L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR EN FRANCE
Les établissements d’enseignement supérieui’ en France sont :
1° Les Facultés, qui composaient les anciennes Universités : théologie, droit, médecine, sciences, lettres; les écoles supérieures de pharmacie; les écoles de plein exercice et préparatoires, qui enseignent la médecine et la pharmacie ;
2“ Les établissements consacrés à l’étude de sciences spéciales ou à la science en général et à la haute culture intellectuelle en dehors des Facultés : le Muséum, le Collège de France, l’École pratiquedes hautes études, les Observatoires, etc.
3“ Les écoles spéciales, comme sont l’École normale supérieure, les Écoles d’Athènes, de
i. Ces notes ont été écrites par M. Albert Dumont pour le congrès d’éducation qui s’est tenu à Londres pendant l’été
NOTES
Rome, du Caire, l’École des chartes, l’École des langues orientales, qui préparent à.des carrières littéraires ou scientifiques
Théologie. — Les Facultés de théologie sont au nombre de sept, cinq catholiques et deux protestantes (théologie catholique ; Paris, Bordeaux, Aix, Rouen, Lyon; théologie protestante: Paris, Montauban). L’empire d’Allemagne, pour 16 millions de catholiques, compte sept Facultés de théologie catholique avec 852 élèves, au semestre d’hiver 1883-1884 : Bonn, Breslau, Fribourg, Munich, Munster, Tubingue et Wurtzbourg.
Les Facultés françaises n’ont pas d’élèves réguliers % mais seulement des auditeurs qui souvent sont très nombreux. Tel cours réunit jusqu’à 300
1. Sur ces établissements, il n'est pas de meilleur livre à consulter que la Statistique de l'enseignement supérieur, publiée en 1878, œuvre anonyme d’un homme qui a occupé pendant de longues années la direction de l’enseignement supérieur, M. Du Mesnil, aujourd’hui conseiller d’État. On trouvera dans ce volume non seulement une riche réunion de faits et de documents, mais les vues les plus justes sur les progrès à réaliser. Tout le monde connaît les grands services qu’a rendus à l’intruction supérieure M. Du Mesnil, souvent au milieu de circonstances difficiles, avec une persévérance et une passion du bien public que rien n'a pu décourager.
2. Pendant le premier semestre 1883-1884, les Facultés de théologie catholique ont délivré 39 inscriptions.
SUR l’enseignement SUPERIEUR EN FRANCE 229
personnes ; le professeur traite des questions générales ; c’est une sorte de conférencier. L’Église ne reconnaît aucune valeur canonique aux grades conféréspar ces Facultés; l’Étatn’exige pas ces grades, malgré diverses ordonnances qu’il a rendues *. C’est donc un enseignement qui n’a pas d’utilité immédiate. La situation des Facultés de théologie est tout k fait celle qui était faite aux Facultés des lettres avant les changements qui, depuis 1876, ont donné des élèves réguliers à ces Facultés. Elles comptent des esprits éclairés, des hommes instruits qui concourent à répandre des notions historiques et morales et font aussi œuvre d’érudition. Un certain nombre d’ouvrages sérieux, sont préparés chaque année par ces professeurs dans leurs cours. Les Facultés de théologie pourraient avoir des élèves réguliers si l’enseignement y était divisé en grandes leçons et en conférences ; les conférences prépareraient à des grades que l’État, usant d'un droit qui est incontestable, exigei’ait pour certaines fonctions ecclésiastiques; mais cette question est loin d’être seulement pédagogique ; la solution qui y sera donnée dépendra de la manière dont les pouvoirs
1. Loi du 23 ventôse an XII (14 mars 1804) sur l’institution des séminaires métropolitains;, ordonnance du 25 décembre 1830. .4 •
NOTES
publics comprendront les rapports de l’Église et de l’État.
Vingt-neuf professeurs représentent cet enseignement, le plus ancien que nous ait légué le moyen âge, première origine de tous les autres ; ils imposent au budget de l’État une dépense d’enyiron 160,000 francs.
Les protestants sont au nombre de 580,000, sur lesquels on compte 80,000 luthériens. La Faculté de Paris est mixte, celle de Montauban est réservée aux calvinistes. Dans ces deux institutions l’enseignement a un caractère professionnel; il s’adresse à des élèves particuliers *, dont beaucoup font partie d’un séminaire ; les Facultés délivrent les grades nécessaires pour l’exercice du ministère pastoral L La question de supprimer ces Facultés, qui sont un organe indispensable des Églises protestantes, ne se pose donc pas dans les mêmes conditions que pour les Facultés catholiques ; on parle de les rattacher au ministère des cultes. L’empire d’Allemagne a dix-sept Facultés protestantes qui tiennent une place honorable dans la vie universitaire et ne
1. Pendant le pre nier semestre 1883-1884, les Facultés de théologie protestante ont délivré 85 inscriptions.
2. Loi du 18 germinal an X (avril 1802) : « Nul ne peut exercer le ministère pastoral sans justifier d'un brevet de capacité. »
SOR l'enseignement supérieur en FRANCE 231 portent aucune atteinte au libre développement de l’esprit de recherche. Elles comptent plus de 3,600 élèves. En France, deux systèmes sont en présence. Les adversaires de ces Facultés disent que l’État ne doit pas avoir d’opinion théologique, par conséquent qu’il ne doit pas couvrir de son patronage une doctrine plutôt qu’une autre. On répond que, d’une façon générale, dans l’ordre du haut enséigne’ment, l’État n’a pas d’opinion; il ne demande aux maîtres ^ue d’étre convaincus et sérieux et il leur laisse une liberté qui ne doit recevoir de limite que d’elle-même. Les doctrines théologiques, qui ont des partisans nombreux, qui touchent aux croyances de beaucoup de personnes, peuvent être enseignées comme les autres. Placées dans les mêmes universités que les sciences et les lettres, elles subiront la loi naturelle des influences réciproques et de l’évolution par l’étude et la critique. Il est certain que supprimer de l’Europe moderne les systèmes, les idées et les livres que produit tous les jours l’enseignement des Facultés protestantes ne serait pas indifférent au progrès de la pensée.
Droit. — Tl existe une Faculté de droit dans les chefs-lieux académiques, les villes de Clermont et de Besançon exceptées.
NOTES
Le tableau suivant donne le nombre des Facultés par académie :
1" Paris. — Les cinq Facultés, école de médecine à Reims ;
2" Aixet Marseille. — Théologie, droit, sciences, lettres, école de plein exercice de médecine et de pharmacie ;
3“ Besançon. — Sciences, lettres, école de médecine ;
4" Bordeaux. — Les cinq Facultés ;
Caen. — Droit, sciences, lettres, écoles de médecine à Caen et à Rouen, théologie à Rouen ;
6“ Clermont. — Sciences, letU-es, école de médecine ;
7“ Dijon. — Droit; sciences, lettres, école de médecine ;
8“ Douai et Lille. — Droit et lettres à Douai, sciences et médecine à Lille, école de médecine à Amiens et à x\rras ;
9“ Grenoble. — Droit, sciences, lettres, école de médecine;
lO” Lyon. — Les cinq Facultés ;
H® Montpellier. — Les cinq Facultés, moins la théologie ;
12® Nancy. — Les cinq Facultés, moins la théologie ;
SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 233
13“ Poiliers. — Droit, sciences, lettres, école de médecine; écoles de médecine à Tours et à Limoges;
14° Rennes. — Droit, sciences, lettres, école de médecine ; école de plein exercice de médecine et de pharmacie à Nantes, école de médecine à Angers ;
15° Toulouse. — Droit, sciences, lettres, école de médecine; théologie à Montauhan;
16° Alger. — École supérieure de droit, de médecine, des sciences et des lettres.
Des treize Facultés de droit, huit datent du 22 ventôse an XII (12 mars 1804) ; les autres sont récentes : Nancy (1864), Douai (1865), Bordeaux (1870), Lyon (1875), Montpellier (1878).
Le personnel des professeurs et agrégés varie du maximum, qui est 34 à Paris, au minimum qui est 18. Ces cadres répondent aux exigences de l’enseignement et sous ce rapport nous n’avons rien à envier aux autres universités de l’Europe.
Le total des étudiants en droit au premier semestre de cette année était de 5,849, ainsi répartis ;
NOTES
Paris.
Aix.
Caen.
Dijon.
Douai. ..
Grenoble.
Lyon.
Montpellier.
Nancy.
Poitiers.. . . .
Rennes.
Toulouse.
École d’Alger.
Total. 5,849
Si les treize Facultés de la métropole se partageaient également les élèves, elles devraient en avoir chacune 448 ; mais la population varie sensiblement selon les ressorts académiques. Il faut rapprocher le nombre des élèves en droit que fournit chaque division académique de celui des élèves de la Faculté de cette région. Nous avons le relevé de l’origine des élèves par département pour l'année 1877. Les chiffres mis plus haut entre parenthèses indiquent pour cette année les étudiants en droit originaires de chaque ressort. Nous ne pouvons pas faire ici une comparaison d’une rigueur absolue, puisqu’il s’agit de deux années différentes ; mais, si l’on tient compte de
SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 235 l’attraction toute particulière qu’exerce Paris, il est vrai de dire que le partage des étudiants en droit entre les Facultés de province est le plus souvent conforme à une répartition naturelle. Les Facultés nouvelles se sont très vite rapprochées du chiffre qui peut être considéré comme leur contingent normal, quand elles ne l’ont pas dépassé. Il est probable que la création de deux nouvelles Facultés de droit à Clermont et à Besançon ne diminuerait pas sensiblement le personnel scolaire des autres Facultés, mais donnerait le goût de ces études à des jeunes gens qui doivent les négliger faute de pouvoir quitter leur pays. Il serait à souhaiter que cette création prît surtout des élèves à Paris. En 1877, plus de 100 étudiants originaires de l’académie de Clermont étudiaient à Paris ‘. La difficulté de trouver un cadre de professeurs qui puissent suffire entièrement à leur tâche, et le désir de maintenir cet enseignement à un niveau élevé, paraissent avoir été la principale raison qui a fait obstacle à l’institution de centres nouveaux d’études juridiques.
La proportion des élèves à la population, IS pour 100,000 habitants, est satisfaisante.