‹ Notes du condamné politique de 1838 [microforme]Chapitre 57 sur 67 · LU À · texte numérisé non relu

LU À

a «= æ zu > O0 = du Œ us À [en O «un z}

échouons, j'en serai quitte pour un peu de prison, et dans tous les cas le navire sera exempt de saisie. Il fut si pressant, et la perspective d'être libre est tellement engageante que nous consentimes à accepter la proposition du généreax médecin. Il avait tout arrangé, de façon à ne compromettre ni le capitaine ni le navire : il devait nous cacher dans sa pharmacie, dont lui seul avait les clefs et qui était comme son domaine à lui, de l'administration duquel il avait seul les priviléges et la responsabilité.

C'était deux jours après que devait avoir lieu le départ du navire baleinier. Dans la nuit qui suivit cet arrangement préliminaire, je me pris à réfléchir, et, dans la longue insomnie que me valait la gravité de la situation, je pesai toutes les raisons pour et contre : le résultat de mes délibérations, ainsi faites à part moi, fut qu'il valait mieux ne pas tenter cette aventure, si pleine de dangers pour les hommes généreux qui voulaient bien y prendre part dans notre unique intérêt, et pour nous. D'ailleurs, au cas de plein succès, je ne voyais rien de mieux, dans le résultat, que l'obligation de vivre et de mourir en dehors de mon pays natal.

Je communiquai à mon ami, M. Bourdon, le résultat de mes méditations et ma détermination de ne point partir, qui en était la conclusion pratique. Je lui dis qu'il y avait tout lieu d'espérer une amnistie, et que,dans ce cas, notre évasion équivaudrait à un bannissement per-

pétuel.

JE

un peu de era exempt perspective 8 que nous n du géné- D de façon le navire :

acie, dont omme son duquel il bilité.

avoir lieu a nuit qui je me pris le que me sai toutes at de mes fut qu'il nture, si généreux ins notre 8, AU Cas eux, dans e et de

trdon, le termina-

concluout lieu as, notre ent per-

M. Bourdon me répondit qu'il était époux et père, qu’en profitant de l'occasion qui lui était si généreusement fournie par les officiers du baleinier français, il pourrait s’en aller aux Etats-Unis, et y faire venir sa famille ; qu’au cas d'une amnistie il tâcherait d'obtenir d'y participer. Bref, il était, me dit-il, décidé à partir.

Il partit, en effet, avec le baleinier qui mit à la voile le matin suivant, emportant dans son sein mon c& marade et ami. M. Bourdon a rendu compte de son voyage dans un écrit publié il y a déjà plusieurs années. Ce brave compagnon de mes misères est mort l’an dernier ; mais au moins il est mort sar le sol de la patrie, et la terre de sa naissance a recu le dépôt de ses cendres à l'ombre de 1x :-2ix, d’un cimetière canadien.

I1 me fallait trouver u nouvel associé ; car il était nécessaire d’être deux pour notre besogne. Dans l'état des affaires à Sydney, je n’eus pas de peine à le rencontrer parmi les exilés canadiens : ce fut M. Louis Ducharme. Le même jour que mon ami Bourdon mettait à la voile,

. et quand nous eûmes vu le navire qui le portait

en dehors du port, nous primes, le sac de provisions sur le dos, le chemin de la forêt qui menait à notre chantier.

Nous nous mimes bravement à l'ouvrage ; et, sans tenir compte de nos embarras, des mécomptes et de la fatigue, nous fendions des lattes du matin jusqu'au soir. Enfin deux semaines après notre retour au chantier,

nous avions complété une cargaison de 12,000. lattes. Alors nous engageâmes des charretiers pour transporter notre bois à la rivière, puis nous louâmes une berge pour le conduire à Sydney, où nous en opérâmes la vente au prix de dix schellings sterling le mille.

C'est-à-dire que nous avions tout juste suffisamment d'argent pour payer la coupe du bois, le charretier, le louage dé la berge et acheter des provisions pour une autre quinzaine. Ce n'était pas un résultat brillant; mais nous vivions comparativement heureux dans notre cabane avec des compat. iotes.

* Le lendemain de notre vente, nous remontâmes au bois par la rivière, en ramant sur la berge avec laquelle nous avions amené nos lattes et que nous devions ramener au lieu d'embarquement du bois. Nous reprîimes donc nos travaux, avec d'autant plus de courage que nous avions maintenant acquis une certaine habileté au métier, et que, surtout, nous étions désormais endurcis au travail, au point de ne ressentir que juste cette fatigue qui fait trouver le repos du soir si délicieux et le sommeil de la nuit si réparateur. Enfin, n'eût été la chaleur et les maringouins qui vinrent bientôt nous tourmenter, nous nous serions crus assez heureux; autant qu'on peut l'être, du moins, sous les circonstonces dans lesquelles nous nous trouvions.

Comme nous n’espérions pas sortir bientôt de notre condition, et que, occupation pour occupa

à Là à:

Mi

de:

Li L'iè t EE sers

NAT in ge pe ge ar QG RD DA dt eme

1 de 12,000:

es charrela rivière, ir le con- 8 la vente le mille, > suffisamlu bois, le cheter des Ce n'était 8 vivions re cabane

Ss remons nt sur la nené nos * au lieu mes donc rage que certaine us étions nt de ne trouver eil de la chaleur ôt nous sez heuns, SOUS 1S nous

entôt de OCCU pa»

tion, autant valait, pour le moment du moins, notre métier actuel de forestier que tout autre, nous résolûmes de construire un four de terre à la façon du Canada, pour y cuire notre pain en commun. Jusque-là, notre farine avait été convertie en pains cuits sous la cendre sur une pierre plate, à la façon des pays d'Australie. Nous passions donc de la galette au pain, et ce fut une époque.

Partout où demeuraient quatre ou cinq canadiens ensemble, on vit plus tard s'élever un four de terre, et les habitants du pays se disaient :——“ Il y a des canadiens ici!” en apercevant cette commodité domestique, inconnue jusque-là dans les campagnes de la Nouvelle- Gralles du Sud.

Ainsi se passèrent tranquillement trois nouvelles semaines de notre exil, pendant lesquelles, chaque jour travaillant, nous avions fabriqué une autre cargaison de lattes, plus considérable que la première. Mais le calme ne dure pas toujours et le bonheur n’est point habitant de cette terre: je vous assure, ami lecteur, que nous l'avons trouvé en Australie moins qu'ailleurs encore.

Nous avions donc, dans la journée dont il va être question, chargé notre berge de nos lattes, avec l'intention de partir de bonne heure, le lendemain, pour le marché de Sydney. La berge fut ancrée près du rivage, prête à nous recevoir au matin : le malheur voulut que, dans la nuit, elle fût entraînée par la marée sur une grosse

f s. WA 4 FRE rà ré

RUE FE \ à \ $ TS TE 0 PL PSS

roche, sur laquelle elle chavira à marée basse, déchargea”t dans la rivière la plus grande partie de sa cargaison.

Quels ne furent pas notre étonnement et, notre désespoir en apercevant, à notre arrivée sur la rive, notre berge à moitié pleine d’eau et notre chargement épars sur la rivière: mon compagnon, surtout, en fut atlerré ; mais il fallut en prendre son parti et tâcher de retirer du naufrage le plus possible des épaves de notre petit avoir.

Après avoir vidé la berge de l’eau qu’elle contenait, nous nous mîimes à recueillir, avec deux petites chaloupes qui se trouvaient là, nos lattes qne le flot avait fait voyager toute la nuit. Heureusement que ces lattes étaient réunies par paquets, de cent lattes chacun, et qu’au moment de notre arrivée la marée, qui achevait de monter, avait presque tout ramené au point de départ du baissant précédent. En somme, nous en fûmes quittes pour la perte de notre temps et de quelques centaines de lattes; mais c'était déjà quelque chose pour nous, sans compter la fatigue et l'ennui de ce labeur inattendu. Après avoir employé les heures favorables de la marée à recueillir nos lattes, nous nous occupâmes à les recharger dans la berge: ces diverses opérations ne furent terminées que le soir. Nous mîmes alors la berge en lieu sûr pour la nuit.

Le lendemain matin, de bonne heure, nous ramions du côté de Sydney, ayant contre nous le courant du montant. Il soufflait alors, en

UE

arée basse, lus grande

nement et tre arrivée ne d’eau et ière : mon ; mais il de retirer es de notre.

qu’elle conavec deux nos lattes nuit. Heues par pau moment hevait de 1 point de ime, nous tre temps ais C'était >mpter la Lu. Après la marée pâmes à es opérar. Nous a nuit.

re, nous re nous lors, en:

notre faveur, un de ces vents chauds qui, dans cet endroit, sont invariablement, le même jour, remplacés par de gros vents froids venant du sud. Nous faisions force de rames, pour arriver au quai de Sydney avant le retour du vent du Sud.

Déjà nous voyions s’agiter les arbres, se soulever la poussière des routes, déjà nous sentions se refroidir l’atmosphère sous l'effet des premières bouffées de ce vent malencontreux ; mais nous n'étions plus qu'à quelques arpents du débarcadère : nous redoublions d'efforts, la sueur nous inondait! Peines inutiles, voilà le vent sur nous, nous reculons. Force nous fut alors de virer de bord et de nous laisser remonter vers le lieu d’où nous étions partis; mais, cette foic-ci, sans ramer: nous n'avions qu’à gouverner notre embarcation qui, chargée par-1essus les bords, offrait au vent beaucoup de prise.

C'était encore une journée de perdue et de nouveaux risques à courir. Nous regagnâmes le port d'embarquement, où nous jetâmes l'ancre à sept heures du soir, le samedi. Nous reprîimes donc assez tristes le chemin de la cabane; car nous n'avions plus de provisions. Depuis plusieurs jours déjà nos camarades nous nourrissaient ; et nous avions bien compté ne revenir que le lundi, mais avec suffisamment d’approvisionnements pour rendre ce que nous leur devions et nous nourrir pendant une autre quinzaine au moins. Nous n’en fûmes cependant pas plus mal reçus pour ne rien apporter,

À RDA errors Xs ner re earem era lmomsdique semer nptmassenamieie

et le dimanche se passa, comme tous les autres que nous avuns passés dans le bois, à partager notre temps entre la prière, la lecture et les conversations sur la patrie absente.

Le lundi nous repartimes pour Sydney, par le plus beau temps du monde. Notre cargaison, pour avoir bu l’eau de la rivière Paramata, subit xne baisse de douze sous par mille, à laquelle il fallut bien se :soumettre dans la vente que nous en fimes le même jour. Le produit de notre cargaison nous mit en état de payer toutes nos redevances et d'acheter des provisions pour seize à dix-huit jours ; mais nous ne pûmes faire d’autres emplettes que celle de deux pantalons de bouragan, un pour mon associé, l’autre pour: moi.

Ainsi donc notre travail, si dur qu'il fût, suffisait à nous nourrir, et voilà tout. Bientôt mon associé fut presque sans habits et ma garde-robe. ne valait guère mieux que la sienne : cependant, je pouvais encore me montrer à Sydney dans mes hardes, tandis qu'il y eut un temps où:

mon pauvre associé, lui, était obligé d'emprunter de nos camarades, dont le travail était: plus lucratif, certains articles d’habillement,. entre autres une chemise; car, en toilette de chantier, il n'avait qu’un justeaucorps de laine: et pour tout chapeau un petit bonnet de laine: rouge. Ilne faut pas demander si notre peau.

se bronzait, exposés, comme nous l’étions, aux. ardeurs du soleil australien, ,

Page 1