TAINE
Monsieur E. Caro ^ à J.-J. Weiss.
Paris, lundi 3 [janvier 1858.
Mon cher Weiss, Je ne fais que lire ton article sur la « lillérature brutale » après en avoir été empêché dans la quin-
Weiss disait du dernier : « M. Renan se pique de jouir également de toutes les religions; c'est, en réalité, les mépriser toutes, sans même juger qu'aucune vaille la peine d'être niée, sans estimer assez aucune philosophie ni aucune incrédulité pour la mettre à leur place. Quand M. Renan juge les idées, on dirait qu'il raconte l'âge des chimères après qu'il est fini. Il a beau regretter ensuite que cet heureux temps ne soit plus et se lamenter sur la chute de l'idéal, il a donné un de ces coups de trompette sous lesquels Jéricho est tombé... l'ardeur passionnée de Taine fait contraste avec l'élégance correcte et le dilettantisme tour à tour timide et audacieux de 31. Renan, etc. »
1. M. E. Caro, né en 1826, mort en 1887. Ancien élève de l'École Normale. Professeur de philosophie au Collège de France. Membre de l'Académie française.
zaine passée, par toute sorte d'occupations. Je ne veux pas tarder à t'en faire un bien vif et bien sincère compliment. C'est noblement pensé, « pensé de haut » et écrit avec une verve et une vigueur rares. Tu ne saurais croire combien je suis heureux de voir notre Revue s'enrichir de pages semblables à celles que tu lui donnes, et il n'en faut pas beaucoup de pareilles pour élever le niveau de notre recueil à un point qu'on ne dépassera pas. Mille fois merci pour l'éloge que tu me donnes en passant et qui dans ta plume a une valeur très haute. Tout ce qui pourra resserrer de plus en plus les liens de notre bonne confraternité littéraire me sera toujours infiniment précieux et je n'en laisserai perdre aucune occasion. Ton bien dévoué camarade,