‹ Notes et documents inédits sur l'Opéra-comique et quelques-uns de ses artistes pendant la RévolutionChapitre 2 sur 6 · I.e 14 avril 1788, Philippe était reçu à part entière · texte numérisé non relu

I.e 14 avril 1788, Philippe était reçu à part entière

Le Comité de la Comédie Italienne formulait ainsi son appréciation dans une note conservée aux Archives Nationales (i), reproduite dans l'ouvrage de M.Campardon :

« Philippe a un beau physique joint à une voix sensible, un peu voilée, mais intéressante. Il doit se garder de la forcer, car alors elle est insupportable. 11 doit aussi soigner sa prononciation,ayant un accent désagréable, mais il est en chemin pour acquérir une réputation méritée ».

Lorsque la société de l'ex-Comédie Italienne se reconstituaen 1789 en prenant le titre d'Opéra- Comique, Philippe fut maintenu sociétaire à part entière et c'est en cette qualité qu'il figure sur le tableau du 21 avril de la même année, dressé à la veille de l'ouverture du spectacle (2).

Sedaine et Grétry composèrent, à l'intention de Philippe, des rôles chevaleresques qu'il fut seul capable d'interpréter pendant les 25 années où il resta sur la brèche. Outre Richard- Cœur-de-Lion, ses principales créations furent le Marquis, de la Dot (3); le Comte, dans Nina ou la Folle par amotir (4); Timur, dans l'Amitié à répreuve (5); Sans Quartier, dans les Méprises par ressemblance (6) ; le Comte d'Albert dans l'opéra de ce nom (7) ; Edoin, dans A^éynia ou /^5 Sauvages, de Dalayrac (8) ; le général Auguste, dans Sargines (g), du même auteur; Pierre le Grand, dans

(i) Archives nationales, O', 846. E. Campardon, op. cit., T. I, p.

(2) Arthur Pougin, op. cit., p. 17.

O) Comédie vaudeville en trois actes, inèlcc d'ariettes, paroles de Dcsfontaines, musique de Dalayrac, représentée aux Italiens le 21 novembre 178?.

(4) Du même auteur, un acte en prose mêlé d'ariettes, paroles de Marsollier (5 mai 1786).

(b) L'œuvre de Grétry C17 janvier 177 i) n'obtint que douze représentations.

(6) Du même auteur, trois actes (1786).

(7) Du même auteur, deux actes (1787).

(8) Paroles de La Chabeaussière (1787).

(9) Comédie lyrique en quatre actes, parole>i de Monvel, représentée aux Italiens le 14 mai 1788.

l'opéra de Grétry (i); Coradin dans Euphrosine (2) de Méhul; lecomte de Boleslas dans Lodoïska (3) de Kreutzer, etc..

Après la fusion de la troupe Favart avec celle de Feydeau, Philippe qui était membre du Comité de l'Opéra-Comique, fut nommé commissaire avec Solié, Camerani et six autres artistes, à l'effet de régler les conditions de la transformation des deux théâtres. 11 ne semble pas toutefois avoir participé aux délibérations de l'an XI, époque à laquelle des coupes sombres furent pratiquées dans le personnel trop nombreux (4).

Parmi lesdix-huitpersonnes éliminées, se trouvaient la sœur de Mlle Philis,la nièce de l'acteur Gavaudan et la propre tille de Philippe (5).

Voici (Quelques appréciations humoristiques formulées sur le compte de Philippe, vers la fin de sa carrière, telles qu'elles sont consignées dans divers almanachs des spectacles ou gazettes satiriques de l'époque, publications d'un genre spécial qui eurent d'ailleurs pour la plupart une durée bien éphémère.

L'Opinion du Parterre (6), (germinal an XIII) :

« C'est un vieux serviteur qui peut dire comme un grand poète français :

Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages.

« Philippe a eu de la réputation; il l'a méritée dans les « tyrans >>, les rois et les rôles chevaleresques. Il a bien joué, bien chanté l'opéra-comique; il ne reste plus de tout cela qu'une ombre et de faibles souvenirs !... »

Le Coup de Fouet (7), (an XI) :

(1) Opéra-comique en quatre actes, paroles de Bouilly (i3 janvier 1790).

(2) Euphrosine et Coradin ou le Tyran corrigé, opéra-comique en trois actes et en vers d'Hort'mann, représenté le 4 septembre 1790.

(3) Lodoïska ou les Tartares, opéra-comique en trois actes (i" août 1791).

(4) Arthur Pougin, op. cit., pièces justificatives, p. 327.

(b) (S Philippe jeune, faibles moj'ens, bonne volonté, espérances n {.inne'e théâtrale, an VII).

(6) Par Courtois et Valleran (B. N., Y', 201.^).

(7) Le Coup de Fouet ou Revue de tous les théâtres de Paris, par un observateur impartial (Dumersan), p. 97. La première édition date de l'an X; la troisième édition, augmentée, parut à Paris en i8o3 (un vol. in- 12, frontispice gravé).

« Philippe ! l'éternel Philippe ! usé, plus qu'usé, bon tout au plus dans deux ou trois pièces de l'ancien répertoire. Tyran sans voix, sans moyens et sans force ... »

L'Espion des Coulisses (i), (an VIII) :

« Peut-être a- t-on toujours reproché à cet artiste de ne point dissimuler assez son accent méridional, mais il est assez singulier que ce défaut se rencontre dans la plupart de nos principaux acteurs de l'Opéra- Comique. Le citoyen Philippe a pris pour compagne légitime, sous les auspices de l'hymen, Mme Desforges (2), qui tut jadis la moitié de l'auteur de ce nom. Dans Tom Jones (3) etdans la Femme jalouse {4), on peut dire que c'est un très beau couple, non pour le talent, mais pour le physique ».

L'Année Théâtrale (5) donne une plus exacte appréciation du talent de cet artiste et paraît remettre les choses au point :

« Philippe est encore un de ces acteurs dont la taille et la figure ont commencé la réputation. Il s'en est fait une assez grande pour donner son nom à l'emploi qu'il s'est formé dans le genre chevaleresque. Les

(i) L'Espion des Coulisses, ou Nouvelle critique sur les acteurs des principaux théâtres de Paris (Paris, an VIII, un vol. in-12, p. 65-66), suivi du Noui>el espion des Boulevards, sur les acteurs des petits spectacles, paru également en l'an VIII.

(2) Desforges (Pierre J-.B.Choudard), acteur et poète dramatique, né à Paris en 1746. 11 débuta, en 1769, dansles rôles d'amoureiix à la Comédie Italienne, joua en province' souvent ses propres pièces et s'engagea avec sa femme pour la Russie, en 1779. Il composa les paroles de l'Epreuve Villageoise, du Sourd ou l'Auberge pleine, de Joconde, etc. Desforges avait de la facilité, du naturel et souvent de l'esprit. Mme Desforges que Philippe épousa, aprèsson divorce, était depuis longtemps sociétaire de l'Opéra-Comique; elle continua à faire partie de la troupe.

(3) Comédie en trois actes, mêlée d'ariettes, musique de Philidor, représentée aux Italiens le 27 février 1765.

(4) Pièce en cinq actes, en vers, de Desforges, représentée en 17S5. Celte comédie ressemblait à une pièce de Colman, The jalous Wife, jouée au théâtre de Londres en 1761, traduite en français par iM"" Ricoboni. Desforges soutint qu'il n'avait connu cette pièce, qu'après avoirécrit la sienne {Correspondance de Grimm, op. cit., T. XIII, p. 229).

(5) An IX, p. 72.

représentations si nombreuses et si brillantes de Richard lui assurèrent la faveur publique. On le voit encore aujourd'hui avec plaisir. Il est, dit-on, peu musicien, mais il chante sagement et toujours avec l'expression convenable. Sa voix est une haute-contre agréable, flexible, fraîche encore. Il a peu de noblesse et de dignité dans le geste; son débit est peu mesuré, son accent est vicieux. Sa tenue dans les rôles qui tiennent du tragique n'est pas un modèle ; mais il a de l'habitude, de la chaleur, de la sensibilité et produit le plus souvent de l'elïet. Au surplus, il y a si loin de lui à tous ceux qui seraient destinés à le remplacer qu'on doit avoir beaucoup d'indulgence, même pour les défauts qu'on lui reconnaît » (i)-

Philippe quitta l'Opéra-Gomique en iSo5.

L'Opinion du parterre de 1806, dans l'article consacré à ce théâtre, contient à son sujet cette simple phrase : « Philippe s'est retiré, sans que l'on s'en aperçut ». Il mourut en 1820.

(1) La nouvelle lorgnette des spectacles, par un ]ourna\\ste (Paris- Dufey, 1801), contient des réflexions analogues : « Sa méthode de chant n'est pas savante, y est-il dit, mais il [Philippe] ménage habilement ses moyens; jamais il ne s'écarte du motil des compositeurs; enfin il supplée à la science par beaucoup de sagesse et de goût, peut-être cet acteur estimable n'a-t-il pas toujours le mordant nécessaire pour les rôles énergiques dont il se charge ?.. . Ses rôles favoris sont ceux où il faut des manières nobles et une courtoisie chevaleresque, tels que Philippe-Auguste, Richard-Cœur-de-Lion, Alcindor, etc. Il serait à souhaiter qu'il ne fût point forcé d'abandonner cet emploi ».

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