travail allait toujours ; et nous acquérions de l'expérience et de la dextérité dans notre nouveau métier, lequel, néanmoins, fatiguait considérablement mon camarade, M Bourdon, qui était faible de tempérament. Bien que plus robuste que mon ami, je ne laissais pas non plus que de trouver la besogne fort dure.
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Dès les premiers jours, nous eûmes les mains pleines d'empoules et les membres endoloris de fatigue.
Au bout de huit jours de travail, il nous fallut aller à Sydney pour nous procurer des provisions. Nous fimes, là, rencontre des trois principaux officiers d'un navire baleinier français du port de Brest ; ils revenaient d'une course de pêche à la baleine, faite dans les régions de l'extrême sud du Pacifique. Nous parlâmes ensemble de la Vieille et de la Nouvelle- France ; puis nous leur fimes, à leurs vives instances, le récit de nos luttes et de nos malheurs.
Pris d'une ardente sympathie pour nous, et mus par ce sentiment si singulièrement français, le dévouement, ils nous offrirent de suite de nous dérober à l'exil, en nous prenant à leur bord. Nous les remerciâmes chaudement de leur offre généreuse, mais nous leur répondîimes que la chose était à peu près impossible ; et nous leur fimes connaitre les sérieuses conséquences qui pouvaient en résulter pour eux; car les lois portées contre les capitaines, officiers et marins d’un navire qui donnerait asile à un condamné sont d’une sévérité extrême. La peine personnelle est une amende de £500 sterling ou la prison, et, dans le cas où le capitaine ou les propriétaires du bâtiment seraient les auteurs de la tentative, alors la peine portée est la confiscation du navire.
Dans ce cas, dit un des officiers, le médecin du baleinier, j'en fais mon affaire: si nous
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