‹ Notes et causeries sur l'art et sur les artistes parChapitre 14 sur 40 · XPOSITION DE SES ŒUVRES · texte numérisé non relu

XPOSITION DE SES ŒUVRES

1 de Prud'hon est devenu dans notre école rmt de la grâce, et peu s^en faut que les de nos jours ne le mettent en balance avec Corrége. Cependant Prud'hon n'a produit mbre assez restreint de grands ouvrages, suffisent à justifier une réputation acceptée [discutable.

)is, quelques regrets se mêlent aujourd'hui nge lorsque le regard étudie les œuvres lans la salle des Beaux- Arts , et il faut bien le si cette exposition n'a pas diminué Prud'ne trouvera pas cependant qu'elle l'ait fait Elle ressemble un peu à ces livres pleins de is inattendues et compromettantes qui nous laître dans la carrière d'un homme célèbre lances communes , si Ton veut , à tout le

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monde, mais dont chacun se laissait aller, sans parti pris, à le croire incapable ou innocent.

Il est inutile de raconter à nouveau une vie aussi connue que Test aujourd'hui celle de Prud'hon. Les incidents en ont été minutieusement recherchés et redits. E. Delacroix lui-même se plut à analyser un jour, avec une chaleureuse sympathie, rœuvred'un peintre dont les grâces voluptueuses et savantes semblaient devoir le moins séduire son esprit sévère et naturellement indiscipliné. Nous n'avons donc qu'à jeter un rapide coup d'œil sur Pensemble de cette collection , dans laquelle Prud'hon se montre surtout comme un dessinateur original et charmant, et comme un poëte qui a dans les veines quelques gouttes du sang de Virgile et d'Ovide.

On sait que Prud'hon a peint peu de tableaux; embarrassé dès sa jeunesse dans les liens d'un mariage indigne de lui, chargé de famille et dépourvu de fortune, il dut suffire à des nécessités qui, sans étouffer son génie, en limitèrent pendant trop longtemps le cours et peut-être le progrès. Il lui fallait dépenser en menue monnaie la richesse de son imagination, et quand son jeune cœur débordait de rêves et de tendresses, c'était par des images de bonbonnières ou des entêtes de romances qu'il en épanchait le trop-plein. Çà et là, il trouvait bien un portrait à faire , mais il ne paraît pas qu'il y prît grand goût. Cependant il avait ses jours de consolation , et probablement, dans un de ces moments oti le cœur

attendri et satisfait semble aider le pinceau , il peignit ses deux amies, madame Copia et madame Antiiony. Le premier portrait semble exécuté sous l%piration de David, avec une grâce souriante incronnue au peintre des Sabines; l'autre rappelle Cjreuze, avec moins d'habileté dans le métier et plus cle naturel dans l'expression . Ces deux portraits sont des meilleurs parmi les quarante-huit que le livret 3t.ttribue avec trop de confiance à Prud'hon ; car on peut faire ses réserves en le consultant, et nous avouerons, pour notre part, que nous résistons à recont^aitre la touche du maître dans une tête inscrite sous i^e n» 46. Non pas certes qu'elle soit indigne de lui , ^ais elle montrerait alors un goût passager de précision et de finesse , et une préoccupation inusitée de sévérité qui n'est pas le caractère habituel de son dessin, presque toujours large et négligent de détails. De plus, cette pâte ambrée et légère, laissant transparaître le trait du crayon, se dérobe à tout rapprochement, si l'on essaye de la comparer à celle que le peintre emploie dès le début et dont il se servira plus tard pour modeler le visage de madame Antoine Passy ou celui de madame Jarre, au Louvre. De ce îu'il est difficile de dire le nom de l'artiste à qui le spectateur devra reporter l'honneur de ce joli ouvrage, l ne s'ensuit pas que Ton se trompe en refusant de roire qu'il soit de Prud'hon, non plus que le por- '2dt de cette vieille et aimable bourgeoise au masque lionne de rides sous sa cape de soie noire, et

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qui rappelle si bien la manière timide du consciei cieux Drouais. — Et puis, pourquoi ne pas Tavoue Prud*hon ne fut, après tout, qu'un assez médioc portraitiste. Le réel n'était pas son domaine , et Pi pressent quel ennui devait alourdir sa main lorsq de ces charmantes esquisses si pleines d'esprit, < lumière et de ressemblance, — l'impératrice Jos^ phine, madame de Sommariva, — il passait à ce grandes toiles où il fallait peindre le marquis de Gouvion-Saint-Cyr ou le grand électeur Talleyrand. En retrouvant ces pages oubliées, c'était le moment convenable de se rappeler la devise prudente du célèbre diplomate : « Pas de zèle ! » Avec un enthousiasme plus maître de lui, les amis de Prud'boD n'eussent point provoqué certains étonnements, e^ dans peu d'années, clément pour la mémoire d'ur grand artiste qui avait pris soin lui-même, par seî imprudentes colorations , d'aider et de justifier se: attaques, le temps eût achevé de détruire des œuvre; dont on est bien forcé de reconnaître la flagrant médiocrité.

Il est aussi regrettable de ne pas trouver à l'EcoI des Beaux-Arts quelques-uns de ces tableaux caché aujourd'hui dans le cabinet des amateurs, et qui n sont connus que par la gravure : VEnlèvement c Psyché, Zéphire qui se balance, — l'original appa tient à M. Genin, — Vénus et Adonis. On eût ait à comparer le peintre dramatique du criminel pou suivi au chantre gracieux des divinités antique

absent dans la salle des Sept-Cheminées. La Fengeance de Cérès même ne répond pas à Pimpression qu'en donne l'estampe, et la froide allégorie de VAme brisant ses liens ne révèle au regard que Pétat d'épuisement auquel une grande douleur avait réduit le malheureux Prud'hon. Le moment était venu après Iquel Part lui-même ne pouvait plus fournir de consolation à celui qui Pavait tant aimé.

Cest dans les esquisses exposées à P École des Beaux- Arts que l'on retrouve tout à fait Prud'hon. Mais là, du moins, comme Padmiration est à son aise! Il faudrait tout louer; on peut se contenter de citer : IHane implorant Jupiter, Vénus et Adonis, l'Amour séduisant l'Innocence y Minerve conduisant le Génie des arts, l'Abondance, Andromaque, Phrosine et Mélidor, la Toilette, autant de petits tableaux qu'on oserait dire achevés , et dans lesquels on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, ou la beauté du style, ou Wen la tendresse et la passion qui y éclatent. Comme k sentiment instinctif de la couleur se révèle mieux <iuand la petitesse du cadre oblige l'artiste à poser franchement et rapidement sa touche, et comme le dessin, la tournure de ces petites figures qui naissent si spontanément sous son pinceau rendent plus insupportables les prétentions académiques et les compositions laborieuses de certains de ses contemporains ! . ,

Mais c'est peut-être sur le papier et le crayon à la main que Prud'hon satisfait plus complètement le

spectateur et semble mieux se satisfaire lui-mém^^ Cest là qu'il manifeste avec plus d'évidence cet^^ sensibilité poétique un peu féminine qui prêten presque dans ses idylles de la chasteté à la voluj même. Il a trouvé dès Tabord un modèle à lui, Testompe et le crayon blanc arrivent à des effets d'^^j relief surprenant, sans nuire à la netteté nécessa^ 5r( des contours. Comme Léonard, il fait tomber de haut la lumière sur ses personnages; elle cercle les yeux d'une ombre qui fait valoir Pétincelle du xegard, et les caresses de cette ombre donnent éi. h bouche un sourire plus mystérieux. Sans doute, ily a un peu de monotonie dans ce travail perpendiculaire qui recouvre le vague des frottis; souvent les traits sont multipliés , et cette jolie exécution cacie plus d'une trahison envers la vérité. Ce n'est point de cette manière tranquille que Raphaël et Ingres, les deux maîtres de la sincérité, poursuivaient la nature et lui arrachaient ses secrets. — Mais pourquoi irionsnous chercher querelle à celui qui nous procure d'incontestables jouissances , et analyser après coup une émotion spontanée? Le plus dangereux des mérites ne serait-il pas de savoir esquiver les reproches, et nos défauts ne sortent-ils pas bien souvent de la même famille que nos vertus?

A quelle hauteur le génie de Prud'hon s'élèvera aujourd'hui si, né dans un milieu moins faux moins frivole que celui de la société française commencement de ce siècle , il eût reçu l'inspirât

des plus nobles convictions de Tàme ? Quel charme reposant la foi d'un Lesueur pouvait prêter à ce peintre, si souvent attristé, de l'amour terrestre! Il suffit , pour le comprendre , de regarder cette petite composition du Christ portant sa croix, et cet autre encore dont le souffle de Raphaël semble animer Tébauche enthousiaste et grandiose : Adam et Eve chassés du Paradis terrestre. Réminiscences, dira-t-on, et caprices d'imitation. Qui peut affirmer que le souvenir n'a pas sa raison dans les affinités secrètes de la conscience, et qui mesurera encore la distance entre le gracieux, que Prud'hon a sî rarement dépassé, et le sublime, qu'il était né peutêtre pour atteindre aussi facilement?

Les procédés incertains et capricieux dont Prud bon se servait en peignant n'assurent à ses tableaux qu'aune existence éphémère. On voit déjà sur beaucoup d'entre eux le progrès chaque année plus rapide d'une destruction certaine, et, sauf la Vengeance céleste poursuivant le Crime, il en est bien peu qui résisteront au sort dont en apparence ils sont tous menacés. Mais d'autres témoins heureusement protégeront la mémoire du grand artiste contre l'oubli de la postérité : ce sont ces légères feuilles de papier qui ont reçu les plus belles confidences de son génie; et n'existât-il plus dans nos Musées que le dessin de Joseph et la femme de Putiphar, ou bien celui de Psyché enlevée, ou bien la tête sublime de la Némésis dans la Vengeance divine, chacun d'eux suffirait à

faire taire le doute , et Prud'hon conserverait encojï sa place au milieu des plus grands noms qui sont la gloire de la France, non loin de Lesueur et tout pi-ès d'André Chénier.

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