‹ Notes du condamné politique de 1838 [microforme]Chapitre 9 sur 67 · EE · texte numérisé non relu

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brisées sous les yeux de ceux qui les livraient. Cet homme s'était acharné contre la faille d’un habitant du village de Beauharnais, M. Provost ; non content d’avoir fait arrêter le chef de cette famille dont les propriétes avaient été incendiées, il poursuivait de ses persécutions sa pauvre femme qui, chargée de ses trois enfants, était forcée d'errer de maison en maison pour trouver un asile, dont son persécuteur la chassait hientôt. Ce fut un colonel de l’armée régulière, M. le colonel Gray, qui mit fin à cette sauvage vengeance, en assignant une demeure à la malheureuse famille ; honneur en soit rendu à ce brave militaire.

Le 1er décembre, après nous avoir fait subir un interrogatoire, on nous lia deux à deux, au nombre de cinquante-deux, presque tous pères de famille, et nous partimes pour Montréal sous escorte. Il y avait un peu de neige, et il faisait froid. Dans l’après-midi on nous traversa en bateaux du village du Sault Saint-Louis à Lachine, où nous arrivâmes vers les cinq heures du soir. Nous fûmes logés dans un hangar sans feu, pour y passer la nuit. ?

Nous recûmes, à notre arrivée à Lachine, la visite de quelques individus qui nous informèrent que Cardinal, Duquette et plusieurs autres subissaient en ce moment leur procès et qu'on allait bientôt les mettre à mort ; certains volontaires nous faisaient à nous-mêmes des menaces d’un sort semblable.

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Le soir madame Papin, de Lachine, accompagnée de sa fille, vint nous apporter des provisions préparées de leurs mains charitables, ei nous donner de bonnes paroles de sympathie et de consolation, dont Dieu leur tiendra bon compte au jour des récompenses des bonnes actions.

Le lendemain matin, nous nous mîmes en route pour Montréal, escortés par des soldats d’un régiment écossais, dont les musiciens nous ennuyèrent de la musique de leurs cornemuses pendant presque tout le trajet. À notre entrée dans le Faubourg des Récollets, cette musique fit place à un concert d’injures, de malédictions et de menaces, organisé par une sopulace ennemie, dont les cris de—Shoot them! Hang them ! (Tuez-les ! Pendez-les !) nous accompagnèrent jusqu’à la Pointe-à-Callières, où l’on nous logea dans un hangar érigé en prison, où déjà un très grand nombre de prisonniers étaient entassés. On avait barricadé les fenêtres, érigé des latri s sans égout à l’intérieur, et établi des poëles pour cuire les aliments... Il est facile d'imaginer quel air nous respirions dans ce taudis.

Le troisième jour de notre détention dans cet endroit, M. de Saint-Ours, alors shérif de Montréal, vint nous rendre visite, et, voyant l'état déplorable dans lequel nous étions, prit sur lui de faire enlever les barricades des fenêtres qui

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