DES DISCUSSIONS RÉCENTES RELATIVES A LA RENTE DD SOL
L’hypolhèse de Ricardo est la plus généralement vraie; mais au surplus elle n’est pas indispensable à la démonstration de la théorie de la rente. Au surplus, que la culture ait commencé par les terres les plus arides ou par les terres les plus fertiles, ou mieux, par les terres les plus avantageuses à une époque donnée, il n’y en a pas moins une différence dans la qualité ou la situation des terres d’où résulte la rente.
On a dit aussi que les caractères de la rente du sol, telle que nous l’avons définie ‘ d’après Ricardo, se retrouve — dans le profit de certains capitaux plus heureusement placés que d’autres, — dans la rétribution de certains hommes mieux doués que d’autres. Par conséquent, ajoute-t-on, la rente ne présente pas un phénomène économique spécial au sol.
Cette objection e.st une confirmation de la théorie de Ricardo. Rossi a signalé cette analogie du sol avec un capital heureusement employé ou une faculté de premier ordre, et nous ne voyons pas en quoi la théorie de la rente ou la réputation scientifique de Ricardo sont atteintes par cette prétendue objection.
Bastiatet M. Carey ont combattu la théorie de Ricardo par les conséquences qu’ils lui ont supposées ; mais ils ont dénaturé ces conséquences d’une manière que nous avons peine à concevoir.
En considérant la terre comme un instrument de production limité, les économistes ont généralement avancé ce principe de sens commun que l’augmentation de la population a pour effet d’augmenter la rente du sol. Ils ne nient pas que la cul-
* « La différence enlrc le prix de revient et le prix du marché des produit.', — entre les frais de production et le prix, — entre les frais exigés pour le produit le moins coûteux et le prix de marché réglé par les frais de production nécessaire à ceux qui' ont produit le plus chèrement, — forme la rente naturelle et théorique de la terre, le revenantbon de celui (pii la possède. » {Jraité ü'Économie polilique, 5* édit., alinéa 789.)
ture ne puisse être étendue à des terres nouvelles, qu’on ne puisse améliorer les procédés mis en pratique sur les autres terres (en fait, ils reconnaissent, et c'est leur réponse au.v détracleurs de la société actuelle, que de grands progrès ont été faits dans ce sens) ; mais ils disent qu'abstraction faite de ces progrès qui viennent corriger le résultat de l’accroissement de la j.üpulation et de la hausse de la rente, la rente a tendance à s’accroître avec la population. D’où la nécessité de la prévoyjiice pour cette population, c’est-à-dire la nécessité de proportionner l'accroissement des hommes aux progrès des cultures. F. Bastiat et M. Carey, formulant une théorie « Bicardo-Malthusienne » erronnée et exagérée, font dire à Bicardo et à Mallhus sur la marche des sociétés le contraire de ce qu’ils disent, et leur font présenter comme fatale la misère croissante des populations, au grand avantage non-seulement des propriétaires fonciers, mais des riches en général .
Bastiat, dans la lettre qu’il nous adressait de Borne pour être lue à la Société des Économistes, quelques jours avant sa mort (1850), disait : a N’ouhliez pas que 1a théorie de Bicardo se résume ainsi : « La propriété foncière est un monopole « injuste, mais nécessaire, dont l’effet est de rendre fatale- « ment le riche toujours plus riche et le pauvre toujours plus I pauvre *. »
Cette absurdité, qui révoltait à juste titre notre ami , n’est écrite ni dans Bicardo, ni dans aucun de ses disciples, et ce n’est que par suite d’une erreur que Bastiat* a pu la déduire de la doctrine de la rente de Bicardo combinée avec celle de la
• Journal des Économistes, xxx, p. 288, 1850.
* Bastiat, pressé par la lutte, tourimmté par son mal, s’en fia à sa mémoire obscurcie par les argumentations des adversaires des économistes, et n’eut pas la précaution de’ vérifier l’origine des accusations qu’il avait à cœur de combattre. Loi'sque son volume Harmonies écono- «nçttcs parut, Bastiat n’avait déjà plus de voix, et ses amis n’osaient plus discuter avec lui pour le tirer d’erreur. D’ailleurs le temps et l’occasion manquèrent: Bastiat, sur l’avis des médecins, parlait peu de temps après pour .'’ltalie, pour ne plus revenir.