‹ Notes et discours, 1873-1884Chapitre 12 sur 38 · LE 8 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LE 8 DÉCEMBRE

Messieurs,

M. le Ministre de l’instruction publique et des beaux-arts regrette vivement qu’il ne lui ait pas été possible de répondre à l’invitation que M. le maire est venu lui adresser à Lyon, que le chef de cette académie a renouvelée depuis et plusieurs fois avec un sentiment si juste de la reconnaissance que l’Université doit à la ville de Grenoble. — Vous êtes de ceux chez qui on aime à venir et à revenir. — Cette fête serait pour le Ministre une récompense et par votre accueil et par la profonde satisfaction qu’il éprou-

1. M. Albert Dumont, alors directeur de l’enseignement supérieur, avait été désigné par le Ministre pour le représenter à la cérémonie de l’inauguration des Facultés. Empêcbé de se rendre à Grenoble, il envoya son discours, qui fut lu dans la séance présidée par M. Bréal, membre de l’Institut,

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verait à vous remercier de servir, comme ils doivent être servis, les grands intérêts qu’il représente. Il n’y a pas de joie plus sérieuse pour l’homme qui est au pouvoir, qui met très haut les droits de l’Etat, dont il est le gardien, qui met plus haut encore les devoirs de l’Etat qu’il veut remplir sans réserve, que d’exprimer sa reconnaissance et celle du pays à ceux qui assurent, par leurs actes, à ces droits et à ces devoirs la plénitude de leur action.

L’éducation nationale est devenue la préoccupation quotidienne du pays, l’enseignement supérieur au même titre que tous les autres. Vous savez les résolutions qu’ont prises un si grand nombre de villes de bâtir enfin des Facultés dignes de la science qu’on y enseigne, non des édifices luxueux, mais des locaux confortables, susceptibles d’être étendus et modifiés, où tout soit combiné en vue du résultat qu’il faut atteindre : l’organisation la meilleure du travail. Vous connaissez les projets de Lyon, de Bordeaux, de Montpellier, de Lille, de Toulouse, pour ne citer que quelques noms. Chacune de ces villes aura, à bref délai, des installations universitaires telles que personne n’eût osé en espérer, même pour Paris, il y a vingt ans. De toutes parts, les plans se font, les constructions s’élèvent. C’est par

mille mètres que nous comptons les surfaces que nous donnons aux collections, aux salles de cours, de conférences et de recherches. Telle Faculté d’autrefois tiendrait dans tel laboratoire d’aujourd’hui. La moitié de l’entreprise dût-elle seule être accomplie, — et l’entreprise sera achevée tout entière, — ce temps serait encore pour l’enseignement supérieur une véritable renaissance.

Vous avez. Messieurs, dans cette rivalité pour le bien public, un privilège que vous ne partagez avec personne et qu’il faudra toujours rappeler à votre honneur. Etant donné le budget de Grenoble, vous vous êtes imposé des sacrifices tels qu’aucun autre conseil élu ne saurait en faire valoir de plus grands. Vous avez fait plus encore; vous êtes passés sans retard de la résolution aux actes. Le volumineux dossier de cette affaire ne contient ni un retour sur vos engagements, ni une hésitation. Seule de toutes les villes de France, vous pouvez dire aujourd’hui ; Je suis la première qui ait achevé ce qu’elle avait promis ; l’œuvre était considérable ; elle est terminée et nous l’inaugurons.

Votre palais des Facultés a déjà amené à Grenoble de nombreux visiteurs. Tous ont remarqué cette ordonnance simple et élégante où on recon-

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naît une des grandes écoles de l’architecture française. M. Daumet s’inspire de la Renaissance, mais il a subi plus encore le charme de la Grèce. Pensionnaire de la villa Médicis, il a été pour un temps membre de l’Université. Avec ses amis d’Athènes, il a étudié les chefs-d’œuvre "de l’art attique, avec eux il a retrouvé cette vieille architecture macédonienne si forte et si noble, qui, sans les travaux qu’il a faits en commun avec M. Heuzey, serait ignorée, et qu’il n’est pas téméraire de rappeler en inaugurant cet édifice. M. Daumet a eu dans M. Riondel un collaborateur dont il savait mieux que personne les rares qualités, et qui dans cette œuvre nouvelle a soutenu dignement, avec son ancienne réputation, l’honneur d’un nom cher à Grenoble. Il serait injuste de ne pas rappeler un troisième architecte, M. le recteur Chappuis. Tout recteur doit savoir bâtir; M. Chappuis est de ceux qui bâtissent le mieux, qui ont le plus de soin de toutes les parties et de l’ensemble. Ce nous sont d’heureux augures pour d’autres entreprises.

M. le recteur Dreys, qu’il serait plus facile de louer s’il n’était au milieu de nous, a complètement achevé l’œuvre commencée et continuée par ses prédécesseurs ; il a un mérite qui n’est qu’à lui : il vous a installés. Ce n’était pas chose

facile que de subordonner les intérêts particuliers aux intérêts généraux et de le faire si bien que le résultat final fût une entière satisfaction; il y a réussi. Il a voulu davantage, il a ajouté au nécessaire les ornements et le superflu, qui sont si utiles. Dans cette longue tâche peu aisée, vous l’avez trouvé ce qu’il est en toutes circonstances, l’homme qui n’est jamais satisfait s’il voit qu’il lui reste quelque chose à désirer pour les intérêts qui lui sont confiés.

Nous ne sommes pas habitués. Messieurs, à la promptitude que vous avez montrée, et cependant nous n’en voulons pas au retard des villes. Il ne faudraitpasqueGrenoblenous fîtoublierque ces lenteurs sont dans la nature deschoses. Nous sommes les associés des conseils municipaux ; ils délibèrent librement, et nul ne consentirait à diminuer, pour si peu que ce fût, cette liberté, même au prix des résolutions les plus rapides et les plus satisfaisantes. Ils ne veulent se décider que lorsqu’ils sont convaincns ; mieux vaut que la résolution tarde un peu — dans les pays moins privilégiés que le vôtre — mais soit complètement éclairée. Au milieu de ces incertitudes, qui nous frappent parce que nous les suivons heure par heure, qui dans quelques années nous paraîtront un instant, si même on en garde

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le souvenir, une grande chose se forme, l’esprit public, auquel nous attachons plus de prix qu’à tout le reste, parce qu’il est la seule condition du progrès tel que nous le comprenons. Les conseils municipaux s’inspirent de l’opinion qui les a choisis : ils la suivent et l’instruisent en même temps : leur conviction devient celle des électeurs, leurs discussions sont un des éléments essentiels de cette éducation du pays qui se fait jour par jour et à laquelle contribuent si effectivement les représentants des corps élus. S’il dépendait d’un pouvoir souverain de créer en un instant toutes les Facultés que nous projetons en ce moment de concert avec les villes, de faire disparaître tous les obstacles — et ils sont nombreux — il faudrait supplier cette autorité suprême de nous épargner un tel bienfait ; mieux vaut mille fois que le résultat se fasse attendre, qu’il nous coûte beaucoup de peine, mais qu’il soit l’œuvre commune des conseils municipaux et del’Etat, des élus et des électeurs, et véritablement ainsi une œuvre nationale.

On s’est parfois demandé pourquoi l’État, dans l’instruction supérieure, acceptait le concours des villes, pourquoi il ne faisait pas seul ce qu’il croyait devoir faire, décidant ce qu’il fallait créer ici, augmenter ailleurs, maître de toutes

les résolutions, seul responsable du lieu, du temps et des moyens, et sûr aussi, paraît-il, de mettre dans ces constructions l’intelligence et la vie, sans lesquelles elles ne seraient qu’une prodigalité ruineuse. C’est un grand honneur pour l’État d’en agir d’autre sorte, et la vraie marque qu’il comprend toute la dignité du rôle qui lui revient. Ce n’est pas assez de répondre qu’à tant d’entreprises commencées par les villes de Facultés depuis la guerre, le budget de l’instruction publique n’aurait pu suffire sans s’augmenter démesurément. L’Étatse dirige par de plushautes raisons : il est beaucoup, mais il ne craint rien tant que d’être tout, et plus il affirme ses droits, plus il veut que les villes affirment les leurs, désireux de voir se fortifier les initiatives municipales, de faire partager par le plus grand nombre la responsabilité des plus heureuses résolutions, ne gardant qu’un privilège, celui de rappeler sans cesse, et avec une autorité supérieure, ce qu^est l’idéal que la nation ne doit jamais perdre de vue. L’État eût décrété les cinquante millions de travaux qui se font en ce moment pour le haut enseignement, qu’il eût très mal compris sa tâche. C’est le pays qui a voulu ces grandes dépenses, ce sont les conseils élus qui les ont appelées de tous leurs vœux; ce n’est pas seule-

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ment l’obole de tous, c’est la volonté de tous qui

élève ces palais de la science et du progrès.

L’État n’a découragé aucun bon vouloir; à toutes les villes qui lui ont exprimé le désir de développer leur enseignement supérieur, il a fait le même accueil, s’engageant à distribuer entre toutes également les fonds dont il dispose, ne demandant qu’à s’assurer de la fermeté des intentions, heureux des résolutions qu’il voyait se produire, mais placé trop haut pour ne pas être la parfaite justice. Les villes sont dans leur rôle eu demandant beaucoup ; l’État est dans le sien en ne donnant aux unes que ce qu’il donne aux autres. L’administration n’est qu’une œuvre de partage équitable ; ayant sous- les yeux tous les besoins et toutes les demandes j elle les classe selon leur valeur et elle leur accorde selon les moyens que les lois de finances lui concèdent, soutenue dans cette tâche difficile par la sympathie que lui inspirent tant de nobles aspirations. Que s’il est d’inévitables périodes de rapidité et de lenteur même dans les meilleurs conseils municipaux ; que si les engagements une fois pris paraissent ensuite trop lourds ; que si, surtout, les termes n’en ont pas été assez nettement précisés, l’État n’a ni désillusion ni impatience, persuadé que les résolutions du premier jour

viennent d’intentions trop louables pour que la lin ne soit pas excellente. Il s’explique avec les villes, il établit ce qu’il peut, ce qu’elles ont promis, et de cette double comparaison, où les deux parties ne veulent que le bien général, sortent des contrats détaillés comme ceux que nous avons déjà signés avec plusieurs villes, contrats qui ne laissent plus prise à aucune incertitude et qui assurent une paix si précieuse, après beaucoup d’agitations, que toutes les municipalités en voudront de pareils.

De tous les résultats que nous devons à l’association de l’État et des villes dans l’œuvi'e du haut enseignement, le plus heureux est certainement ce fait considérable que désormais, pour l’opinion en France, tous les ordres d’instruction sont solidaires. La démocratie a déclaré par ses votes en quelle estime elle avait la supériorité du talent et la haute culture intellectuelle. Passionnée pour le bien du plus grand nombre, pour l’égalité, pour l’éducation de tous, poursuivant cette grande œuvre de réforme sociale qui ne saurait trop nous préoccuper, elle sait qu’ellea un double devoir; assurer à tous les bienfaits du progrès et concevoir de ce progrès une idée toujours plus haute. Elle sait que ces deux tâches ne se séparent pas et que si l’une des deux

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était oubliée un instant, l’autre ne serait bientôt qu’imparfaitement remplie. Fille de la science et de la philosophie, elle leur rend ce qu’elle en a reçu. Elle reprend la tradition de ces républiques de l’antiquité et du moyen âge qui, jalouses de toutes les libertés, ne l’ont pas été moins de toutes les grandeurs, et restent encore dans les arts, dans les sciences, dans les lettres, des modèles pour la société moderne. Par cela seul qu’elles reposaient sur la liberté, qui est la condition essentielle de la dignité humaine, elles voulaient que cette dignité tendît toujours à la perfection ; car sans ce mobile, la liberté n’est que le droit de s’abaisser et de descendre, tandis qu’elle doit être le moyen de s’élever sans cesse.

Nous n’allons à rien moins. Messieurs, qu’à doubler notre ens.eignement supérieur : nous doublons le nombre des professeurs ou des maîtres de conférences, nous multiplions dans des proportions plus grandes les laboratoires et les moyens de travail, et on nous dit que les hommes nous manqueront. L’objection tombe d’elle-même par cela seul que l’État n’a fait que répondre aux volontés nettement manifestées du pays. Nous savions bien que le personnel que nous avions au début de notre œuvre de rénovation n’était pas ce qu’il devrait être une fois

l’entreprise achevée ; nous le savions et nous ne comprendrions pas comment il eût pu en être d’autre sorte. Les mêmes volontés qui ont décidé de la reconstruction de nos Facultés, et non les volontés des ministres seuls ou des professeurs, mais celles de tous les citoyens, prouvent qu'un grand changement s’est accompli dans l’idée que le pays se fait de la science. Les villes n’ont pas voté ces constructions pour l’avantage matériel et immédiat qui leur en revient ; elles les ont votées pour l’honneur d’abord, et ce sentiment suffirait à prouver qu’elles ont raison ; elles les ont votées ensuite parce que le capital le plus sérieux de tous est la haute culture intellectuelle, et que la science, qui'paraît coûter cher aux esprits étroits, rend au centuple en bon sens, en vérité, en feinneté de jugement et de principes, les sacrifices matériels qu’on fait pour elle. L’instinct public ne s’y trompe pas ; il va droit au but, et toutes les habiletés du monde ne prévaudront pas contre cet axiome de la démocratie française : que la prospérité nationale et la haute éducation sont désormais inséparables.

Pour les mêmes raisons, il est superflu de dire que nous ne croyons pas aux théories qui voudraient réduire le nombre des centres univer-

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sitaires. Pour proposer un tel projet, il faut avoir peu de souci de la dignité nationale, car, tel qu’il est aujourd’hui, notre enseignement supérieur, donné dans quinze académies, n’est pas si riche et si nombreux que l’activité des pays voisins lui soit inférieure. Avant de déclarer que la France ne peut pas suffire à la tâche que d’autres nations portent légèrement, avant de nous résigner à un rôle si humble, il faudrait s’être bien assuré qu’une nécessité sans merci nous y condamne. Le pays n’est pas de cette opinion ; l’Etat ne se reconnaît pas le droit d’être plus modeste en ses ambitions que le pays.

Il n’y a pas de petites Facultés. Les grandes villes ont des avantages, les villes plus calmes en ont d’autres ; et dans cette heureuse diversité, chacune, au lieu d’envier ce qui lui manque, doit profiter des bienfaits qui lui sont assurés. Des centaines d’élèves sont pour le professeur une foule qu’il ne connaît pas ; son cours une fois fini, il ne voit plus ses auditeurs. Ici, ce n’est pas seulement la leçon ex cathedra qui est un profit de tous les jours, ce sont ces entretiens où lés conseils les plus pai’ticuliers attachent autant l’élève que le maître, et leur profitent également. Vos succès dans le droit, qui vous ont mis trois fois au premier rang des Facultés

DU PALAIS DES FACULTÉS, A GRENOBLE 125 de France, s’expliquent en partie par les caractères de votre enseignement. C’est, à beaucoup d'égards, un bien pour les élèves que d’être peu nombreux. Quant aux maîtres, si on leur disait qu’ils ont besoin d’un autre théâtre, ils pourraient répondre que ce n’est pas du moins pour être plus savants ou plus dévoués. La vraie valeur des hommes dépend d’eux-mêmes et non du milieu: ils trouvent partout des sujets d’études, et, partout où ils vont, ils gardent le droit de penser. Que d’exemples il serait facile de citer et parmi vous! Pour les richesses scientifiques et les recherches d’érudition, la moitié de la France est encore inexplorée. Il ne faut jamais s’en prendre aux causes extérieures du travail que l’on ne fait pas. Dans cet ordre comme dans tous les autres, les hommes médiocres sont seuls responsables de leur médiocrité.

Dans cette diversité de l’espi-it français, semblable à lui-même sur tous les points du territoire, et partout marqué par des caractères originaux, avec cette variété des milieux, du passé, de l’histoire, des monuments, des richesses naturelles, il faut que la haute culture se manifeste partout. L’intelligence de Pari s n’est que le résultat du concours des esprits d’élite qui s’y rassemblent de tous les points du pays et qui trouvent

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dans leur réunion .un stimulant singulier. Celte action, qu’ils exercent les uns sur les autres dans un grand centre particulier, peutn’ètre pas moindre, même alors qu’ils sont répandus dans le pays tout entier, pourvu que l’activité, comme nous le voulons, devienne plus générale. 11 est aussi permis de rappeler que plusieurs des conditions mêmes qui ont fait la vigueur de l’esprit français au xvi® siècle et au début du xvu®, les longs loisirs assurés à la réflexion, les facilités du recueillement et de la méditation patiente se trouvent dans telle ville de province plus que partout ailleurs.

L’État, Messieurs, n’aurait pas cet optimisme s’il n’était sûr des réformes qu’il veut accomplir. Ici encore, il ne fait que s’inspirer de l’opinion, sollicitant les conseils, attentif à ce qui lui est demandé, mais persuadé que toutes les innovations les plus simples sont les meilleures, qu’il ne doit rien sacrifier que pour un résultat certain, ne rien abandonner que le jour où il est convaincu qu’il fera mieux. Ces réformes se ramènent à deux objets : étendre l’instruction supérieure et la fortifier. Nous l’étendons en plaçant des élèves réguliersprès des Facultés qui avaient jusqu’ici surtout des auditeurs. Il est urgent de donner à nos collèges communaux un

grand nombre de maîtres qui aient d’autres grades que le baccalauréat, et, en ce sens, tout ce qui est fait pour les Facultés des lettres et des sciences profite à l’enseignement secondaire. Sans Yous, cet enseignement, quoi qu’il fasse, ne saurait suffire à sa tâche, ni se recruter, ni se développer. Il est donc faux de dire qu’on le néglige en attribuant des crédits aux Facultés. L’argent qu’elles reçoivent, elles le rendent avec de gros intérêts à vos collèges et à vos lycées. L’État a créé des bourses de Facultés, les villes en instituent également; nous réglons d’une façon précise la condition des maîtres auxiliaires qui, au prix d’un service limité, sont débarrassés de toute préoccupation matérielle et suivent les cours de licence. En même temps, par une correspondance à jour fixe qui existait déjà dans plusieurs académies, et en particulier dans celle de Grenoble, mais qui est maintenant généralisée et obligatoire, les Facultés diligent les travaux des professeurs de tout le ressort qui se préparent aux examens. Nous faisons faire en ce moment la statistique de cette préparation : dans telle académie les Facultés corrigent chaque mois les devoirs de plus de cent candidats. Ce ne sont pas là certainement des résultats qui nous suffisent ; l’agrégation par la suite vous occupera

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plus que la licence, et la science plus que l’agrégation ; mais il ne faut marcher que d’étape eu étape, et la première période de cette réforme doit être la solide préparation aux examens universitaires. Cette innovation, si modeste qu’elle soit, a déjà une excellente influence sur les Facultés où les maîtres, au lieu de leçons dont ils ne pouvaient le plus souvent constater les résultats, ont la grande satisfaction de voir jour par jour le bien qu’ils font et apprécient l’avantage de parler pour de véritables disciples. L’enseignement, sans rien perdre de la dignité et du charme que lui, donneront toujours les grandes leçons, devient de la sorte plus précis et plus effectif. Un arrêté a été pris pour que les bibliothèques soient aussi complètement que possible à la disposition des jeunes gens qui n’ont eu longtemps de livres que par occasion. Nous voudrions envoyer régulièrement de chaque académie jusque dans les collèges les plus reculés, par les bibliothèques circulantes, un certain nombre d’ouvrages qui fissent participer les professeurs au mouvement scientifique et littéraire. Dans les Facultés des sciences, les travaux pratiques, plus propres que tous les autres à provoquer les vocations, sont devenus obligatoires ; de même dans les Facultés de médecine où l’État les orga-

DU PALAIS DES FACULTES, A GRENOBLE 129 nise au prix de grands sacrifices. A côté des leçons didactiques, l'expérimentation sollicite partout les esprits intelligents et curieux, pour qu’ils puissentse signaler et que, voyant jusqu’où la science est allée, ils veuillent la porter plus loin. Par une série de mesures de détail, qui sont en apparence secondaires et que vous connaissez trop bien pour qu’il' soit nécessaire d’y insister, le nombre des élèves est singulièrement augmenté; et, là où il n’y aurait eu trop souvent autrefois que des professeurs désireux de se dévouer et de grandir leur talent, tout se prépare pour créer de véritables écoles.

Les services que rendent ainsi les Facultés ne peuvent faire oublier, ni à elles ni à nous, que c’est sur leur activité que compte le pays pour une autre tâche. Elles ont pour mission principale le progrès de la science. L’enseignement régulier que donnent leurs professeurs expose l’état actuel de nos connaissances ; ils ont le devoir de les augmenter. Ils ne peuvent être satisfaits que s’ils comptent, non seulement en France, mais bois de France, dans cette élite d’hommes distingués qui, par la force de la pensée, le nombre et la valeur des travaux, représentent le progrès. L’Université aujourd’hui a presque seule le privilège de cette mission. C’est

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donc l’effort personnel que nous demandons avant tout à ses maîtres, non le facile mérite de répéter clairement ce que d’autres ont trouvé, mais cette création qui est la vraie marque de la force intellectuelle, cette ambition constante de mieux savoir et de savoir davantage, pour ajouter à la philosophie, à l’histoire, à la science, cette originalité enfin, sans laquelle l’enseignement le plus consciencieux se perd par la déclamation ou la routine. A favoriser ce travail personnel, l’État n’épargne rien. Il a fait beaucoup ; il fera plus encore, et, pour accroître les demandes qu’il adresse aux pouvoirs publics, il ne veut qu’une chose ; s’assurer que de nouveaux crédits sont vraiment utiles ; car il sait que s’il ne faut rien refuser au travail résolu, des largesses trop faciles affaiblissent les volontés, la dissipation des ressources et des moyens d’études n’a jamais fortifié les caractères.

L’instruction publique prend maintenant le nom d’éducation nationale ; nos fêtes sont celles du pays; nos intérêts ceux qu’ont le plus à cœur les pouvoirs législatifs : le rôle de l’Université grandit tous les jours. C’est, Messieurs, que vous n’avez pas seulement pour rôle dans l’État l’enseignement de la science; vous devez faire plus et vous pouvez faire excellemment ce qu’on

altend de vous. Consacrant votre vie à examiner ce qui a été pensé, à étudier les sciences qui changent les esprits, comme elles changent les conditions de la société ; sachant ce qui se fait non seulement chez nous, mais dans toute l’Europe, vous apportez à vos concitoyens l’expérience du passé et de l’étranger, cette force que donne la recherche quotidienne de la vérité, l’habitude de voir haut et juste; vous mettez celte expérience et ces qualités au service de l’opinion publique qui, sur toutes les- questions, veut savoir ce qui est bon, ce qui est naturel, ce qui est pratique. Votre rôle n’a pas de sens, si vous n’avez toujours les yeux fixés sur le présent et sur la France, si vous ne rapportez pas aux exigences, aux aspirations de la vie nationale tous les résultats de votre activité intellectuelle. — Ici encore. Messieurs, le pays ne se trompe pas : il peut compter sur vous, comme vous comptez sur lui.

PRONOHCÉ A l’iNADOURATION

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