‹ Notes et discours, 1873-1884Chapitre 10 sur 38 · II. Get Institut tient des séances tous les quinze jours · texte numérisé non relu

II. Get Institut tient des séances tous les quinze jours

III. Il reçoit les correspondances scientiliques qui lui sont adressées de tous les pays grecs.

Il rend compte des ouvrages qui paraissent dans l’Orient hellénique.

Il s’efforce de réunir les faits intéressant l’histoire, la langue et les antiquités du peuple grec qui paraissent dans les revues ou dans les journaux.

IV. L’Institut publie une revue destinée à réunir tous ces faits et à les porter à la connaissance de l’Occident.

Il réclame le concours des syllogues fondés en Turquie, des écoles, de tous les hommes qui travaillent, dans leur propre intérêt et pour le progrès de la science.

RENTRÉE DES FACULTÉS

L’ÉCOLE PRÉPARATOIRE DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE A GRENOBLE, LE 27 NOVEMBRE 1878

PROHOUCÉ A LA SÉANCE ANNCELLI

RENTRÉE DES FACULTÉS

L’ÉCOLE PRÉPARATOIRE DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE A GRENOBLE, LE 27 NOVEMBRE 1878

Messieurs,

De si loin que l’on vienne au milieu de vous, il est difficile de ne pas savoir dès longtemps la bonne réputation de cette Académie. Vos succès dans les concours de droit sont éclatants. Vous habitez un pays qui a d’instinct les qualités les plus nécessaires au juriste : la mesure, le ferme jugement, l’habitude de voiries moindres détails sans jamais oublier l’ensemble, l’esprit qui est un danger dès qu’il est seul, qui, joint au bon sens, rend bien des services. Vous faites tout pour maintenir d’anciennes traditions ; pour

la troisième fois, vous venez de prouver que vous y réussissez. Cette continuité de ti’iomphes ne doit rien au hasard ; après avoir beaucoup surpris, elle ne surprend plus : il faut que votre modestie se résigne et que vous pensiez de vous ce que tout le monde en pense.

Dans un autre ordre, les comptes rendus de l’Académie des sciences témoignent chaque semaine de votre activité. On sait que, pour certaines questions, on ne peut s’adresser à d’autres qu’à vous : ce qui est la marque d’une grande autorité. Vous avez des hommes qui sont passés maîtres ; vous en avez d’autres qui le deviennent sous vos yeux. La Faculté des lettres écrit et enseigne. Aux cours pour le grand public elle ajoute des leçons qui ne s’adressent qu’aux élèves; elle se multiplie pour rendre service, pour seconder les bons vouloirs, pour les susciter. Les progrès de l’Ecole de médecine et de pharmacie sont constatés par le niveau plus élevé des examens, par le nombre plus grand des inscriptions. De vos deux lycées, l’uu a le privilège de donner une forte instruction dans un palais qu’entourent de vastes jardins; l’autre, aussi très bien installé, a été deux fois le premier au concours général de toute la France. Vous comptez dix collèges qui ont plus de douze cents

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élèves. L’enseignement primaire ne vous procure pas de moindres satisfactions ; sur bien des pointSj on prend exemple de vous ; votre initiative ne profitera pas seulement à ce ressort, mais au progrès général des méthodes.

Rappeler ces quelques faits, et personne n’y ■ contredira dans cet auditoire que je remercie d’assister à notre réunion, c’est dire non seulement vos mérites, mais ceux de mes prédécesseurs. M. Ouvré n’est resté que peu de temps au milieu de vous; il vous a laissé de vifs regrets. M. Chappuis vous a donné six années du plus entier dévouement. Comme il vous l'avait promis en 1871, le jour où il vous parlait pour la première fois, c’est de toutes ses forces et sans réserve qu’il s’est consacré au service de l’üniversité. 11 est partout ici présent dans les œuvres et dans les cœurs. Ces œuvres ne sont point toutes achevées, et nous espérons bien qu’à l’inauguration prochaine d’une des plus importantes d’entre elles, il pourra revenir au milieu de nous prendre dans cette solennité la place où l’appellent votre reconnaissance et votre affection.

Vous faites beaucoup. Messieurs; vous êtes pourtant les premiers à penser que vous ne ferez jamais assez, ni à votre gré ni au gré du pays. Le pays nous avertit de bien des manières de

tout ce qu’il attend de nous, et en particulier par les lois de finances. En un temps où la fortune publique demande la plus stricte économie, les dépenses de l’Université s’augmentent dans des proportions qui étaient jusqu’ici sans exemple. Dans la seule année 1877 l’enseignement supérieur a pu ajouter 3,200,000 fr. à ses ressources ordinaires. Le budget des Facultés, qui était, en 1873, de 4,400,000 fr., est de 9 millions en 1878. Le budget du haut enseignement tout entier a suivi une progression presque aussi forte ; en cinq ans, il s’est élevé de 8,200,000 fr. à 13 millions. Celui de l’instruction secondaire, dans le même temps, s’est accru de moitié. L’État, qui donnait, en 1873, 17 millions aux écoles primaires, leur en donne 26 en 1878, et va atteindre 30 millions l’année prochaine. En cinq ans, le budget général a été augmenté de 18 millions; en huit ans, il à été porté de 24 à o3 millions, c’est-à-dire plus que doublé.

Les conseils élus des villes et des départements lie font pas moins que l’Etat. Paris a voté plus de 12 millions pour ses Facultés, sans compter une suite de crédits secondaires qui permettent d’heureuses expériences. La ville de Bordeaux s’est imposé des sacrifices qui vont à cinq millions. Lyon consacre quatre millions à une

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École de médecine, se prépare à reconstruire les Facultés des lettres et dos sciences, participe à l’installation d’un Observatoire, garantit les dépenses d’une École de droit. Toulouse commence par donner un million aux Facultés des lettres et des sciences ; elle a les capitaux nécessaires pour reconstruire une Faculté de médecine, et ces libéralités, dont la liste, serait longue s’il ne suffisait de quelques exemples, ne diminuent en rien celles qui sont faites pour l’enseignement primaire ; loin de là, ces dernières s’augmentent dans des proportions plus grandes encore. 11 n’est pas une seule Académie où les conseils élus n’acceptent de lourdes charges pour concourir aux progrès de l’enseignement à tous les degrés. Grenoble a une belle place dans cette rivalité pour le bien public. Sans parler de ce que vous faites pour le lycée et pour les écoles, votre palais des Facultés est déjà célèbre; on le cite comme un modèle; j’en louerais plus librement l’architecte s’il ne tenait par tant de liens à TUniversité et à l’École d’Athènes. — De tels actes et beaucoup d’autres semblables méritent qu’on les rappelle sans cesse ; ils valent mieux que toutes les paroles; ils sont un des signes les meilleurs du temps présent.

, Ces votes de crédits ont une fortune bien rare :

ils paraissent être si naturels qu’indiquer les l'aisons qui les justifient, c’est répéter ce qui est su de tous. L’État et les conseils élus veulent augmenter, autant qu’il est en leur pouvoir, les forces morales et matérielles du pays. Ils ne peuvent y- réussir que par l’enseignement. C’est aujourd’hui un lieu commun que les sacrifices de cet ordre sont de tous les placements le plus productif. Nous sommes dans le situation d’un père de famille que tout le monde approuve quand il cherche, quelque peine qu’il y doive prendre, à laisser à ses enfants, comme le meilleur des héritages, des connaissances solides. C’est aussi, et heureusement, une vérité courante que, sous aucune forme de gouvernement, la place faite aux écoles de tous les degrés ne peut être plus grande que sous le régime que notre pays s’est donné. Il est de simple bon sens que notre Constitution, reposant sur le suffrage de tous appelés à choisir les plus dignes, l’électeur soit mis à même d’être de plus en plus exigeant, l’élu sache qu’il doit sans cesse acquérir de nouveaux titres : là est l’absolue condition de tout progrès. Une autre vérité n’est pas moins certaine : l’esprit public est aujourd’hui en France la grande force dont il faut tout attendre, à laquelle il faut tout demander; il

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n’est pas chez nous, comme chez d’autres peuples, un rouage important; il est le principe même do nos institutions. Or, quel moyen avons-nous de faire en sorte qu’il suffise à une si grande tâche, si ce n’est de répandi’e les méthodes et les connaissances qui permettent de distinguer l’erreur de la vérité, ce qui est spécieux de ce qui est réel, le bien immédiat de celui qui ne'vieudra que par la suite; qui aident à profiter du passé pour se diriger dans le présent, de ce que pratiquent nos voisins pour mieux faire chez nous, et enfin, dans quelque ordre que ce soit, si haut ou si modeste qu’on l’imagine, à ne se payer ni de mots ni de chimères, mais à prendre les choses pour ce qu’elles sont ? L’esprit public est pour les nations ce qu’est le caractère pour les individus, un ensemble d’idées justes, servies par une volonté qui mesure le but à ses forces, qui ne voit rien au-dessus de la vérité, et qui sait la passion que mérite le bien. Nous reconnaissons qu’il se forme sous des influences diverses; mais la plus efficace de toutes, celle qui est entièrement en nos mains, dont nous sommes responsables et qui, par suite, doit sans cesse nous préoccuper, sera toujours l’instruction ; et d’une façon générale, les progrès du sens droit en notre pays seront ceux mêmes de

renseignement. Ainsi le comprend l’État, ainsi le comprend TUnivorsité, et c’est pourquoi, en huit ans, notre budget a été plus que doublé.

L’idée que l’Université se fait du rôle qui lui appartient dans l’État ne lui permet pas d’admettre qu’un des trois ordres d’enseignement : Facultés, lycées ou écoles, soit sacrifié aux deux autres. Nous devons travailler de toutes nosforces à cette étroite solidarité de toutes les formes de l’instruction, et il faut qu’à cet égard il n’y ait aucun doute ni dans l’opinion ni dans les conseils élus. Des études secondaires mal faites donnent aux Facultés des auditeurs mal préparés; des Facultés languissantes rendent difficile le recrutement de l’enseignement secondaire.

Les Facultés, les lycées, les collèges préparent, éprouvent les réformes qui améliorent peu à peu l’enseignement primaire, qui en modifient les méthodes et en élèvent le niveau. L’enseignement primaire, de son côté, apprend à tous ce qu’est l’instruction, pourquoi il faut l’estimer, comment elle mérite les sacrifices que les contribuables font pour elle. Plus l’école se remplit, plus la Faculté et le collège ont d’élèves.

Le lycée et la Faculté sont déjà étroitement unis ; il importe qu’ils le soient davantage, non seulement pour le pi’ogrès et la dignité de l’en-

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seignement secondaire, qui est peut-être notre plus grande force, mais au profit de l’instruction supérieure. L’enseignement spécial relie l’école au collège. Il n’y a pas d'étape infranchissable dans l’Université. Dans nos concours les plus difficiles, l’élève, parti des rangs les plus lointains, arrive aux plus hauts degrés, à l’École normale, à l’École polytechnique, à l’agrégation, aux Facultés. Il serait facile de citer des noms et de montrer, par exemple, toute une section de l’Institut où les trois quarts des membres ont fait leurs premières études à l’école primaire. Si diminués que soient les obstacles, nous devons les rendre moindres. L’État veut que tous les membres d’une même famille soient mis à même de montrer ce qu’ils valent, pour que le pays profite de tous les mérites, pour qu’il ne laisse pas se perdre les dons naturels, les plus précieux, qui s’ignoreraient eux-mêmes si on ne leur prêtait le léger secours qui suffit à les révéler; pour qu’il voie à sa tête une aristocratie de talents, toujours en éveil, toujours renouvelable, expression aussi complète qu’il est possible du génie national. Une telle ambition eût été traitée autrefois de chimère; les progrès accomplis nous sont garants de ceux que fera l’avenir.

Ainsi, de quelque côté que nous considérions

Dumont. Notes et Disc. 7

l’intérêt public, la solidarité des trois ordres d’enseignement est un de ces principes nécessaires sur lesquels nous ne pouvons transig-er, et, ici encore, il en est de TUniversité comme de l’État, où tous les citoyens sont unis par des devoirs réciproques, où la reconnaissance, la sympathie et l’estime ne remontent ni ne descendent, mais sont le lien naturel de la société, où le législateur considère non le détail isolé, mais l’ensemble, pour que l’ordre, la vie morale, l’intelligence, les plus grands intérêts du pays étant la chose de tous, et non de quelques-uns, soient sous la garde de tous et profitent de tous les efforts.

Pour que l’instruction à tous les degrés ait une grande part aux progrès de l’esprit public, il est évident qu’elle ne peut qu’être nationale, qu’aimer son temps et son pays. Nous n’avons pas d’autre programme ; cette doctrine si simple répond à toutes les questions ; elle justifie aussi toutes les espérances. Nous étudions le passé, surtout celui de la France ; nous croyons à la solidarité des âges dans l’histoire comme à celle des hommes dans une même société. Dans peu nous serons nous-mêmes le passé; nous avons pour nos pères les sentiments que nous souhaitons que nos fils aient pour nous, mais l’avenir

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est notre raison d’être ; c’est pour l’avenir que nous travaillons, c’est sur lui que nous avons les yeux fixés. Des changements dans tous les ordres, dans les sciences, dans la vie sociale, dans les lettres, dans les relations des peuples entre eux, s’accomplissent sans cesse ; ils créant de nouveaux devoirs. Nous devons y préparer ceux qui nous demandent de les instrnire.

L’Université est comme le pays, elle marche.

Comparez nos anciens programmes, ceux qui se bornaient au latin et aux mathématiques, à ceux d’aujourd’hui. Nous avmns fait une large place au français; il a fallu introduire dans les classes l’histoire, d’abord celle du monde classique, puis la nôtre jusqu’au xvf siècle, puis celle des temps modernes. Les progrès des sciences ont rendu nécessaire une double agrégation, et en même temps deux grandes divisions s’établissaient dans nos lycées. Les relations, devenues plus fréquentes avec nos voisins, ont prouvé que la connaissance des langues était nécessaire, que la géographie ne l’était pas moins. Un jour, le développement de la vie publique a fait comprendre au législateur qu’il ne pouvait sans injustice laisser dans une entière ignorance la plus grande partie de la nation; la loi de 1833 a créé l’enseignement primaire. En 1865, il

a clé reconnu que l’instruction primaire ne suffisait pas à tous ceux qui restaient en dehoi’S des études classiques, et qu’il fallait instituer renseignement spécial. C’est notre honneur de chercher sans cesse ce que veut le pays et de le faire. Ceux que cette doctrine effraye oublient qu’elle a été la leur, qu’ils l’ont pratiquée, et qu’en les imitant nous ne faisons que leur témoigner quel prix nous attachons à dés exemples qui nous sont chers.

Ce que seront les réformes prochaines, il serait difficile de le dire dans le détail. Vous en connaissez d’avance les caractères généraux : elles répondront auxnécessités du temps présent. Les Facultés font passer des examens et enseignent l’état actuel de la science. Ce n’est là qu’unepartie de leur mission. Quand les pouvoirs publics créent des chaires, des conférences, des bourses, des laboratoires, des bibliothèques, quand ils sont généreux à ce point qu’ils ne refusent rien de ce que nous demandons, c’est qu’ils veulent surtout les progrès mêmes de la science et de la haute culture intellectuelle. Ils croient qu’il faut, dans une société comme la nôtre, des hommes dont la profession soit d’acquérir des vérités nouvelles, d’accroître les forces de l’intelligence nationale; ils pensent

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que plus l’instruction devient générale, plus il est nécessaire qu’il y ait une élite de maîtres qui rappellent sans cesse à tous ce qu’est la dignité et la vigueur de l’esprit, et que sans cette élite l’instruction ne se répandrait que pour s’affaiblir. Ce que veut donc l’État, c’est le travail personnel. Son vœu le plus cher est de voir dans chaque Faculté quelques hommes d’une haute autorité, avec lesquels on compte en France et en Europe, dont les travaux soient suivis et attendus jour par jour, qui ne se lassent jamais de nous donner des livres, des mémoires, et qui parfois fassent de grandes découvertes. S’il s’inquiète moins de l’enseignement régulier, c’est que, pour de tels maîtres, il est un jeu, et que dès qu’ils parlent ils attirent les disciples et les retiennent.

Quels que soient les services multiples que rend l’enseignement secondaire classique, il a surtout pour objet de donner aux élèves les méthodes et le goût de l’étude qui leur permettent de continuer toute leur vie leur éducation. Faire qu’un homme, quelle que soit sa carrière, s’intéresse aux choses de l’intelligence, aux idées au milieu desquelles nous vivons et qui ont une si grande action sur l’esprit public, tel est le but principal que se propose l’Université. Le lycée

. a d’autant plus de valeur, qu’il est une préparation plus directe à la vie sociale telle qu’elle est oi’ganisée de nos jours. Notre premier devoir est donc de faire aimer l’étude, d’en montrer la nécessité, de la présenter de telle sorte qu’on en voie tout de suite le prix, de choisir entre ce qui est utile et ce qui est plus utile encore, entre ce qui est fictif et ce qui est réel, de trouver les meilleurs moyens pour qu’en sortant des classes l’élève soit heureux de ce que vous lui avez appris et veuille encore beaucoup apprendre. Ce sont ces principes qui ont inspiré dans ces derniers temps les projets de réformes que vous avez vus, projets discutés, qui ont causé quelque surprise, mais qui sont conformes à l’habitude constante de l’Université demesurer ses programmes aux idées du temps, et qui ont pour eux l’avenir.

Le jour où dans cet ordre nous aurons fait les réformes nécessaires avec mesure, mais avec fermeté, le jour où toutes les Facultés seront telles que les veut l’État, telles que d’heureux exemples nous permettent d’espérer qu’elles pourront être à bref délai, nous aurons résolu un des problèmes qui importent le plus aux progrès de l’instruction ; nous aurons rapproché tout à fait l’enseignement secondaire de l’enseignement supérieur. Les élèves n’iront plus aux

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cours pour passer des examens, mais pour continuer sous une forme plus élevée l’instruction commencée au collège ; ils y viendront par goût et avec reconnaissance. Ce ne sont pas les loisirs qui manquent aux jeunes gens, encore moins la passion et l’enthousiasme; ils ne voient pas suffisamment la dignité et la valeur de l’instruction; par suite, ils considèrent souvent comme inutiles les leçons que ne sanctionne pas un diplôme. Par suite aussi, bien des professeurs, ainsi découragés, sentent faiblir les meilleures résolutions; ils se plaignent de ne pouvoir donner un enseignement régulier qui comprenne l’ensemble d’une science ; de traiter par fragments quelques parties, de substituer aux cours didactiques l’agrément et l’esprit, d’abandonner les connaissances précises pour des dissertations qui courent le danger d’être vagues ; de répéter ce que d’autres ont pensé au lieu de penser par euxmêmes, et, comme en cet ordre les effets et les causes sont très mêlés, nous voyons se pi'oduire dans des cas toujours trop nombreux une sorte de langueur qui est aussi préjudiciable à l’Universilé qu’au pays.

Au point où est arrivée aujourd’hui la société française, l’enseignement spécial est d’une absolue nécessité ; il a pour lui la moitié des élèves de

VOS lycées et de vos collèges ; ce qui est la meilleure preuve que le législateur ne s’est point trompé. On dit que les programmes ou sont trop vastes ou ne sont pas encore suffisamment suivis. Il y a là une difficulté d’exécution, mais les principes sont justes. L’État a grandement à cœur de faire produire à la loi de 1863 tous les résultats qu’il en doit attendre. C’est à ceux qui voient les inconvénients de l’organisation actuelle de les signaler ; l’administration ne s’effraye ni des remarques ni des conseils ; elle les sollicite. Nous examinerons ici, comme on l’examine ailleurs, ce qu’il faut faire.

Vous savez tout ce que demande aujourd’hui l’enseignement primaire ; quelle influence il peut avoir sur l’esprit du plus grand nombre. Des écoles normales supérieures, des écoles cantonales,'des écoles d’institutrices, toutes créations qui répondent à des besoins incontestables; des écoles professionnelles où chacun apprenne avec goût son métier, des cours d’adultes où il soit possible de compléter une éducation imparfaite, des méthodes plus simples, plus pratiques, les moyens de solliciter les vocations, la nécessité de mettre' chacun à même de rendre sa condition meilleure, d’en comprendre la dignité, de s’améliorer sans cesse, et ainsi d’avoir l’estime de ce

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qu’il fait et de soi-même : tels sont quelques-uns des objets qui nous préoccupent. L’opinion discute ces problèmes ; elle ne le fera jamais assez ; elle ne stimulera jamais trop à notre gré les courages et les espérances.

Messieurs, la force des États est dans l’ensemble des initiatives individuelles soumises à la loi. La loi nous laisse une grande indépendance ; il en est de même de l’administration. Il faut que chacun de nous se sei've de cette liberté pour améliorer le service auquel il concourt. Beaucoup de réformes excellentes doivent commencer par des bons vouloirs particuliers. Nous borner à l’obéissance passive, c’est-à-dire au minimum de l’effort et du dévouement, c’est nous condamner à une irrémédiable faiblesse. Nous devons avoir un désir du bien qui ne soit jamais satisfait. La situation du pays est bonne; ne le disons jamais trop; cherchons toujours ce qui nous manque.

D’autres nations travaillentautour de nous, nous n’avons pas le droit de l’oublier. Bien aimer son pays, c’est désirer qu’il soit plus intelligent que les autres, mieux défendu, plus riche, mieux administré; qu’il excelle dans les arts, dans les sciences, dans les lettres, qu’il ait cette haute culture morale sans laquelle tout le reste n’est rien; c’est faire ce qu’il faut pour qu’un tel but 7,

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