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QUESTIONS RELATIVES A LA PÉDÉRASTIE

Moyens de défense allégués par les pédérastes. — J’ai eu bien des fois l’occasion de constater la justesse des observations faites par Tardieu sur la tenue et le langage des pédérastes, sur les excuses qu’ils allèguent lors de la visite médicale.

L’un affecte d’aller au-devant de l’examen et prend de lui-même, sans y être particulièrement invité, l’attitude la plus favorable (Obs. XXXIV).

Un autre déclare, avant toute inspection, qu’il est habituellement constipé et qu’il a très fréquemment recours aux lavements et aux purgatifs (Obs. XXXVII); celui-ci, qu’il a fréquemment des vers intestinaux et qu’il a l’habitude de se mettre les doigts dans Tanus (Obs. XXXVIII) ; celui-là qu’il est obligé de prendre souvent des bains de siège et de pratiquer des lotions fréquentes pour calmer Tirritation habituelle de la région anale.

D’autres, au contraire, se refusent tout d’abord à

SIG'NES DE PÉDÉRASTIE ACTIVE

l’examen, sous prétexte qu’ils redoutent la douleur que provoquera l’exploration (Obs. XXXII).

Syphilis communiquée. — Je n’en ai observé qu’un seul cas, sur un très jeune enfant victime de violences sodomiques (Obs. XXXIX).

Il s’agissait d’accidents secondaires, dont l’origine est plus difficile à préciser.

DES SIGNES DE PÉDÉRASTIE ACTIA'E

Si la pédérastie passive présente des signes inconstants ou imparfaits, la pédérastie active ne laisse pas de traces caractéristiques.

Mon éducation médico-légale s’est faite sous l’influence de l’enseignement de Tardieu et j’ai toujours recherché avec soin les signes indiqués par lui. Je les ai souvent trouvés, mais — malgré l’autorité du maître — ils ne m’ont jamais paru assez probants pour autoriser une affirmation sans réserve.

Sur 66 cas observés, où l’instruction judiciaire consignait des aveux ou établissait la culpabilité avec

évidence, mes conclusions ont été :

Habitudes certaines .. o

— probables. 7

— possibles...... 18

— non caractérisées . . 4i

PÉDÉRASTIE

J’ai observé plusieurs fois la gracilité du pénis (Obs. XXXIV), allongé et effilé, avec gland pointu et aminci. Convient-il de la rapporter à des pratiques répétées ? Rien ne le démontre absolument. Je serais même disposé à l’attribuer plutôt à un développement insuffisant, au féminisme.

Je n’admets pas facilement d’ailleurs des modifications permanentes de la verge, à la suite de pressions momentanées exercées par le sphincter anal, quelque répétés que soient les actes sodomiques. Un organe aussi vasculaire et élastique se prête mal à des déformations durables.

J’ai vu également des pénis volumineux, des glands étranglés à la base, sans.que j’aie pu accorder à ces dimensions excessives du corps ou du gland la moindre signification diagnostique. Dans la pratique médicale, on a fréquemment l’occasion de constater l’inégalité de développement et de conformation du pénis et de reconnaître, comme l’a dit M. Brouardel, que « la forme, le volume du gland et de la verge varient infiniment plus que les traits du visage ».

Que dire de la torsion de la verge, de son changement de direction, de l’inclinaison du méat urinaire? J’ai plus d’une fois observé cette disposition, bien décrite par Tardieu (Obs. XXXIV). Faut-il l’expliquer par les tentatives d’intromission, par la résistance de l’orifice anal, par une sorte de mouvement de vis ou de tire-bouchon ? Je crains bien que cette

SIGNES DE PÉDÉRASTIE ACTIVE igÇ)

explication soit plus théorique que clinique. Il importe, en effet, de rappeler que la torsion de la verge sur l’axe longitudinal a été indiquée comme un stigmate de dégénérescence.

MM. Ch. Féré et Perruchet* ont observé chez un sujet épileptique une torsion du pénis sur l’axe longitudinal.

M. E. Marandon de Montyel®, étudiant les anomalies des organes génitaux externes chez les aliénés, a eu l’occasion de noter « pas mal de fois » la

Fig. J. — Torsion de la verge à gauche.

* Ch. Féré et E.-V. Perruchet, Anomalies des organes génilaiix et du sens génital chez un épileptique (Nouv. iconogr. de la Salpêtrière, 1889, t. Il, p. i3o).

® E. Marandon de Montyel, Des anomalies des organes génitaux externes chez les aliénés et de leurs rapports avec la dégénérescence et la criminalité (Arch. de l’anthr. crin., t. X, 1896, p. 277).

' PÉDÉRASTIE

torsion de la verge, sous les deux variétés, droite et gauche.

Grâce à l’obligeance de M. le docteur Pétrucci, directeur-médecin en chef de l’asile d’aliénés de Sainte-Gemmes-sur-Loire, j’ai pu rechercher la torsion du pénis sur 298 malades de l’asile ; je l’ai rencontrée quatre fois chez des dégénérés.

La figure 7 représente la torsion de la verge à gauche chez un dégénéré âgé de 49 ans.

La figure 8 montre un cas de torsion à droite de la verge chez un sujet de 28 ans, atteint d’épilepsie, avec dégénérescence physique et intellectuelle.

Fig. 8. — Torsion de la verge à droite.

De mes observations, conformes d’ailleurs à celles de la plupart des médecins légistes, il ressort que la pédérastie active ne possède pas de signes caracté-

ristiques, « même — comme le dit M. Brouardel' — quand les actes sont fréquemment répétés ».

Aujourd’hui, plus que jamais, je m’associe au mouvement de réaction qui s’est produit contre les signes donnés par Tardieu ; et si, dans quelques cas, ils peuvent faire soupçonner des habitudes vicieuses, en faire admettre la possibilité, plus rarement la probabilité, ils n’en démontrent jamais la certitude.

Obs. XXXI. — Habitudes possibles de pédérastie passive. Pas de signes caractérisés.

D..., âgé de i 5 ans et demi, est visité le 3 i août 1874 ; il est d’une forte constitution.

Les organes génitaux ne portent pas de traces d’habitudes actives de pédérastie ; le pénis, assez développé, est régulièrement conformé, sans torsion, sans obliquité de méat urinaire. Un prépuce souple et dilatable recouvre le gland dans sa majeure partie.

En écartant les fesses, dont le développement est normal, nous constatons une très légère disposition infundibuliforme de l’anus ; assurément la déformation n’est pas assez marquée pour être caractéristique d’habitudes passives, mais l’anus est un peu enfoncé et, lorsqu’on écarte plus fortement les fesses,

* Brouardel, Étude critique sur la valeur des signes attribués à la pédérastie (Bull, de la Soc. de méd. lég. t. VI, i88i,p. 3i5).

PÉDÉRASTIE

on observe qu’un infundibulum très court se forme au niveau et aux dépens du sphincter anal.

Les plis ne sont pas effacés ; ils sont plutôt légèrement boursouflés et forment, en avant et en arrière de l’orifice anal, deux replis, deux crêtes, l’une saillante à la partie postérieure et l’autre plus petite à la partie antérieure.

A la simple inspection, le sphincter anal offre un peu de relâchement et, lorsqu’on écarte les fesses, il cède assez facilement ; le toucher révèle que sa contractilité, sans être épuisée, n’est pas très énergique ; le doigt pénètre sans difficulté dans le rectum, sans causer de douleur, sans éveiller de sensibilité et sans y éprouver de constriction forte et durable. Cependant D... ne se prête pas très bien à l’examen; il fait des efforts manifestes pour fermer étroitement l’anus ; mais, quand on fixe son attention, qu’on le fait parler ou respirer, le sphincter se relâche et le doigt constate une certaine dilatation de l’orifice anal.

De cet examen il résulte que D... ne présente pas — nettement accusés — les signes de la pédérastie passive, dont les plus importants sont la déformation en entonnoir de l’anus, l’effacement des plis et le relâchement notable du sphincter. Cependant la région anale n’a pas sa configuration tout à fait normale. Si l’infundibulura n’est pas très prononcé, il

existe cependant ; si les plis ne sont pas effacés, ils sont au contraire saillants et forment deux crêtes ; or le boursouflement des plis radiés et les crêtes se rencontrent chez des pédérastes ; enfin, si le relâchement du sphincter n’est pas considérable, ce muscle a cependant un peu perdu de sa puissance contractile et ne ferme pas énergiquement le rectum. Ce sont là des signes d’une certaine valeur qui, s’ils ne nous permettent pas de formuler une conclusion rigoureuse, laissent parfaitement admettre, comme possibles, des habitudes de pédérastie passive.

Il importe, d’ailleurs, de faire remarquer que, chez certains individus adonnés à la pédérastie, ces habitudes vicieuses existent parfois sans laisser de traces appréciables dans la conformation physique.

De plus, si D... a cessé depuis quelque temps ses pratiques sodomiques, la région anale, qui n’avait pas encore subi une déformation considérable, a pu se modifier dans une certaine mesure ; nous n’aurions plus à constater aujourd’hui que les signes atténués d’habitudes antérieures.

Conclusions :

1“ Il est possible que D... se soit livré à la pédérastie passive ;

' 2° Mais les traces de ces habitudes ne sont pas assez caractérisées pour permettre une affirmation absolue.

PÉDÉRASTIE

Obs. XXXII. — Pédérastie passive possible. Pas de signes caractéristiques.

Visite, le 20 octobre 1878, de F..., « à l’effet de constater et de dire s’il porte des indices de nature à révéler des habitudes de pédérastie active ou passive ».

F..., âg’é'de 38 ans, est d’une bonne et forte constitution.

Les organes génitaux ont une conformation normale ; pénis de dimension moyenne ; gland découvert, sans élongation ni torsion. Pas de signes de pédérastie active.

Pas d’enfoncement, ni de disposition infundibuliforme de l’anus.

Les plis de l’anus ne sont pas effacés ; ils sont au contraire plus saillants; la muqueuse anale est boursouflée. Sans constituer un signe aussi probant que l’effacement des plis, le boursouflement et la saillie de la muqueuse anale ont été signalés comme des signes d’habitudes passives.

L’examen du sphincter ne se fait pas sans difficulté. F... refuse d’abord l’introduction du doigt, sous prétexte qu’il redoute le mal que lui causera ce mode d’examen ; il consent cependant à cette visite, mais ne s’y prête qu’en contractant les muscles avèc force. Malgré les efforts visibles de constriction exercée, le doigt pénètre facilement dans le rectum ; en prolongeant l’examen, le doigt toujours maintenu

dans l’anus, nous constatons que les contractions du sphincter sont intermittentes ; en faisant parler l’inculpé, nous remarquons un certain relâchement du sphincter et le doigt ne ressent pas de constriction énergique ; mais ce relâchement, qui nous semble anormal, n’est pas assez considérable pour autoriser une affirmation d’habitudes passives.

De ces observations il résulte que F... ne porte pas de traces positives de pédérastie passive ; mais la région anale n’offre pas une conformation absolument normale et, s’il n’existe pas de caractères suffisamment affirmatifs, le boursouflement et la saillie de la muqueuse, la constriction peu soutenue du sphincter et son état assez lâche, quand on écarte un peu fortement les fesses, en laissent du moins admettre la possibilité.

D’ailleurs, il importe de noter que chez certains individus, des habitudes vicieuses existent sans laisser leur empreinte dans la conformation physique.

D’où nous concluons :

i“ F... ne présente pas de signes de pédérastie active ;

2° 11 est possible qu’il ait des habitudes passives ;

3 “ Mais les traces de ces habitudes ne sont pas assez caractérisées pour permettre une affirmation absolue.

PÉDÉRASTIE

Obs. XXXIII. — Pédérastie. Deux inculpés. Pas de signes caractérisés.

Nous soussigné.

Commis par M. le Juge d’instruction d’Angers à l’effet de procéder à « l’examen des sieurs G..., âgé de 19 ans, et R..., âgé de 18 ans, et de dire s’ils portent des traces de pédérastie active ou passive », avons, serment prêté, procédé, le 3 o juillet i 884 , aux visites nécessaires.

I. C..., âgé de i 9 ans, couvreur, a une bonne santé habituelle et une robuste constitution.

Le pénis est de volume moyen, le gland découvert et globuleux; l’urèthre présente une anomalie, connue sous le nom d’hypospadias balanique ; le méat urinaire est à la face inférieure du gland et occupe la place du filet qui a disparu; il y a un double orifice; le premier n’est que l’ouverture d’un petit cul de sac et le second, situé un peu en arrière et à droite du précédent, ayant la forme d’un petit pertuis, est le véritable méat urinaire.

L’anus ne présente pas de disposition infundibuliforme ; les plis ne sont pas effacés ; le sphincter n’est pas relâché.

Pas de traces de violences.

D’où nous concluons :

C... ne porte pas de traces positives d’habitudes de pédérastie active ou passive.

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