DES SIGNES GÉNÉRAUX
Extérieur des pédérastes. — Il est assurément des pédérastes qui se font remarquer par leurs allures extérieures, une coquetterie étrange, la couleur voyante de leurs vêtements ajustés et dessinant les formes du corps. On les reconnaît à leur visage imberbe ou rasé, à leur teint flétri et souvent fardé, à leur regard provocateur, à leurs cheveux bouclés ou frisés, à leur démarche composée, aux odeurs parfumées dont ils sont imprégnés.
J’en ai observé plusieurs dont l’habitus était aussi caractérisé que possible ; mais la plupart ne présentaient rien de particulier dans leur extérieur ; quelques-uns même étaient négligés dans leur tenue et malpropres dans leur costume. Encore convient-il d’ajouter que les caractères ci-dessus relatés, s’ils trahissent ou font supposer ces mauvaises habitudes, ne les démontrent pas. Ce sont des indices : rien de plus Obs. XXXIV).
Troubles généraux de la santé. —Ce serait leur accorder une importance injustifiée que d’en faire la conséquence directe, la manifestation certaine des habitudes pédérastiques ; assurément ces actes vicieux peuvent porter une atteinte plus ou moins profonde à la santé, mais au même titre que tous les excès vénériens. Comment établir une dis-
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tinction ? Sans compter que le dépérissement et l’affaiblissement de la constitution peuvent tenir à d’autres causes concomitantes. Comme tous les débauchés, les prostitués pédérastes présentent des stigmates de dégradation physique et intellectuelle, mais sans caractères particuliers et décisifs. Il n’y a pas lieu d’insister.
DES SIGNES DE PÉDÉRASTIE PASSIVE
Je n’ai pas eu l’occasion d’examiner les signes fournis par un coït anal récent.
Je me propose de passer successivement en revue ceux qui résultent d’habitudes anciennes et sont donnés comme caractéristiques par Tardieu : le développement excessif des fesses, la déformation infundibuliforme de l’anus, l’effacement des plis radiés, le relâchement du sphincter et la dilatation de l’orifice anal.
Développement des fesses. — Tardieu déclare que, parmi les hommes adonnés à la prostitution pédéraste, beaucoup offrent un développement excessif des fesses, qui sont larges, saillantes, parfois énormes. Je ne comprends pas bien que cette disposition, d’ailleurs inconstante, puisse être la conséquence d’habitudes sodomiques et, bien que j’aie pris soin de la noter dans la plupart de mes rapports, je n’attache pas de valeur à ce signe.
PÉDÉRASTIE
J’en dirai autant de leur flaccidité.
La fermeté, le volume et la rondeur des fesses dépendent de l’âge, de la santé, de l’état de nutrition de l’individu. Certes, j’ai rencontré parfois leur développement exagéré chez des pédérastes, leur saillie et leur accolement complet ; mais la plupart offraient un embonpoint précoce, des formes arrondies, et se rapportaient au type décrit par Lorain sous le nom d’infantilisme. Rien ne prouve que cet habitus féminin soit le résultat de vicieuses habitudes ; il les précède au contraire et marque même l’absence d’aptitudes musculaires énergiques ; comme le dit M. Brouardel « ils n’ont pas les ardeurs entreprenantes dévolues au mâle dans la série animale et, s’ils sont débauchés, ils subissent plutôt qu’ils ne provoquent les actes génitaux auxquels ils participent ». C’est pour ce motif peut-être, pour leurs allures féminines, que ces infantiles sont recherchés et se prêtent plus facilement aux pratiques sodomiques.
Déformation infundibuliforme de l’anus.
— J’attache une réelle valeur à ce signe, contesté par plusieurs médecins légistes. Pour Casper*, l’ouver-
* Brouardel, Étude critique sur la valeur des signes attribués à la pédérastie (Bull, de la Soc. de méd. lég., t. VI, i88i, p. 32 i).
* Casper, Traité de médecine légale, 1862, t. I, p. 122.
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ture en entonnoir du rectum « doit être complètement rayée de la science ». Hofmann' écrit : « L enfoncement infundibuliforme des fesses n’a aucune valeur. » Le professeur Tillaux ^ ne lui accorde pas beaucoup d’importance ; M. Vibert® également, « parce que la profondeur de l’anus varie considérablement suivant les individus ».
Assurément des conditions diverses, 1 état d embonpoint ou de maigreur, la saillie plus ou moins prononcée des fesses, peuvent modifier la largeur comme la profondeur de l’infundibulum ; de plus, il est admis par tous que ce signe est inconstant et fait défaut chez des individus qui avouent des habitudes invétérées ; je pourrais citer bien des exemples, notamment celui d’un pédéraste qui, pendant plusieurs années, s’était livré à la prostitution masculine et chez lequel on ne constatait pas le moindre cornet anal.
Mais parce que cette déformation manque souvent, s’ensuit-il qu’elle est sans importance médico-légale, lorsqu’elle existe? Je ne le crois pas? Il est des cas où la disposition en entonnoir de la région anale est absolument caractéristique d’habitudes passives, où
' Hofmann, iVbîiyeaKic éléments de médecine légale, 1881,
^ » Tillaux, cité par Lulaud, Manael de médecine légale, 4e éd., 1886, p. 3i.
» ViBERT, Précis de médecine légale, 1886, p. Seq.
la simple inspection fait reconnaître cet infundibulum lisse, uni, se prolongeant sans ligne de démarcation jusqu’au travers et au-delà du sphincter (Obs. XXXIV) ; chez quelques enfants notamment, j’ai observé cette déformation vraiment typique.
M. Brouardel*, en signalant ce fait important que l’infundibulum peut être prononcé après un seul acte de pédérastie, a donné l’explication de l’inconstance de ce signe. Il est déterminé par la contracture du releveur de l’anus ; c’est ce muscle qui tire en haut l’anus, le tient relevé, dilaté, ouvert, et forme ainsi un cornet à somtnet anal. Dans quelles conditions ce phénomène se développe-t-il? Chez les individus jeunes et nerveux.
J’ai été bien des fois à même de confirmer cette observation, chez de jeunes garçons, sous le simple contact du doigt et sous l’influence de la crainte que provoque l’examen ; la contraction des muscles fessiers, en même temps que celle du releveur, créait ou augmentait une disposition infundibuliforme, qui s’effaçait au fur et à mesure que cessait l’impression nerveuse. Dès 1874, lors de mes premières expertises, je fus frappé et même, je puis le dire, très embarrassé de la fréquence de l’infundibulum formé, non aux dépens des fesses, mais bien aux dépens de
* Brouardel, Étude critique sur la valeur des signes attribués à la pédérastie (Bull, de la Soc. de méd. Icg., t. VI,
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l’anus et du sphincter; l’écartenient, surtout brusque, des fesses, le produisait, et j’avais parfois la « sensation d’une petite dépression annulaire, en forme de cupule », à laquelle Martineau' accorde une valeur très exagérée. Je multipliai alors les observations, en toute occasion, sur des sujets à l’abri de tout soupçon, et je constatai si souvent cette disposition infundibuliforme que je dus écarter, pour l’expliquer, les habitudes sodomiques. M. Brouardel a interprété ce signe, en a fixé l’origine, en a démontré expérimentalement la formation ; l’épreuve est utile à reproduire. Récemment j’explorai doucement l’anus d’un jeune homme en ne touchant que la région fessière ; une fois toute impression disparue, je renouvelai l’écartement des fesses avec les mains préalablement plongées dans l’eau froide ; immédiatement les fessiers se contractèrent, l’anus se releva en formant un entonnoir, qui disparut ensuite. L’expérience est démonstrative.
Il est facile alors de comprendre que cette déformation anale ne se produira pas si l’acte sodomique a été consenti, si l’individu passif n’a ni honte ni crainte, si l’introduction de la verge ne rencontre pas de résistance sphinctérienne et ne provoque pas de douleurs. Ainsi s’explique sans doute son absence,
' Martineau, Leçons sur les déformalions vulvaires et anales produites par la mastarbalion, le saphisme, la défloration et la sodomie, 1884, p. 119.
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très commune chez les filles publiques qui se livrent à la sodomie.
J’ajoute que cette déformation se produit encore dans des cas pathologiques divers, qui s’accompagnent de réflexes — fissures, hémorrhoïdes enflammées, toutes les lésions douloureuses de la marge de l’anus. C’est un diagnostic à faire.
En tout cas, quand l’infundibulum est ainsi limité aux dépens de l’anus et rien que de l’anus, je ne lui accorde pas grande signification médico-légale et je ne le considère pas comme l’indice d’un coït répété.
S’il est plus prononcé, convient-il d’interpréter sa formation de la même façon? Faut-il écarter l’explication de Tardieu* qui l’attribuait au refoulement graduel — sous l’effort pénien — des parties situées au-devant de l’anus, à la résistance de l’extrémité supérieure du sphincter et au relâchement progressif de l’anneau musculeux? Selon M. Brouardel, à la phase de la contracture du sphincter et du releveur succède une phase d’atonie complète, d’affaiblissement musculaire et, comme conséquence, de disparition des plis de la marge de l’anus.
J’hésite à généraliser cette interprétation. En présence de cornets profonds et lisses, que j’ai plusieurs fois constatés, j’accepte difficilement l’action exclusive du releveur, se contractant sous l’influence d’un
' Tardieu, Étude médico-légale sur les attentais aux mœurs, 7® éd., 1878, p. 228.
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réflexe, puis perdant sa tonicité et amenant ainsi le relâchement du sphincter, une dilatation anale, un effacement intégral des plis, une chute ou un boursoufflement de la muqueuse rectale. Il me paraît légitime d’admettre, dans bien des cas, le refoulement graduel des parties situées au-devant de l’anus et leur dilatation progressive sous l’action répétée de coïts difficiles.
C’est encore l’avis du D"' Tarnowsky, professeur à l’Académie de médecine de Saint-Pétersbourg. « La formation de l’anus infundibuliforme, chez les pédérastes passifs, n’est pas due uniquement à la contraction du releveur de l’anus, mais aussi aux changements qui s’opèrent dans le sphincter. Pendant l’introduction du membre viril volumineux dans le rectum, la portion inférieure, plus faible, du sphincter cède plus volontiers pendant que les fibres supérieures, plus puissantes, se contractent énergiquement et empêchent jusqu’à un certain point l’irruption du pénis dans le rectum. En conséquence, le pénis fait glisser les couches musculaires supérieures en haut vers les profondeurs du rectum, tout en écartant les couches inférieures du sphincter, qui lui opposent moins de résistance. Lorsque l’introduction du membre viril se répète souvent, la portion inférieure du muscle s’élargit et forme la base d’un entonnoir, qui est limité par le bord des fesses, tandis que la partie supérieure, refoulée en haut sous
PÉDÉPlASTlE
]a forme d’un anneau étroit, ferme l’entrée du rectum et forme le sommet de l’infundibulum *. »
Les deux modes de formation de l’infundibulum ne s’excluent pas d’ailleurs.
Mais, quelle que soit son origine, ce signe — quand il est nettement accusé — a une incontestable signification.
Je l’ai constaté 68 fois sur 246 expertises ; ma proportion est de 27,64 0/0, bien inférieure à celle de Tardieu, qui a relevé Tinfundibulum 217 fois sur 272 cas — soit un pourcentage de 79,48.
Effacement des plis radiés. — Je Tai noté 62 fois sur 246 individus, soit dans la proportion de 21,i 3 0/0.
C’est, à mon avis, le moins important des signes sodomiques.
Quel que soit son mode de production, qu’il soit le fait de frottements répétés ou de perte de tonicité du sphincter, qu’il soit même le résultat de ces deux causes réunies, il n’a de valeur que lorsque l’effacement des plis de l’orifice anal est complet.
Ce signe est d’ailleurs inconstant.
Parfois les plis de la marge de Tanus, au lieu d’être effacés, sont gonflés, mollasses et forment des replis saillants, flasques et lisses ; la membrane muqueuse,
* Reuss, Des aberrations du sens génésique chez l’homme (Ann. d’hyg. et de méd. lég., 3e série, t. XVI, 1886, p. 822).
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avec le renouvellement des rapports contre nature, se ramasse et se boursouffle. Certés je ne veux pas dire que ces excroissances, ces crêtes de la muqueuse, sont caractéristiques d’habitudes vicieuses ; on les rencontre chez des personnes non suspectes ; mais je les ai observées maintes fois chez des pédérastes (Obs. XXXI, XXXII, XXXV).
Relâchement du sphincter. — C’est le meilleur signe. Il faut savoir le rechercher. Souvent un seul coup d’œil suffit pour le reconnaître ; mais l’introduction du doigt est toujours nécessaire pour apprécier le degré de tonicité du muscle et les efforts de contraction. En prolongeant l’exploration par le toucher rectal, en faisant parler ou même marcher l’inculpé, on se rend compte du caractère intermittent des contractions sphinctériennes et bientôt de l’épuisement de la contractilité volontaire.
Le degré de relâchement du sphincter est variable; il s’accompagne parfois d’une dilatation telle de l’orifice anal que les gaz s’échappent par le simple écartement des fesses et que les matières fécales ne sont plus retenues (Obs. XXXIV).
Son origine doit d’ailleurs être précisée. D’autres causes que la pédérastie peuvent le déterminer ; une fièvre typhoïde l’explique (Obs. XXXIII), une dysenterie antérieure rend la constatation plus délicate et la conclusion plus réservée (Obs. XXXVI). II convient
donc d’en établir le diagnostic, de faire sa pathogénie spéciale. '
Sur 246 expertises, j’ai constaté avec évidence le relâchement du sphincter 108 fois — soit 43,9 0/0 ; cette proportion est bien inférieure à celle de Tardieu qui Ta noté 182 fois sur 217 cas — soit 88,87 o/o-