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AQUARIUM

{Titan, octobre 1856.)

Le retour périodique d'une manie d'une espèce ou d'une autre est devenu presque infaillible. La tendance à ces épidémies de l'âme est l'une des faiblesses de notre nation, et elle ne manque jamais de se produire sous différentes formes, à de plus ou moins longs intervalles. Naguère encore elle s'est montrée à propos de ces absurdes bipèdes, les poules de Cochinchiue, et ces oiseaux bizarres avaient ;\ peine pris faveur qu'une épidémie plus folle encore sempara de nos esprits : on se mît à lenvi à métamorphoser de simples bocaux de verre en splendides vases de porcelain(* de la Chine et du Japon ; ce fut surtout la plus aimable moitié du genre humain qui se livra à cette manie; mais elle s'y abandonna avec tant de fureur que, pendant quelque temps, on ne voyait dans les foires et les bazars, on n'offrait les jours de naissance et de mariage que de magnifiques exemplaires de cette imitation bourgeoise des splendeurs de Saxe et de Sèvres; mais la potichomanie, comme les autres manies qui l'ont précédée, n"a rempli qu'une assez courte carrière et s'est vue remplacer par une nouveauté plus séduisante : au vase à long col a succédé le vaste vase à poissons; le chinois au gros ventre, le paysage aux perspectives impossibles, les brillantes couleurs de papillons, d'oiseaux et de fleurs, que la science

désavouait, ont disparu devant une soudaine invasion des têtards de tittlebats (1) et d'anémones; en un mot. les aquarium sont à l'ordre du jour.

La popularité de cette ingénieuse et charmante invention a quelque chose de vraiment extraordinaire, et je me reproche dp l'appeler manie, quoiqu'une passion si répandue et si intense ne soit guère autre chose. De Taquarium est sortie une littérature toute entière, sans compter deux professions au moins, entièrement nouvelles, et les accroissements énormes d'autres plus anciennes; et rien n'a mieux servi à populariser davantage l'étude de l'histoire naturelle, si ce n'est peut-être l'invention du microscope. Il y a aujourd'hui un peu plus de trois ans que les bassins de l'aquarium des jardins zoologiques de Regent's Park sont ouverts au public, et depuis cette époque jusqu'à ce jour l'intérêt et l'enthousiasme qu'inspire l'aquarium n'ont fait que s'accroître. Le grand succès de l'aquarium de Regent's Park a eu pour conséquence immédiate l'établissement d'aquarium dans d'autreslocalités;et, dans chacune de nos grandes villes, on trouverait h peine un lieu public sans sa collection d'animaux d'eau douce ou d'eau de mer pour attirer les visiteurs eu plus grand nombre.

En publiant son élégant volume intitulé Y Jquartum M. Gosse a fait jaillir sur ce sujet un intérêt tout nouveau. Cet ouvrage a fait éclore l'aquarium de salon qui met les simplcis particuliers à même d'avoir chez eux, et sous leurs regards continuels, des collections semblables à celles qui frappaient tellement l'attention dans les lieux publics. A peine ce naturaliste avait-il mis celte idée en avant qu'elle fut accueillie avec empressement et que l'aquarium devint

(1) Je pense que l'auteur veut dire ici sticklebacks ; il s'agirait ainsi d'une espèce du genre Gast erosleus. Ge genre doit son nom aux pointes aiguës dont son dos est armé.

l'ornement favori et privilégié de la chambre et du salon. Il est vrai que les dépenses ne laissaient pas d'abord d'être considérables, et pendant quelque temps ce ne fut que chez les favoris de la fortune, et dans les grandes maisons, que l'on pouvait rencontrer un aquarium. Mais le nombre des marchands augmenta; puis survint la concurrence, et les choses durent changer; et si vous ne disposez que de quelques shillings, vous pouvez néanmoins avoir votre collection de chères anémones et une ménagerie aquatique toute entière sur la fenêtre de votre chambre. Peu importe à quelle distance de la mer vous résidiez; car il p;iraît qu'il en est des aquarium comme de ces fameux lits que l'on voit annoncés à toutes les gares : on les envoie francs déport, et, pour les recevoir partout, il suffit d'adresser une simple lettre à l'un des marchands de cette nouvelle denrée, à Londres.

Dans la capitale même, cette manie est devenue aujourd'hui une véritable fièvre. On voit se dégarnir, au profit de l'aquarium, toutes les fenêtres où étaient déposés ces globes à poissons rouges aux formes surannées; et tel est l'encombrement de certaines voies publiques que la police a du intervenir sans perdre un moment. Les squares aristocratiques du Wtst End. les coquettes villas des faubourgs, les rues populeuses de la cité, les paisibles maisons des petites rues écartées les plus solitaires, tout, jusqu'aux pauvres fenêtres de Spitalfields et de Bethnai Grecn, vous présente l'aciuarium sous une forme ou sous une autre et vous démontre de mille manières l'ardeur avec laquelle toutes les classes de badauds de Londres se sont engouées de la fantaisie à la mode.

Le visiteur a bientôt reconnu que le marché de Covent- Gardcn a joint à sou vieux commerce de fruits recherchés celui uon moins considérable d'aoimaux vivants. On y

trouve en dépôt tous les ustensiles nécessaires à l'aquarium d'eau douce, et je crois qu'on y trouve aussi bien des choses inutiles et même incompatibles avec lui. L'atnateur de curiosités reviendrait enchanté d'une visite en ce lieu. Outre les aquarium de forme et de grandeur différentes qui attendent l'acheteur, notre amateur, au milieu d'une foule aussi avide que lui-même de regarder les hôtes de ces aquarium, verrait des rangées de globes, de baquets, de vases, de jarres, tous pleins d'animaux entassés, jusqu'au moment où un acquéreur viendra en choisir quelques uns. Ici il verrait un globe rempli de belliqueuses épinoches; là une bâche dans laquelle prennent leurs ébats des centaines de brillants poissons d'or, de goujons et d'ables(l); à côté une collection de limaçons d'étang; et puis une vaste jarre où s'agitent une multitude de lézards d'eau, qui semblent fort mal à l'aise, et qui tiennent fixés sur le visiteur leurs yeux si doux et si beaux; sur une une autre tablette sont rangés des globes de moindres dimensions, des bocaux qu'animent des légions de scarabées, de noctonètes (2) , de larves de libellules (3) , de nèpes {U) et d'araignées d'eau; puis, dans des verres soigneusement recouverts et garnis au fond d'un peu de foin humide, il apercevrait des grenouilles, d*^ jeunes crapauds d'énorme taille palpitant au soleil; un ou deux serpents aux souples

(1) Leuciscus phoxinus, espèce d'able tirant ses noms grec, latin et français de sa blanciieur.

(2) Noctoncta glauca, noctonète. Hémiptère nageant sur le dos, comme le dit son nom, et fréquent dans les eaux dormantes, aux environs de Paris.

(3) Libellula depressa, libellules. La beauté de leurs formes et de leurs couleurs, la légèreté de leur vol et leurs joyeux essaims au bord des eaux, dans les beaux jours, leur ont valu le nom de demoiselles.

(4) .\epa cinerea. Cette espèce, du genre Nepa, pique de son bec recourbé et se trouve dans les eaux dormantes.

allures, et peut-être aussi une troupe de remuants cerfsvolants (stag beelles). Pour celui qui sait ce qu'est un aquarium, il pourrait y avoir lieu de protester contre la présence de ces dernières créatures; mais tous les goûts ne se ressemblent pas, et comme ici on fait commerce de tout ce qui vit. on n'est guère en droit de se plaindre de la bonne intention d'un marchand qui cherche à contenter tout le monde.

Mais à côté de cetîe espèce de ménagerie se trouvent les plantes que réclame un aquarium, Vanacharis et la vaUsnerit, le nymphéa blanc et les autres végétaux aquatiques d'usage en pareil cas ; on y trouve aussi le sable et le gravier, les coquillages et les rocailles artificielles nécessaires à l'établissement complet d'un aquarium d'après l'idée que l'on s'en est faite à Coveni-Gardtn; cette idée n'est pas du reste la meilleure, bien qu'elle soit généralement adoptée; et probablement à quelque heure du jour que le visiteur monte les degrés delapmzra, il ne manquera pas de voir e petit filet rond plonger activement et sans cesse dans les globes et les bassins pour exécuter la commande de quelqu'amateur qui attend, l'air à moitié honteux, à moitié enthousiasmé de la singulière acquisition qu'il va faire.

Les marchands de Covent-Garden ne sont pas les seuls, il y en a une demi douzaine environ disséminés parli ville, dontles fenêtres offrent une singulière étude, et devantces fenêtres s'assemble en général une foule curieuse d'apprentis naturalistes. C'est \k plus spécialement que se rencontrent les extravagances extrêmes de la manie de l'aquarium, et que Ton peut reconnaître combien il est facile de tourner une chose admirable en ridicule. L'un des plus originaux de ces établissemeiUs figurait naguère encore dans une de ces allées si nombreuses et si longues, si tortueuses et

si fréquentées, de ces allées qui offrent au piéton qui parcourt Londres un chemin de traverse, et qui, naturellement étroites, le deviennent encore davantage par les étalages dés faïenciers, les paniers des fruitiers, les boites des ferrailleurs, les étaux odorants des marchands de marée, les boutiques des fripiers avec leurs awas de belles robes surannées, de vieux souliers et de vieilles bottes obstruant le passage. Il y avait à cette boutique une large et haute fenêtre où l'on voyait de haut en bas, d'un bout à l'autre, empilés, entassés, tous les vases imaginables remplis à rase d'animaux que l'on supposait convenir à un aquarium. Si j'en excepte une seule bâche carrée placée dans un coin, et qui abritait dans une eau verdâtre une collection piteuse d'anémones, tout l'établissement n'offrait que des animaux d'eau douce, et pour former cet amas il avait fallu dépeupler les mares et les fossés de tous les champs et de tous les chemins des environs.

Sur la plus basse tablette de cette fenêtre on avait rangé les vases les plus lourds : ainsi on y voyait plusieurs de ces malras de cristal qui brillent d'une lumière colorée chez les pharmaciens; ils étaient noirs, grâce à l'accumulation de têtards, de limaçons d'étang et de salamandres en couches superposées et tellement écrasées qu'on pouvait se demander si le marchand n'était pas en contravention avec la loi relative à la protection des animaux. Les poissons rouges, les carpes de Prusse, k'S goujons et les épinoches étaient un peu mieux traités, et cependant on les voyait nager à la surface de l'eau, ouvrant énormément la bouche pour respirer, et pour leur propre compte semblant fort peu enthousiasmés de l'aquarium. Sur une tablette plus haute et plus étroite étaient rangés, serrés l'un contre l'autre, de petits globes, des jarres, des bocaux où figuraient un assortiment de petites grenouilles,

d'araignées d'eau, de phryganes (1) et d'autres larves, avec de plus gros échantillons de lézards d'eau, plus beaux que ceux de l'étage inférieur, et par conséquent ayant plus d'espace pour prendre leurs ébats ; ils jouissaient de plus d'un brin d'anacharis destiné à purifier leur eau. Sur les tablettes les plus élevées étaient des fioles et des vases à jacinthes remplis de bêtes que des gamins en extase baptisaient de noms triviaux, mais que, dans son élégant latin, le marchand nommait le grand et le petit didieiis ou scarabée vorace. L'intérieur de la boutique ressemblait à l'extérieur : comptoir, tablettes et plancher, tout était chargé de toute espèce de vases, contenant ou devant bientôt contenir les malheureuses victimes de la manie à la mode.

Si maintenant nous passons de ces tentatives, dans lesquelles se développait assurément trop de zèle en faveur des aquarium, aux efforts intelligents et inspirés moins par Tintérêt que par la science, nous reconnaîtrons que Ion peut s'occuper de la vent'; et de l'achat de ces habitants des eaux sans peine et sans dégoût, et que la curiosité et l'intérêt y sont même vivement excités. Voulez vous visiter un établissement où cette nouvelle industrie s'exerce sur une grande échelle et où l'on réunisse tous les efforts pour reproduire les conditions naturelles et spéciales à ces différentes familles d'animaux? Vous n'avez rien de mieux à faire que d'aller visiter la maison de M. Ltoi/d de Portiund-Road, Régent' s-Park. ftl. L. .. tient assurément le premier rang, sans aucun rival, sur la liste des personnes qui s'occupent de servir comme lui l'étude de cette portion des sciences naturelles. Vous trouverez toujours chez lui tous les éléments nécessaires à la formation des aqua-

(1) Phryganea grandis. Les phryganiens se réunissent dans les belles soirées d'été au bord de l'eau et y voltigent péle-méle en très grand nombre.

rium d'eau douce ou d'eau de raer ; mais c'est surtout à l'aquarium de celte seconde espèce que IM. L... consacre son altention, etson approvisionnement d'animaux marins, dont le chiffre s'élève à H ou 15 mille spécimens, offre un égal intérêt aux simples amateurs et aux naturalistes de profession. Cette ménagerie étant le produit des travaux d'une troupe organisée de col-ecLeurs dispersés çà et là dans les localités les plus riches, le long du rivage de la mer, elle offre le tableau le plus fidèle de la Faune et de la Flore océaniennes que puisse reproduire un aquarium. Cette multitude d'animaux si variés occupe environ 50 bâches de cristal où elle nage au sein d'un petit océan de plus de mille gallons de véritable eau de mer (plus de 4,5i3 litres).

Une fois que vous avez franchi le seuil de la porte de M. L..., vous pouvez, avec un peu d'imagination, vous croire à plusieurs milles de la poussière de Portland- Road et de la station de cabriolets qui s'y trouve; vous vous croyez transporté par enchantement dans quelque anse paisible au bord de la mer. Avec ou sans imagination, vous reconnaissez et vous saluez la brise parfumée de l'Océan, et, dès le premier coup d'oeil jeté sur les bâches de cristal qui vous entourent, vous devinez que vous êtes en présence d'innombrables merveilles maritimes. Promenons donc nos regards pendant une ou deux minutes : remarquez ici, dans cette bâche de cristal, peu profonde et à huit faces, avec quel bonheur une jeune colonie de crabes prend ses ébats sur un fond de sable et de cailloux ; on les croirait encore sur leur côte natale du Dorsetshire; voyez aussi, suspendue sous celte roche en saillie, une petite porcellaue â larges pinces (1), la cousine-

(1) Porcellana platijcheles. Espèce de crustacée commune sur les côtes de l'Océan. On les y rencontre ordinairement sous les pierres.

germaine du crabe de rivage et l'Iiôtesse favorite d'un aquarium. Vous remarquez dans la bàclie voisine une collection d'anémones , ces beautés favorites et si dignes de l'être parmi toutes le? beautés tie l'Océan. Ici l'anémone avec ses jolis bras ornés d"anneaux, et l'anémone ùettis geminacea, avec ses franges do gracieuses tentacules, se dressent avec orgueil et semblent compter sur notre admiration ; là un dianthus, assez gros pour être mieux appris, s'est collé contre la glace verticale de la bâche et ne nous laisse voir ainsi que sa base. Regardez attentivement ces rocailles dont le fond se hérisse; vous y verrez quelques petits dianthus dans la même attitude que le plus gros, et semblables à des étoiles de gelée colorée ; tandis que çà et là s'élèvent du milieu du sable dos tentacules disposées en cercle et qui trahissent la présence de quelque solitaire qui aime à se creuser une demeure souterraine.

Plus loin nous nous trouvons en face d'un membre de la famille des échinodermes, — c'est un hérisson armé de dards ; il avance une espèce de trompe délicate en forme de ver, tout en rampant sur le bloc de granit; ici, voyez une charmante astérie teintée de rose [uraster rubens), exécutant une semblable manœuvre; là, c'est une de ces bizarres holothuries ou concombres de mer; elle est venue respirer à la surface de l'eau. — M. L... nous donne une preuve de la sagacité de cet animal qui, dans un accès de spleen, a dégorgé ses entiailles. La pauvre créature est encore en convalescence et paraît tout à fait pâle et anéantie. A côté nous rencontrons une bâche contenant une légion de litlorina titiona; elles sont toutes à l'œuvre sur les parois transparentes; elles fauchent unepraiiic de verdâlres conferves qui nous laissent à peine entrevoir, nageant au milieu d'elles, quelques meniDres de la famille des labres ou vieilles de mer. Voici maintenant un bassin

d'eau de mer artificielle, limpide comme le cristal, et contenant plusieurs actinies, aussi heureuses que dans l'élément natal. Ici, remarquez surtout cette belle anguicoma, à la stature droite et fière, et étalant avec complaisance ses tentacules frêles et transparentes, — c'est la reine des anémones.

En vérité, on n'en finirait jamais avec ces anémones : voici devant nous anthea cerciis; voyez comme il pose sur la cime d'un rocher, allongeant de tous côtés ses longs bras qui ressemblent à des serpents ; plus bas se dresse l'énorme hunodes crassicornis, étalant les plus riches nuances. Au dessus, dans ce petit bocal qu'il occupe à lui tout seul, se trouve l'anémone Edtvanlsia vcstiia, à la forme de ver, et que découvrit Edward Forbes dans les parages de la mer Egée, auprès de l'île de Paros, et qui passait pour une espèce rare avant que les collecteurs de M. L... ne l'eussent trouvée sur la côte de Galle septentrionale. Cette anémone offre une particularité intéressante ; elle se façonne un tube épais et solide à l'aide d'une sécrétion spéciale ; ce tube est à moitié enfoncé dans le sable et l'animal s'y retire à la moindre alarme. Regardez-le en ce moment : il se dégage hardiment de son tube et déploie ses nombreuses tentacules dont l'ensemble forme un disque diapré de mille taches; mais un choc léger sur la paroi de cristal le fait à l'instant rentrer en lui-même et disparaître, et l'on ne voit plus qu'une couronne de sable que les yeux scrutateurs du naturaliste ne sauraient jamais remarquer sur le rivage. Si vous jetez un regard sur cet autre bocal, vous y apercevez un groupe de serpuice, qui, en vers prudents, se tiennent à l'intérieur pendant la chaleur du jour; aussi ne pouvez-vous distinguer que l'extrémité de leur brillant panache lavé de blanc et de rose. M. Lloyd nous signale dans ce même

vase une petite tache blanche sur le tube d'un serpuia. A l'œil nu on ne peut rien voir de plus; mais, à l'aide d'un microscope, la petite taclie blanche se métamorphose en un polype hydraformed'une exquise beauté etque l'habile naturaliste espère voir bientôt se changer en un embryon de méduse. Le bocal n° 3 nous présente un couple d'araignées d'eau et toute une couvée de petits échappés d'un sac d'œufs flottant à la surface; ces petits êtres exécutent mille mouvements saccadés, comme de véritables puces d'eau; ou voit qu'ils sont heureux de leur récente liberté. Le n" U n'est pas le moins curieux : on y voit une demidouzaine de coraux scMnblables à autant de petites perles: ce sont les seuls représentants, sur nos rivages, des coraux des tropiques, ces architectes de récifs et de continents. Dans un autre endroit nous rencontrons un groupe d'épinoches qui semblent goûter la fraîcheur dans un reccin dont ils se sont empares; une troupe de petites anguilles, dans un bocal séparé où elles serpentent avec grâce au milieu des rubans du valisnaria spiralis. Ailleurs on a groupé de toutes les façons possibles des anémones communes et présentant une douzaine de nuances variées; elles attendent, immobiles, leau que Ion va leur verser. Plus loin se trouvent réunis un aquarium et des touffes de fougères, groupe charmant qui fera le bonheur de l'amateur qui peut payer de quelques pièces d'or une ravissante fantaisie. Arrivés à ce point, nous heurtons un immense bassin aux parois d'ardoise, dans lequel M. Lloyd emmagasine d'innombrables gallons d'eau de mer (un gallon vaut l\ litres 5^,345 ou un peu plusde 4 litres 1/2). Onprend cette eau loin de la vue des côtes et on l'apporte toutes les semaines pour la débiter au comptoir à tant le gallon, comme s'il s'agissait de Porter de Londres. Mais que les futurs amateurs d'aquarium résidant à l'intérieur n'aillent

pas prendre l'alarme à cause de la difficulté de transporter une telle denrée par la poste : on peut la remplacer par un paquet de sels marins, selon la formule de M. Gosse, et fabriquer soi-même son eau de mer. Ayez seulement la précaution de faire croître quelques plantes marines dans cette eau artificielle avant d'y introduire des animaux, et votre aquarium n'en vaudra pas moins pour avoir été alimenté par la pompe de la maison.

Pour couronner l'œuvre, M. Lloyd tient non- seulement une provision de plantes et d'animaux, de bâches et de vases, mais vous pouvez voir encore sur les tables de son établissement une belle collection de tous les articles relatifs à l'aquarium et de tous les instruments et appareils qu'il a fallu inventer. Le seul catalogue des livres est immense, mais tout le monde n'en a pas besoin. Vous trouverez donc des hydromètres, des thermomètres, des loupes et des microscopes, des filtres en cristal pour aérer l'eau, des siphons pour la décanter, des tubes et des cuillers pour enlever tout ce qui pourrait blesser la sensibilité des chers petits prisonniers, Kn jetant un dernier coup d'œil sur ces innombrables vases et bassins, on se demande quelle sera la destinée de leurs hôtes si animés aujourd'hui.

Une des bizarres conséquences de la mode des aquarium, c'est la valeur vénale prodigieuse qu'elle a donnée à des choses qu'on n'aurait jamais cru pouvoir se changer en espèces sonnantes : un marchand de CoventGarden nous disait l'autre jour, piqué sans doute de nos innombrables questions : < Tenez ! si vous voulez, je vous livrerai des anacharis à deux sous piècel» — Or, l'anacharis est une de ces mauvaises herbes qui envahissent et obstruent tous les canaux et dont ou se débarrasserait volontiers à prix d'or ! Il en est de même du reste, grâce aux

aquarium! Les limaçons ordinaires, lymnea et planorbis, que l'on peut ramasser par vingtaines dans toutes nos mares, le long des routes, se vendent au taux de trente six sols la douzaine; les épinoches et les ables montent aussi haut ; mais il est des scarabées qui atteignent jusqu'à 3 francs la paire ! Quant aux poissons de mer, ce sont des trésors qu'il faut payer plus cher encore. P;ir exemple, au marché aux poissons, on trouverait trop chères des littorines à deux sous la pièce; mais pour un aquarium le prix en est bien plus élevé, et il ne faut pas même regarder à les payer si cher! Payer des crevettes et des chevrettes plus de 2 francs paraît un prix exorbitant, et cependant M. Lloyd vous dira lui-même qu'il n'en a jamais assez. Ces petits gobies et ces petites anguilles, que les enfants ramassent sur la côte d;ms les flaques d'eau des rochers, ou qu'ils attrappent sous les pierres à la marée descendante, il vous faudra les payer le prix du maquereau le plus cher.

Il va sans dire que les prix les plus extrordinaires sont pour les anémones. Celle qu'on appelle rtiescmbryanthemum, étant commune sur toutes les plages, et se trouvant jusqu'au niveau des plus hautes eaux, vous pouvez vous la procurer à 12 sous et au-dessus ; l'anémone crassicornis, espèce de taille énorme, mais qui ne manque guère de mourir après huil jours de captivité (quoique, pour le dire en passant, le nouveau portier de l'aquarium aux jardins zoologiques, proteste contre notre assertion, — « .Mourir I dit-il, non, non, s'il vous plaît; j'en ai ici dans une bâche que je conserve depuis trois ans! »), ne se vend pis moins de 24 sous ! mais pour avoir un bel exemplairede l'anémone anguicoma,hMis, dianlhns ou gemmacea, il vous faut payer au moins k ou 5 francs ; vous n'aurez pas la jolie anémone fraise à

moins de ô fr. ; et s'il vous prenait envie de posséder l'espèce nouvelle, Edwardsia, il faudrait y mettre jusqu'à 8 ou 9 francs. Il nous serait aisé d'allonger cette liste, ce prix-courant, mais en voilà bien assez pour vous montrer que notre marchand d'aquarium n'exerce pas un luimble trafic et qu'il sait faire rendre justice à ses hôtes océaniens, au point de vue financier aussi bien qu'à tout autre.

Mais pourquoi ces prix extraordinaires ? Il ne faut pas en chercher la cause longtemps et bien loin ; pesez bien toutes les circonstances et vous trouverez ces prix raisonnables : que de risques, que d'accidents imprévus pour maintenir vivantes tant de créatures diverses ! Eh bien! il faut payer ces risques et périls! Les collecteurs doivent gagner leur vie en recueillant ces animaux avant que le marchand ne les ait en sa possession pour gagner la sienne à son tour. L'homme qui fournit les animaux d eau douce est presque toujours un pauvre diable, le digne pendant de l'oiseleur traditionnel que nous avons par fois rencontré, cheminant vers sa demeure, le dos péniblement chargé de cages et de filets. On peut voir ce pauvre pêcheur pendant une matinée d'été, à quelques milles de Londres, ramassant des salamandres et des scarabées dans les fossés de la route ou péchant au filet dans les mares et les étangs: guettez-le le soir au retour, examinez ses vases de fer- blanc, vous y verrez une foule de créatures entassées et pantelantes; la moitié sera morte avant qu'il n'ait pu les livrer au marchand, à la ville. Les collecteurs d'animaux de mer sont d'un ordre tout différent : ils ne se mettent à Tceuvre qu'après s'être procuré des bottes et un ceinturon, un panier et des bouteilles, un ciseau, un marteau et un levier ; il leur faut de plus des yeux de lynx et des mains adroites à manier leurs outils. Qu'un simple

— i5 — amateur descende à la côte pour y passer un jour d'automne, puis qu'il en revienne les mains vides après une journée d'aventures au milieu des falaises et des flaques d'eau ; rien de mieux ! mais celui qui est collecteur de profession doit revenir les jarres et les bouteilles pleines, après chaque retraite des flots.

M. L.... n'emploie pas moins de quatorze de ces pêcheurs de profession qui sont continuellement occupés à peupler ses bassins et ses bâches ; et dans tout le ruban de côtes qui se déroule depuis Douvres jusqu'au golfe de Solway et qui embrasse le sud et l'ouest tout entiers, il n'est pas une seule importante localité qui ne soit par eux mise à contribution au profit de ses aqu;irium. Le voyage pour revenir de la côte à Londres ne saccomplit pas toujours sans accidents assez graves. Un long trajet par une journée chaude, fût-ce par un train express, ne contribue guère au bien-être de créatures habituées aux rivages des mers et aux rayons du soleil. Il arrive quelquefois en pareil cas que chevrettes et crevettes perdent leur pâleur de fantôme et se présentent la queue repliée en dessous avec leur teinte bien connue de rose ou de brun; quant aux anémones, on les prendrait pour ces coquillages qui se débitent tout cuits dans les rues de Londres; les crabes sont devenus rouges et les poissons flottent le ventre à l'air. Voilà comment un approvisionnement considérable coûte si cher; de plus, représentez- vous que de soins il faut pour maintenir en bonne condition quelques milliers d'animaux, et vous comprendrez sans peine pourquoi la passion des aquarium peut coûter si cher.

Si le naturaliste, M. Gosse, est ce que nous croyons, il doit parfois être épouvanté en pensant aux désastres qu'il a occasionnés aux petites créatures qu'il aime si tendrement. On est réellement effrayé quand on songe à l'im-

mense destruction causée par les aquarium, destruction qui s'attaque surtout à des classes d'animaux qu'auparavant la persécution n'avait jamais atteints; et n'allez pas croire que ce soit entre les seules mains des pécheurs et des marchands que périssent ainsi des myriades de créatures; il en meurt bien davantage quand, échappées aux premiers périls, elles tombent entre les mains de simples amateurs. Il faut en convenir : ces personnes-là ignorent ou négligent trop généralement les principes essentiels d'un aquarium; elles entassent poissons, mollusques et crustacés dans leurs biches et leurs bassins, et s'étonnent bientôt d'y voir la vie languir et s'éteindre. La première, la condition essentielle d'un aquarium, c'est la présence de plantes vivantes pour y dégager l'oxygène nécessaire à la vie des animaux: faute d'observer cette condition, en n'employant que des végétaux morts ou mourants, on compterait en vain sur la réussite de sou aquarium. Pour en assurer le succès, commencez donc par le garnir de plantes, attendez ensuite des preuves que ces plantes ont repris et végètent avec vigueur , alors vous pouvez introduire vos petits animaux sans péril ; et il suffira d'observer les précautions les plus simples pour les conserver en vie indéfiniment.

La plus commune, la plus fatale erreur au sujet d'un aquarium, c'est d'y entasser les animaux. On s'imagine généralement qu'une bâche ou un bassin ne sera bien peuplé qu'après y avoir accumulé une multitude d'animaux qui n'y trouveraient pas assez de place pour remuer en liberté et pour montrer en conséquence leurs habitudes caractéristiques. A cette erreur s'en joint d'ordinaire une autre également nuisible : on n'assortit pas les animaux convenablement. Le jardinier mal habile gâte la beauté de ses bordures en les composant de fleurs qui ne

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font que se nuire réciproquement sans contribuer à l'elTel général; de même, l'amateur extravagant manque le but de l'aquarium, en y réunissant des êtres disparates et deux fois plus nombreux que l'espace et la nature ne le comportent. Dans la plupart des aquarium que l'on rencontre à Londres, ces erreurs sautent aux yeux. Ainsi, rien n'est moins rare que de voir une bâche élégante, de grandes dimensions, ornée de pittoresques rocailles (autre erreur) et d'un jet d'eau, dans laquelle on n'aperçoit qu'une masse d'animaux hétérogènes : poissons rouges, goujons, épinoches, salamandres se tordent pêle-mêle, et le bienheureux petit nombre qui nage à la surface ouvre une bouche pantelante et semble près de suffoquer. Avouez-le ! votre aquarium est un lieu de torture où les pauvres poissons, n'ayant qu'un air impur à respirer, doivent périr avant le temps. On va même jusqu'à mettre ensemble des animaux dont les uns servent de proie aux autres. Des larves de libellules, des scarabées et des noctonèles avides de sang, sont de celte manière groupés dans une bâche où ils ne se contentent pas de dévorer les petits poissons, mais encore se jettent les uns sur les autres et convertissent l'aquarium en un champ de bataille et de massacre.

Un autre danger dont il faut se garder, c'est l'exposition inintelligente de l'aquarium à l'action de la chaleur et de la lumière du soleil. Ces deux principes sont indispensables jusqu'à un certain degré passé lequel commence le danger. Sous l'influence d'une trop vive lumière l'eau se trouble parce qu'il s'y développe une végétation microscopique qui va s'accumulaut sans cesse sur les parois de cristal de la bâche, et qui cache comme d'un voile verdâtre tout l'intérieur du vase ; une température trop élevée peut en tuer les habitants. Il faut donc, en été, protéger

continuellement votre aquarium contre la lumière à l'aide d'un écran. Ici la négligence peut faire perdre à l'amateur une collection précieuse ; c'est ainsi que, bien des années avant l'invention de l'aquarium, nous avons perdu toute une république de têtards dont nous observions, jeune encore, les curieuses méiamorphoses.

Il importe aussi, quand on monte un aquarium, de n'y introduire que les animaux dont les conditions d'existence puissent être reproduites. Vous voyez souvent dans les aquarium des êtres pour lesquels ces aquarium ne sont pas faits; mais qu'arrive t il? à peine introduits, ils languissent et meurent. Cela arrive surtout aux animaux qui vivent à de grandes profondeurs dans la mer, et aux poissons qui aiment a courir et à voyager. On essaya, lors de l'ouverture de l'aquarium aux jardins zoologiques, d'acclimater certains crabes aux longues jambes, et hôtes des profondeurs de l'Océan, — et puis des araignées de mer, comme on les appelle vulgairement, enfin des ophiuridœ non moins curieuses. Ce sont ces frêles étoiles de mer, dont Edward Forbes nous adonné l'intéressante monographie; mais on ne tarda guère à reconnaître que la mince couche d'eau des bâches et la lumière trop vive étaient fort peu favorables au bien-être des petits étrangers, et l'on a renoncé à un second essai. Il y a aussi plusieurs espèces d'anémones qui séjournent dans les recoins sombres et caverneux et dans les fissures de rochers profondément submergés et que l'eau n'abandonne qu'aux marées les plus basses; ces anémones ne conviennent nullement à l'aquarium et ne font jamais qu'y languir. Comme il ne manque pas d'animaux convenables, il est absurde, 11 esl cruel de f..ire dun objet naturellement beau et attrayant un spectacle de tortures et d'agonies.

Nous conseillons donc à la personne qui possède un

aquarium (homme ou femme, car rien ne sied mieux à une dame) de n'y placer que les animaux qui doivent y prospérer; que le nombre soit en harmonie avec les dimensions et aussi avec les plantes vivantes de cet aquarium ; on sentira alors, comme récompense de ses soins, naître l'inlérêt et le charme, et Ton aimera ce petit monde aquatique qu'on aura su rendre heureux. Si l'on se propose un aquarium d'eau douce, il faut renoncer aux rocailles inutiles ainsi qu'aux scarabées et aux salamandres, à moins qu'on ne les garde dans des vases à part. On commencera par s'assurer que les anacharis et les valisneria ou tout autres plantes fonctionnent bien, puis on introduira quelques poissons rouges, des goujons et des ables (point dépinoches! ce sont de petits démons toujours prêts à se battre!). Vous y pourrez joindre une jeune anguille ou deux, et l'indispensable brigade de lymnta et de ptanorhis pour dévorer la végétation superflue, et vous aurez une bâche limpide, fraîche, agréable à voir, habitée par une population saine, active, et qui vous inspirera un intérêt et un charme toujours nouveaux. Cependant l'aquarium d'eau de mer est le plus en faveur ; sans doute c'est parce que d'abord ses plantes et ses habitants sont moins familiers et moins prosaïques, ensuite on y volt des créatures aux formes plus curieuses et plus élégantes et aux teintes plus variées et plus brillantes. Mais ici encore un plan simple et un nombre modique sont la condition essentielle dun efl'et pittoresque. Un aquarium d'eau de mer trop rempli rappelle le réservoir de ces bateaux de pêche hollandais, et conviendrait mieux aux arcades de BUtingfgaie qu'à l'élégant salon d'un amateur. Je ne connais rien de plus beau qu'un aquarium habilement disposé, quelque simple qu'il soit dans ses prétentions. Une simple cloche de jardinier, posée la tête en bas sur

un support de bois, el dans laquelle on a jeté une poignée de sable et de cailloux autour d'un ou deux blocs de granit, après qu'il s'y sera développé quelques algues vertes ou rouges, pourra recevoir cinq ou six anémones, un groupe de scrpufœ, quelques sauterelles, et un petit gobie ou un petit blennie; vous posséderez alors un objet que jamais personne pensive et intelligente ne se lassera d'observer. Il va sans dire qu'avec plus d'espace et une plus grande variété d'objets, l'aquarium offrirait aussi plus d'attraiis. Parmi les favoris digues d'entrer dans des bâches de plus grandes dimensions, je signalerai ce charmant petit crabe surnommé porcelaine (on l'appelle aussi hroad-claw), et son parent de turbulent renom le crabe soldat ; ce crustacé, moitié crabe, moitié écrevisse, qui, dépourvu de têt, cherche la coquille d'un mollusque défunt, s'en empare et se promène çà el là traînant péniblement sa demeure adoptive derrière lui. Il y a encore la petite sepiole, ce membre le plus petit de la tribu vorace des céphalopodes; on le voit s'élancer en zig-zag, s'enterrer dans le sable, puis sillonner l'eau comme un éclair; et les gracieuses crevettes et chevrettes, ces aériennes créatures qui, pâles et légères comme de jolis fantômes, glissent en faisant d'insaisissables mouvements. Vous avez aussi parmi les poissons les labres, aux mille splendides nuances, heureux de se cacher au milieu des aiguës et des rocailles, le mulet aux reflets d'argent, les gobies à l'air de jolis démons, le syngnalus et les plies, qui excitent tant d'admiration chez les badauds visiteurs des jardins zoologiques; je passe sous silence les asiéries et les hérissons qu'il est si difficile de conserver, mais qui récompensent de la peine qu'ils occasionnent. On les verrait manœuvrer leurs tentacules effilées et délicates, ramper le long des rochers et des parois transparentes de leur palais de cristal.

En un mot, il y a une variété infinie dans les formes des animaux que peut offrir un grand aquarium, et pour peu qu'on leur donne des soins intelligents, ils vivent indéfiniment et finiront par devenir des hôtes et des amis inséparables de la famille ; viennent-ils à mourir (cor c'est un tribut qu'ils doivent payer aussi bien que nous), quand ils atteindraient la belle vieillesse des anémones de sir J. Dalyell, on trouverait encore pour les pleurer des larmes aussi sincères que pour l'oiseau des Canaries que nous ravit la mort.

Un des plus importants résultats de la popularité de l'aquarium, c'est l'impulsion qu'il a donnée à l'élude de la Faune Océanienne.

On a vu des personnes tellement charmées de ce qu'elles ont pu voir chez elles de la vie des chevrettes, crevettes et anémones, qu'elles ont résolu d'aller les étudier dans leur élément natal, dans les fentes des rochers et les flaques que la marée basse abandonne le long du rivage. Il en est résulté pour les personnes qui vont prendre les eaux un nouvel élément d'occupation. Il est vrai qu'un y rencontre toujours les mêmes badauds, flânant sur la grève, les mêmes parties de bateau et d'àue, des lecteurs plongés dans leurs livres et des demoiselles enthousiastes que ravit d'admiration la teinte sombre et azurée de l'Océan ; mais ;» côté de ces niais admirateurs, on voit maintenant paraître une nouvelle catégorie de visiteurs, calculanirheurc exacte des grandes marées et des plus basses eaux, ne parlant que de scrpuke , niidibranchi et zoophytea, alTectant de porter des bottes ù gros clous, des vêtements qui bravent l'eau, d'énormes paniers pleins de pots à confiture, de bocaux, de fioles, cl qui ne manquentjamais de fuir vers le rivage à chaque uiarée montaïUc, mouillés, trempés, répandant autour i\'QW\ une odeur qui les ferait

prendre peur des tritons métamorphosés en simples mortels et quittant pour la première fois les profondeurs de l'Océan. Et n'allez pas croire que devant les dandys du costume le plus correct, le plus irréprochable, nos collecteurs de coquilles et. de varechs se sentent embarrassés ou humiliés ; on a beau les lorgner d'un air dédaigneux, prendre des airs d'orgueilleuse pillé pour leur faiblesse, ils bravent de tels dédains. Ils ont lu le poème de (îlaucus, et peut-être est-ce M. Gosse qui les a lui-même initiés aux mystères de leur nouvelle profession; aussi, loin de rougir de se montrer pataugeant à travers les plantes marines et explorant les mares et les flaques d'eau, ils ne comprennent pas l'indifférence des promeneurs en présence des mille objets si beaux et si intéressants qu'ils foulent sous leurs pieds dédaigneux en suivant la zone du rivage, que la mer quitte et reprend tour à tour. Voilà déjà plusieurs années que cette branche intéressante de la zoologie excite une attention de plus en plus croissante; mais, depuis l'apparition de l'aquarium, celte étude est devenue populaire et à l'ordre du jour, à l'exclusion de toute autre, et l'on s'attend toujours à trouver toute personne instruite et curieuse parfaitement au courant de l'Ichthyologie.

Nous adresserons à nos lecteurs le conseil d'examiner l'excellent petit manuel de zoologie des mers de M. Gosse, et de consacrer un peu de leur temps à étudier le nouveau monde que ce livre révèle à la zoologie ; et nous nous tromperions beaucoup si, après avoir lié connaissance avec ce petit monde de l'Océan, ils n'entreprenaient pas de suite de monter un aquarium qui resterait toujours l'objet favori de leur constante prédilection.

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