J. JANIN
Monsieur Jules Janin à J.-J. Weiss.
Passy, 31 décembre 1861.
Ah! mon doux juge et mon cher maître! lime serait bien difficile de vous dire à quel point je suis
fier et content de vous et de moi-même M Ils disent, comme cela, que je mourrai sans récompense; ils n'ont pas, dans tout leur arsenal de l'Académie et de prix d'honneur, une récompense égale à l'honneur que vous m'avez fait.
Donc soyez content à votre tour d'avoir fait un homme heureux.
Je vous aime, et je suis à vous de tout mon cœur.
JULES JANIN
Monsieur E. Egger"^ à J.-J. Weiss.
12 Août 1861.
Monsieur et cher collègue, J'ai hâte de vous remercier pour l'obligeante et savante attention que vous avez donnée à ma lecture académi({ue. Yotre Ingimitio apud Romanos^ me sera
1. L'article si désiré par l'auteur de La fin d'un monde et le Neveu de Rameau avait enfin paru dans les Débats, le 30 décembre de cette année.
2. E. Egger, né à Paris en 1813, mort à Royat en 1885. Professeur à la Sorbonne. Membre de l'Institut. Savant helléniste, auteur de V Héllénisme en France.
3. Titre de l'une des deux thèses que Weiss soutint pour le duotoraten 1856. La thèse française était un essai sur Hermann et Dorothée de Gcéthe.
fort utile, quand je reprendrai ce sujet. Il me coûte peu, d'ailleurs, d'accepter quelques réserves au sujet de Fclat civil chez les Romains; ce que j'en ai dit, surtout par manière de comparaison avec les Grecs, exprime moins peut-être la nuance de mon opinion personnelle que le sentiment qui m'a paru dominer chez mes maîtres et confrères de l'Institut, lorsque je leur ai lu mon petit mémoire, et que j'ai recueilli leurs observations pour l'améliorer. Par exemple, au sujet des scribes, j'ai les mêmes soupçons que vous, et je crois les avoir indiqués jadis dans ce recueil de vieux fragments latins' que peut-être vous connaissez, à propos de la loi de Scribis et viatoribus. Mais, en général, je crois que nous nous exagérons facilement notre supériorité, et qu'une civilisation aussi active que celle des Grecs et des Romains a dû avoir à son usage bien des instruments aujourd'hui plus ou moins ignorés de nous. Les barbares ont tant détruit! ■ Au reste, je me propose de traiter plus à fond ces questions d'état civil, dans un mémoire où j'embrasserai, à ce point de vue, l'étude des noms de famille. En attendant, vous me permettrez de vous offrir, à titre de remerciement, une autre rédaction de mes recherches sur le S'j-x?oÀov ou XaXxïïov d'Apollophanes, rédaction que publiera la Revue archéologique