‹ Notes et discours, 1873-1884Chapitre 9 sur 38 · L’INSTITUT DE CORRESPONDANCE HELLÉNIQUE · texte numérisé non relu

L’INSTITUT DE CORRESPONDANCE HELLÉNIQUE

TENUE DANS LA BIBLIOTHÈQUE DE l’ÉCOLE FJRANÇAISE

d’athènes, le 3 AVBiL 1876

Messieurs,

Le jour où nous sommes réunis pour la première fois, vous me permettrez de résumer, avec autant de netteté qu’il m’est possible, les entretiens que nous avons eus souvent déjà avant cette séance. Nos idées ainsi précisées seront l’objet d’une discussion plus sérieuse, et peutêtre trouverons-nous avec une entière sûreté les moyens d’atteindre le but que nous poursuivons.

Les études d’histoire, d’antiquité, de philologie tiennent dans les préoccupations de l’Orient hel-

lénique une place qui de jour en jour est plus grande. L’Université d’Athènes a formé des élèves qui se sont répandus en Grèce et dans les provinces de l’Empire ottoman. De tous les côtés se sont fondées des sociétés qui recueillent les monuments, les traditions, les chants populaires. Non seulement Constantinople et Salonique ont des syllogues; mais des villes moins importantes, comme Berroé, Serrés, Janina, Rodosto, suivent cet exemple. En Macédoine, en Thrace, en Asie Mineure, les communautés grecques ouvi’ent des musées ; ceux de Smyrne et de Philippopolis sont déjà remarquables. Dans beaucoup de provinces la moindre école tient à honneur d’abriter les restes du passé, ces monumenta patria qui tous autrefois étaient abandonnés à la destruction ou au commerce. Ces grands efforts sont mal connus de l’Occident. Ceux d’entre nous qui devraient en être le mieux instruits les ignorent souvent, moins par leur faute que par celle des circonstances. Quand j’ai tenté, il y a deux ans, de résumer les travaux des syllogues de Turquie, malgré mon bon vouloir, j’ai publié un compte rendu trop incomplet ; ainsi beaucoup d’injustices apparentes ont pu froisser ceux qui en étaient l’objet. Cette année, l’Association pour l’encouragement des études grecques en France

DE l’institut de CORRESPONDANCE HELLÉNIQUE 75 a entrepris d’analyser les principales œuvres de la littérature hellénique qui ont paru récemment. Elle a regretté elle-même de ne pouvoir arriver à plus d’exactitude, et cependant elle possède des moyens d’information dont ne dispose aucune autre compagnie savante d’Occident, puisque les Grecs y tiennent une si grande place. Les inscriptions latines de la Thrace viennent de paraître dans le Corpus de Berlin. Les auteurs de ce recueil ont ignoré que le syllogue de Constantinople en avait publié depuis longtemps une série intéressante parles soins de M. Aristarchis. Toutes les grandes collections éditées èn Occident font des erreurs de ce genre ; vous savez combien d’exemples il serait facile de citer.

Si les recueils importants échappent parfois à ceux qui les recherchent avec soin, à plus forte raison en est-il de même des journaux quotidiens. Il est impossible de profiter toujours de faits nouveaux, de découvertes, de monuments qui sont mentionnés le matin ouïe soir dans une fouille politique destinée à disparaître le lendemain. Même en Grèce, il n’est peut-être pas une seule personne qui ait réuni toutes les indications utiles au progrès de la science que la presse hellénique a données en si grand nombre depuis trente ans..

Il faut le reconnaître, l’Angleterre, l’Allemagne, la France, n’ont qu’une idée très incomplète des travaux qui se font dans ce pays. Pour toutes sortes de causes,'qui tiennent en partie à l’éloignement, à la langue, à l’absence d’un journal de bibliographie, à l’intermittence des revues, on peut dire sans beaucoup exagérer que nous savons surtout, des études helléniques en Orient, non ce que nous apprend une publicité régulière, mais ce que nous devons à l’obligeance de quelques amis.

Le principal objet que nous nous proposions est d’établir entre l’Orient grec et l’Occident ces communications suivies qui jusqu’ici n’ont pas été suffisantes. Les services que nous pouvons rendre aux Hellènes qui ont un rang dans la science et aux travailleurs plus modestes sont de nature très différente. Aux premiers, nous offrons surtout une publicité plus rapide. Nous serons les historiens exacts de leurs découvertes. Peutêtre par là la durée de plusieurs recueils d’érudition et de littérature deviendra-t-elle moins incertaine, de manière que nous ne voyions pas disparaître, après quelques années, des revues auxquelles le monde savant commençait à s'habituer. Nous voudrions aussi, pour uu certain nombre d’ouvrages de grande étendue, guider le

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jugement de l’étranger, le laisser moins exposé à des inégalités d’éloges qui sont de véritables injustices, marquer ce qui est original, ce qui est de simple généralisation, inscrire sans retard les idées nouvelles au profit de nos études, enfin rendre plus facile la tâche du lecteur qui sait la langue, mais qui, faute de la lire sans effort, se prive-souvent des enseignements que contiennent d’excellents ouvrages. 11 faut apprendre à l’Europe à ne pas étudier seulement ceux des livres grecs qui renferment des documents inédits ; cette habitude reste encore trop générale ; elle n’est bonne ni pour les progrès de la science ni pour ceux de l’hellénisme. ■ A l’égard d’une foule de travailleurs moins sûrs d’eux-mêmes qui sont répandus en Grèce, en Turquie, en Asie Mineure, nous avons d’autres devoirs. Pour ceux-là, il importe que nous disions plus exactement encore ce qu’ils font : qu’ils voient ainsi l’estime que la science a de leurs recherches, le prix qu’elle y attache, et qu’ils continuent résolument dans la route où ils sont entrés. 11 faut une force peu commune pour se consacrer à ces études, dans un isolement presque complet, au milieu des difficultés d’une préparation insuffisante, malgré les embarras de la vie professionnelle et les incertitudes de la publi-

LA PREraÈRB SÉANCE

cité. Parcourez les communications faites aux syllogues, les brochures qui s’impriment de tous les côtés : il y a là un grand nombre de bons vouloirs ; la science doit les utiliser ; mais tout d’abord il est nécessaire qu’elle les connaisse, que les meilleures intentions ne soient pas condamnées à l’impuissance et à l’abandon. Vous trouverez peu d’hommes qui sachent se suffire à eux-mêmes ; vous en trouverez moins encore qui, soutenus et guidés,, ne fassent des travaux utiles. Cette vérité, qui est incontestable pour toute l’Europe, est plus certaine, s’il est possible, pour les pays grecs ; les motifs d’émulation y sont moins fréquents, les difficultés y sont plus gran-

Nous voudrions par tous les moyens stimuler les bons vouloirs, diminuer les obstacles. L’obstacle le plus fort est l’idée inexacte que beaucoup d’hommes zélés ont de la méthode. De là tant d’essais ifnparfaits, qui sontaccueillisavecdédain. Ce qui est juste et bon ce n’est pas de sourire d’un apprenti malhabile, mais de le mettre à même de mieux faire. La méthode n’est pas un seci’et mystérieux que quelques-uns seulement sont dignes d’entendre ; elle n’est que le bon sens appliqué à cet ordre de travaux; quelques mots d’avertissement suffisent pour en montrer

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la certitude. La science recueille des faits ; quiconque sait observer contribue à ses progrès. Ce qui perd tant d’esprits désireux de concourir à nos études, c’est qu’ils cherchent prématurément l’intérêt que présentent les faits, au lieu de se borner à les constater. Celui qui s’est habitué à noter ce qu’il a sous les yeux, qu’il fasse unjournal de fouilles, qu’il copie des inscriptions ou décrive des ruines, arrive bientôt à reconnaître que ces observations rapprochées les unes des antres s’éclairent mutuellement ; ces rapprochements lui révèlent des vérités nouvelles dont la certitude est alors complète. Apprendre à regarder, à classer ce qu’on a vu, aller du simple au composé, commencer par les éléments, se bien persuader qu’il n’est permis d’aborder les divers problèmes que dans l’ordre de la difficulté relative : tels sont les principes sans lesquels il n’y a pas de méthode.

La grande erreur est de négliger les travaux les plus simples ; ils sont la condition de tout progrès ; nous les retrouvons au début des carrières scientifiques les plus brillantes. Ces recherches élémentaires, tout le monde en est capable. Que celui qui ne peut pas commenter une inscription la copie ; s’il craint de la copier, qu’il en prenne l’estampage. Au lieu de faire une topo-

gl’aphie raisonnée, qu’il se borne à dire ce qu’il trouve sur le sol; au lieu de transcrire un manuscrit, qu’il le décrive. Ces débuts si modestes ne dureront pas longtemps. Les publications faites par d’autres l’instruiront ; il apprendra la science envoyant le parti qu’on tire des documents qu’il aura signalés, et bientôt lui-même marchera seul. Ce n’est ni le manque de livres ni l’insuffisance de connaissances qui sont le plus à craindre. Un commençant qui est entré dans la bonne voie arrive vite à faire d’assez grands progrès pour s’assurer que peu de livres sont indispensables à ses premiers essais, pour savoir ce qu’il doit apprendre et s’en rendre maître : celui qui a une méthode fausse n’ira en avant que pour s’égarer sans retour.

Ainsi, Messieurs, je ne crois pas qu’il soit possible de contester le service que rendraient à l’Occident et aux Hellènes des communications comme celles que nous voulons établir. Les pays qui sont à la têtedes études en Europe seraient heureux de savoir, aussi exactement, aussi vitequ’il estpossible, tout ce qui se découvre, tout ce qui se publie en Orient qui puisse servir aux recherches d’antiquité et d’histoire. Les Hellènes trouveraient dans cette publicité un singulier motif de redoubler de zèle ; la justice qui leur serait ren-

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due contribuerait à la fois à leur progrès et à celui de la science. Un tel résultat vaut la peine qu’on fasse quelque effort pour y parvenir.

Si tel est le but à atteindre, ce que nous avons à faire, ce qui est pratique ne me paraît pas être difficile à préciser.

Nous tiendrons des séances où nous appellerons d’abord un petit nombre de personnes, décidés à y convier peu à peu tous ceux qui partagent nos idées. Ce qui importe, ce n’est pas un public étendu, mais quelques amis dévoués.

Ces séances auront pour objet :

1“ D’analyser les travaux publiés en Grèce sur des sujets de philologie et d’histoire ; '

2° De prendre connaissance des faits nouveaux, des inscriptions, des monuments qui nous seront signalés par nos correspondants ou qui auront paru dans les journaux, surtout dans les feuilles quotidiennes ;

3° D’entendre des communications sur des questions relatives à la Grèce ancienne ou du moyen âge.

Ces réunions ne peuvent durer que si nous

avons une revue qui en fasse connaître les résultats. J’aurais désiré qu’elle pût paraître dès aujourd’hui ; des obstacles matériels s’y opposent ; elle commencera le 1°’’janvier. Les correspondances seront en grec ou en français au gré des auteurs, comme à nos séances chacun parlera dans la langue qui lui est la plus familière. Durant les six mois d’hiver et de printemps, nous donnerons six numéros ; durant l’été, époque où tout le monde quitte Athènes, deux numéros d’un nombre de feuilles variable, de telle sorte que le volume de chaque année ait toujours l’étendue que nous aurons annoncée.

Le caractère de cette revue sera de n’admettre que des articles qui fassent connaître des faits ou des monuments nouveaux. Il est très heureux qu’il y ait en Orient des recueils qui publient, des études de généralisation ; mais, par cela même qu’ils existent et suffisent à la tâche qu’ils se proposent, nous nous interdirons de les imiter. Nous demanderons même aux auteurs de ne pas se préoccuper trop vite de tirer les conséquences des faits qu’ils signalent. Le plus souvent, ces sortes de commentaires tombent facilement dans l’hypothèse ou répètent ce qui a été dit mille fois. Il faut que les communications, chacune en leur genre, soient irréprochables;

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elles ne peuvent l’être que si elles sont aussi très simples. C’est un sérieux progrès que de s’habituer à ne rien publier que d’exact ; une telle qualité s’acquiert au prix de la réserve. Cette bonne discipline récompense ceux qui se l’imposent en les rendant bientôt capables de travaux plus importants.

Les séances et le recueil n’auront pas dès le premier jour le caractère qui doit leur rester définitivement. Il est certain qu’au début les correspondances ne pourront y tenir la place principale. C’est là une des conditions inévitables de l’œuvre que nous entreprenons. Il faut du temps pour établir les relations, pour en montrer l’utilité, pous en assurer la marche régulière et périodique. Le progrès se fera peu à peu; nous n’épargnerons rien de ce qui dépendra de nous pour qu’il soit aussi rapide qu’il est possible, mais peut-être le plus sûr moyen de le hâter est-il la publication même de notre revue. J’ai déjà eu l’occasion d’entretenir de nos projets quelques personnes qui travaillent à Smyrne, à Constantinople, en Égypte, en Thrace; j’en ai reçu d’importantes communications. Si la correspondance privée produit ces résultats, nous devons attendre beaucoup plus de notre recueil; il dira mieux que tous

les raisonnements les services que nous pouvons rendre.

Je ne répondrai pas à toutes les objections que j’ai entendues, bien que je les trouve, en général, très justes et que j’en tienne grand compte ; il en est une seulement à laquelle je m’arrêterai. D’excellents esprits nous disent que la Grèce a des intérêts plus immédiats à poursuivre, qu’au lieu de s’occuper de la science elle doit songer aux écoles. Nous ne partageons pas cette opinion, ou plutôt nous croyons qu’entre nos contradicteurs et nous il n’y a qu’un malentendu facile à dissiper. C’est un grand devoir que de répandre l’instruction populaire ; il ne faut y épargner aucun sacrifice ; mais à cette tâche la race grecque met un dévouement incomparable.

On peut dire qu’elle a la passion de s’instruire et que nulle autre partie de l’Europe ne fait davantage dans ce buU Là où est le malentendu, c’est quand on pense que les méthodes scientifiques peuvent être une préoccupation dangereuse. Il ne s’agit ici ni d’un surcroît d’études ni d’une application qui absorberait toutes les forces de l’esprit ; il s’agit de travaux qui ne prendront pas plus de temps que beaucoup de livres , ou de mémoires qui se composent dans toutes les parties du monde grec, mais qui sont

DE l’institut de coreespondancb hellénique 85 contraires à la méthode ; nous ne souhaitons aucun effort de plus ; nous voulons que ces efforts soient dirigés et conduisent à des résultats utiles. Il n’y a pas, du reste, d’opposition à établir entre l’instruction du peuple et la science ; la culture scientifique, si élémentaire qu’elle soit, donne à l’éducation de l’école ce sérieux, cette précision, sans lesquels il faut craindre les dangers du vague, de l’à-peu-près. Une nation peut avoir des écoles primaires florissantes et n’en tirer que des avantages médiocres. Ce qui importe, c’est celte vigueur d’esprit, ce bon sens .dans les choses intellectuelles, cette hauteur do vue que la science seule peut donner.

Bien loin que nous ayons la crainte de diminuer en rien cette heureuse activité pour les écoles, nous croyons y concourir, en montrant plus clairement encore l’importance de l’étude, le but qu’elle doit se proposer. En même temps nous formons une espérance qui nous est chère. Nous voudrions que la Grèce, dans un avenir prochain, se fît dans la science une place à elle. Aux bous travaux qui se publient en Europe elle en ajoute parfois d’excellents ; il faut que ces travaux aient une originalité précise, qu’ils lui appartiennent en propre, qu’elle devienne indispensable au progrès de la haute culture intellec-

tuelle, et pour cela qu’elle fasse siens les sujets qu’elle peut traiter mieux qu’aucun autre pays. Il est beaucoup de questions grecques qui ont été imparfaitement éclairées parce que les étrangers s’en occupent trop exclusivement. La Grèce nous doit une histoire de sa langue moderne, de cette langue qui est si ancienne; elle a commencé dans cet ordre d’utiles essais; elle a entrepris de réunir les formes dialectiques ; elle a publié des glossaires, des chants, des contes, des proverbes. Cette longue enquête, elle doit non seulement la continuer, mais se la réserver ; seule elle peut la mener à bonne fin. Les étrangers n’ont pas les moyens de réunir tous les faits que nécessite une pareille étude ; ils s’y appliquent cependant, et s’ils nous proposent leurs théories, ce n’est pas qu’ils aient la certitude de bien faire, mais par crainte que les Hellènes • n’abordent pas assez résolument le sujet. Il en est de nâême des traditions populaires, de toutes ces croyances qui sont restées dans la mémoire de la nation et qui n’ont pas moins d’importance pour rhistpire générale de l’esprit humain que pour l’intelligence de l’antiquité. Le voyageur qui les réunit sait d’avance qu’il ne peut recueillir que des fragments et que, ces fragments mêmes, il n’en comprendra pas toujours le sens. C’est à

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ceux qui vivent au milieu de ces traditions, qui en ont été nourris, qui ont eu foi en elles, qui peut-être y croient encore, de nous dire ce qu’elles sont. Je n’imagine pas non plus qu’un Occidental fasse jamais bien l’histoire de l’Eglise d’Orient, qu’il soit assez attentif, assez exactement renseigné pour en expliquer les usages et les rites. Même dans l’archéologie, où d’autres nations ont sur la Grèce de sérieux avantages, il est des problèmes qui resteront à l’étude jusqu’au jour où ce pays les aura éclairés. Je citerai, entre beaucoup d’exemples, la chronologie des vases peints, objets de tant de discussions ; beaucoup de desiderata que nous rencontrons quand nous voulons donner une doctrine précise sur les objets de bronze, sur les terres cuites, sur le mobilier des sépultures. Les livres et les musées ne suffisent pas pour arriver sur ces sujets à des conclusions certaines. Il faut voir les tombeaux au moment où on les ouvre, suivre les fouilles heure par heure, s’entourer de tous les renseignements, faire des comparaisons nombreuses, ce qui n’est presque jamais possible aux étrangers ; il faut enfin avoir l’expérience que donne une longue pratique ; à cette qualité toute l’érudition du monde ne peut suppléer.

L’intérêt de la Grèce est de profiter des avan-

tages que lui donnent les circonstances, de ceux qu’elle trouve en elle-même, dans sa situation, dans son génie national, dans son passé ; elle ne doit rien négliger de ce qui lui assurera une supériorité dans certaines parties de la science. Les hommes les plus indifférents à nos études soupçonnent ce que gagnerait l’esprit public en Orient si ces idées si simples devenaient dos vérités indiscutables ; le plus ignorant d’entre eux sait que la loi de l’hellénisme est de se faire une place de jour en jour plus grande dans la politique contemporaine, en montrant qu’il ne demande pas une faveur par le fait d’une ambition impatiente, mais qu’il réclame ce qu’il a voulu mériter et ce qui lui est dû.

Le projet. Messieurs, que nous nous proposons de réaliser était depuis longtemps dans la pensée de cette École, de tant d’hommes distingués qui lui ont appartenu et qui en sont l’honneur. M. Burnouf avait préparé l’œuvre que nous continuons, comme en témoignent les articles S et 6 du décret du 26 novembre 1874, portant réorganisation de l’École française d’Athènes. Quiconque s’occupe des études d’antiquité classique, quiconque a quelque connaissance de l’Orient et de la Grèce, a formé le vœu auquel

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nous voulons répondre. Ce nous est une raison de croire au succès de notre entreprise ; nous n’avons jamais imaginé cependant que ce succès pût s’obtenir sans une forte application. Nous rencontrerons des difficultés nombreuses et de toutes sortes. Nous espérons les voir telles qu’elles sont ; si grandes qu’elles soient, iL n’est pas d’obstacle qui résiste à la volonté et au bon sens.

Je me borne aujourd’hui à marquer ce que nous voulons faire. Un programme détaillé, minutieux, nous embarrasserait plus qu’il ne nous aiderait. L’important est de savoir ce qu’on veut et d’entrer dans le bon chemin. Il est impossible de prévoir quels seront les incidents de la route, les enseignements de détail que la pratique et l’expérience nous donneront. Nous serons attentifs à faire pour le mieux; plus tard, nous vous proposerons un règlement; ce qui n’est aujourd’hui que le fait de l’initiative personnelle, ce qui ne peut vivre que par le zèle de quelques esprits dévoués à nos études, deviendra alors une institution qui pourra compter sur la tradition, sur les services rendus, et qui se développera d’elle-même.

Pour le moment, il suffit de porter à la connais-

sance de ceux qui s’intéressent à nos idées quelques résolutions très simples.

I. Il est créé, à l’École française d’Athènes, un Institut de correspondance hellénique.

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