‹ Notes et noticesChapitre 7 sur 7 · PORT DE GUERRE · texte numérisé non relu

PORT DE GUERRE

Colburn's new nionlhltj maijazine, 1*" mai 1860.

Haine vivacc ol réciproque de cerlains peuples. Ouoicjuc i'EiTipirc soil la paix, nous avons eu la guerre de Crimée et la guerre d'Italie. Cherbourg c'est le monument de la haine de Louis XIV et do Napoléon eontr(> ]"Ani:leterre. Cherbourg est un (léti, la flotte de la Manche est la réponse. On saura, plus toi <|uon ne i)ense. si la tlolle tiançaisc est invincible.

I.ps iiHlioi^ ainsi ijnt' U's iiidixidiis soiil inshnrlivenieiit portées à s'aiiDcr ou à se liair, et (|iielle (|iie soit la. cause de ces seutiiiieuls, ils poussent de si la-

(1) La note sur Toulon devail fairu paitie du recueil qui précède ; mais, pendant l'impresbioti, on m'a fait remarquer qu'il était possible d'attribuer im caractère politique à cette note, et que cet écrit devait être soumis au timbre prescrit par le décret du 17 février 185-2.

Pour satisfaire au vœu de la loi, ou a donc fait une œuvre à part de cette note, et on l'a placée à la Hn du recueil. VoiKi la cause de la lacune que l'on remarque dans la pagination et de rinlcrversiou de l'ordre du texte.

[lides et si profondes racines, (ju'il devient impossible de les arracher, et on a beau employer le fei' et le feu contre ces vigoureuses plantes, elles ne disparaissent d'un lieu que pour se montrer en dix autres à la fois. il faut avouer, k la honte de notre espèce, que la haine surtout jouit de cette énergique ténacité, et, en dépit de leurs rapports commerciaux, et industriels, politiques et littéraires, l'Angleterre el la France, quoi qu'en dise un niais optimismeou un égoïsme béat et satisfait, n'eji sont pas moins depuis des siècles deux rivales jalouses, s'observant sans relâche, et toujours prète.'i' à briser les frêles barrières qui les séparent pour assouvir une haine invétérée. Des écrivains sans cœur ou sans mémoire pourront traiter cette haine de surannée etnieicbez les autres ce qu'ils ne sont pas capables de sentir eux-mêmes, mais le peuple qui n'a pas le temps de les lire, le peuple qui s'instruit plus avec son cfbni- qu'avec sa tête, verra longtemps encore la flamme du bûcher de Jeanne, et entendra toujours les plaintes du prisonnier de Sainte-Hélène. Voyez si le poème de Voltaii-e a sali la gloire populaire de la Pucelle ! Le ciseau de Marie d'Orléans, la Messénienne de Casimir Delavigne, voilà ce que nos enfants Admirent, et naguère encore n'avons-nous pas entendu proposer de la mettre au rang des saints ? Tl est vrai qu'en la reléguant dans le ciel, on l'auraithientôt oubliée sur la terre.

Je faisais ces réflexions en lisant un article qui parut

il y ;ujiicl(|ues jours dans une revue anglaise, et intitulé: Toulon port (le guerre L'auteur o[)pose ce mot célèbre : « L'Empire, c'est la paix » à la guerre de Crimée et à la guerre d'Italie I! signale l'énorme extension donnée à nos forces de terre et de mer, les forteresses colossales et les ports immenses de l'Empire. Il nous représente Chei'bourg, cette forteresse maritime de première classe, comme une menace à l'adresse de l'Angleterre, mais il iu(li(jue mimoyen des'en emparer, même à peu de frais, puis il ajoule : « L'Empereur n'a coucenlré à Clu'iVMtirg iiiic Hotte énorme que parce i(u"il pense qu'il ne faut pas juoins pour sauver Clieiliourg qu'une « invincible armada ». La Hotte li'am:aise csl-ellc iiiviiuilile ? Le (em))s seul j)ourra nous l'appicMidi'C, et cela peut-être plus tût (jii'on n'\ comple en général. »

n passe alors de Cli(i-,.ourg à Toulou, ipi'il regarde comme unpori mililairequerEmpereur se ré.servcpour ne pas tout risquer d'un seul coup. L'arsenal de Toulon est. dit-il, un des plus vastes du monde. Après un talilcau flatteur de la pui.>^sauce maritime de l'Empire, il ajoute : « Tout nous porte à croire que Napoléon a pleinement réalisé ses plans, et qu'il est prêt, à un monieiil donné, fi engager avec nous une lutte à outrance, pour la domination de FOcéan. Nous n'avons qu'un seul moyen de le prévenir : c'est de redoubler d'activité dans nos arsenaux Cherbourg, c'est l'incarnalioji

de la haine française contre les Anglais, c'est le résultat de nos haines séculaires. Louis XIV, cet amer ennemi de l'Angleterre, a posé la première pierre de ce grand ouvrage, mais il n'en faisait qu'un moyen de défense, tandis que Napoléon I" en voulait faire un moyen d'attaque. Napoléon III, fidèle aux traditions de l'Empire, a réalisé les desseins de son oncle avec beaucoup d'énergie, et on peut lire dans cette énergie les vrais sentiments qui l'animent au sujet de sa puissante rivale. Il pi'oclama la paix du monde en Taontant sur le trône, mais quand on voit avec ((uelle fièvre il s'est hâté délever la puissance militaire de son l>ays, d'augmenter s;i flotte et de com])léter Cherboui-g, et ses effrayants eJïoi'ts (lerrific exertions) pour y paivenir, on demeure convaincu qu'il dirigeait ses pensées vers un anlre objet que se^ œuvres, sinon son langage, font coniiaitre: mais il s'est trompé en prenant l'achèvement de Cherbourg pouj- une démonstration et un triomphe : Il nous a fait lancer une flotte dans la Manche, voilà tout !

-> Toulon ne nous inquiétera jamais l;intque nous entretiendrons Malte et Gibraltar en bon état de service. Pour désarmer Cherbouig, il nous faut travaille)sans relâche aux fortifications et au port de Douvres ; tant que ces travaux seront inachevés, la sécurité de l'Angleten-e contre une invasion françHise dépendra de notre croisière de la Manciie (channel fleet), et de

noire inquiète surveillance des mouvemenls de Napoléon. >>

Est-il vrai que tels soient les sentiments et les dispositions de deux nations alliées ? Que seraient-ils donc si elles étaient en guerre ? Les différentes races d'animaux ont apporté avec elles en [laraissant sur In terre des instincts invincibles de haine et de destruction réciproques; l'homme doit-il, lui aussi, subir fatalement In même loi que la brute ? Non ! une telle doctrine esl absurde et impie; mais commençons par reconnaître franchement cette maladie de la haine a laquelle nous sommes en proie, au lieu de In nier, et une fois instruits du iiinl. nous immiitoms Irouvcr le l'f'inède.

VKI.SAII.I.KS. — IVII'I'.IMKI lE CKllF, h'J , lil'K l)i; II.KSSIS.

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