Préparé des Dessins d' Écosse , pour le Prince
icr Octobre. — Les journaux du soir annoncent la prise de Sébastopol, qui aurait eu lieu avec une promptitude incroyable.
2. — Aujourd’hui, il paraît certain que les alliés ont gagné une bataille sur l’Alma, mais la prise de Sébastopol n’est pas encore une certitude.
3-15-. — Diverses versions circulent toujours sur la prise de Sébastopol. On a démenti cette prise à la Bourse, par affiche; désappointement général. Barbés est gracié. Lithographié le portrait du Baron Boyer. Livré à M. Furne le Lancier polonais.
16-31. — Assisté aux funérailles du maréchal Saint-Arnaud. Terminé la planche du siège de Rome, Ouverture de la batterie n° 1. Lithographié le portrait du Colonel Leblanc. Été à l’Isle-Adam, chez M. Jules Dupré.
i,r Novembre. — Lithographié les Prisonniers russes. Terminé six dessins pour M. Furne, Tambour-major ; Sous-lieutenant porte-drapeau; Grenadiers à pied hollandais , 2e régiment; Mameluck ; Grenadier à cheval, sous-lieutenant porte-étendard ; Artillerie à cheval , train.
ier-3i Décembre. — Études pour la planche des Dragons (Siège de Rome.) (N° 107. PI. 38, fig. ?! pl. 39, %• I> 2> 1, 4; pl- 4°. %• I •) Je livre à M. Furne les aquarelles suivantes : Vétéran; Voltigeur et fusilier-grenadier; Garde d’honneur ; Gendarme , plus- un déssin de la Saint-Barthélemi, aquarelle, 200 fr. J’envoie à Gihaut les deux planches, Sortie de la garnison romaine , et Avant-garde du 11e dragons , 600 fr. Je fais sur papier report, un Officier autrichien du 8e chasseurs , un Clairon de chasseurs autrichiens , No et le portrait du Chef d'escadron d’état-major ,
Lebrun. Pour le Prince, je recommence les Majas , et je travaille à des Figures au trait à l’encre rouge , pour la crypte du tombeau de la comtesse Demidoff, au cimetxere du Père-Lachaise. Je lui envoie, en outre, une Vue de Longjvood , sépia ; Deux vues d' Inventorie et Millden , Ecosse; un Croate et un Tambour autrichien. Le 27, je pars pour Vienne par Strasbourg et Heidelberg. J’y dois voir des personnages intéressants, comme militaires ou diplomates.
Janvier- Juillet. — (Il n’y a pas de notes ni de journal pour ces mois-ci. Raffet n’était cependant pas inactif. A Vienne, il dessina beaucoup de soldats, et parcourut tous les environs. Il était le spectateur assidu de toutes les revues et Manœuvres (N° 108.) C’est à cette époque, qu’assistant un jour à l’inspection d’un régiment, les officiers autrichiens furent étonnés de son savoir dans les choses militaires, et lui demandèrent s’il pourrait faire manoeuvrer un régiment sur le terrain aussi bien que sur le papier. Quoique un peu intimidé au fond par cette demande, Raffet fit bonne contenance, et répondit que s’ils voulaient bien le mettre à l’épreuve, il était prêt à s’exécuter. On y consentit. Pendant une demi-heure, il fit manœuvrer un régiment selon les ordonnances autrichiennes, et se tira d’affaire avec honneur, mais non sans quelque émotion. Les officiers, surpris de la science militaire du peintre, lui firent beaucoup de compliments et se mirent à sa disposition pour tout ce qui pourrait lui être utile. Il alla aussi passer les premiers jours du mois de juin à Pesth et à Bude, où il fit beaucoup de Croquis. (N° 109.) A Bude., il eut surtout occasion d’étudier les types et mœurs des Hongrois, dans un établissement de bains, où hommes et femmes se
baignent ensemble.) N* 109.
1" Août. — J’arrive de la Brühl, villa Tedesco, où demeure M. Demidoff. Je trouve ma femme et mes enfants arrivés d’hier soir. Ils doivent passer les vacances près de moi, et je ne les attendais qu’aujourd’hui, à Teinfalt Strasse, 74, où je demeure.
n. — Je vais avec les enfants prendre un bain de vapeur dans le Danube, ce qui les amuse beaucoup. Nous nous installons toute la journée, et le soir, nous allons à l’Opera, ou l’on donnait les Joyeuses Commères de Windsor , oeuvre médiocre, bien chantée.
12. Nous passons la journée à la Brühl, chez M. Demidoff. Nous visitons le vieux château de Liechtenstein.
13. — Différentes courses dans Vienne. Visité l’église Saint-Michel. Terminé la journée à l’Opéra, où l’on donne la Bohémienne.
14. — Visité le temple de Thésée, sur le modèle du Temple de Thésée à Athènes. C’est au Volksgarten. On y voit la statue de Thésée terrassant le Centaure , par Canova ; belle œuvre.
— Nous allons à la cathédrale Saint-Étienne, puis je fais le tour de la ville avec les enfants, en dehors des remparts. Le soir, nous allons à l’Opéra, où l’on joue Linda di Chamouni ; excellente exécution. Nous soupons au restaurant.
16. — Nous allons voir manœuvrer le régiment des dragons italiens en présence de l’Empereur, qui passe très-près de nous. Nous visitons les deux arsenaux. A l’arsenal civil, nous voyons la tête de Kara Mustapha, sa chemise ou son suaire, avec le lacet qui a servi à l’étrangler. Nous remarquons les armures de Scanderbeg, l’armure de Rodolphe de Habsbourg, celle dè Maximilien, des drapeaux turcs, des drapeaux de la République française. Le soir, nous allons au Volksgarten, où nous entendons les valses de Strauss et la musique d’un régiment toscan.
18. — Été le matin à sept heures, entendre la messe militaire dite sur le glacis, et assisté à la revue passée par deux des archiducs. Visite du colonel de hussards M. de Loventhal.
ïç. — Visite à la cathédrale. Le soir, à l’Opéra, où l’on joue Euryanthe , de Weber, parfaitement exécuté.
20. — Je vais chez M. Rahl, peintre viennois. A une heure, nous allons au Belveder où nous ne pouvons pas entrer. Nous visitons la très-belle collection Ambras, où nous voyons l’armure de François I", à Pavie, celle d’Étienne Bathori, des armures indiennes, la hache d’armes de Montezuma, des momies du bœuf Apis.
21. — Le soir, nous allons à l’Opéra. On donne Conta , joli ballet. Les danseuses remarquables sont MMUm Millerceck, Pocchini, Ricci et Price.
22. — A midi, nous prenons un omnibus qui nous mène à Grinzing. Là, nous prenons des chevaux et nous montons au Kahlenberg, puis au Leopoldsberg, d’où nous jouissons de la magnifique vue de Vienne et de ses environs, des plaines de la Hongrie et du cours du Danube. Nous revenons à cheval à Grinzing, où le loueur de chevaux nous demande un prix exorbitant. Le soir, nous allons au théâtre de la Burg, où l’on joue la Crise , d’Octave Feuillet, traduite en allemand. Les acteurs sont excellents, malheureusement nous ne comprenons pas tout.
23. — Je vais le matin, avec les enfants, voir une revue passée par l’Empereur. A onze heures, je vais avec Charles chez le colonel de Loventhal. Je fais un croquis d’après le Colonel , à cheval.
24. — Je vais voir l’exercice. A dix heures, nous allons au Belveder. Nous visitons toutes les salles de tableaux, italiens, flamands, allemands, etc. Nous remarquons particulièrement de Rembrandt, son Portrait; de Van Dyck, portraits de Jeunes princes d'Autriche ; de Velasquez, les Enfants de Philippe IV ; deux Denner merveilleux. Deux vieillards , homme et femme inconnus ; des peintures de Rubens, d’Albert Diirer, d’Holbein, de Titien, de Corrège, de Michel -Ange de Caravage. Les salles ne sont pas d’un goût pur, mais elles sont cependant trèsbelles, surtout la salle de marbre, où est le portrait de Marie-Thérèse et de son mari.
2f- — Nous allons visiter l’église des Augustins, où est le Tombeau de l'archiduchesse Marie-Christine, par Canova. On y voit les reliques de saint Clément et de sainte Victoire, squelettes habillés d’or. Dans le caveau sont des urnes d’argent renfermant les cœurs de plusieurs princes ; l’empereur Mathias, urne dorée ; duc de Reichstadt ; Marie-Thérèse. Nous nous rendons ensuite au couvent des Capucins, où sont les tombeaux des empereurs d’Autriche, ensevelis dans des coffres ou cercueils de bronze. Le plus riche et trop orné est celui de Marie-Thérèse ; le mieux est celui de François i‘r d’Autriche. Nous examinons aussi ceux de Marie-Louise et du duc de Reichstadt. Nous montons ensuite jusqu’au faîte du clocher de la cathédrale, 4(0 pieds : on a une vue magnifique.
26. Je commence les Armoiries du colonel Maule, pour mettre au-dessous de son portrait. Nous allons à l’église des Saints- Anges.