PAR H. SCHLIEMANN
On ne devient pas , on naît archéologue. Le docteur Schliemann en est un exemple. Son histoire est connue. Chacun sait que cet homme, aujourd'hui presque fameux, parti de l'échoppe d*un épicier niecklembourgeois , après avoir été matelot, petit employé dans une maison de commerce, est parvenu successivement, par la seule force de son intelligence et de sa volonté, à rassembler une immense fortune. Ce n'est pas qu'il n'y ait plus d'un exemple en Europe de cette destinée , presque commune en Amé- ^^ue; mais ce qui est tout à fait rare dans les deux hémisphères , c'est de partir de si peu , d'arriver à si belle réussite, et tout cela pour se montrer à l'Europe sous la figure d'un savant. A quoi peuvent servir les richesses, si ce n'est pour éblouir les autres et pour s'en faire à soi-même un revenu quotidien de jouissances bien indiscutables? Le docteur Schliemann
VOUS répondra qu'il y a mieux à faire, et qu'avec Tor généreusement employé on peut faire ce que n'osent entreprendre de grands Etats, trop peu préoccupés d'art ou d'idéal , par exemple , déterrer les ruines de Troie, restaurer les porcheries du bon Eumée, retrouver la cuirasse, l'épéeet la mâchoire d'Agamemnon, rendre à l'histoire des services de roi et, par quelques coups de pioche dirigés d'un œil qui sait lire le grec, justifier Homère, Eschyle et Sophocle.
Mais pour cela, il faut savoir le grec et recevoir, disions-nous, des dieux un tempérament d'archéologue. On peut naître épicier et devenir dictateur; il est peut-être plus difficile de monter d'un comptoir au siège de membre de l'Institut.
M. Schliemann, qui savait à peine lire à douze ans, en vint peu à peu à apprendre l'anglais, le français et l'allemand; tout cela six mois par six mois. Avec ses économies de commis à douze cents francs, il se payait des maîtres. Quand il sut les grandes langues, il se donna le luxe de connaître les autres, par exemple, l'espagnol, l'italien, jeu d'enfant; puis le russe, c'était plus difficile; il est vrai qu'avec l'aide du russe il gagna des millions. C'est alors que maître de lui , de son temps et de sa pensée , à laquelle il n'avait donné jusque-là que le soulagement des rêves, il jeta bas l'attirail de l'esclave et , ayant conquis sa liberté, il apprit le grec.
Quand il le sut, il parcourut le monde. Il alla au Japon, à Jérusalem et jusqu'à New- York. Voyage
d'expérimentation. Où son cœur s'attacheraît-il? Il s'en doutait. Homère lui avait montré le but. Mais le cœur est changeant, il voulait être sûr du sien. C'est à Troie qu'il se dit : Je suis arrivé. Il planta sa tente au pied de l'Ida , et de sa pique de voyageur il fouilla les rives du Simoïs. La terre se montra généreuse envers cet intrépide; elle lui livra des murs immenses sur lesquels courait encore la trace des grands incendies. Homère, cria-t-il, es-tu là? Et le vieil aède lui répondit : Fouille encore. Schliemann trouva le trésor de Priam : de l'or, des bracelets, des couronnes, un rêve des Mille et une Nuits. Quand elle l'entendit conter, l'Europe se mit à rire. Cependant le British Muséum ouvrit ses portes au prétendu mystificateur, et il se trouva que les mystifiés pourraient bien être les incrédules.
«C'est la foi qui sauve; c'est elle qui soutient jusqu'au martyre. Le plus cruel est peut-être celui de se sentir bafoué par les ignorants. Ce n'est pas cela qui peut arrêter un croyant. »
De Troie, Schliemann s'en alla à Ithaque. Il s'était
fait l'apôtre d'Homère. Retrouva-t-il la chambre
aux longs ennuis , oîi Pénélope attendait son errant
époux? Point douteux. Ce qu'il y a de certain , c'est
que, là où on ne la soupçonnait pas, sur la crête de
la montagne, il exhuma une ville cyclopénne. Il n'y
a pas loin peut-être d'une muraille aux rudes assises
^u palais du pauvre Ulysse, et la supposition, pour
être douteuse , n'aurait pas dû paraître si fantaisiste.
Mais la fortune , qui souriait aux efforts de Tintrépide, lui gardait d'autres faveurs plus étranges et plus sûres; le prenant par la main, elle le mena en Argolide, sur ce rivage où le malheureux fils de Thésée inspira de si beaux vers à un autre amoureux d'Homère.
Un jour, il y a de cela presque un siècle, — Tarchéologie depuis ce temps-là a marché d'un pas plus pressé, — un voyageur suivait le chemin de Mycènes pour rejoindre la route de Corînthe. Il arrivait des bords de TEurotas, où, sur l'emplacement de PAgora ruiné de Sparte, il venait de retrouver, croyait-il, cet autel du Rire, que Lycurgue avait osé élever chez les graves descendants d'Hercule. Voilà de ces chances qui n'arrivent qu'aux poètes! Tout à coup il entend retentir le sol sous les pas de son cheval; il met pied à terre, et là, tout «eul et sans autre secours, sans pioche et sans marteau, il reconnaît la voûte d'un tombeau. Pausanias vit à Mycènes cinq tombeaux à côté de celui du roi des rois, et il ajoute que Clytemnestre et Egysthe étaient enterrés hors des murs de la ville. Or, le tombeau qui venait de répondre sous le pas de ce cheval, bon limier, car c'était, il n'en fallait pas douter, la voûte d'un tombeau, ne pouvait être que celui des assassins d'Agamemnon; et aussitôt de s'écrier, suivant un penchant secret : Singulière destinée, qui me fait sortir tout exprès de Paris pour découvrir... les cendres de Clytem nestre! En ce temps-là , Chateaubriand pouvait prendre le droit de
c^onclure vite et à peu de frais. Avec réblouîssement du style, le lecteur acceptait tout de lui. Qui, d'ailleurs, se serait donné le soin d*aller contredire sur les lieux le rêve d'un tel poëte? A le droit de se trromper, même de mentir, qui vient de si loin. L'école française d'Athènes n*avait pas encore ouvert son bureau de contrôle , et , pour peu qu'il sût donner à son livre l'intérêt d'un roman, le voyageur pouvait laisser s'ouvrir sans crainte les ailes de son imagination.
Le docteur Schliemann a d'autres procédés que l'auteur de Vltinéraire, Quand il se croit sur la trace d'une découverte, il la poursuit plus longuement. II est vrai que, pour aller plus vite , il ne peut alléguer l'excuse qu'il lui reste à écrire les Martyrs.
Parmi les souvenirs que nous devons à notre éducation et que n'effacent jamais ceux que la vie nous lègue jour par jour, il n'en est pas de plus vivant, de plus actuel , si l'on peut risquer l'épithète , que celui de la guerre de Troie. Toute notre imagination est faite avec les pages de T Iliade et de l'Odyssée, et le goût de chaque siècle ne s'éloigne d'elles que pour leur revenir ensuite avec plus d'amour et d'inquiétude. Que sont les figures de nos âges légendaires à côté de celles des acteurs de cette première des épopées? Charlemagne, un héros presque contemporain, est moins réel à nos yeux qu'Achille ou qu'Hector, et Andromaque , évanouie aux bords des créneaux dllion, nous touche autant que la plus malheureuse
des reines qui, dans nos temps historiques, aient jamais ceint le bandeau royal.
De là l'intérêt si vif qui vient d'accueillir le livre de Schliemann sur les ruines de Mycènes et les découvertes merveilleuses faites sur son emplacement. Et qu'était-ce donc que Mycènes? Effacée pour ainsi dire de la carte de la Grèce, elle se présentait déjà aux yeux de Pausanias, qui vivait au temps d'Adrien, comme un monceau de ruines, auxquelles dix-sept siècles écoulés depuis ont à peine arraché quelques pierres. Mais sur ces entassements presque sans forme planent des ombres dont l'humanité prononcera éternellement les noms. La patrie d'Agamemnon, depuis notre enfance, est devenue la nôtre. Or, c*est à Mycènes que se passent les actes de cette effroyable tragédie commencée autour de la table d'Atrée, et que devait terminer la hache d'Oreste. C'est là qu'ont retenti les imprécations de Clytemnestre, les derniers cris d'Agamemnôn. Les vers d'Eschyle ne sont qu'une des formes agrandies de l'histoire. Peu nous importe que Mycènes, un moment reine de l'Argolide, ait été dévastée par la jalouse Argos; nous ne désirons rien savoir de ses habitants, pauvres, tristes, exilés, dispersés par la haine aux quatre coins de l'Hellade. Que nous fait l'héroïsme de ces trois cents soldats qui, seuls en Argolide, s'en allèrent mourir à côté de Léonidas? Qu'est-ce que cette injustice de la gloire et ces malheurs de tout un peuple? Il n'y a pas de quoi nous toucher. Parlez-nous des
crimes qui ont souillé ces murailles, bâties par des cyclopes, sur lesquelles ont régné des assassins. Ah! les poètes sont vraiment parfois bien coupables, et ils poussent les hommes à d'iniques préférences. Mais allez donc vous révolter contre Homère ou contre Eschyle.
Pausanias est le dernier écrivain qui ait prononcé le nom de la vieille cité avant Page moderne, et sur ce qu'il a vu il ne s'étend guère. «Là, dit-il, se voit encorde tombeau d'Agamemnon et celui de son écuyer Eurymédon. Mais Télédame et Pélops, deux jumeaux, fils deCassandre, n'ont qu'une sépulture. Je vis aussi le tombeau d'Electre, qui eut deux enfants de Pylade, savoir : Strophius et Médon. » — « On distingue encore, ajoute-t-il, quelques restes de son enceinte, entre autres une porte sur laquelle il y a deux lions. Non loin, on vous montre les chambres souterraines où Ton raconte qu'Atrée et ses enfants cachaient leurs trésors. » Voilà tout ce qu'il dit d'une ville jadis si peuplée de monuments, si riche qu'on l'appelait la ville d'or. Puis les années l'une après l'autre jettent sur elle un nouveau linceul d'humus pétrissant tous les débris et, sur ce grand tombeau, accumulant l^oubli, jusqu'au jour oîi le docteur Schliemann s'en vint lui demander compte de sa vieille histoire.
Le 7 août 1876, il arriva à Mycènes par la même route, dit-il, que décrit Pausanias. Il n'aperçut, il «stvrai, ni le temple de Junon, ni le monument de Persée, ni celui de Thyeste; mais dans un enfonce-
ment, entre les deux pics du mont Eubœa, se dressait encore devant lui le rocher triangulaire qui portait Tacropole de Pantique cité; de la plaine il apercevait, dans tout leur pourtour, les murs cyclopéens qui dessinent la plate-forme, et la fameuse porte des Lions, que tant de voyageurs ont décrite, s'ouvrait devant lui , presque intacte , comme au temps des Pélopides. Tout autour de Tenceinte sacrée se développaient encore les restes d'un vaste faubourg dont la construction indiquait Torigine cyclopéenne, et rentrée du trésor d'Atrée apparaissait comme un point noir sur le gris ardoisé des ruines. Violé en 1810 par un pacha turc, ami des belles statues et des profits qu'elles rapportent aux musulmans assez adroits pour oublier dans l'occasion la loi et le Prophète, ce réduit fameux n'offrait plus à l'ambitieux chercheur que peu d'intérêt, et il s'attaqua immédiatement à l'entrée même de l'acropole , où l'attiraient ses audacieux pressentiments. Avec soixante -trois travailleurs, il ouvrit la tranchée devant la citadelle, et deux semaines après des eff"orts dignes de ceux qui avaient élevé ces murailles de géants, il atteignait l'espace ouvert en forme de triangle qui est au-dessus de la porte. Au delà, il trouva d'abord la loge du gardien qui surveillait le passage par lequel on arrivait à la seconde entrée du castel royal , assez semblable dans ses dispositions principales à ces donjons du moyen âge qui renfermaient dans leurs fortifications l'église, la maison et les tombeaux.
SUR UXRT ET SUR LES ARTISTES. mj
On croyait jusque-là, sur la foi de Pausanias, qu'^après sa destruction par les Argiens , Mycènes n'avait plus été habitée. Les déblayements qui eurent lieu et qui demandèrent un long mois de patience avant qu'on pût arriver au tuf primitif, donnèrent la preuve que pendant deux cents ans la ville fut occupée de nouveau, au temps de la domination macédonienne. La poterie est comme un alphabet révélateur à ceux qui savent lire ses débris. Au-dessous de cette couche , relativement moderne , des milliers de fragments de vases archaïques, magnifiquement peints, et en tout semblables à d^autres vases trouvés à Troie; deux cents idoles en forme de vaches, des boutons, des couteaux, des haches, une lyre en os, une flûte tenaient en haleine l'impatient docteur. Enfin , il atteignait les dalles cyclopéennes , et des stèles semblables par leurs bas-reliefs à Pancienne architecture de Mycènes firent battre le cœur du chercheur d'un mouvement plus rapide. Il n'hésita pas à proclamer qu'on se trouvait en présence des tombeaux que la tradition assignait aux victimes d'Égysthe.
La clarté n'est pas, disons-le, la qualité dominante <lu docteur Schliemann; il est assez difficile de le suivre pas à pas et de s'y reconnaître. Il mêle les feuilles de son journal sans souci de la méthode , et sa plume va comme la pioche de ses ouvriers, un peu au hasard. Lorsque le lecteur est pressé d'arriver au cinquième acte de ce drame archéologique ,
3o NOTES ET CAUSERIES
le narrateur s'attarde dans de longs entr'actes. Il découvre de ci de là mille objets qui pourraient fournir matière à des notes, mais qui alanguissent singulièrement l'intérêt. Il s'arrêtera au moment le plus palpitant pour faire honneur à madame Schliemann , laquelle dirige de son côté une cohorte de travailleurs; mais enfin il revient à son Agora. Nous nous y arrêterons pour n'en plus sortir, et tout le préambule trop surchargé s'oublie lorsque l'action s'engage.
Si nous avons bien compris les allées et venues de l'explorateur, après avoir dépassé la porte des Lions, il trouva tout d'abord à sa droite une aire ou vaste salle dont le périmètre, ébréché par le temps, était formé de grandes dalles reliées entre elles et recouvertes par d'autres dalles transversales dont six sont encore en position. La hauteur de ces dalles, leur inclinaison en indiquaient la destination. Celle-ci était double, clôture et sièges. Or, Schliemann savait par Hérodote et Pausanias que l'Agora servait souvent de lieu de sépulture aux personnages illustres ; de plus , les statues déjà citées lui faisaient assez logiquement supposer qu'elles surmontaient des tombes, dont elles indiquaient, sinon les destinataires, du moins la place souterraine. Il commença ses fouilles. A une profondeur de vingt-cinq pieds au-dessous des dernières alluyions, il arriva à une couche de cailloux sous lesquels il découvrit les restes de trois corps humains espacés à trois pieds les uns des autres ; au-
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dessous d'eux , une autre couche de cailloux , puis le roc vif; autour d'eux, les traces de Tincinération. Sur chacun de ces trois corps, cinq diadèmes d'or trèsriches, très-bien travaillés; puis des ornements en forme de croix, également en or; un grand vase d'argent, d'autres en argile; des idoles, des lames d'épée. Dans le second tombeau , plusieurs squelettes humains; dans un troisième, trois corps dont la dimension semblait indiquer le sexe féminin. Ceux-là étaient littéralement chargés de bijoux, les uns en en partie dessous , les autres dessus les cadavres : en tout plus de sept cents rondelles d'or, couvertes des plus délicates ornementations, finement repoussées. Elles représentaient tantôt des spirales ou des enroulements très-variés, très-compliqués; tantôt des fleurs ou bien un papillon aux ailes déployées, peut-être le symbole de l'immortalité, une feuille d'aster. Il y avait encore sur les squelettes trois coulants d'or massif, ornés d'entailles gravées d'une main habile; des griffons , des cerfs disposés en forme de broche d'attache. La liste des objets qui composent ce trésor serait trop longue; dans le livre, elle attache l'attention et plonge l'esprit dans une sorte de rêve où se confondent toutes les notions que nous avions encore sur ces temps, un peu enveloppés d'un brouillard favorable à l'imagination. Le bon Homère nous paraissait jusqu'ici faire la part belle aux temps dont il retraçait à sa guise la civilisation , plus primitive que ses beaux vers. Il faut lui accorder désor-
mais créance, et le bouclier d'Achille, la coupe de Nestor trouvent au fond de ces tombeaux leurs pièces justificatives. Dirons-nous ces balances d'or^ semblables en tout point à celles dans lesquelles Jupiter pèse les destinées des héros, et ce masque sous lequel Tenfant de Cassandre dormit son sommeil de trois mille ans? Voilà des sceptres d'or dont le temps, qui aime si souvent à se moquer des grandeurs humaines, a respecté jusqu'au bois périssable^ Et ces boîtes d'or, métal vraiment vulgaire pour le^ fils d'Atrée, qui semblent copiées sur celle que la femme d'Alcinoûs donnait au pauvre roi d'Ithaque* Il faut se borner. Nous avons encore tant à voir.
Le succès aiguillonnait le docteur. Ni le soleil nE la pluie ne lassaient son ardeur. Elle avait gagné toute la colonie des travailleurs. On parlait de ce^ merveilles depuis Athènes jusqu'à Misitra; en fouler on accourait visiter les fouilles. Il y avait des Pana — thénées nouvelles sur la route d'Argos. Un empereur^ venu des bords de l'Atlantique s'était détourné d^^ son voyage pour monter à Mycènes. Il n'en fallait^ pas tant pour surexciter un homme que Tinsuccè^ même n'eût pas lassé. A ce duel contre l'inconnu , iEfallait une fin victorieuse. Elle arriva en décembre*
A Touest du tombeau qui venait de lui livrer dételles dépouilles, Schliemann avait remarqué un ter^ rain qui, à certains indices, lui paraissait n'avoir" jamais été remué. Il y lança la sonde. A six mètres, elle atteignit une masse de maçonnerie cyclopéenne,
haute de quatre pieds et large de sept, dans laquelle il reconnut un autel pour les rites funéraires , et à quatre mètres au-dessous de cet autel, un autre tombeau. Dans ce tombeau, toujours entre deux couches de cailloux, il y avait cinq corps, ensevelis sous les bijoux. Cette fois, il faut procéder soi-même, et, avec un soin extrême, on plonge pour ainsi dire les mains dans de la poussière d'or; elle est mêlée à Phumus sous mille formes. Il y a un nombre considérable de boutons en or; deux têtes de vache en argent massif, dé grandeur réelle; des lances, des épées. Quant aux coupes d'or, nous ne pouvons suffire à les décrire; on pourra en lire la description dans POdyssée et riliade , devenues désormais deux chapitres des plus vrais d'une histoire de Tart, aussi authentique que celle de l'homme en ces temps, jusqu'ici réputés fabuleux.
N'allez pas tenter de persuader Schliemann, ni d'ébranler sa confiance en Homère; il vous montrera comme preuve le cadavre même d'Agamemnon. Et qu'est-ce donc que ce corps si merveilleusement conservé sous son lourd masque d'or, avec sa cuirasse d'or massif? Ne vous fatiguez pas du mot, lecteur; il faut bien appeler les choses par leur nom , dût votre incrédulité s'en accroître. Mais comme tous les témoignages de la vérité sont aujourd'hui déposés à Athènes , comme le corps lui-même qui reparaissait ^ la lumière du jour en si magnifique costume a pu ^tre, à force de précautions, conservé à l'étude, il ne
VOUS en coûtera qu'un petit voyage en Grèce pour vous convaincre qu'il faut prendre ses précautions même contre le scepticisme. Laissez-lui ses coudées franches; voilà toute une portion de vérité, quelle qu'elle soit, qu'on croyait à jamais ensevelie dans les ténèbres; et, chose qui fait sourire les gens désintéressés dans les querelles des savants, c'est la vérité représentée par des légendes cent fois accablées sous les attaques de ces prétendus adversaires du mensonge qui semble sortir victorieuse de ces tombeaux.
Notre siècle n'est peut-être pas autant que celui qui l'a précédé un siècle de négation, il a appris à devenir prudent; toutefois il aime le doute; mais s'il y persiste, c'est qu'il fait fi des preuves. S'il s'agit de Moïse, l'Egypte et Ninive ouvrent leur sol riche de documents, et Moïse redevient le plus autorisé deshistoriens. Demande-t-il à la Grèce un compte plusexact de son passé, nous voyons les sépulcres s'en— tr'ouvrir, et la mythologie elle-même vient lui crier: Je suis une des filles de la vérité.
Oui, mais, diront les incrédules par tempérament, qui prouvera vos preuves? Et vous, docteur, de queL droit baptisez-vous ce cadavre? Voilà beaucoup d'or, j'en conviens. Il en faut plus et moins pour acheter la certitude. Schliemann leur répond : J'ai pour point d'appui la tradition; pour témoins, Homère, Eschyle et Pausanias. Cette ville est-elle bien Mycènes> Ai-je trouvé, à Tendroit indiqué par la vénération de l'antiquité tout entière , les corps qu'elle y
^rroyait ensevelis? Si je me suis trompé avec elle en
Jeur donnant des noms, établissez d'autres supposi-
-cîons, formez vqs conjectures et apportez, pour les
rendre probables , autant de raisons que je m'en suis
fourni moi-même pour me passer de votre confiance.