ARGENT
Monnaie de cuivre et de billon. .
Il en conclut qu’il a été frappé en France, en cent huit ans, presque moitié plus de monnaie d’or et d’argent qu’en Angleterre, en cent qualre-vingt-cinq ans.
Si l’on évalue l’or et l’argent en poids, on voit qu’en France un tiers à peine est en or, tandis qu’en Angleterre il n’y a guère que 1/15 des monnaies en argent.
En défalquant les espèces duodécimales fabriquées antérieurement à la Révolution, et qui ont été généralement refondues, on trouve la quantité des monnaies décimales qui forment la masse du numéraire en circulation.
Pièces d’or. . . . 1,039,1 = 1/4 environ.
— d’argent. . 2,773,2 = 3/4 à peu près.
D’après les relevés du même auteur, nos exportations, depuis 1787, dépassent les importations de 1,728 millions qui, ajoutés au chiffre dû numéraire donné par Necker, en 1784, forment précisément 3,900 millions, nombre sensiblement égal à celui que nous venons de trouver pour la monnaie décimale frappée de 1803 à 1834 et à celui donné plus haut, d’après le Moniteur, comme total des matières converties en espèces décimales de 1803 à 1829. Ici les chiffres parlent, et comme l’a très-bien fait remarquer M, Moreau de Jonnés, ils autorisent à penser que la fabrication de la monnaie décimale s’est faite par la refonte de l’ancienne et des monnaies étrangères ou des lingots importés.
Necker trouve son chiffre de 2,200 millions en embrassant dans ses calculs la détérioration par l’usure et la destruction du numéraire; or, J. B. Say rapporte dans son Cours que les 50 millions de pièces de 24, 12 et 6 sous, fabriquées de 1726 à 1794, s’étaient usées pour 12 millions. En faisant entrer ces causes pour un quart en soixante ans et en adoptant la même proportion de destruction pour les quarante années écoulées de 1704 à 1854, M. Moreau de Jonnès, évalue à 2,860 millions seulement la masse du numéraire en France «.
J. B. Say croit que Necker s’est tenu trop haut dans son évaluation, et il portait, sommairement il est vrai, à 2 milliards seulement le numéraire en circulation en 1828, qui aurait été en 1836, d’après M. Moreau de Jonnès, d’environ 5 milliards (2,860,000 fr.). Sans nous lancer ici dans une controverse inutile, nous ferons observer que le besoin de numéraire n’augmente pas dans la même proportion que la richesse nationale ; car la même somme qui sert à 8 ou 10 échanges dans une grande ville, ne sert guère qu’à un dans un village, sans compter l’emploi des signes représentatifs de la monnaie dont se servent les pays où se développe l’industrie. En effet, comment n’en serait-il pas autrement, dit M. Moreau de Jonnès {Statistique de V Angleterre, p. 337, t. Il), puisque les impôts prélevant chaque année (dans les lies Britanniques) au moins 1500 millions de francs, ils absorberaient les 3/4 du numéraire? D’ailleurs la production territoriale et industrielle formant une valeur de près de 10 milliards, et les signes qui la représentent n’en dépassant pas 2, il est de toute nécessité que l’activité delà circulation monétaire corresponde au quintuple de sa valeur intrinsèque. D’après le même auteur, en France la production étant moins considérable et le numéraire étant plus abondant, il suffît d’une
* M. Michel Chevalier, dans une note du premier vol. des Ixttres sur l’Amérique, prend, pour l’évaluation du numéraire en France, le chiffre de 4 milliards, dont 1/4 en or et 3/4 en argent. M. Blanqui aîné, dans son Cours de 1836-37 (2* leçon), adopte aussi ce chiffre; il nous semble que ces deux économistes, s’ils ont analysé cette appréciation, n'ont pas tenu compte de tous les éléments de la question.