MONSIEUR
Leurs Altesses Royales les Sérénissimes Gouverneurs généraux désirant, pour la tranquillité publique, que l'affaire des habitants de Saenem, accusés d’hérésie et de se prétendre inspirés, puisse se terminer sans bruit, et de manière à ce qu’ils se mettent en état d'obtenir la grâce du scandale qu’ils ont occasionné dans cet endroit, j'ai cru, Monsieur, que le moyen le plus propre pour les ramener de leur égarement était de prier, ainsi que je l'ai fait, le Père Laurent Reuter, vicaire actuel du couvent des Capucins de cette ville, de se rendre aux prisons de Pfaffenthal, là où sont détenus les trois arrêtés, pour tôcher de les faire rentrer dans les sentiments de notre Religion et de leur faire abjurer celle qu’ils se sont forgée et qu’ils ont inculquée à leurs femmes et parents ajournés en personne. À quoi je lui ai aussi conseillé de s’adjoindre tel autre religieux de son couvent qu’il y croira le plus propre.
D’après cela, Monsieur, il convient que vous chargiez le geôlier de ces prisons de donner accès à ces religieux, ensemble ou séparément, auprès des prisonniers, toutes et quantes fois ils se présenteront pour leur parler, et que vous vous concertiez aussi avec le Père Laurent, pour faire venir successivement les ajodrnés en personne, soit au couvent, soit dans tel autre endroit qu’il indiquera, afin qu’il puisse également entrer en conférence avec eux.
Je ne doute pas, Monsieur, que vous n'ayez déjà pris les précautions nécessaires pour que les arrêtés ne puissent point se faire voir et parler aux passants, qu'ils pourraient scandaliser par leurs propos sur la religion, en observant cependant de les faire traiter d’ailleurs avec toute la douceur et les ménagements dus à des gens dont l'esprit est aliéné.
Il convient aussi, Monsieur, que vous soyez exactement informé de la conduite que tiendront à Saenem les ajournés en personne, auxquels je suppose que l’on n'aura laissé aucun livre dont la lecture puisse nuire aux fins proposées.
Je suis, etc.
DuTRIEUX.
À Monsieur le Substitut Procureur général Detraux.
(Archives du grand-duché de Luxembourg. Papiers du Conseil.)
Dépêche du Président du Conseil de Luxembourg aux Gouverneurs généraux des Pays-Bas, 7 janvier 1792.
Les efforts des capucins sont demeurés stériles pour trois des gens de Saenem, accusés d’hérésie ; ils ont réussi auprès de cinq autres. — Ces derniers sollicitent leur grâce, et le Président appuie leur requête. — Il propose également de ne pas user de contrainte pour le recouvrement des frais de l'instance. — Après avoir obtenu leur grâce, les intéressés devront produire, tous les trois mois, un certificat de leur curé, constatant qu’ils observent les lois de l'Église, — Quant aux trois accusés qui s’obstinent dans leurs érreurs, le procès doit continuer, mais il serait prudent d’ordonner au Conseil
de remettre la sentence au Gouvernement avant de la prononcer. — Cette sentence ne devra pas aller au delà de l’emprisonnement, — Il faudrait inviter l’archevêque de Trèves à déléguer un commissaire ecclésiastique pour assister aux interrogatoires.