EN
Il y a dans tout l'ensemble de sa personne quelque chose de réfléchi et de fier : le regard, qui est très ferme, pense et observe et s'éclaire parfois d'un sourire de malice. Les lèvres que surmonte une fine moustache, seul et dernier vestige d'aspirations militaires, sont d'un contour très fin et se tirent volontiers vers les coins, comme pour lancer une remarque piquante.
FRANCISQUE SARGEY
(Revue Française, août 1864.)
y.'^'T^. c^ ^é«^i2^rî,<z*'i-^7^
PREFACE
Nous conservons à ce volume le titre que Weiss lui-même avait choisi pour une série d'articles datés des années 1880 et suivantes. Il les avait appelés Notes et Impressions, les avait signés Pierre et Jean et les avait fait paraître dans la Revue Bleue.
Eugène Yung, directeur de cette Revue politique et littéraire, avait déployé toutes ses séductions pour y attirer Weiss. Toujours prêt à faire une large part aux tendances nouvelles dans les choses de l'esprit et de l'art. Yung, qui connaissait les différentes et brillantes facettes de ce talent si neuf et si agile, avait
Il PRÉFACE.
donné à Weiss la plus large hospitalité. Fait assez intéressant, les existences xle ces deux hommes de lettres s'étaient incessamment côtoyées. Tous deux avaient passé par l'École Normale; ils y étaient de la même promotion, celle que Weiss appelle quelque part : la promotion orageuse de iSil . Devenus tous deux professeurs, ils avaient enseigné dans le même lycée de province, à la Rochelle. Plus tard, dégoûtés de la profession universitaire, ils s'étaient retrouvés à Paris : Vung, secrétaire de la Revue des Deux Mondes, Weiss, rédacteur aux Débats. Issus d'une même génération, vivant des mêmes idées, de la même carrière, des mêmes occupations, des mêmes plaisirs, ces deux natures affinées s'étaient liées d'une amitié qui ne s'est démentie jamais. Weiss aimait en Yung une souplesse courtoise, un esprit éclai:é, une obstination paisible. Il lui trouvait un grand art et un grand goût à faire valoir les autres et l'appelait un inventeur d'esprits, métier qu'il remplissait en effet pour sa Revue Bleue avec un discernement bien rare. Yung, de son côté, rendait hommage à l'irjtégrité et à la fermeté de la raison de Weiss; il goûtait son
savoir, sa verve, son imagination, son humour, respectait l'indépendance de son esprit, défendait même parfois ses paradoxes étincelanls. Aussi Weiss se sentait-il bien chez lui à la Mevue Bleue, et Yung se plaisait-il à lui laisser toute la liberté dont son esprit et son imagination avaient besoin.
A l'époque où commencèrent à paraître les Xotes et Impressions, Weiss avait pleinement conquis une place distincte et éminente dans les lettres et la presse. Un grand éclat de succès avait marqué tous ses pas dans la double carrière qu'il parcourait, tour à tour, ou en même temps, écrivain politique, écrivain littéraire, auteur de Premiers-Paris quotidiens, ou critique de feuilleton ou de Revue. Au début, il avait pris une remarquable part aux conférences de la rue de la Paix et à celles de l'Athénée. Nous avons réuni dans un volume intitulé Molière ^ plusieurs des leçons que, sous ce nom de conférences, il fit applaudir aux auditeurs de l'Athénée, leçons de haute littérature et de haute histoire, où un grand sujet,