Le soir, à 1 Opéra, où l’on donne C\ar und Zimmermann
28. — A huit heures et demie, nous allons avec le docteur Thausig à l’imprimerie de M. Hauer, puis à 1 exposition permanente des tableaux modernes, qui ne présente rien de remarquable. A l’imprimerie, nous avons remarqué la machine qui reçoit des feuilles blanches, et qui en un instant les imprime des deux côtés et les classe elle-même ; des impressions d’ouvrages orientaux et dans toutes les langues connues ; des applications de la galvanoplastie et de la photographie, et surtout des impressions d'objets naturels, étonnants en ce qui concerne la botanique. Après-dîner, nous allons voir le musée égyptien qui est au Belveder, belles momies. En revenant, nous passons devant le parc du prince Schwartzemberg, dont nous faisons le tour et qui est admirable.
29. — Été au Prater, qui est magnifique, surtout à partir de l’extrémité de la grande allée du milieu Mares, petits cours d'eau, marronniers, saules superbes; tout cela est animé par des lapins en troupe, des cerfs des chevreuils. Au retour, entrés a l’église de Saint-Jean-Népomucène, rue du Prater.
30. — Nous partons pour Closterneubourg. Nous visitons dans le couvent, qui est sous l’invocation de Saint-Augustin, l’église, l’autel de Verdun et la salle où sont renfermés, dans des armoires de bois sculpté des ornements, des reliquaires, et enfin la couronne archiducale d’Autriche, portée pour la première fois par Léopold H y a aussi un morceau de la robe de sa femme, brocard bleu avec des perroquets. Nous faisons le tour des bâtiments qui sont anciens; il y a des restes de tours, de créneaux. La vue est très-belle.
3 1. ~ Nous demandons une permission pour visiter le trésor. A onze heures, nous partons pour Schœnbrünn. On nous montre le palais, les appartements de Marie-Thérèse; des chambres chinoises très-belles; d’autres ornées de dessins des quatorze enfants de Marie- Thérèse ; la croisée où est le trou de la balle de Sand • la chambre occupée par Napoléon; celle où est mort le duc de Reichstadt, et qui sert maintenant aux prin’ces etrangers. Le parc est merveilleux ; d’une terrasse qui est à l’extrémité, on découvre Vienne et ses environs. A la ménagerie, lions et tigres très-beaux.
1" Septembre. — Je vais à l’Académie de la rue Sainte-Anne, qui ne s’ouvre qu’en octobre. Nous visitons ensuite l’église des Franciscains. Il y a une statue de Moïse sur la place. Cette église est riche, mais d’un goût détestable. On y voit une Madone habillée, un Christ colorié, des petits Saints qui ont l’air de diablotins, deux petits squelettes de saints, revêtus d’oripeaux. Été à six heures et demie à l’Opéra ; on donne le Prophète, trèsbien exécuté. Fidès est jouée par M1*' Hermann Stillags.
2. — Été à l’église Saint-Pierre, sur la place Am Peter, grande chapelle très-riche, ornements de mauvais goût, statues de bois peintes en blanc, beaucoup d'or, squelette habillé. En face d’une chaire très-riche, le martyre de Saint-Jean Népomucène en relief, or et argent.
3- Un guide nous accoste à Josef Platz, et nous mène voir la Bibliothèque impériale où sont des manuscrits très-curieux, ornés de peintures très-bien faites, en langue allemande, française, slave, arabe, grecque, turque. Petit Coran octogone; tout petit exemplaire de la Divina Commedia. La salle est très-belle; 'les livres en toutes sortes de langues. Nous allons ensuite voir les appartements du Palais du Burg. Ils sont vastes, trèsbiens tenus, mais très-simples. Nous parcourons ceux de l’Empereur et de l’Impératrice ; ceux de l'archiduc Maximilien ; la salle du trône ; les appartements occupés par l’empereur Nicolas et l’empereur Alexandre, lors de leur visite à Vienne ; de très-belles tapisseries des Gobelins, Guerre avec les Turcs ; trois grandes fresques ayant rapport à l’empereur François I” d’Autriche, scènes de 1814 et 1823 ; Entrées à Vienne, tableaux bien composés, intéressants sous le rapport des costumes. Dans une des salles, est une pendule turque en or massif très-jolie. 11 y a dans ce palais de fort belles tentures de soie, les rideaux sont pour la plupart de mousseline brochée. Les lits de l’Empereur et de l’Impératrice ont des matelas de coutil à petites raies avec des courtespointes en soie piquée. La salle de manège est très-vaste.
^ Nous allons au Musée des monnaies et antiques. Nous voyons une belle collection de vases étrusques,
de beaux bronzes et des médailles très-précieuses, Cléopâtre, Mithridate, etc. Nous admirons ensuite les armoires des bijoux, dont quelques-uns sont superbes ; la salière de Benvenuto Cellini, ayant appartenu à François I , une montre taillée dans une émeraude. Une armoire est pleine d’objets en or, la plupart trouvés dans le Bannat. Nous remarquons un verre à boire romain; une coupe en agate, la plus grande connue, prise en 1200, à Constantinople, passée de la maison de Courtenay à celle de Bourgogne, et enfin à celle d’Autriche ; une broche, Léda, par Benvenuto; une petite broche en bois sculpté, portraits de trois empereurs; le fameux camée, Apothéose d’Auguste; un autre camée représentant l’aigle romaine.
5. — Fait un croquis de Livrée pour M. Demidoff. Visité le cabinet de minéralogie, qui est très-beau.
Nous allons à la collection du prince Albert, où nous voyons de magnifiques dessins originaux d’Albert Durer, de Rubens, de Van Dyck, de Lucas Cranach et d’Holbein. Après dîner, nous nous rendons à la Cathédrale où l’on nous dit qu’il est devenu impossible de visiter les caveaux très-curieux de saint Etienne (trois étages superposés), à cause des profanations commises par des Anglais sur des cadavres ; 1 entrée est murée. Nous assistons aux prières pour un mort. On promène le cercueil autour de l’église, musique en tête.
7. — Nous retournons au Musée des monnaies et antiques. Nous visitons avec détail les armoires, objet par objet. Nous remarquons une statuette en bronze, celte; nous revoyons les bijoux d’or, les camées, etc. Le soir, à l'Opéra, on donne Bon Sébastien , de Donizetti, médiocre, mais bien exécuté.
g trois heures, nous partons pour Lachsenbourg, ou nous visitons le petit château fort, imitation d un
ancien, et dont tout l’ameublement est du temps.- La salle de jugement est curieuse. Les juges, assis autour d’une table, interrogeaient l’accusé dont la tête seule sortait d’une colonne creuse en forme de cône, centre de la table. C’est au moyen d’une corde qu’il était hissé là, depuis les cachots qui sont sous la salle. Il était assis sur un bâton formant croix avec la corde, et s’il était reconnu coupable, on le laissait tomber dans une oubliette, située précisément au-dessous de lui, et dont on faisait ouvrir le couvercle formé de barreaux de fer. Nous prenons une barque, et nous allons à l’ile Marianne, où est un petit pavillon qui a été habité par l’empereur Ferdinand qui a abdiqué et qui demeure à Prague avec sa femme Marianne. L’antichambre est pavée de très-belles mosaïques antiques, trouvées à Salzbourg, Thésée et le Minotaure.
ç. Nous allons à l’église Saint-Charles, faubourg de Wieden. Elle ressemble à celle de Saint-Pierre; son dôme est ovale. Elle est très-ornée dans le style rococo ; il y a des fresques sur les autels.
I0. Longue séance à la collection du Prince Albert. Nous admirons les croquis et dessins de Raphaël. Nous remarquons surtout la Sainte Cécile, le portrait du Dante, une Bosse, un Petit masque de Vénus , deux Figures envoyées à Albert Durer en Ifi;. Dans le ;• volume, Miracle de Bolsena, la Dispute du S. Sacrement, Y École d’Athènes, feuilles détachées très-grandes; la Transfiguration, figures nues. Aquarelle avec encadrements, très-soignée, faite par un moine et envoyée à Alexandre VI, avec le portrait de ce pape en haut du cadre. D’André del Sarte, croquis fait à la Vallombrosa, la Sainte Famille, projet de la fresque de Florence, Naissance de la Vierge. Michel-Ange, Ÿ volume; croquis des Tombeaux des Médicis, tête du Moïse, croquis des Amours des Dieux.
U. Été à Dornbach, belle colline. On reçoit la nouvelle de la prise de Sébastopol.
I;. visité le Musée d’histoire naturelle qui n’est pas comparable au nôtre. De là, nous allons au faubourg Rossau, visiter le palais de plaisance Liechtenstein, où est une magnifique collection de tombeaux. Nous y passons plusieurs heures. II y a là six tableaux de Rubens sur Y Histoire de Decius, des Raphaël, des André del Sarte, des Van Dyck, des bronzes antiques, des ivoires sculptés très-remarquables. Le palais est beau. Sur la porte d’entrée est écrit : Der Kunst, dem Kunstler. Joh. Furst Liechtenstein. Le jardin est très-beau et public.
14. — Nous allons au palais de plaisance Esterhazy; la galerie est très-belle. Nous voyons des Rembrandt superbes, deux Portraits de femmes , un’ grand tableau, le Christ devant Pilate ; un portrait de Raphaèl par le Pérugin; un portrait du Cardinal Bembo par le Titien; deux Portraits de Philippe de Champagne; une Table servie , fruits, homards, pots de grès renversés par Heem ; des Bellini. Ensuite, excursion à Liesing.
1 y. — A onze heures, nous allons au Trésor impérial. Nous y remarquons les couronnnes des anciens empereurs; un diamant très-gros provenant de la bataille de Granson; un Christ en ivoire de Benvenuto Cellini, chef-d’œuvre d’élégance; d’autres ivoires énormes, Apollon et Daphné, Léopold Ier à cheval. La couronne de Charlemagne, le globe, le sceptre, les gants, les souliers d’empereur romain ; les ornements et la couronne qui ont servi à Napoléon comme roi d’Italie; le berceau et la voiture du roi de Rome. Un cornet de chasse en ivoire, venant de Marie Stuart; des cristaux de roche superbes; le fameux vase d’émeraude pesant 25:31 carats, gros comme le poing ; une émeraude montée en fleur, énorme. Nous partons ensuite pour Hietzing, où nous voyons le cimetière et le tombeau de Cléry. A notre retour à Vienne, nous entrons à la Synagogue où l’on officie ; le Rabbin a une belle voix et chante une sorte de récitatif. Visite à l’église gothique de Maria-Stiegen (des Hongrois), xiv® siècle; elle a du caractère.
16. — Nous passons la journée à la Brühl, où ma famille fait ses adieux à M. Demidoff. Promenade dans la montagne.
18. — Ma femme et mes enfants quittent Vienne pour rentrer à Paris. Ils doivent passer par Prague, Dresde, Berlin, Cologne, Aix-la-Chapelle, Malines, Anvers, Bruxelles.
Ce mois-ci, j’ai fait, pour M. Demidoff, plusieurs dessins et portraits. Le Prince en promenade à Vienne , 4 fig. Sujet d’Espagne , Cadix. Scène à Tanger, Maroc. Soldats de l’empereur du Maroc , à Tanger. Cavaliers , id. Promenade du Prince aux environs de Tanger. Armée d’Italie, tête de colonne d’une demi-brigade, 1798. Fontaine de Rebecca, Palm s Haus, Spiegel Gasse , Vienne.
i*r Octobre. — Régiment Fran\-Carl , et Chasseur des Croates et des Hongrois. (Séjour à Vienne jusqu’à la fin de l’année.)
Janvier-Juin. — (Il reste fort peu de notes de Raffet pour ces années, où il est resté près de M. Demidoff. Il écrivait pourtant assez souvent et de fort longues lettres, mais comme tout en parlant de ses travaux, il donnait des détails sur beaucoup de personnes, ces lettres ont été détruites afin d’éviter toute indiscrétion. Pendant les premiers mois de 1856, Raffet fit comme toujours de nombreux croquis (n° 110). 11 fit aussi de nombreuses études à' Armures et de Costumes dans les arsenaux de Vienne, (N° m, pl. 40, fig. 2, 3, 4; pl. 41, fig. 1, 2). Voici une ljste d’objets qui se trouvent dans l’arsenal des Bourgeois, et qu’il devait dessiner, comme étant particulièrement intéressants pour lui : i° Drapeau de la République française, 45° demi-brigade; 20 Drapeau des Croisades; 30 Tambour de la guerre de Sept Ans ; 40 Trophée turc ;
50 Deux Drapeaux de Transylvanie ; 6° Deux Drapeaux autrichiens ; 70 Casques et cuirasses (français) de la bataille de Wagram; 8° Le Ballon de la bataille de Fleurus ; 90 Les Drapeaux de la dernière guerre d’Italie; io° Un Étendard autrichien; 1 1° Un Drapeau de Louis XIV ;
12° Deux Drapeaux italiens; i3°Deux Drapeaux de Pie IX; 140 Drapeaux de Castel Franco;
1 50 Casque et cuirasse du Prince Eugène de Savoie; 160 Quatre Drapeaux vénitiens ; 17° Trois Drapeaux italiens ; 1 8° Casque de Gustave.
n« no. Adolphe; 19° Deux Drapeaux suisses, 1796; n» m.
20° Un Drapeau de l’époque des chevaliers ;
21" Drapeaux des 80', 43', io6‘, 93% 66% 83', 63% 108', 23", 79-, 21% 33', 33% j6-, 6% 39% 31' demi-brigades; 22" Aigles des 33% 33% 60% 93' de ligne; 2;' Drapeau de Jérôme Napoléon; 24" Deux Drapeaux de la République cisalpine; 25" Deux Drapeaux de la garde nationale, départemenÇdes Landes et des Alpes-Maritimes; 26" Deux Fanions ou Étendards des chasseurs à cheval français.
Au mois de Mars, Raffet fit pour le Prince deux projets de Surtouts de table , en orfèvrerie. (N0’ 112, 1 1 3 .) Il exécuta aussi à différentes époques, pour l’archiduchesse Sophie, mère de l’empereur François-Joseph, et pour M. Demidoff, plusieurs sujets etportraits, entre autres : Régiment Archiduc- Charles, 2e bataillon ; ier Bataillon de chasseurs ; Une batterie de 8 pièces;
Régiment de Culo\ ; Un escadron de N» j [2. huions ; Batterie à cheval. Batterie de 12;
3e Bataillon de chasseurs ; Régiment Don Miguel, feu de file, infanterie hongroise; Régiment de hussards ; Régiment baron de Hess; Régiment de Rosbach ; Marche de troupes; Halte de troupes; Escorte de drapeau; Feu de deux rangs; le Défilé; Régiment d’infanterie du maréchal Paskémtch ; Régiment Wasa, infanterie hongroise, avec drapeau , grenadiers; Attelage hongrois; Ouvriers hongrois; portraits de MM. Gortchakoff et autres diplomates ; Dessin pour la princesse Dolgorouki.
Au mois de Juillet, séjour à [Kissingen en Bavière, où le Prince devait prendre les eaux. Raffet y dessine des Paysannes, retour de la messe.
Au mois d’Août, retour à Vienne, puis voyage à Paris avec le Prince, en faisant un petit séjour à Bruxelles.
En Septembre, séjour à Paris, et retour à San Donato, en passant par la Suisse, Milan et Modène. Raffet reste à San Donato jusqu’à la fin de l’année, pour continuer le Siège de Rome. En Octobre, Croquis d’hommes endormis sur un divan, (N° 1 14.)
(Pendant les mois de Janvier et Février, travaillé au siège de Rome.
Au mois de Mars, exécuté, pour M. Furne, deux aquarelles, Voltigeurs et tirailleurs, Sapeur et musiciens. Différents Croquis militaires. { PL 41, fig. 3, 4, et pl. 42, fig. 1.) Le Prince devient plus gravement malade. Dans ce même mois, exécuté, pour M. Demidoff, six esquisses de Napoléon à différentes époques de sa vie, (pl. 42, fig. 2, 3, 4)) quil devait peindre en beaucoup plus grand et à l’huile pour le musée de San Martino.)
Passé le mois de Juin aux eaux de Casciana, où je dessine des Attelages de bœufs. (Pl. 43.)
Nous revenons en Juillet à San Donato, puis nous allons aux bains de mer de Viareggio, dont je fais une Vue à l’aquarelle. A Casciana, je fais une étude peinte à l’huile d’après les Chevaux du Prince. Nous revenons le 18 Août à Florence, où le Pape doit passer quelques jours, et où je trouve ma femme et mes enfants, qui viennent passer près de moi une partie des vacances. Le 20, nous assistons au concert donné dans
le Palais Vieux, salle du conseil des Cinq-Cents. Six cents musiciens exécutent un oratorio intitulé Joseph , en présence du Saint-Père et du grand-duc de Toscane. Les chanteurs étaient artistes et gens du monde. Les spectatrices, très-parées, en robe noire montante, portaient la mantille. Les cantatrices, toutes en blanc, avec bijoux en corail. La musique est terne, mais l’exécution est très-bonne. Je fais un croquis de Pie IX, avec le Grand-Duc et la Grande-Duchesse. Le surlendemain, nous allons au Duomo, voir sacrer l’archevêque de Florence par le Saint-Père. Nous revoyons différents musées, jusqu’au 14 septembre, jour où ma famille retourne à Paris. J’y arrive moi-même le 23. Je m’occupe du tirage du Siège de Rome. Je fais un croquis d’après Auguste, et Différents essais d' eau-forte . Je quitte Paris le 26 octobre ; je vais rejoindre le Prince à Vienne, et comme il est obligé d’y rester quelque temps, je reviens à San Donato pour l’attendre et travailler au Siège de Rome. Le 1 1 novembre, je fais porter chez M. Marchai (de Calvi), à Paris, une aquarelle de Soldats autrichiens avec un cadre florentin.
Janvier. — Aquarelle d’un Napoléon Ier au galop pour la « Garde impériale », de M. Fume. Dessiné des Jardiniers à San Donato. (PI. 44, fig. 1, et pl. 43, fig. 1.)
Février. — Continué à travailler au Siège de Rome. Envoyé dans une lettre des Dessins pour M. de Tournemine.
Mars. — Différents croquis à la plume d’après la bosse; Tête de cheval, de bœuf; Buste , d’après Luca délia Robbia; Masque du Dante, etc. (Pl. 46, fig. 1, 2, 3, et pl. 47, fig. 1, 2, 3, et pl. 48, fig. 1.)
Avril. — Envoyé à Paris deux planches terminées du Siège de Rome, Assaut et prise du bastion 6 , et Artilleurs. (Pl. 43, fig. 2.) Je me sens la poitrine malade.
Juin, 4. — J’ai un crachement de sang.
Le 28. Palmiers , étude à l’huile.
Juillet. — Envoyé deux planches à Gihaut,
Maison des six volets verts, et Sape pleine. Croquis sur la route de San Donato. (N° 113.) Passé une partie de juillet et d’août à Viareggio. Croquis à Livourne. (Pl. 48, fig. 3.)
Septembre. — Terminé et envoyé deux pierres,
Embuscade de chasseurs et Reconnaissance de cavalerie.
Octobre. — Croquis à la foire de l’Imprunetta. (Pl. 44, fig. 2.)
Novembre. — Terminé la planche n° 16, Dévouement du clergé catholique. (Pl. 48, fig. 2.)
Dans le courant de 1838, portraits de la Grande-Duchesse Marie de Russie, et de ses enjants.
Janvier. Le général Oudinot vient pour me voir à Paris. Il doit m’écrire pour me demander un tableau sur un sujet du Siège de Rome.
(Voici une conversation de Raffet avec un matelot, à bord du Galileo. Elle est datée du 3 janvier. D’après les notes, il est impossible de savoir où elle a eu lieu : ce doit être cependant à Livourne.)
« Monsieur, dites-moi, je ne suis qu’un pauvre homme, mais j’aime beaucoup les Français ; j’ai gagné mon pain avec eux. Est-ce que c’est vrai que les Français doivent venir vers la Spezzia au mois d’avril ? — Qui vous a dit cela? Mais, cest un bruit qui court sur toute la bordée, et nous en sommes très-joyeux. — Mais pourquoi
viendraient-ils? — Pour soutenir les pauvres gens, et puis chasser les Autrichiens, et aller faire rendre les biens du Petit Caporal au gouvernement autrichien. Nous attendons ce moment avec impatience, et je désire voir ça avant de mourir. Croyez-vous qu’ils viendront ? • — C’est possible, mais à une époque favorable, car Napoléon III est un homme prudent. — Oh ! tant mieux !
Je voudrais bien voir cela avant de mourir, et s'il le fallait, quitter femme et enfants pour aller au-devant d’eux. Les Français sont très-humains ; à Civita Vecchia, le peuple les adore. Les soldats donnent de la soupe, de la viande aux pauvres, et les Autrichiens leur donnent des coups de bâton, mais nous nous vengerons. »
(Extrait d’une lettre écrite à M. Gihaut, le 3 février.)
« Je travaille, croyez-le bien, à notre Siège de Rome. Si vous n’avez pas encore reçu deux nouvelles planches, c’est que j’attends des croquis de giberne d’artillerie pour terminer, et puis je me suis arrêté un peu. C’est-à-dire j’ai mis de côté la planche de la batterie n° 9, parce qu’il n’y a pas d’inconvénient de s’arrêter quelquefois, surtout quand le grain est trop fin. Cette planche est fort grande et très-détaillée. J’en ai pris deux autres et j’espère que vous aurez ces quatre dans le mois de mars pour la fête du Prince. Vous avez été content de la 40 livraison, j’espère qu’il en sera de même pour la j°, car je tiens à faire de cet ouvrage quelque chose qui sorte de l’ordinaire. J’ai reçu du général en chef, Oudinot, duc de Reggio, une très-bonne lettre et très-flatteuse pour moi, ce qui m’encourage à mieux faire... »
En Février, ‘travaillé au Siège de Rome. Différents croquis de Voitures et de Paysans.
En Mars, départ le 1 j pour Vienne, par Bologne et Trieste. Retour à San Donato le 15: avril. J’ai expédié deux planches du Siège de Rome, Chemin de ronde intérieur et Batterie n 0 g. Le 27 avril, à sept heures du soir, le Grand-Duc de Toscane quitte Florence ; attention. (N° 118.) On proclame le roi de Piémont.
personne n’y fait
Le 29, à trois heures, les Autrichiens passent le Tessin.
1 Mai. Préparé la planche de la Courtine. Le soir, je vais au Cocomero, voir jouer la troupe française ; on donne la Dame aux Camélias.
2. Je vais au chemin de fer, pour savoir si les Piémontais sont arrivés. Il n’en est rien. Il y a seulement des fourgons et des ambulances. Il sort de la forteresse da Basso, une batterie de 3 pièces et un obusier long, qui prend la route de Prato. Les hommes sont devant, les pièces suivent; la tenue est assez négligée. Les Autrichiens sont décidément entrés sur le territoire piémontais.
3. La lithographie commence à venir, mais le grain est plat. Les nouvelles sont toujours à la guerre, à midi. Le soii, les Autrichiens, dit-on, ont passé le Tessin dans la nuit du 26, au nombre de 120,000 hommes. Le chef est le général Giulay. Les deux autres généraux sont le général Benedeck, qui commande 60,000 hommes, le général Zobel, 30,000. Le général Giulay en commande 30,000. Un journal anglais dit que quinze jours après la déclaration de guerre de l’Autriche au Piémont, la Russie déclarera la guerre à l’Autriche. C’est du 26 avril ; ce serait donc pour le 11 mai. Attendons.
4. — Le journal le Monitore a un télégramme, qui dit que les Autrichiens se font donner des vivres et des fourrages, en menaçant de tout saccager et brûler.
ï ‘ ^ne dépêche télégraphique annonce que le 4, les Autrichiens ont tenté le passage du Pô à Frassinetto. Il y a eu du côté des Piémontais, une vingtaine de morts ou blessés.
6' ^es nouvelles de la guerre sont assez bonnes. Les Piémontais ont eu une longue canonnade de vingt heures avec les Autrichiens.
7. Les Autrichiens, d après les nouvelles, font des réquisitions de vivres et de vin pour 40,000 rations. Si l’on ne paye pas de suite, ils quintupleront. Ils disent, par l’organe du général Giulay, qu’ils viennent préserver les Italiens des gens qui les oppriment. C’est bien ingénieux ! Le soir, théâtre au bénéfice des volontaires ; il y a des gens de la société qui jouent. Une pièce a été assez bien, les autres nulles.
8. — D’après les journaux, les Autrichiens n’ont pas bougé encore. Ils ont quitté Voghera et Pontecurone.
9. — Un éditeur vient me proposer de lui faire des sujets sur la guerre actuelle. Je refuse, c’est-à-dire que je ne les ferai qu’après la fin des six dernières planches de mon album de Rome. Je termine enfin ma planche de la Courtine , et je la fais emballer; elle partira demain. Je fais le nouveau calque de ma planche, Prise du bastion 7. Été au chemin de fer, pour voir les Piémontais, mais ils n’arrivèront que demain.
10. — Le matin, été voir l’arrivée des Piémontais, auxquels on jette des fleurs, des couronnes. On bat des mains avec passion : c’est du délire. On rencontre des soldats qui sont enlevés par la foule. Us avaient en tête des Florentins qui portaient de grands drapeaux, et puis la musique. Après dîner, je vais voir si d'autres Piémontais arrivent, car le matin, ce n’était qu’une avant-garde de marine. Ma planche, Prise de la courtine , est partie aujourd’hui ; elle porte le n° 29.
11. — Un télégramme annonce que l’Empereur des Français est parti.
13. — ■ Portrait du Commandant Sainte-Marie , sur papier libre. J’espère qu’il viendra mieux que les autres étant moins chargé.
14. — Napoléon III est arrivé à Gênes, le 12, avant hier. Réception splendide de toute la population : on lui a jeté beaucoup de fleurs.
ij. — Le matin, on me dit que 3,000 Français vont arriver, que les logements sont prêts, ainsi que les rations. On a, paraît-il, mis des drapeaux sur la place du Palais. L’après-midi, on fait dire qu’il n’y a rien de nouveau, quant à l'armée.
16. — Planche du Bastion 7, et retouche de dessins. Proclamation de l’Empereur à l’armée belle et trèssimple. L’après-midi, on recule, me semble-t-il, au lieu d’avancer. L’Empereur est à Alexandrie.
17. — Il est parti de l’artillerie toscane, ce matin. Les Autrichiens font toujours des réquisitions dans la Lomelline.
18. — Je finis un dessin. Les journaux ne donnent pas de bonnes nouvelles.
19. — On dit dans le Monitore toscano , que les Français viennent demain 20, à Livourne. C’est tentant !
20. — Hésitation pour aller à Livourne, parce que je doutais d’un débarquement ; ce qui fait que j’ai manqué le premier train. Je ne suis parti qu’à dix heures et demie, et arrivé à Livourne qu’à une heure et demie. Je vais voir les Français, mais il n’y a qu’une compagnie du génie, quelques soldats d’administration, des chirurgiens et un général. La ville est toute pavoisée de drapeaux aux trois couleurs françaises et italiennes. Elle a un véritable air de fête, et les habitants reçoivent les Français à bras ouverts. J’ai éprouvé un grand plaisir à revoir mes chers troupiers ; je leur donne quelques cigares. On dit que le prince Napoléon arrivera bientôt. Il logera à l’hôtel. Toute sa division doit bientôt venir aussi. Le public a l’air très-gai. Retour à San Donato à sept heures.
21. — Je travaille un peu au Bastion 7. D’après les journaux, les Autrichiens ont été défaits à Montebello, par la division Forey. Le comte Buol a donné sa démission. Je fais quelques Croquis sur la guerre actuelle. (PI. 48, fig. 4-)
22. — Je retourne à Livourne pour voir les Français. Il n’est venu qu’une compagnie de hussards, et 40 à fo gendarmes. On les a beaucoup applaudis, et on leur a jeté des fleurs; enfin on leur fait un excellent accueil. Je vais voir un bâtiment de guerre sarde et la caserne des hussards. Retour à Florence.
23. — Ce matin, je suis allé voir le camp de la batterie toscane, assez mal tenu, du reste. Tout était démonté et les tentes pliées sous le' portique d'une ferme des Cascine. Les hommes s’équipaient pour une revue que doit passer le général Ulloa, de ce qu’il y a de troupes et de volontaires à Florence. Tout ce monde arrive à point avec musique. Beaucoup des volontaires sont habillés, les uns en chasseurs, les autres en soldats de ligne ; d’autres ne le sont pas du tout. Il y a, on le voit, une grande bonne volonté chez eux. Ce sont pour la plupart des jeunes gens bien élevés. A leur arrivée, on a formé deux lignes. Le général les a passées en revue, puis après, on a formé un carré ouvert par un côté, où le général s’est placé avec tous les officiers à sa suite. L’un d’eux a très-mal lu une proclamation au nom du roi Victor-Emmanuel. Après on a crié trois fois : « Vive l’Italie ! Vive le roi Victor-Emmanuel ! » On a joué le nouvel air national où l’on tire plusieurs coups de pistolet, et tout le public répétait en chœur. Le général a des aides de camp peu exercés, car la musique est venue se mettre à sa gauche presque derrière lui, et il s’est placé de côté pour voir défiler son monde. Ils ont tous bien à faire pour apprendre quelque chose. Le soir, on annonce un succès des Piémontais ; ils ont franchi la Sesia et sont de l’autre côté de Vercelli, sur la route de Novare. Je retourne voir l’artillerie toscane.
24. — Le matin, on dit que le prince Napoléon Jérôme est à Livourne. Dans le Monitore , proclamation de lui. D’après d’autres journaux, les Autrichiens se retirent, l’Empereur d’Autriche est à Pavie avec le général Hess. Les Français sont à Casteggio, et s’y fortifient.
23. — Le prince Napoléon est arrivé à Livourne hier; il doit venir ici. J’emballe ma planche du Bastion 7, et elle est prête à partir. Les douaniers ne viennent pas aujourd’hui, parce que c’est demi-fête. Je commence un nouveau dessin, Batterie n° 10. Il paraît que le prince Napoléon viendra dimanche pour la bénédiction des drapeaux.
26. — Beaucoup de troupes sont arrivées à Livourne; environ quatre régiments, plus un bataillon de chasseurs. Il doit en venir encore aujourd’hui.
27. — Je vais à Florence, puis sur la route par où doivent venir les Français, mais il n’y a rien; on ne sait rien. On dit qu’ils doivent venir camper aux Cascine deux jours et partir. Ils n’iront pas en ville. On fait les contes les plus absurdes sur le prince Napoléon.
28. — Eté au-devant des Français qui arrivent par la route de Livourne, entrent dans Florence par la porte San Frediano, et viennent camper aux Cascine par la porte al Prato. Ce sont : une compagnie de sapeurs-mineurs du génie, 30 compagnie, 1" bataillon, 3e régiment; le 140 bataillon de chasseurs; quatre escadrons de hussards; un détachement de gendarmerie à cheval, suivi de beaucoup de chevaux de trait et de mulets. Ils campent aux
Cascine, là où I on fait les courses, sous la tente-abri. C’est pour moi d’une grande importance d’avoir vu ce corps en tenue de marche et de voir établir le camp. Combien j’ai été heureux de revoir mes Français ! Ils ont
été reçus avec de grandes démonstrations de joie, des drapeaux partout et couverts de fleurs. Une foule immense
avait été au-devant d eux avec des drapeaux. On les a beaucoup applaudis, et tout le monde de Florence est venu les voir aux Cascine ; c’est comme une fête. C’est chez M. Paris que je les ai vus passer. J’ai aussi été les voir dans Borgo Ogni Santi. On dit qu’il y a un homme mort d’un coup de sang. Il est de fait qu’il faisait une chaleur suffocante. Après déjeuner, j’ai été les revoir aux Cascine, et après diner, j’y suis resté jusqu’à neuf heures. Je leur ai distribué des cigares. Demain, il y aura messe pour la bénédiction des drapeaux toscans. On dit que le prince Napoléon y sera, et qu’il passera la revue. On dit aussi qu’il arrivera demain deux régiments.
29. Je me rends dès le matin au camp des Cascine, où l’on doit dire la messe pour la bénédiction des
drapeaux toscans. Je suis dans la ferme du milieu. La cérémonie s’est un peu fait attendre. La messe a été dite par un cardinal et avec un clergé très-nombreux. Il a plu beaucoup, mais le public n’a pas cédé et a bravement
reçu la pluie. Il y avait beaucoup de toilettes. Les Toscans ont reçu leurs drapeaux et étendards qui sont
très-simples, puis ils ont défilé après la bénédiction, devant le président du Conseil des ministres, M. Ricasoli. Le piésident faisait face à la ferme des Cascine. Derrière lui, étaient un aide de camp, le colonel de la garde nationale, un général, trois aides de camp et des hussards. Les gardes nationaux étaient formés en colonne et à demi-distance. M. Ricasoli était monté sur un cheval bai clair. Il était vêtu d’une redingote noire, chapeau rond, cravate blanche, et avait un grand cordon tricolore, très-large. Il est grand, sec, et porte des lunettes. Après déjeuner, je suis retourné au' camp français. Pendant mon absence, il était arrivé un nouveau régiment de ligne, le^ l8°’ qui avait déjà presque fait ses tentes. Beaucoup de soldats paraissaient très-fatigués, cependant ils étaient
très-gais. Après dîner, je reviens au camp, et j’assiste à la venue du général Ulrich. Une masse énorme de
Toscans le suit, et il fait son inspection au milieu de tout ce monde ; ce qui est incommode, car il n’a pu juger de rien. Enfin cette inspection se termine au milieu de toutes les femmes possibles. Après avoir entendu la musique toscane, je rentre au camp où je vois un mulet qui se mourait ; il avait reçu un coup de soleil. Je me promène le long du front de bandière. J’ai pu donner quelques cigares à tous ces braves soldats. Le soir, près des cuisines, un soldat qu’on appelle dans le régiment loustic, chante des chansons très-drôles ; il est vraiment comique. C’est Touleau, fusilier de la 30 compagnie du i“r bataillon du 18* de ligne. J’attends la retraite, mais il n’y a pas de musique.
30. — Le matin, promenade au camp. Je cause avec le commandant du ,• bataillon, qui fait sa cuisine lui-même.
Il a appris à faire plusieurs plats. Son installation de cuisine est assez bonne, et il donne des instructions à son soldat ; mais je trouve qu’il a mal fait son fourneau. Il me dit que fo.ooo Autrichiens marchent sur Modène, Parme et la Toscane. Est-ce vrai? Je n'en sais rien. Je vais aux hussards, où je fais un croquis du
Campement de la garde. Ils sont tous couchés par terre, et ont l’air d’avoir bien chaud. Le brigadier me raconte
qu’il a fait sa soupe, dans la même cour où les Autrichiens avaient fait la leur à Tortone, et que la maîtresse du lieu avait été violée par les Autrichiens. Je me promène un peu dans le camp, où je rencontre un Monsieur que j’avais vu à Livourne. Nous allons ensemble voir l’église Santa Croce, où l’on a célébré un service funèbre en mémoire des Toscans morts à Curtatone et à Mortara. Le catafalque est bien, et les inscriptions aussi Après déjeuner, je vais au camp qui change de place, parce qu’il doit venir d’autres troupes, dit-on. Je vois accomplir ce mouvement qui est très-curieux, et défaire les tentes. Après cela, je vais à un café des Cascine où il y a beaucoup d’officiers qui prennent des petits verres et de la bière. Ce matin j'ai vu un poste de chasseurs au palais du prince Casigliano, où demeure le général Ulrich. Il a eu tort, selon moi, de ne pas loger à l’hôtel • ce qui eût été plus convenable.
Vers le soir, les journaux n’ont pas de nouvelles. La pluie tombe avec grande force ; ce qui rafraîchit singulièrement le temps. Je vais au camp, où je trouve nos pauvres soldats mouillés et dans une humidité à faire frémir. Us sont toujours gais. Je leur donne quelques cigares. Pauvres gens ! ils ne se plaignent pas tandis que leurs chefs devraient camper avec eux. Au contraire, ils se prélassent dans Florence, où ils ont les pieds chauds ; ce qui leur suffit. Je ne trouve pas cela bien. Je sors du camp très-attristé, car il y aura certainement beaucoup de malades demain. L’état-major qui suit le général me paraît d’une bien grande inutilité surtout les spahis. ’
?!• — Le “**>, le roulement des tambours et les trompettes annoncent le réveil du camp. Un lieutenant et son soldat, que je vois à la porte de la villa, me demandent à qui appartient le château ; je leur dis que c'est au prince Demidoff. Ce lieutenant, qui s'appelle Carbonnel, me raconte qu’il va en avant de son régiment pour faire préparer des rations, que son régiment, venant de Pistoïa, est encore à Prato, et qu’il passera aujourd’hui
ici vers dix heures. Je l’attends. Le 26° est en bonne tenue. Il a un très-bon équipement de campagne. Après l’avoir vu passer, je vais au camp. Les soldats sont tous très-gais; ils n’ont qu’un désir, la bataille, et la veulent promptement. L’après-midi, est arrivé au camp le 82°. Le soir, j’ai été pour voir l’entrée du prince Napoléon, et en faisant un grand tour, je suis parvenu Via Larga, près la piazza San Marco, où j’ai attendu deux heures. Enfin la tête du cortège a paru. Il y avait d’abord un demi-escadron de gendarmes, par quatre. Derrière, une longue file d’hommes portaient des drapeaux, aux couleurs françaises et italiennes. Après venait la voiture du Prince. On disait qu’on lui avait amené les voitures du grand-duc. Heureusement il n'en était rien ; c’était une voiture de louage à deux chevaux. Il avait un aide de camp à sa gauche et deux devant lui. Il était très-enfoncé dans la voiture, avec beaucoup de bouquets. Son teint est brun uni ; il paraît- gros et ressemble beaucoup à Napoléon 1". Sa voiture allait très-lentement. Il y avait, devant, beaucoup d’officiers toscans faisant les empressés à attacher toutes les fleurs que l’on jetait. Cependant je dois dire qu’où j’étais, on en a peu jeté et on a peu crié. Il y avait pourtant beaucoup de drapeaux dans la rue, presque à toutes les fenêtres. La voiture du Prince était suivie de beaucoup d’autres, où se trouvaient les officiers, aides de camp et ordonnances. Il y avait aussi ceux des généraux qui sont à Florence en ce moment. Le Prince est allé loger à la Crocetta, propriété du grand-duc, dit-on. Il devait d’abord loger à l’hôtel, ce qui eût été mieux. Puis, quand on s’annonce comme général, on doit entrer à cheval et non étendu dans une voiture. Le soir, la Commune a été illuminée. Il y a quelques personnes qui ont imité cela, mais je n’en ai compté que cinq ou six. La ville était parfaitement sombre.
icr Juin. — A quatre heures du matin, j’entends la trompette. Je vais voir. C’est seulement une centaine de volontaires toscans, qui passent allant à Prato. Après midi, arrivent deux batteries d’artillerie; ce sont des pièces rayées du nouveau système. Le calibre se trouve plus petit. Il n’y a que quatre chevaux à la pièce, au lieu de six qui existent encore au caisson, mais celui-ci est très-chargé. Ces pièces portent à quatre kilomètres. Elles sont jolies, du reste, et l’ensemble de ces deux batteries est bien tenu : bons hommes, bons chevaux. Je reviens travailler un peu à ma composition. Après le dîner, je vais au camp, au milieu duquel tout le monde se promène sans dire gare. D’après les journaux, il y a eu une grosse affaire à Palestro. Le 3° zouaves a donné. On dit qu’il y aura demain promenade militaire.
2. — Le matin, j’essaye mon sujet, Batterie n° g, mais la perspective ne fait pas bien. Après déjeuner, je vais avec M. Sainson chez le prince Napoléon, auquel je montre mon Siège de Rome ; il en paraît satisfait. Il me dit que Meissonier est au quartier impérial, et me demande si je ferai quelque chose sur les événements actuels. Je lui réponds que oui, et que je désirerais obtenir une permission pour pouvoir dessiner au camp. Il me dit d’aller au grand état-major, où je trouve le colonel Henry qui me la remet de suite. Le Prince ressemble beaucoup à son oncle. Avant notre audience, au palais de la Crocetta, plusieurs personnes sont entrées, entre autres les décorés de Sainte-Hélène. Il y a une grande salle où un capitaine de lanciers, je crois, sert d’introducteur, et n’a pas l’air très-content. Après dîner, je visite le camp de l’artillerie à cheval, placé dans un pré qui fait suite aux Cascine. Je vais voir danser les soldats, mais c’est une espèce de bal improvisé par les officiers. Il y a un monde fou et on s’y écrase ; il y a peu d’ordre, à cause de la quantité de visiteurs. Je vais ensuite en ville, voir les illuminations qui sont très-nombreuses. Le palais Pitti est noir. Je passe au café Doney, où il y a beaucoup d’officiers.
3. — Le matin, été aux Cascine, voir la revue passée par le prince Napoléon, des 180, 26° et 82° (ce dernier en guêtres blanches), plus un demi-bataillon de chasseurs à pied. Les soldats sont en tenue de campagne, capote retroussée, pantalon dans la guêtre. Le Prince était en képi, tunique, culotte de peau et bottes à l’écuyère. Il porte une simple plaque à gauche. Son cheval est bai-brun, tacheté légèrement de blanc. Le défilé s’est fait vigoureusement, en colonne par peloton sur deux rangs. L’état-major était peu nombreux. Je rentre m’occuper de la Batterie n° 10, qui est fort difficile à composer à cause de la perspective. Vers quatre heures et demie, on me prévient que le Prince est dans le jardin. Je m’habille de mon mieux, parce qu’on me dit qu’il n’y a personne pour le recevoir; tout le monde est sorti. Je trouve le Prince à la nouvelle serre. Après avoir marché quelque temps, il fait le tour du jardin. Un de ses officiers d’ordonnance me dit que le Prince désirerait avoir un dessin des Cascine avec les troupes, et que si je pouvais l’y mettre se promenant à cheval, cela ferait bien. C’est convenu, seulement j’ai demandé un peu de temps. Je prendrai mon point de vue demain. Dans les journaux on annonce le combat de Turbigo. Mac-Mahon, 3 canons, 2 drapeaux, 12,000 Autrichiens hors de combat, 6,000 prisonniers.
4. — Le matin, deux régiments passent en promenade militaire. Je vais au camp, où je me promène jusqu’à midi. Je vois cuisiner des hussards à pelisses blanches. Le soir, je vais dîner avec le colonel Henry et l’abbé
Doussot. Le colonel parle très-raisonnablement de la guerre. Il paraît que les zouaves ont été si vite à Palestro, que les canonniers autrichiens n’ont pas eu le temps de tirer leurs pièces; les zouaves les ont tournées de suite contre l’ennemi. Un régiment français qui est resté en ligne, sans bouger, l’arme au bras, a beaucoup souffert. J’irai demain à huit heures à l’état-major, pour dessiner le cheval du Prince. (Bataille de Magenta.)
j. — Le matin, je vais à Florence à l’état-major, pour le croquis du Cheval du Prince; on ne le fait poser qu’à huit heures et demie. Il y avait longtemps que je n’en avais fait, et j’ai été un peu embarrassé. Je reviens avec l’abbé, pour la messe au camp des Cascine. Le soir, je retourne un peu au camp. En passant près d’une tente, j’entends un capitaine adjudant-major annoncer qu’il a une dépêche à lire. Je vais à la danse. Plusieurs officiers me disent que l'on vient de recevoir une dépêche qui fait savoir qu’en avant de Milan, une grande bataille a été livrée, qu’elle a été gagnée et que 2j,ooo hommes sont sur le carreau, 3 canons, 3 drapeaux, etc. Tout le monde est en fête partout ; on tire une salve de vingt et un coups. Les soldats allument des feux, dansent en rond ; plusieurs se plaignent de ne pas en être. En rentrant, j’ai rencontré des gendarmes et des sous-officiers du génie.
6. — Je vais à l’état-major, où j’arrive trop tard pour faire quelque chose. On dit que Napoléon, après la bataille d’avant-hier, est entré à Milan, et que la population est en insurrection. Il y a eu ce soir, aux Cascine, des hussards et de l’artillerie. Je reviens essayer mon sujet de lithographie, mais je crois qu’il faudra reprendre l’ancien, car je n’aurais pas de place et la pierre serait trop petite. Le soir, je vais à Florence, qui n’est pas illuminée.
7. — Je vais à Florence, à l’état-major; j’y fais le portrait du Colonel Henry. J’y déjeune. J’y apprends que l’on poursuit les Autrichiens jusqu’à l’Adda, et qu’on ramasse une grande quantité d’armes et de munitions. Il paraît que ce pauvre Espinasse a été tué à Magenta. Je reviens à la maison l’après-midi travailler à ma composition.
8. — Le matin, été à l’état-major. On me donne quelques renseignements, mais ces messieurs sont trop occupés. Je vais ensuite au camp du 2 6% demander au colonel de me faire équiper un homme, en tenue de route; ce qu’il fait de suite. Le Soldat vient poser avec moi, à San Donato. Après déjeuner, je recommence à le faire poser, mais beaucoup d’officiers et de généraux viennent, et je vais les accompagner ; ils sont émerveillés des appartements. Ils viennent me voir, et demain, ils doivent me faire préparer une pièce d’artillerie au camp. Le soir, à quatre heures, Te Deum ; j’y arrive un peu tard. Je vais voir le camp d’artillerie, à la Porta al Prato, et je reviens travailler au Bastion 10. (Melegnano. Baraguey-d’Hilliers, 1,000 prisonniers.)
9. — Le matin, je vais pour dessiner la Pièce d’artillerie , mais il faut une permission, et je l’attends ; elle arrive enfin. Je vais avec le capitaine Schcelcher, voir le terrain de sa batterie. Je reviens à midi pour mon voltigeur qui doit poser, je dessine jusqu’à cinq heures. D’après les journaux, les Autrichiens sont rentrés dans Pavie ; l’empereur Napoléon III et Victor-Emmanuel sont dans Milan. Un nouveau succès est annoncé à Melegnano.
10. — Je vais à l’artillerie, pour dessiner les Pièces nouvelles , mais la pluie arrive par torrents, et je suis obligé de céder. Les camps se lèvent par suite des pluies qui rendent les terrains trop humides. Je vais voir défiler l’infanterie, puis les artilleurs. Terminé la planche, Prise de la courtine 6-7.
11. — Après déjeuner, je dessine un Clairon de voltigeurs du 26e. D’après les journaux, nous avons eu un avantage à Melegnano. Les Autrichiens sont en fuite; ils ont quitté Pavie, Piacenza et Lodi, dit-on; Garibaldi est à Bergame. Je vais à Florence, pour voir la retraite, mais il n’y a que la musique toscane. J’entre au café Doney, où il y a beaucoup d’officiers. Il paraît qu’une division d’infanterie part demain à cinq heures, pour Prato, le 26e et le 180. Mort du prince C. W. N. de Metternich-Winneburg, né le if mai 1773.
12. — Le matin, passage d’une partie du 5* corps, 18°, 2 6’ (colonel Sorbier), un demi-bataillon de chasseurs à pied, sapeurs-mineurs en tête, artillerie, bagages. Je vais ensuite à Florence à l’état-major. Je vois le colonel Henry, qui me donne une nouvelle permission pour aller dessiner. Je déjeune à l’artillerie, avec les officiers de la 3* batterie, 140 régiment. Après dîner, je vais à Boboli, où est campée l’artillerie. Nouvelles de Bologne par la diligence. Les Autrichiens sont partis; le drapeau tricolore est arboré. Une commission de gouvernement est nommée. Ancône est libre d’Autrichiens.
i-). — Passage d’artillerie, vers six heures du matin. Elle va à Prato, et demain 14, à Pistoia. Dîné chez le colonel Henry.
14. — Le matin, je vais voir passer les 6" et 8e hussards, avec l’escadron de gardes qui doit accompagner le Prince. Ce sont des gendarmes toscans. Ils ont pris le képi français avec une bande blanche au collet. En avant, étaient les équipages du Prince dirigés par un lieutenant. Je trouve que toute cette cavalerie légère est parfaitement mal nommée, lourdement équipée. Lourde sabretache, sabre idem , mousqueton qui ne peut servir, il est trop court. Travaillé à ma composition.
if. — Le matin, j’apprends que le cabinet Derby est renversé, et que c’est lord Palmerston qui arrive aux affaires. Espérons qu’il sera d’accord avec la France. Je vais ensuite à l’état-major, où j’attends un homme qui ne vient pas poser. Je reviens à San Donato à onze heures. Ces messieurs avaient voulu me retenir à déjeuner, ainsi que l’abbé Doussot. Il y a, à l’état-major, un commandant en costume de réforme hongrois. Il est là, dit-on, pour organiser des Hongrois. Mais comment cet homme qui est hors de service, puisqu’il porte 1 uniforme de la couleur consacrée, peut-il chercher à faire quelque chose qui soit contraire à l'Autriche ? Il n’est là, selon moi, que pour voir ce qui s’y passe et en rendre compte. L’après-midi, travaillé à composer la Batterie il0 10.
16. — Parti à six heures trois quarts pour le chemin de fer de Lucques, mais les heures sont changées et il faut attendre. Je vais alors voir le colonel Henry, qui ne peut me dire où se trouve l’artillerie à Lucques. Je pars à neuf heures vingt-cinq, et j’arrive à Lucques à midi. Je vais à la recherche des officiers que je connais, mais ils sont à peine installés. Je me loge donc à l’hôtel de l’Europe, chambre n° 32. Je finis par retrouver les officiers, et je reviens sur la place. Le prince Napoléon arrive en ce moment ; il est peut-être quatre heures. Il loge dans le Palais. La place est couverte de monde, et on crie : « Fuori ! Fuori ! » Enfin, il se fait voir à une fenêtre latérale. Il n’a pas voulu se mettre au balcon, et il a bien fait. La musique de la ville a ensuite exécuté plusieurs morceaux, sous les fenêtres du Palais. Le soir, illumination générale et fort belle, que je vais voir avec le colonel Princeteau, avec lequel j’ai dîné. La ville est en fête, et l’accueil que reçoit l’armée française est des plus sympathiques.
17. — A huit heures du matin, je vais dessiner un Attelage de pièce. Il y a quelques changements avec l’ancien ; les chevaux ne portent plus de collier. Je continue dans la journée à faire quelques croquis ôl Artilleurs à pied et à cheval , sur les remparts. Je vais voir le camp. Je fais dans l’après-midi un petit portrait de Y Abbé Doussot. Je dîne avec les officiers de la ire batterie du 140 régiment. Le soir, il y a illumination comme hier, avec musique et chants. Je vais me promener dans la Via Grande, qui est très-brillante.
18. — Levé à quatre heures pour aller voir partir l’état-major et le Prince. Le défilé dure au moins trois heures et demie ; on va par la route de Pietra Santa. Le Prince n’est parti qu’à six heures avec deux ou trois aides de camp, et à cheval cette fois. Les troupes sont déjà en marche. La cavalerie a pris la tête, puis les chasseurs à pied, le génie, l’infanterie. La batterie rayée à cheval a suivi la cavalerie, avec laquelle elle marche. Tout cela s’est fait avec un peu de désordre, car les heures sont mal calculées, et tout le monde s’entasse. Ainsi l’infanterie, qui était prête, a été obligée de s’arrêter pour attendre la cavalerie, et assez longtemps. Le Prince est trop mou dans son commandement, et cela retombe sur le soldat. Il faut dire qu’il n’a aucune habitude de cela. Je reviens vers midi et je vais voir les officiers de la 1" batterie du 140 régiment. Le capitaine Bonnefond, après le déjeuner, me mène dessiner une Pièce rayée de la batterie Beaulieu. J’y reste jusqu’au soir. Croquis de Servants , de Pointeur , d’une Forge de campagne. Je vais dîner avec les officiers. Le soir, promenade dans la ville, qui est devenue triste par suite du grand départ de l’infanterie, etc. J’ai manqué le chemin de fer, qui est parti plus tôt que je ne le pensais.
19. — Je me lève à trois heures, pour voir le départ de l'artillerie; cela fait un grand mouvement. Je vais assez loin sur la route, et je dis encore une fois adieu aux officiers de la 1" batterie du 140. Batterie à cheval, batterie rayée; tout défile avec les bagages, et cela dure au moins une heure et demie. Je reviens sur le rempart où la veille il y avait tant de mouvement ; maintenant c’est la tristesse, l’abandon. C’est étonnant comme on s’attache aux objets extérieurs, et comme on s’habitue vite. 11 m’est pénible de rester maintenant dans ces endroits vides, où cependant je n’ai vu les troupes françaises que pendant quarante-huit heures. Je pars par le train de huit heures trente-cinq, et j’arrive à Florence à onze heures.
20. — Je travaille toute la journée, à la composition de la Batterie n° 10.
21. — J’avance ma composition. Je tâche d’en sortir, car cela commence à être bien long.
22. — M. Angelo Usigli vient. Il me propose un sujet allégorique, que je ne puis accepter étant trop pressé. Il me payerait la planche 200 g. fl.
23. — Le matin, été à Florence, voir passer la procession de la Fête-Dieu. Le temps est très-beau. C’est, du reste, comme d’habitude ; le gonfalonier est vêtu de jaune. Les eaux de la fontaine jouent sur la place du Palais Vieux. L’après-midi, je reviens travailler à ma Batterie n° 10; elle prend enfin tournure. Je ne recommencerai plus cela, c’est-à-dire à faire tout d’après la nature absolument exacte. Après dîner, je vais voir jouer au ballon. Les joueurs sont vêtus de blanc, souliers de cuir jaune, ceinture rouge. Ils ont au bras droit une masse en bois garnie de lames, et avec laquelle ils frappent le ballon qui est ainsi lancé à des hauteurs prodigieuses. Il y a eù aussi des lutteurs ; un surtout était assez bien. Cela s’est terminé par deux lutteurs dont le ventre était d’une grosseur démesurée. Ce n’était pas beau à voir.
24. — On dit, aujourd’hui, que les Suisses envoyés à Pérouse pour maintenir le bon ordre ont pillé, tué hommes, femmes, enfants, et qu’ils ont recommencé le lendemain. (Grande bataille de Solférino. Elle commence à quatre heures du matin, et finit à huit heures du soir; 7,000 prisonniers autrichiens, 30 canons, 3 drapeaux. Le général Niel se couvre de gloire, il est nommé maréchal. Les Autrichiens repassent le Mincio.)
23. — Travaillé à la Batterie n° 10. J’avance lentement, mais j’espère qu’elle sera composée lundi. Après dîner, je vais à Florence, car on annonce de grandes nouvelles de la guerre. Résumé du bulletin. Grande bataille ! Grande victoire! Ligne de bataille de cinq lieues, beaucoup de prisonniers, de canons et de drapeaux; Détails plus tard. — La joie est complète. Florence est pavoisée de drapeaux; on illumine. Tout est en fête.
27. — Ma batterie est à peu près composée; demain je la calquerai. Je vais commencer un dessin pour le Prince ; il faut qu’il soit fait dans trois jours.
28. — Fini et calqué ma composition. Lu la proclamation de l’empereur Napoléon III. Les journaux, entre autres les Débats , paraissent plus rassurants à l’endroit de la Prusse. Dieu nous donne la force de l’écraser, si elle veut mettre obstacle à nos projets !
29. — Je reporte mon calque sur la pierre. On dit qu'il y a beaucoup de malades dans le ye corps.
18 Juillet. — Je reçois deux lettres de ma femme. L’une d’elles me dit que M. Furne est mort subitement, le 14. Cette nouvelle me fait la plus grande peine. Quelle tristesse, mon Dieu !
(De juillet à décembre. Raffet travaille au Siège de Rome et termine les planches suivantes : Travailleurs couronnant la brèche , Batterie n° 10 , Départ de la 3e colonne (LaforêtJ, Batterie n° 14. A cette époque doivent se rapporter les notes suivantes sur la guerre d’Italie.)