‹ Notes et éclaircissements sur l'histoire générale des Pays-Bas et sur l'histoire de Valenciennes au xvi siècleChapitre 15 sur 20 · I LES TROIS COMPAGNIES BOURGEOISES · texte numérisé non relu

I LES TROIS COMPAGNIES BOURGEOISES

M. Carlier pense que les forces insurrectionnelles valenciennoises s'élevèrent à environ 1,500 hommes. Je crois qu'il est dans le vrai, si l'on ne compte que les combattants et si Ton déduit les manœuvres, les « bottiers » travaillant aux fortifications , les préposés à divers services qui prirent beaucoup d'extension, comme par exemple celui des vivres. Si au contraire l'on comptait tous ceux qui servirent l'insurrection à des titres divers, il faudrait plus que doubler le nombre , car je vois dans mes documents que les ouvriers des fortifications s'élevèrent à eux seuls à 1,500 environ.

Entrons maintenant dans le détail de ces forces et tâchons d'en fixer la composition.

M. Carher croit qu'à côté des trois compagnies bourgeoises primitives , il y eut trois autres compagnies distinctes formées par le consistoire. Je l'ai moi-même pensé, surtout en trouvant dans le manuscrit de Jean Doudelet, publié sous le nom de PieiTe Leboucq, plus de six individus qualifiés de capitaines bourgeois ; mais aujourd'hui , en face des témoignages ci-après énoncés, je crois devoir m'arrêter à une opinion différente.

Je ne pense pas qu'il y ait eu six compagnies bourgeoises. Il est bien plus probable que les cadres des trois compagnies forent élargis à l'approche du siège, de telle sorte qu'ils présentèrent un effectif fort supérieur à trois cents têtes mais notablement inférieur à celui que M. Carlier prête aux six enseignes.

Voici eomment j'arrive à cette conclu9i(»i : Après la reddition de Valenciennes , les commissaires royaux (Antoine Lebrun, Jean de le Val, Clarambaut, Samson le Villain ) trouvèrent en la chambre judiciaire de la maison de ville les rôles des compagnies bourgeoises , comme aussi les râles des contributions imposées pour diverses dépenses. Ces pièces , que j*ai sous les yeux, seront indispensables à quiconque voudra écrire rhistoire définitive de la rébellion et du siège de Valenciennes. Elles portent la mention suivante : « Ce rolle a

• esté trouvé en la maison de ville, après la rendition « d'iceUe, en la chambre judiciaire, par les commissaires» « de Sa Majesté audict lieu. Tesmoing le seing manuel y

• mis de J. de le Val ».

Les rôles des ti*ois compagnie& bourgeoi$es constatent le dernier état, celui qui précéda de fort peu la prise de la ville , car on y lit les noms de ceux qui occupèrent successivement les grades.

Ainsi la première compagnie, celle de Michel Herlin, le père, possède un effectif, y compris les chefs, de 212

La seconde compagnie est celle de Claude de le Hove , qui , après Témigration de son capitaine , fût comïQandée par Jehan de Lattre, le fils.

Son effectif est de 210 hommes , y compris les chefs 210

La ti^isième compagnie est celle de Jehan Pottier. Elle fut ensuite commandée par Simon Logier, puis, après que celui-ci se fût enfui dans une reconnaissance dirigée vers Famars , par François Voisin, dit A le Bstrie^ surnom tiré sans doute de renseigne de sa maison de commerce.

Elle comprenait 169 hommes, y compris les offlciOTs 169

Total 591

L'effectif des « trois cens testes bourgeois » s*éleva donc pendant le siège à 600 hommes.

Pour achever la démonstration et tâcher de rétablir d'une manière définitive , je citerai un passage du « besoigné » des commissaires royaux, adressé au roi. Cette pièce est la plus importante de toutes peut-être pour tes historiens futurs. Or, il n*y est nullement question de trois compagnies formées par le consistoire, mais, en revanche , on y lit ce qui suit :

(Il est d'abord question des scènes tumultueuses qui eurent lieu sur le grand marché le 28 novembre 1566. Le peuple demandait la cène à grands cris. Puis le manuscrit continue en ces termes : )

« Sur quoy le Magistrat feist assembler grand nombre des € principaulx bourgeois qui furent d'advis de mander les mi- € nistres et, par leur moyen, accoiser le tumulte du peuple, « comme fust faict. Etfust aussy résolu en icelle assemblée de « retenir en armes lesdicts III^ testes pour réprimer telles et « semblables insolences et d'en advertir le seigneur de Noirci: carmes (1), et, suyvant ce, Michel Herlin , Taisné, fust « continué en son estât de cappitaine , et Simon Logier fust « subrogué au lieu de Jehan Pottier, cappitaine, et, depuis « la retraicte dudict Logier, Franchois Voisin , et au lieu de « Claude de le Hofve, troisiesme cappitaine, fust mis Jehan « de Lattre, par charge et induction du Préoost, Magistrat et « Conseil d'icelle ville. Et avoit ledict Michel Herlin , Taisné, « Michel Cambier pour porteur d'enseigne , avec Pierre de « Colômes (?) et Pierre de Cartegnies pour sergeans de € bande, et le supporteur dudict Cambier se nommoit Jehan « Mordach ( Morda ). Ledict Franchois Voisin avoit Bauduin € Carpentier pour porteur d'enseigne et pour sergeans de « bande Pierre Dubiez et Chris toffle Lemoisne , et ledict « Jehan de Lattre avoit Jehan de Cartegnies pour porteur « d'enseigne et Christoffle Lescaillier, sous -porteur dudict

(1) Ainsi il faut noter ce point : le 20 novembre, Noircarmes avait cassé les 300 têtes, et le 23 du même mois, le Magistrat et les principaux bourgeois prenaient la résolution de les maintenir et d'avertir Noircarmes de cette mesure , nécessitée par l'état tumultualre de la ville.

« enseigne, et pour sergeans de bende Laurent de le Croix « et Jacques du Ruet.

« Les aultres bourgeois reprindrent les armes de leur pro- « pre mouvement pour maintenir la nouvelle religion ou par € enhort des ministres et ceulx du consistoire, disans qu'ilz « n'estoyent deuement absoulz de leur serment et que ce « n'estoit la manière de casser les gens à la porte, avec « aultres raisons, ou par commandement des cappitaines qui € disoyent avoir ordonnance du Magistrat de ce faire, pour « maintenir le peuple en paix. Et ceulx qui ne vouloyent € obéyr estoyerU contrainciz par commandement du Magis- « irat (1). Tant y a que plusieurs se sont mis soubz la com- « paignie dudict Michel Herlin et Franchois Voisin et en plus « grand nombre que la compaignie ne debvoit porter, pour « TafEection qu'ilz avoyent à maintenir la nouvelle religion ».

Ainsi se trouve confirmé ce que j'ai dit plus haut touchant Félargissement des cadres.

Le lecteur trouvera sous le paragraphe suivant de nouveaux indices dans le sens de mon opinion, mais il n'y a pas lieu d'anticiper.

Enfin je fais obsen^er que M. Carlier compte (p. 182) six capitaines bourgeois :

Michel Herlin, le père, Jehan de Lattre, le fils, François Voisin , Simon Logier, Michel Cambier, et Pierre Mustelier.

Or, Simon Logier n'est que le prédécesseur de François Voisin , comme capitaine de la troisième compagnie bourgeoise.

(1) Lettre du Magistrat à Noircarmes en date du 25 novembre 1566 (tome VI des Mémoires, p. 224 et seq.). On y verra que sans les 300 têtes, Valenciennes eût encore été le théâtre de graves désordres, dans la soirée du 23 noveml^re et la journée du 24. Voir surtout ce passage caractéristique ; « et sans rassistence desdictes IW testes, « ne voyons moyen de contenir le peuple ».

Mâohel Cambkr- est le porteur d'enseigne de la. première compagnie sous Michel Herlin.

Enfin Pierre Mustelîer, (Tabord lieutenant de tout-nuds sous Phili|^e Lefebvre > devient capitaine de la compagnie après la captures de son chef.

Il me semble qu^il y a là un nouvel argument contre la coexistence de six compagnies bourgeoises.

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