‹ Notes et observations de médecine légaleChapitre 28 sur 48 · OUTRAGES PUBLICS · texte numérisé non relu

OUTRAGES PUBLICS

PUDEUR

arrêté pour complicité de vol d’une bouteille de liqueur, puis remis à ses parents.

Au point de vue mental, que trouvons-nous dans le dossier*? Les renseignements suivants du commissaire de police : « R... ne peut se livrer à aucun travail, étant à demi idiot. »

Son père est mort; il faisait abus des boissons alcooliques.

Sa mère est en bonne santé ; elle nous a déclaré que son fils avait eu des convulsions pendant ses premières années, qu’il a des vertiges fréquents et qu’il a présenté autrefois des pertes complètes de connaissance. Il n’a jamais eu d’incontinence nocturne d’urines.

R... est de petite taille, de constitution grêle et délicate ; teint pâle ; il ne porte pas son âge ; le front est bas, mais bombé et saillant dans sa moitié supérieure; aplatissement de la glabelle; saillie de la mâchoire inférieure ; dentition des plus irrégulières ; la plupart des dents sont usées, cariées, détruites ; la mâchoire supérieure n’offre plus que les deux canines et la première molaire droite ; les autres dents sont ou disparues ou mal venues ; la mâchoire inférieure porte les deux canines et les deux premières molaires à peu près intactes, les autres partiellement usées ou détruites. Pas d’inégalité pupillaire. Les oreilles n’offrent rien de particulier à signaler. Contractions involontaires de la lèvre supérieure.

La physionomie manque d’expression; la parole est hésitante, bredouillante et indistincte; lés fonctions d’expression et de langage sont défectueuses ; les contractions des muscles de la face n’accusent qu’un sourire niais; tout chez lui trahit l’affaissement et l’imbécillité.

Les membres ne présentent pas de troubles de la motilité. Pas de troubles de la sensibilité.

Questionné sur son enfance, il ne nous fournit que des renseignements imparfaits. Il sait un peu lire et écrire — compter, non sans erreurs fréquentes. 11 est incapable de tout travail soutenu et régulier; il fait des courses pour sa mère. Il avoue des habitudes d’onanisme.

L’attention est peu soutenue; le jugement fait défaut ; les sentiments affectifs paraissent peu développés. Interrogé sur les faits qui ont motivé son arrestation, il ne paraît pas en comprendre la portée ; il ne semble pas avoir le sentiment de la faute commise. Toute notion du bien et du mal n’est pourtant pas éteinte, car, dans le jardin public, il a su, par la fuite, se soustraire aux poursuites dont il était l’objet. Ses réponses sont naïves et enfantines. Nous lui demandons s’il a l’habitude de boire : « Oui, de l’eau et du cidre » ; — s’il a recherché des jeunes filles et tenté de s’amuser avec elles : « Oui, nous avons joué au loup ». Quand M. le Juge d’instruction lui demande pourquoi il découvrait ses parties

OUTRAGES PUBLICS A LA PUDEUR

sexuelles, il répond : « C’est une idée qui m’a passé par la tête, mais je ne le ferai plus. » — Son raisonnement est nul.

De ces observations, que conclure? Que R... est un imbécile, qu’il est atteint d’une infirmité cérébrale, vraisemblablement congénitale, aggravée peutêtre par des attaques d’épilepsie et des habitudes d’onanisme ; il a été frappé dès sa naissance ou ses Jeunes années dans les sources mêmes de l’intelligence. Au point de vue moral, ses sentiments affectifs sont affaiblis ou peu prononcés. Au point de vue psychique, son horizon est très borné ; il ne possède qu’une somme assez restreinte d’intelligence; sa mémoire est affaiblie ; il est incapable de réflexion et dénué de jugement. Toutes ses réponses sont simples, courtes, n’exigeant pas un grand effort de l’esprit. Toute sa manière d’être porte le cachet du relâchement, de la passivité, qui caractérisent les abaissements intellectuels et moraux.

Si nous envisageons les outrages publics à la pudeur qu’il a commis, nous remarquons leur répétition uniforme ; le dossier ne relève que deux faits, mais il en avoue d’autres analogues. Peut-être doit-il prendre place parmi les individus bizarres qui, obéissant à une impulsion invincible, parfois intermittente et périodique, ont la singulière habitude de découvrir leurs organes génitaux devant les passants, souvent aux mêmes endroits — et sont connus en

médecine mentale sous le nom à’exhibitionnistes ? Son infériorité intellectuelle ne permet pas de connaître et de préciser s’il était sous le joug d’une idée obsédante, irrésistible, triomphant facilement de sa résistance et de sa volonté, ou s’il s’est simplement abandonné à des pratiques vicieuses ; ce qui est certain c’est qu’il peut être classé dans ce groupe de malades divers, déments, dégénérés, idiots, épileptiques, qui se livrent à l’exhibition génitale et sont assez fréquemment observés dans les asiles.

En tous cas, dans l’état d’imbécillité que nous constatons, nous ne pouvons considérer R... comme responsable des actes qui lui sont reprochés. C’est un déshérité de l’intelligence ; chez lui la faculté de penser est défectueuse, quand elle ne fait pas défaut ; une sorte d’oppression mentale étouffé sa volonté, amoindrit ou annule sa liberté morale et le rend aussi incapable d’agir raisonnablement que de penser.

Et nous concluons :

1 “ R... est atteint d’imbécillité ;

2 “ 11 n’est pas responsable des outrages publics à la pudeur qu’il a commis ;

3® Sa place est dans un hospice ou un asile d’aliénés.

PÉDÉRASTIE

Mes observations ont porté sur 246 individus.

Je dois dire que, dans la grande majorité des cas, les inculpés avouaient leurs habitudes vicieuses, ou l’instruction judiciaire établissait leur culpabilité sur des charges accablantes.

J’ai pu ainsi, dans de nombreuses expertises, apprécier la valeur des signes de la pédérastie.

STATISTIQUE

Répartition suivant les professions. — En relevant les professions, bien diverses d’ailleurs, je n’entends faire aucune application ; c’est une simple statistique que je produis.

Architecte ........ i

Boucher. 2

Boulanger. 2

Capitaine. i

Carrier. 4

Chapelier. i

Charcutier. 3

Charpentier. i ,

Chemisier. i

STATISTIQUE

Chiffonnier. i

Coiffeur. 4

Commis-greffier. i

Commissionnaire. i

Coquetier. i

Cordier. 4

Cordonnier. 10

Couvreur. 2

Cultivateur. i 5

Dessinateur. 2

Détenu dans une maison de

correction. i

Domestique.28

Doreur sur métaux .... i

Écolier.60

Élève en pharmacie .... i

Employé de commerce. , . 12

Facteur. i

Ferblantier. i

Forgeron. .. 3

Garçon de café.18

Huilier. r

Infirmier. i

Journalier.16

Maçon. i

Marchand ambulant. ... 4

Menuisier. 2

Meunier. 2

PÉDÉRASTIE

Ouvrier de fabrique .... 16

Peintre. i

Professeur. i

Rentier. 4

Sabotier. i

Serrurier. 2

Tailleur. 5

Teinturier. i

Tisserand. i

Typographe. i

Indéterminée. 7

Ce qui frappe, dans cette statistique, c’est le grand nombre d'enfants, 6o écoliers — soit une proportion de 24, 48 0/0.

Puis on compte :

23 domestiques;

18 garçons de café ;

16 journaliers ;

16 ouvriers de fabrique ;

1 5 cultivateurs ;

12 employés de commerce ;

10 cordonniers.

Les 67 autres inculpés .appartiennent à 89 professions diverses.

Répartition suivant les âges. — Elle donne les chiffres suivants :

STATISTIQUE

3 ans. I

PÉDÉRASTIE

32 ans. I

kl — . 3

68 ans

STATISTIQUE

La répartition des âges par périodes quinquennales fournit le tableau suivant :

Au-dessous de 5 ans.... 3

De 5 à 10 ans. 8

De 10 à i 5 —.82

De 1 5 à 20 —.45

De 20 à 25 —.20

De 25 à 3 o —.20

De 3 o à 35 —.19

De 35 à 4 o —.i 5

De 4 o à 45 —. 9

De 45 à 5 o —. 5

De 5 o à 55 —. 6

De 55 à 60 —. 3

De 60 à 65 —. 4

De 65 à 70 —. 4

De 70 à 75 —. 3

Si je les répartis conformément au tableau de Tardieu je constate :

' Tardieu, Étude médico-légale sur moeurs, 7® édit., 1878, p. 207.

les attentats aux

PÉDÉRASTIE

Au-dessous de 1 5 ans . . . gS

De i 5 à 25 ans .. 65

De 25 à 35 — ....... Sg

De 35 à 45 —.24

De 45 à 55 —.11

De 55 à 65 —. 7

De 65 à 75 —. 7

Celle slalisüque serait plus probante si elle avait pour base des actes similaires ; elle réunit, en effet, les victimes et les agresseurs, les pédérastes actifs et passifs.

Telle qu’elle est, elle atteste la fréquence des actes contre nature de 10 à 20 ans.

Au-dessous de 10 ans, ce sont de jeunes enfants victimes de violences «odomiques.

Au-dessus, c’est le plus souvent la justification étymologique du mot pédérastie, c’est l’amour des jeunes garçons. Certes, beaucoup d’enfants ont été amenés par des promesses à subir et tolérer ces pratiques ; ils cédaient aux mauvais penchants d’hommes dépravés ; mais je dois à la vérité de dire qu’ils n’ont pas tous été la victime ou l’instrument d’hommes plus âgés ; plusieurs avaient entre eux des relations réciproques.

J’ai examiné notamment une jeune bande de 24 garçons, de 12 à i 5 ans ; ils se connaissaient tous, se

STATISTIQUE

réunissaient par groupes, échangeaient le plus souvent des attouchements manuels et parfois des pratiques pédérastiques ; cette petite association, si précoce dans la débauche, avait ses actifs et ses passifs, mais sans ligne de démarcation bien tranchée, et se prêtait volontiers à l’interversion des rôles. J’ajoute que ce vice n’était pas pour eux la conséquence d’une vie commune dans un internat mal surveillé ou d’une promiscuité dans de misérables logements ; ils appartenaient pour la plupart à d’honnêtes familles, vivaient séparés et fréquentaient les uns des écoles primaires, les autres des établissements d’enseignement privés ou publics. Venus de divers points de la ville, ils se recherchaient seulement pour la satisfaction de leurs appétits vénériens.

Cette inversion scolaire a été étudiée.

M. A. Moll' a remarqué qu’un certain degré d’hermaphrodisme psycho-sexuel se rencontre assez souvent avant le développement complet des organes génitaux.

Cette observation ne s’applique pas seulement à l’homme. Dans les espèces animales, les jeunes, sous l’impulsion de l’instinct sexuel à son éveil, hésitent sur le sexe, se fourvoient souvent et se trompent dans des tentatives de coït contre nature.

Ce qui se passe chez les jeunes animaux se pro-

* A Moll, Les perversions de l’instinct génital, trad. franc, par MM. Pactet et Romme, 1898, p. 198.

PÉDÉDASTIE

(luit également chez les adolescents, à l’apparition de la puberté ; leur sexualité est parfois indifférente et ne se précise pas. Les circonstances disposeront d’eux.

Loin de moi la pensée de faire le procès de l’internat et surtout d’en charger le tableau. Mais le milieu scolaire a de pernicieux effets : la réunion d’enfants du même sexe, leur vie en commun, le contact, l’imitation aussi, peuvent entraîner, comme conséquence directe, des altérations de l’instinct sexuel. Il n’y a pas à nier ses dangers, contre lesquels une bonne éducation lutte le plus souvent avec succès.

C’est d’ailleurs un fait d’expérience : toutes les fois que l’on groupe et isole des individus du même sexe, dans les prisons, dans les asiles, sur les navires, parfois dans les ateliers, l’irrésistible passion homosexuelle peut se faire jour; dans toute agglomération humaine exclusive, sous l’influence de la continence, de la promiscuité, de la sédentarité, l’instinct génésique se fausse et dévie, les rapprochements contre nature se réalisent. Loi fatale, puisque ces perversions se montrent aussi dans toute collectivité animale ; les mêmes causes amènent les mêmes effets.

« Il n’est nullement besoin, comme le dit M. Chevalier*, qu’une éducation vicieuse préalable ou l’im-

' .t. Chevalier, L'inversion sexuelle, iSgS, p. 2o3.

STATIStlQUE

portation interviennent ; ce qui se passe là, c’est quelque chose de comparable à une génération spontanée.

En étudiant l’éclosion et le développement de ces inversions sexuelles, on constate leur évolution lente et successive. Les jeunes gens, troublés par l’éveil de l’instinct génital qui ne trouve pas son chemin, ne se laissent entraîner que par degrés ; les intimités scolaires ont des étapes. Ces jeunes garçons, ignorants de leur nature, sont d’abord portés l’un vers l’autre par un vague besoin d’afifection ; c’est la période des tendresses naïves, des confidences, des serments d’attachement durable. Bientôt cet amour innocent s’exalte, se modifie et appelle des satisfactions matérielles ; on se recherche avec plus de désirs, on se donne rendez-vous les jours de sortie, on ne peut plus se quitter. L’inexpérience est longtemps une sauvegarde. La chute est prochaine, spontanée ou non. Vienne un enfant débauché; sous l’influence des mauvais conseils et des pernicieux exemples, les liaisons dégénèrent; les caresses, les exhibitions, les masturbations réciproques préludent à des rapprochements plus intimes.

Répartition suivant les années :

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