‹ Notes et documents inédits sur l'Opéra-comique et quelques-uns de ses artistes pendant la RévolutionChapitre 1 sur 6 · PHILIPPE · texte numérisé non relu

PHILIPPE

Né en 1754, Philippe Cauvy, conna au théâtre sous son prénom de Philippe, obtint, très jeune, de vifs succès en province. Il était acteur dans la troupe de Versailles quand un ordre de début l'appela à la Comédie Italienne. Il y débuta, en effet, le 9 août 1 780 dans le Magnifique (i) de Grétry, puis il joua les rôles de don Alonzo de l'Amant Jaloux (2), d'Alcindor dans la Belle Arsène (3) et d'Azor dans Zéniire et A^or (4).

Doué de grands avantages extérieurs avec un timbre de voix agréable, Philippe plut tout d'abord et fut reçu, à un quart de part, le 1 ^r octobre de la même année, avec promesse de demi-part dans un bref délai (5). ^

Le côté sérieux de son talent s'accommodait mal des personnages d'amoureux d'opéra-comique. Réduit pendant quatre ans à se produire dans des rôles effacés, Philippe semblait à tout jamais relégué au second plan, lorsque les représentations de Richard- Cœur-de-Lion vinrent mettre ses qualités en relief.

(i) Paroles de Sedaine, représenté le 4 mars 1773 aux Italiens.

(2) Opéra-comique de Grétry, représenté aux Italiens, le 23 décembre 177S.

(3) 3 actes, paroles de Favart, musique de Monsigny, représentés en 1776.

(4) Comédie féerie, en 4 actes, paroles de Marmontel, musique de Grétry, représente'e le 9 novembre 1771 à Fontainebleau, et le 16 décembre suivant à la Comédie Italienne.

(5) E. Campardon, op. cit., t. Il, p. 38, (Arcli. Nat. O' 846).— Philippe habitait rue Grange-Batelière.

Les Mémoires de Grétry (i) contiennent de curieux détails sur cette première représentation et la création de Philippe (2).

« Nous confiâmes, dit Grétry, le rôle de Richard, à Philippe, qui n'en avait pas encore créé et qui, depuis ce succès, a mérité de plus en plus ley applaudissements du public. A plusieurs des répétitions, la beauté des situations, la sensibilité de l'auteur, jointes au désir de bien remplir son rôle, exaltaient son imagination au point que les larmes l'étouflfaient lorsqu'il voulait répondre à Blondel : « Un regard de tna belle. ...»

« Le jour de la première représentation, cet acteur plein d'ardeur et de zèle fut attaqué subitement d'une extinction de voix ; il n'était plus temps de changer de spectacle, la salle était comble. Il me tit appeler da^ns sa loge. — « Voyons, chantez-moi votre romance. » Il articula quelques sons avec peine. « C'est bien là, lui dis-je, la voix d'un prisonnier ; vous produirez l'effet que je désire, chantez et soyez sans inquiétude».

Philippe s'exécuta quoique à moitié convaincu. D'abord assez mal accueilli, il dut expliquer son accident; mais la prédiction de Grétry se réalisa à la lettre. Il fut bientôt applaudi à tout rompre et partagea le succès de Clairval, qui, au dire du compositeur, « remplit le rôle de Blondel d'une manière inimitable » (3).

{\) Mémoires ou Essais sur la musique, Paris Vondièie, 1.S12. T. I. p. 369.

(2) On sait que la première représentation du chef-d'œuvre de Grétry eut lieu le 21 octobre 17A4. Sur l'œuvre de Grétry, cf. , Michel Brenet, Grétry, sa vie et ses œuvres, Paris, Gauthier- Villars 1884, et la monographie consacrée à Grétry par H. de Curzon dans la collection Les Musiciens célèbres, Paris, Laurens, igoy.

(3) Le passage ci-dessus est reproduit dans Campardon, op. cit.. t. II p. 38 et suiv. Le même auteur cite une pièce de vers faisant allusion à l'incident et adressée à Philippe par Mlle Adélaïde de Savornin.Nous détaclionsde ces strophes les quelques vers suivants, assez médiocres, d'ailleurs :

Loin de craindre pour toi ces superbes accès,

Philippe à t'enhardir le public me convie;

Dans Richard ta voix aftaiblie

Nous promettait d'abord un timide succès;

Une assurance noble à ton jeu rend la vie

Et je revois plus attendrie

L'amant de Marguerite et le monarque.anglais...

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