‹ Notes et impressions, choix de lettres; préf. par le prince Georges StirbeyChapitre 2 sur 56 · Molière, par J.-J. Weiss. — Calmann-Lévy, éditeurs · texte numérisé non relu

Molière, par J.-J. Weiss. — Calmann-Lévy, éditeurs

qui semblait commencer à s'épuiser, était renouvelé par une si pénétrante étude, avec un talent si original et si personnel.

Plus tard il avait été chargé de rédiger par quartiers les articles politiques les plus en vue du Journal des Débals. C'était sous l'Empire, époque hérissée de difficultés et de périls pour un journaliste; car on vivait sous le régime des avertissements, des amendes, des suspensions, des suppres«5ions. Weiss sut avec un art consommé éviter les nombreux écueils. C'est à cette époque difficile qu'il entra en pleine possession de lui-môme ; son talent acquit une grande sûreté, sans rien perdre de son essor; son esprit une justesse et une clarté fine et subtile, sa langue, une précision toute nouvelle. Qui de notre génération ne se rappelle les Premiers- Paris de Weiss au Journal des Débats? Les hommes politiques, et beaucoup de ceux-là mêmes qu'il combattait les lisaient avec un charme sérieux, le parti libéral avec ravissement, tandis que le Gouvernement impérial s'en montrait atteint au vif, et s'irritait de son impuissance à en réprimer les libertés et les audaces savamment ménagées. De quelle main

habile, avec quel mélange de hardiesse et de précautions, par quels adroits détours, par quelles ingénieuses trouvailles d'allusions, de citations, d'apologues, Weiss savait faire comprendre et deviner à ses lecteurs ce qu'il no pouvait dire ouvertement; et avec quelle clairvoyance il sut prophétiser les malheurs de la politique extérieure de Napoléon HT, annonçant l'unité fatale et dangereuse de l'Italie, puis l'unité inévitable de l'Allemagne !

Ce stage brillant aux Débats, à côté des Edouard Bertin, des John Lemoinne, des Saint- Marc Girardin, desdeSacy, des Prévost-Paradol, ouvrit à Weiss toutes les portes de la presse; il écrivit depuis tour à tour dans Le Courrier du Dimanche, Le Journal de Paris, Le Figaro, Le Gaulois, Le Nain Jaune et autres '. Pour le Journal des Z>e6a<s, cependant, où il avait débuté, il avait gardé un sentiment particulier de vénération et de reconnaissance; aussi, dans les dernières années de sa vie, au lendemain de l'effondrement du grand ministère Gambetta,

1. Nous avons réuni en un volume intitulé Combat constitutionnel (IS68-IS86) un grand nombre des articles politiques de ■NVeiss. Bibliotlièque Charpentier, Î893.

alors qu'il était désabusé de la politique, le vit-on revenir dans sa chère et vieille maison des Débats, et accepter d'y faire la chronique théâtrale, d'y écrire ces feuilletons du lundi que nous avons réunis sous le titre de Trois aimées de théâtre \ Tous ceux qui les ont lus et relus peuvent témoigner avec quelle pénétrante intelligence, quelle expérience humaine, quelle connaissance du théâtre, avec quelle verve et en même temps avec quelle solidité et quelle délicatesse de goût et d'esprit classique il sut juger les maîtres anciens et les jeunes auteurs dramatiques de son temps.

Il serait intéressant de relire aujourd'hui les articles que Weiss écrivait sous l'Empire, de les comparer à ceux qui datent de l'époque des Noies et Impressions. Plus de vingt années séparent ces deux périodes. Dans l'intervalle, Weiss avait beaucoup écrit. Lui, à qui la nature avait généreusement départi un don précieux, celui de voir, il avait eu de nombreuses et riches occasions de l'exercer; il avait beaucoup vu: deux ou trois révolutions, les tragiques événe-

1. J.-J. Weiss. Trois années de théâtre {1883-188^), k volumes, Calmann-Lévy, éditeurs.

ments de l'année terrible, une troisième République... L'Empire finissant l'avait fait secrétaire des Beaux-Arts, la République l'avait placé, sans l'y laisser longtemps, il est vrai, au Conseil d'État. Il avait donc vécu, en quelque sorte, ces événements, il avait manié les hommes, il avait été dans la politique en contact avec le jeu des passions humaines. Les circonstances, l'expérience, la raison, avaient-elles, vers les dernières années de sa vie, affermi ses convictions ou les avaient-elles modifiées? Et, à l'époque qui nous occupe aujourd'hui, alors qu'il écrit sous le régime d'une liberté absolue de la presse, abrité derrière un pseudonyme, dans une Revue où il est le maître d'écrire sur tous et sur toutes choses, Weiss avoue-t-il un changement dans ses opinions et ses idées, nous découvre-t-il le fond de sa pensée, nous livre-t-il le secret de sa conscience, et, si nous relisons tous ses articles de cette date, découvrons-nous des variations dans son esprit et dans ses doctrines? Nos lecteurs reconnaîtront sans doute chez l'écrivain la même netteté et précision mordante de langage, la même verdeur d'allure, la même sonorité d'accent, et, maintes fois, le

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