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SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 267 Cette institution est un séminaire, peut-être unique en Europe, pour les études relatives au moyen âge. Elle a eu le grand mérite d’enseigner la méthode à une foule d’élèves qui sont répandus aujourd’hui dans toute la France, qui en exploitent les archives et en étudient les monuments. La Bibliothèque de l'École des chartes paraît depuis 1839.

Le nombre des élèves par promotion est en moyenne de vingt.

BÜDGET DES GBANDS ÉTABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIIIES ET DES ÉCOLES SBÉCIALES.

École pratique des hautes études . 300,000 fr.

— normale supérieure. 800,010

Collège de France. 490,280

École des langues orientales vivantes. 187,616

École des chartes. 71,300

— d’Athènes. 79,400

-T- de Rome.. 73,640

— du Caire. 68,800

Muséum. 918,442

Établissements astronomiques et météorologiques (Bureau des longitudes, Bureau central météorologique, Observatoires de Paris, de Montsouris, de Meudon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Besançon, du Pic du Midi, et

École d’astronomie).

Total. . ..

NOTES

Ces quelques notes sommaires se rapportent aux seuls établissements qui ressortissent au ministère de l’instruction publique. Pour ne ■parler que de Paris, l’Ecole des beaux-arts donne des enseignements littéraires et historiques ; les diverses parties de l’antiquité sont étudiées à l’École du Louvre; l’École d’anthropologie et l’École libre des sciences politiques (1872) ont de nombreux élèves. Il faut encore mentionner ici l’École polytechnique, l’École centrale des arts et manufactures, le Conservatoire des arts et métiers, les Écoles vétérinaires, l’École d’agx’iculture de Grignon et celles de province, l’Institut agronomique, l’École d’application de médecine et de pharmacie militaires, l’École des mines, l’École des ponts et chaussées, l’École supéi’ieure de commerce, etc.

La situation actuelle de l’enseignement supérieur en France s’explique en grande partie par des raisons historiques. Les établissements qui le composent datent les uns de l’ancienne royauté, les autres de la Révolution et de l’Empire. La monarchie nous a légué le Collège de France, le

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 269 Jardin du roi, l’Observatoire. En 1789, nos vingtdeux universités étaient dans un état peu florissant; non seulement elles appartenaient parleurs tendances aux idées rétrogrades, mais, au point de vue professionnel, élles donnaient un enseignement médiocre. Ellesavaient contre elles l’opinion. L’antipathie qu’elles inspiraient était encore augmentée par l’abus qu’elles faisaient de leurs privilèges. Il est remarquable que personne ne les ait défendues lorsqu’elles disparurent. Elles avaient subi l’efl'et de l’âge; plusieurs d’entre elles comptaient cinq ou six cents ans d’existence, avaient servi de modèles à l’Europe ; leur gloire dans le passé et les services qu’elles avaient rendus nous commandent d’être indulgents pour une décadence qui n’était que trop naturelle.

La question de savoir si ces vieux corps auraient pu recevoir une vie nouvelle est difficile à résoudre; j’inclinerais à croire que non. Il faut remarquer que la Faculté des arts, qui correspond à l’enseignement actuel des sciences et des lettres et aux Facultés de philosophie de l’Allemagne, était tenue dansune situation tout à fait inférieure. On l’appelait la petite Faculté, la Faculté préparatoire : elle avait les plus jeunes élèves, des collégiens; elle faisait suite immédiatement à l’enseignement secondaire, sans en différer beauté

NOTES

coup; livrée aux humanistes, appliquée à des programpies étroits, elle manquait de ce qui fait la vie, la variété, le progrès. Rien ne ressemblait à ce qui doit être, selon les idées modernes, le haut enseignement des lettres et des sciences.

Dès le xvi” siècle, toute nouveauté n’avait pu se produire qu’en dehors de la Faculté des arts, au Collège de France, au Muséum, dans les observatoires. Cette Faculté était un corps absolument fermé et qui voulait rester tel. Le jouioù elle a forcé les sciences nouvelles à s’établir en face d’elle ou contre elle, le progrès des universités a été rendu impossible, leur cause a été condamnée. Dans l’ordre des études spéciales, elles ont laissé l’activité et le progrès à d’autres institutions au point de vue de l’opinion et des idées générales, au lieu d’être à la tête de la réflexion et de la pensée, ce qui devait être leur rôle, elles ont abandonné la direction des esprits à des hommes qu’elles considéraient comme leurs adversaires.

Les Écoles de droit et de médecine ne donnaient pas lieu à des critiques aussi graves ; mais, à toutes les époques, ces Facultés, qui sont tenues d’être professionnelles, doivent se défendre de l’être exclusivement. Il faut qu’elles reçoivent un stimulant perpétuel de la science et des lettres.

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 271 C’est ce qui ne pouvait se produire avec la constitution des Facultés des arts. Les quatre Facultés étaient en fait aussi séparées au xviiF siècle qu’elles le sont aujourd’hui ; le lien qui les réunissait était factice : l’unité des universités dépend beaucoup moins des règlements qui l’établissent que de l’esprit qui anime ces corporations. Si l’idée de la science et d’une haute culture toujours en progrès y domine, l’unité même de la pensée, faisant effort pour s’élever sans cesse, entretient entre toutes les études des échanges de vues générales et de méthodes. Ce contrôle est un stimulant perpétuel qui rapproche toutes les disciplines spéciales et les vivifie les unes par les autres; aucune autre unité n’est possible. Le xin” et le xiv° siècle avaient connu cette unité sous l’influence des grands théologiens de ce temps; quand la foi en la théologie s’affaiblit, l’unité fut perdue pour de longues années, sinon pour toujours.

La Révolution, quoi qu’elle fît, ne put sè soustraire à l’action de ces causes historiques. Dans les très belles théories qu’elle nous a laissées, elle n’a jamais pensé qu’il fallût reconstituer les universités et faire, au nom des idées do progrès, au nom de la philosophie du xvm' siècle, ce que la théologie avait réalisé cinq siècles

NOTES

auparavant. Elle conçu t de grands établissements indépendants, consacrés chacun à un ordre de sciences et y travaillant en toute liberté. Tel fut le principe qui inspira l’organisation du Muséum, étendu et enrichi pour les sciences de la nature, du Bureau des longitudes q)our l’astronomie, du Conservatoire des arts et métiers pour les sciences appliquées, et d’un certain nombre d’écoles spéciales pour les langues orientales, pour la préparation aux cai’rières scientifiques (École polytechnique), au professorat de l’enseignement secondaire (École normale). Il lui parut que, pour toutes les études, la science en progrès serait utilement représentée par le Collège de France, tel que l’avait compris François P'. L’unité de la culture littéraire et scientifique serait garantie par l’Institut, investi d’une haute direction intellectuelle, corps non seulement spéculatif, mais administratif, qui serait un véritable ministère des sciences et des lettres. Ni la Convention ni les autres Assemblées de la Révolution n’eurent une vue plus précise de l’unité et des services qu’elle rend. L’Empire, après les hésitations du Directoire et du Consulat, acheva de réorganiser les Écoles professionnelles de médecine et de droit, et restaura les anciennes Facultés des arts, indépendantes des autres, destinées à former des

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 273 professeurs, souvent confinées dans le devoir secondaire d’instruire des rég-ents et de délivrer des grades. De sorte que, vingt-cinq ans après .1789, l’état de l’enseignement supérieur était, avec des développements plus grands, plus de vie et d’activité, surtout pour quelques établissements mieux dotés que les autres, une imitation de ce que l’ancien régime nous avait laissé. Division et spécialité des divers, ordres d’études, confinés dans des institutions indépendantes; situation le plus souvent médiocre et secondaire des Facultés littéraires et.scientifiques; écoles d’application pour certainès études; séparation trop facilement admise de l’esprit de recherche et de l’enseignement de la science; séparation aussi de l’enseignement même et des exercices pratiques qui apprennent à l’élève comment on travaille : tels sont les caractères généraux de notre instruction supérieure quand l’année 181S termine une des grandes périodes de la Révolution.

De 181S à 1870, les principes ont été les mêmes, bien que beaucoup de mesures spéciales aient réalisé des progrès partiels. Les Facultés ont reçu un grand nombre de chaires nouvelles; mais chaque fois qu’un ordre d’enseignement nouveau a paru être nécessaire, au lieu de

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l’ajouter à TUniversité, on a fait une création indépendante. Telle a été l’École des chartes qui a ou sa vie propre, au lieu de venir se placer dans les cadres qui existaient. L’École normale, qui, dans une certaine mesure, était une annexe de la Sorbonne, s’en est séparée de plus en plus, jusqu’au point d’avoir, surtout pour les lettres, une vie tout à fait à part. Quand M. Duruy a voulu donner aux étudiants le moyen de faire des exercices pratiques de philologie et d’histoire, il n’a pu, malgré tout son bon vouloir, placer ces exercices à la Sorbonne pour les connaissances classiques, ni au Collège de France pour les autres. 11 a dû créer une école spéciale sous le nom d’École des hautes études, et cet essai même n’a pas trouvé de vives sympathies auprès de l’ancienne Faculté des arts. En même temps, les grands établissements consacrés à la science pure, après avoir eu des périodes d’éclat, n’ont pas toujours soutenu avec un égal succès leur grande réputation. Isolés et indépendants, soustraits à la critique parce qu’ils absorbaient tous les hommes qui pouvaient les juger, dotés d’une indépendance totale par la Convention, ils ont montré les dangers de l’autonomie quand elle n’a pas pour contrepoids la concurrence. Ni le Muséum ni le Bureau des longitudes, par

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 275 exemple, n’ont marché en avant d’un pas toujours égal, n’ont eu le sentiment de la nécessité où ils étaient de faire chaque jour un progrès. Qui pouvait les juger, sinon les étrangers, dont les opinions étaient à peine connues en France? Ces illustrespr’ofesseursétaientlivrés sans défense au danger de la gloire. Le Collège de France resta une réunion d’hommes éminents qui travaillaient par goût à leurs études préférées, investis d’un modeste canonicat, séparés de l’Université proprement dite, éloignés des élèves que personne ne leur amenait et qui ne venaient les trouver que poussés par une vocation qui, à toutes les époques, sera très rare.

Quelles que soient les remarques auxquelles un tel système peut donner lieu, il ne faut pas oublier qu’il est un produit naturel de l’esprit français, et qu’il est inutile de récriminer contre l’histoire. Il a procuré à la science et aux lettres une gloire singulière; il n’a pas empêché une suite d’hommes éminents d’illustrer la nation, et, tout compte fait, il a bien mérité, parles services qu’il a rendus, delà civilisation moderne. Ceux qui voudront y faire quelques changements ne devront procéder qu’avec prudence et bien se persuader qu’il ne faut rien détruire qu’on ne soit sûr de remplacer. Peut-être même l’idée do

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modifier cet organisme ne serait-elle venue à la pensée de personne sans deux faits capitaux qui nous imposent de grands devoirs. Ces faits sont l’organisation savante du travail dans diverses parties de l’Europe, en Autriche, en Angleterre, en Hollande, en Italie et surtout en Allemagne, et le progrès en France des idées démocratiques.

L’Allemagne, depuis le début du siècle, a réformé ses universités qui n’ont pas toujours été florissantes, et, depuis environ quarante ans, dans l’ordre des sciences, a outillé son enseignement supérieur d’une façon admirable, lentement, raisonnablement, selon un plan méthodique très pratique. Au mouvement littéraire, philosophique, historique qui a suivi les guerres de l’Empire, est venue s’ajouter vers 1840 une préoccupation toute spéciale des recherches relatives aux études de la nature. Ces grandes réformes, elle les a faites en se servant d’institutions séculaires, depuis longtemps honorées, qui ont été le cadre unique, de jour en jour agrandi, où elle a réalisé toutes les nouveautés, sans renoncer à rien du passé, ni à la confiance qu’il donne, ni aux recherches qu’il accumule, ni aux traditions qu’il fortifie. Elle a des cadres d’élèves, des maîtres de tous les degrés, très nombreux, bien subordonnés les uns aux autres et qui don-

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 277 ncnt la plus grande somme possible de travail utile ; elle possède des bibliothèques qui remontent à la Réforme, même plus oin, et que chaque jour enrichit; elle a reconstitué peu à peu tous ses laboratoires. Les universités font l’unité intellectuelle de la nation ; elles sont connues et estimées de tous; elles vivifient sans cesse l’esprit allemand, en même temps qu’elles travaillent à la richesse commerciale et industrielle. Elles sont le principe de la vie intellectuelle et matérielle d’un peuple de 46 millions d’habitants. Et si nous parlons ici de l’Allemagne, que de motifs d’émulation, que de stimulants ne trouverionsnous pas chez les autres peuples qui nous entourent? En réalité, le même mouvement, le même progrès est facile à constater dans toute l’Europe.

Les idées démocratiques font en France de singuliers progrès; on ne les arrêtera pas, et il n’est pas à souhaiter qu’on les arrête. Elles sont le résultat naturel d’une évolution qui s’accomplira dans toute l’Europe. Si elles ont chez nous le pouvoir, le fait s’explique par notre ancienneté même et aussi sans doute par quelques-uns de nos caractères nationaux. La démocratie est le gouvernement de tous par tous; il u’y faut chercher de contrepoids ni dans une aristocratie de naissance qui, lasse de sa gloire, s’est résignée

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et a voulu abdiquer, ni dans une aristocratie de fortune qui a très peu de force. Cette dernière aristocratie ne paraît pas exercer avec assez de fermeté la seule action qui serait légitime et fructueuse, celle qui consisterait à travailler avec la masse au bien de tous. L’unique autorité qui puisse être réelle dans un tel état politique est celle qui vient de la dignité du caractère et des connaissances acquises, des services rendus et d’aptitudes incontestables à en rendre d’autres. Les classes appelées autrefois dirigeantes, comme les classes populaires elles-mêmes, ont plutôt, les unes des préjugés et des défiances, les autres des aspirations vagues, que des idées précises. Le pays doit acquérir les notions justes qui lui manquent, et il ne peut les trouver que dans l’étude et la réflexion. Les opinions vraies et scientifiques sont encore incertaines pour le plus grand nombre, et, comme les convictions traditionnelles perdent tous les jours leur ancienne autorité, il est vrai de dire que l’esprit public est à former.

Le bon sens populaire, d’accord en cela avec les philosophes du xviii” siècle, a une croyance instinctive « dans la vertu des lumières ». Il altend tout des progrès de la pensée et de la science. Ce qui a été dit, souvent avec de tou-

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 279 chantes déclamations, par tant d’orateurs de 1789 à 179b, est au fond une vérité indiscutable. On en vient donc à penser qu’une instruction étendue et forte pour les esprits distingués, répandant dans le pays des principes de vérité et de bon sens qui deviennent des lieux communs, est nécessaire pour former la foi des temps nouveaux. Une élite élabore les idées ; la foule en vit ensuite, elle les respire comme l’air qui l’entoure. Cette élite, qui ne doit être fermée à aucune bonne volonté, où tous doivent pouvoir arriver, quels que soient leur point d’origine et l’état de leur fortune, cette aristocratie toujours vivante, toujours active, toujours renouvelée, appelant à elle tout homme d’intelligence et de cœur, c’est la haute culture seule qui la produira. L’enseignement primaire et l’enseignement secondaire sont des premières étapes que chacun doit franchir selon ses forces; mais au-dessus d’eux se trouve l’enseignement supérieur, qui est proprement la pensée dé la pensée de la nation s’efforçant de savoir le plus possible et de voir chaque jour la vérité de plus près, pour que tous profitent de ce progrès. Il ne paraît donc pas qu’il y ait à cette heure une seule nation pour qui l’enseignement supérieur soit d’une nécessité plus impérieuse; l’avenir de la démocratie française ne serait que

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la plus incertaine des aventures, si elle se départissait de ces principes. Tout ce qu’on fera pour les autres enseignements ne servira que dans la mesnre où l’on assurera Te progrès de l’enseignement supérieur; seul il vivifiera les autres, seul il les perfectionnera, seul il les empêchera d’être parfois plus nuisibles qu’utiles. Les connaissances primaires ne servent que si l’usage qu’il faut faire pour la direction générale de la vie est réglé par des réflexions qui dépassent de beaucoup la portée des raisonnements élémentaires. Les connaissances secondaires, toutes de vulgarisation, ne sont aussi que des armes et des instruments : le parti qu’il faut tirer de cette préparation pour bien vivre, c’est-à-dire ponr développer l’esprit et élever le caractère, est relevé par de plus hautes spéculations. Même dans l’ordre de la richesse, l’élève primaire est un ouvrier, l’élève secondaire un contremaître, l’élève supérieur crée et invente; chacun d’eux ne sort des deux premières classes que par un effort et un progrès. Une nation d’ouvriers et de contremaîtres serait bientôt battue par celle qui aurait des inventeurs; c’est l’invention seule, dans les choses capitales ou dans le détail, qui assure la première place au milieu de la rivalité de tant d’efforts. De même, dans

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 281 l’ordre moral et intellectuel, les manœuvres et les chefs d’équipe ne peuvent rien sans les créateurs.

Les personnes, on le comprend, qui ont cette vue des intérêts du pays ne peuvent modérer la passion que leur inspire l’enseignement supérieur. D’une façon généi’ale, depuis 1870, le pays a eu le sentiment très vif qu’il avait à cet égaivl de grands devoirs, qu’il fallait faire un effort sérieux si l’on ne voulait pas voir la France dans une situation pénible d’infériorité à l’égard d’autres nations. Cette opinion s’est manifestée nettement, dans les conseils du gouvernement, dans les Chambres et dans les assemblées municipales. IL est même à noter que plus les corps étaient libéraux, plus ils étaient partisans de grands sacrifices pour l’enseignement supérieur. Dans une tâche aussi difficile, il ne s’est trouvé personne pour tracer un plan d’ensemble et l’exécuter. A la véi’ité, le régime parlementaire ne permet pas d’avoir de si vastes projets. Il faudrait aussi une singulière confiance en soi pour faire table rase du passé et reconstruire un édifice de toutes pièces ; les fondations seraient à peine creusées que l’architecte aurait disparu. Un ministre, dans un autre pays, a eu l’énergie nécessaire pour proposer un système qui n’allait à rien moins qu’à changer tout entière l’organisa-

Dumont, Notes et Dise.

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tion des universités. La foi de M. Bacelli en la justesse de ces idées inspire une vive sympathie, et a trouvé.des admirateurs dans toute l’Europe; des vues si vastes et si fières ne sont guère possibles en France pour le moment; il faut nous borner à souhaiter le succès à nos voisins ; leur bonne réussite pourrait réconforter chez nous les défiances et les timidités. On s’est donc borné à des réformes simples et pratiques, et l’on a tâché de les faire de telle sorte qu’elles ne pussent interdire à l’avenir aucune ambition. Ce qui a été commencé se ramène aux points suivants :

1° Construction et outillage;

2° Augmentation du nombre des./enseignements; variété introduite dans ces enseignements ; place faite à la concurrence et à la liberté-

3“ Constitution auprès des Facultés des sciences et des lettres d’un corps d’élèves réguliers; création d’enseignements réservés aux élèves;

4“ Changements apportés aux programmes des Facultés de droit et de médecine ;

5° Autorité prépondérante donnée au corps enseignant sur tout ce qui concerne les méthodes.

Le confortable des installations et l’excellence de l’outillage scientifique ne créent pas le génie. Tl suffit de voir au Collège de France la pièce

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE

sombre et glaciale où Claude Bernard a fait ses plus belles découvertes ; les recherches de M. Pasteur sur les fermentations ont eu lieu à l’École normale supérieure dans un petit cabinet do quelques mètres carrés, complété par une armoire où il installait ses expériences les plus délicates. Le premier laboratoire de Liebig à Giessen doit rester comme un exemple de ce que les natures exceptionnelles savent produire avec les moyens les plus imparfaits. Mais, si les hommes d’élite font souvent tout sortir de rien, pour tirer parti de beaucoup do découvertes il faut de l’espace et des facilités matérielles; il est même des recherches qui ne peuvent aboutir si de larges facilités ne sont données à ceux qui les entreprennent ; enfin et surtout l’État ne doit pas s’en remettre aux merveilles que réalisent les hommes supérieurs : son devoir est d’aider le talent et de foi’mer les élèves. La science est une armée dans laquelle il faut beaucoup de soldats, bien encadrés, d’excellents sous-officiers et le matéi’iel nécessaire.

L’absence des facilités de travail les plus élémentaires décourage les vocations moyennes qui sont le fond principal sur lequel on doit compter; elle justifie tous les abandons et toutes les défaillances. Elle a sur l’opinion une influence déplo-

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rable. Le public estime les choses au prix des sacrifices que l’État fait pour elles. Quand la science est dans des conditions misérables, on l’oublie et on la mésestime. Il faut que l’enfant, l’ouvrier, l’homme du monde, en voyant un édifice commode pour le travail, dise : « Cela est le palais de la science, et la science mérite des palais. »

Depuis quarante années environ, les conditions de la recherche scientifique ont été changées surtout par les progrès de la chimie, de la physique et plus tard de la physiologie. De simples cabinets d’études ne suffisent plus; les professeurs, comme les industriels, ont besoin de vastes espaces, d’usines très simples, mais bien éclairées. L’architecture, le luxe décoratif, même une solidité faite pour compter avec les siècles sont inutiles. Un laboratoire principal, assez bien bâti pour durer cent ans, et de larges terrains où l’on ferait et déferait, selon les besoins, des constructions légères : tel est l’idéal de beaucoup de savants. Toute l’Europe a entrepris de renouveler les installations destinées à la science. En France, ce problème se compliquait de la nécessité de donner aux élèves nouveaux venus des Facultés des lettres les locaux si modestes dont ils avaient besoin, mais qui manquaient partout : des pièces

sua l’enseignement supérieur en FRANCE 285 de réunion, de travail et de conférences, et le plus souvent de créer de toutes pièces des bibliothèques.

L’État et les villes se sont mis résolument à l’œuvre. Ils ont construit les Facultés de Grenoble, la Faculté de médecine de Lyon à laquelle la ville a de beaucoup la plus grande part, la Faculté des sciences de celte ville, la Faculté de médecine de Paris, les Facultés dè Bordeaux, les Observatoires de Lyon, Bordeaux, Besançon; l’État a bâti une nouvelle École de pharmacie à à Paris, des galeries monumentales au Muséum. La reconstruction de la Sorbonne, celle des Facultés de Montpellier, de Toulouse, de Lille, de Marseille, de Caen, de Clermont, de Dijon sont commencées. Des laboratoires de zoologie marine ont été aménagés à Concarneau *, à Roscoff, à Banyuls, à Lnc-sur-Mer, au Havre, à Marseille, sans compter les installations plus simples de Yimereux et de Cette.

Sans entrer ici dans le détail, l’œnvre de reconstruction des bâtiments de l’enseignement supérieur a déjà provoqué de la part des villes

1. La station de Concarneau a été cédée à l’instruction publique par la marine. Le laboratoire de Banyuls est plutôt l’œuvre personnelle de M. de Lacaze-Dutbiers et des collabol’ateurs qu’il a su trouver (ville, département, etc.) que de l’État.

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et de l’État une dépense qui monte à environ 82 millions.

De 1868 à 1878 ;

Sommes votées par les Conseils

municipaux. 27,000.000 fr.

Subventions des Conseils généraux. 600,000

Subventions de l’État. 12.900,000

De 1879 à 1883 ;

Sommes votées par les Conseils

municipaux. 22,900,000

Subventions des Conseils généraux . 200,000

Subventions de l’État. 18,700,000

41,800,000 fr.

Comme on le voit, la part de l’État est de 30 millions, celle des villes de 49 millions.

Les bibliothèques ont reçu un crédit annuel qui est aujourd’hui de 468,000 francs; les collections des Facultés et les frais de cours, une somme de 1,200,000 francs par exercice ‘.

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