OUTRAGES PUBLICS
LA PUDEUR
cas, un homme de 3 o ans et un jeune homme de i8 ans ont réitéré plusieurs fois l’exhibition de leurs organes génitaux.
Dans ces deux cas je me suis demandé si je ne me trouvais pas en présence à’exhibitionnistes, de ces malades dont l’aberration sexuelle consiste dans l’étalage des organes génitaux, qui cèdent à une idée obsédante et à une impulsion irrésistible.
Le premier est un homme de 3 o ans, marié, que des jeunes filles accusent de se déboutonner devant elles et d’exhiber ses parties sexuelles ; les faits se passent dans sa boutique de coiffeur et se reproduisent avec uniformité, au dire des plaignantes. Il importe de déclarer que les dépositions des fillettes manquent de précision, que quelques-unes sont erronées et même mensongères. L’inculpé a un passé irréprochable; il est certainement sain d’esprit, se défend énergiquement, sans passion, nie les faits et les discute. Ce n’est pas là l’impulsif, l’exhibitionniste atteint d’obsession invincible, incapable de résistance, reconnaissant le non-sens des actes commis et indifférent à leurs conséquences.
Il est vrai que les véritables exhibitionnistes sont rares — ceux qui, sous le joug d’une obsession tenace et pressante, exhibent leurs organes sexuels périodiquement, non pas au hasard, mais dans les mêmes lieux et souvent aux mêmes heures, dont l’acte est précédé d’anxiété et de lutte avec une
conscience parfaite de l’état morbide, qui obéissent à une incitation instinctive, supérieure à leur volonté, et finalement éprouvent, après la chute, un sentiment de détente, de soulagement et de délivrance. Je n’en ai pas rencontré et, dans les sept observations de Lasègue', on compte des déments, un hypocondriaque et peut-être un épileptique.
C’est dans le groupe de ces exhibitionnistes atteints de maladies cérébrales diverses que peut rentrer le second tas (Obs. XXX); ceux-là accomplissent l’acte impudique sans lutte intérieure, presque automatiquement, sans angoisse préalable et sans satisfaction consécutive ; l’impulsion existe, mais peu énergique ; ils se ressentent, comme le dit M. Magnan % du fonds maladif lui-même.
Obs. XXX. — Outrage public à la pudeur.
Exhibitionniste.
R... est âgé de i8 ans. Deux fois, en janvier 1886, dans un jardin public, il s’est présenté devant des femmes le pantalon déboutonné et les organes sexuels découverts ; les mêmes actes se sont peut-être produits à d’autres époques. En janvier 1882, il a été
> Lasègue, Les exhibitionnistes (Union médicale, 3e série, 1877, XXIII, p. 709'-
‘ Magnan, Des exhibitionnistes (Bull, de la Soc. de med. lég., 1890, t. XI, p. 3 i2).