‹ Notes et impressions, choix de lettres; préf. par le prince Georges StirbeyChapitre 23 sur 56 · GUILLAUME GUIZOT · texte numérisé non relu

GUILLAUME GUIZOT

Monsieur Taine^ à J.-J. Weiss.

2^ janvier 1858.

Mon cher Weiss, M. Robinet ^ m'a montré le pas-

1. Taine (Hyppolyte-Adolphe) , né à Vouziers (Ardennes) le 21 avril 1828, mort à Paris le 5 mars 1893. Pendant qu'il était professeur à Poitiers, le proviseur exigea qu'il fît une pièce de vers en l'honneur de l'évèque qui avait annoncé sa visite au lycée. Taine ayant répondu que son métier n'était pas de faire des vers pour les fêles de famille fut envoyé professeur de sixième à Besançon à quinze cents francs d'appointements. Taine donna sa démission et quitta l'Université. Rédacteur au Jowrna/ des Débals. Membre de l'Académie française, auteur de nombreux ouvrages d'histoire et de critique littéraire: Le Voyage aux eaux des Pyrénées. — La Fontaine et ses fables. — Histoire de la littérature anglaise. — Philosophie de l'art. — Origines de la France contemporaine.

2 Directeur de la Revue de Vlnstruction publique dans la maison Hachette.

sage de ta lettre qui a rapport à moi. Je suis si peu choqué que je te remercie. Quoique rangé dans la « littérature brutale^ », je suis traité honorablement, et avec un bon vouloir visible, de façon à donner envie de te serrer.>ki main. J'avais bien compris la note sur X...,et tu peux croire que je fais la difïérence grande entre la loyauté de ton article et la malignité du sien. Si la compagnie de M. Baudelaire est mauvaise, celle de M. Flaubert est très bonne; je ne connais pas de plus beau roman depuis Balzac.

Je regrette seulement ce que tu as dit sur Renan; je le connais personnellement; je sais que ses mains sont trop gantées et à l'ecclésiastique ; mais il est très ardent, très convaincu, très dévoué à ses idées, immensément savant, ayant avec cela la finesse d'un artiste et d'un homme du monde, très riche en idées générales. Ce sera un des hommes supérieurs du siècle. Je serais fâché de voir un homme comme toi, si vif, si brillant, si érudit, en guerre avec un homme comme lui^ Qu'importe une différence de philosophie ? J'adore Balzac qui était chrétien, abso-

1. La liltéralure 6/u<a/e, tel était le titre de la première partie de l'article de celle Revue (jaQvier 1858), duquel Taine se montre en somme reconnaissant. Il y était fort admiré pour sa puissance de talent, mais jugé sans complaisance sur ses doctrines. Cet art cle a passé dans les Essais de Weiss sur l'histoire de la littérature française, publiés par lui en 1865.

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