GÉNÉRAL
Bordeaux (Faculté mixte). . .
Lille (Faculté mixte).
Lyon (Faculté mixte).
Montpellier.
Sa
Nancy.
Total.
L’école de Paris compte plus de la moitié des élèves en pharmacie qui suivent les cours dans les Facultés ou dans les écoles supérieures : 448 sur 786. Cette proportion est beaucoup moins forte que celle de f constatée pour la médecine, mais elle est encore trop élevée. Les écoles do plein exercice et préparatoires ont eu, en 1881- 1882, 34 étudiants seulement inscrits en vue du grade de pharmacien de P" classe, 361 de seconde classe, ce qui fait environ 22 élèves par école. Les 190 candidats au diplôme de pharmacien de deuxième classe qui sont à Paris, et les 219 de Bordeaux, Lille, Lyon, Montpellier et Nancy ne
A PROPOS DE l’enquête
font qu’affaiblir les Facultés et les Écoles supérieures.
Ce qu’on doit conclure de ces chiffres, c’est que toute mesure qui, au lieu de combattre la centralisation, la faciliterait serait déplorable ; que, par suite, il est impossible à l’administration d’essayer un seul instant de donner le doctorat ès sciences médicales comme privilège à une seule Faculté, qui serait forcément celle de Paris.
Reste la première partie de l’argument : les candidats viendront en grand nombre à Paris.
Cette seconde forme de l’objection est très grave; pour en apprécier la valeur, il faut avoir une opinion sur la possibilité de la décentralisation scientifique pour les études médicales. Si ces études peuvent être décentralisées, si les Facultés de province doivent devenir plus importantes qu’elles ne le sont, le danger qu’on signale n’est pas aussi grand qu’on le croit.
On a pensé quelquefois qu'une mesure administrative pourrait obliger les étudiants, d’après leur département d’oi'igine, à s’inscrire à une Faculté particulière '. J’ai eu la curiosité de sa-
I. Ou sait que plusieurs écoles de plein exercice et préparatoires iusistoiit pour que les étudiants de leur circonscription soient astreints à plnsieurs années de scolarité au chef-lieu de la circonscription. .
A^oir quels résultats donnerait ce système d’après les statistiques de 1877. Dans le tableau ci-dessous, on suppose que les étudiants originaires des académies de Paris, Rennes et Caen doivent faire leurs études à Paris; ceux des académies de Boi’deaux et de Poitiers à Bordeaux, et ainsi de suite.
(Paris.
Rennes.
Caen.
, . , t Bordeaux.
Academies de < „ ...
( Poitiers.
Académie de | Douai.
Lyon.
Grenoble.
Clermont.
Chambéry.
(Montpellier Toulouse.
Aix.
(Nancy.
Besançon.
Dijon.
B est peu probable qu’un ministre veuille jamais réaliser un tel projet, contre lequel il serait facile de faire de nombreuses objections; mais ce tableau donne une assez juste idée des effets que devrait produire la décentralisation qu’il faut souhaiter.
Académies de
I Paris. . . . 1,294
I Bordeaux. . 646
I Lille. 468
I Lyon. . . . S48
.Montpellier. 793
Nancy. . . .
172 A PROPOS DE l’enquête
La décentralisation des études médicales est beaucoup plus grande dans l’empire d’Allemagne qu’en France. Voici, en effet, le chiffre des étudiants en médecine pour le semestre d’hiver de l’année 1881-1882 :
Berlin.
Munich.
Wurtzbourg . . . .
Leipzig.
Breslau.
Greifswald.
Fribourg.
Halle.
Kœnigsberg.
Tubingue.
Strasbourg.
Marbourg.
Gœttingue.
Bonn.
Heidelberg.
Erlangen.
Giessen. ..
Kiel.
léna.
Rostock.
Deux universités ont plus de si
X cents élèves.
deux plus de cinq cents, deux plus de trois cents.
Huit universités ont plus d’élèves que celle de nos Facultés de province qui en compte le plus
grand nombre. Une seule, celle de Rostock en a moins que notre Faculté la moins favorisée *.
Ainsi, dans un pays où les universités sont anciennes et ont presque toutes depuis longtemps une installation matérielle excellente, l’égale répartition des élèves entre les différents centres d’études est impossible. Il en sera toujours ainsi : mais le mal est plus ou moins grand selon les pays JVous sommespersuadéque,cbeznous,il sera diminué dans une large mesure avec le temps.
Si on veut se rendre compte de ce que fait la suite des années dans ces sortes de questions, même en France, il faut considérer les Facultés de droit qui datent en grande partie de l’an XII. Le nombre total des élèves en droit a été, durant l’année classique 1881-1882, de S,001; sur ce chiffre, Pariscomptaitpour 2,092, beaucoup moins de la moitié. Les douze Facultés de province n’avaient que 2,876 étudiants; les 33 élèves d’Alger complètent le total
1. Le nombre moyen (tes étndianls en médecine de l'empire d'Allemagne dans ces dernières années, pour 4S millions d’habitants, a été de 4,500, c’est-à-dire 1 par 10,000 habitants. A ce compte, nous devrions avoir 3,600 élèves en médecine; nous en avons 4,447.
On comptait à Paris 810 élèves de le® année, S44 de seconde; m\ve la première année, le chiffre dépassait 100 à Bordeaux fu8), à Rennes (107), à Toulouse (230) ; pour la seconde, à Touiouse (168).
UuMONT.Notes et Disc.
. PROPOS DE d’enquête
Si on fait pour les Facultés de droit l’hypothèse que nous avons indiquée pour les Facultés de médecine, c’est-à-dire si on suppose que les élèves du ressort académique doivent s’inscrire à la Faculté de droit du i-essort, voici ce qu’on trouve pour l’année 1877. Je mets en face, entre parenthèses, les chiffres de la population scolaire réelle en 1877.
Paris. 921 (1,857)
Aix. 190 (212)
Bordeaux (1870). 347 (368)
Caen. 340 (206)
Dijon et Besançon réunies. 290 (146)
Douai (1865). 359 (214)
Grenoble et Chambéry. 158 (138)
Lyon (1875). 165 (144)
Montpellier (1878). 217
Nancy (1864). 156 (130)
Poitiers. 338 (232)
Rennes. 251 (180)
Toulouse. 377 (517)
Alger (1879). 31
Paris ale double du contingent normal; Aix, Bordeaux, Toulouse le dépassent; les autres Facultés s’en éloignent assez peu, et il y a lieu de penser quelles s’en éloigneront d’autant moins que l’enseignement y sera fortifié; en supposant une répartition mathématique, qui ne sera jamais réalisée, il devrait y avoir environ 350 élèves
par Faculté de droit, en comptant Alger pour une Faculté. Nous sommes au-dessous de cè chiffre, mais non à tel point qu’il faille déclarer toute décentralisation impossible
Il ne faut pas .juger de l’avenir des Facultés de médeciSle par le présent, qui est un état tout à fait transitoire et où presque tout est défavorable aux écoles de province. On ne doit pas oublier qu’il n’y a eu longtemps en France que trois Facultés de médecine : Strasbourg, Montpellier et Paris; en 1870, ces Facultés ont été réduites à
1. Le nombre des étudiants en droit au semestre d’été de 1882 était réparti entre les universités allemandes que nous avons citées plus haut. Berlin tenait la tête avec 1,441 élèves: puis venait Leipzig avec 858 et Munich avec 712; deux universités seulement avaient plus de 300 élèves : Tubingue 3oS, Breslau 318; trois plus de 200 ; Bonn 251, Strasbourg 222, Heidelberg 206; six plus de 100 : Gœttingue 196, Kœnigsberg 165, Wurtzbourg 133, Halle 119, Fribourg 110, Giessen 120; les autres, Marbourg, Greifswald, Erlangen, léna, Kiel et Rostock moins de ,100. Le nombre de 5,613 étudiants pour 45 millions d’habitants donne une proportion moins forte que celle que nous constatons en France, où nous avons 5,000 élèves pour 36 millions d’habitants.
Pour la médecine et pour le droit, la fréquentation des Facultés est plus grande en France qu’en Allemagne, mais la centralisation est beaucoup plus marquée en France. Là où notre infériorité est surtout évidente, c’est quand on fait le compte des étudiants pour les sciences et les lettres. Au semestre d’été 1882, les élèves de la Faculté de philosophie dans les universités de l’Allemagne du Nord étaient au nombre de 8,785, contre 1,600 en France. Cette différence s’explique par la prospérité de l’enseignement secondaire allemand qui n’accepte comme professeurs que des élèves de l’Université, tandis que, dans nos collèges, les licenciés sont encore l’exception.
PROPOS DE 1,'enquête
deux; des six Facultés aujourd’hui existantes, quatre sont toutes récentes ; ni Lille, ni Lyon, ni Bordeaux n’ont aujourd’hui une installation normale. Les nouvelles Facultés ont vécu, ou peu s’en faut, avec le matériel et dans les locaux des écoles préparatoires ; mais les futures installations sont prêtes, elles seront dignes de la science. Les laboratoires de Lyon n’auront rien à envier à ceux de Paris ; ceux de Lille et de Bordeaux dépasseront tout ce que l’on pouvait rêver de plus ambitieux dans cet ordre il y a dix ans. Comparer Paris aux Facultés actuelles, c’est mettre en parallèle une existence séculaire et des établissements qui ne sont pas encore complètement créés, qui se débattent dans toutes les difficultés du début. Les Facultés de province ont-elles pour elles l’avenir? Tout permet de le croire. Rien ne manque à la ville de Lyon pour le fonctionnement d’une Faculté de médecine de premier ordre, ni une nombreuse population, ni les cliniques, ni un corps médical éminent, éprouvé par le concours. On cherche en vain quelle cause empêcherait Lyon de se développer*. Bordeaux est aussi dans des conditions avantageuses le ser-
1. Lapopulatioudu départomeut duRhôuenu 18décembre 1881 était de 733,000 habitants, et celle de la ville de Lyou de 372,000.