‹ Notes et petits traites contenant elements de statistique et opuscules divers faisant suite aux traites d'economie politique et de financesChapitre 43 sur 205 · I.IDERTÉ DU TRAVAIL, CORPORATIONS, OFFICES, ETC. 4S · texte numérisé non relu

I.IDERTÉ DU TRAVAIL, CORPORATIONS, OFFICES, ETC. 4S

sociale, aucune rêverie communiste, aucun plan de charité, aucune doctrine d’économie spéculative, ne présente une solution aussi nette , aussi simple du grand problème de la misère, que le wo?iû2(<o/)c;/e ? »

Réponse. — Même observation que ci-dessus.

Par doctrine d’économie spéculative, j’entends bien que vous comprenez la liberté des échanges, entre autres théories des « économistes de la vieille école. » — C’est vous qui êtes de la vieille école, sans vous en douter, — j’entends de l’école de l’entrave et du monopole.

Treiziéme question. — « Croyez-vous que la connaissance du secret de la production, de la répartition et de 1a consommation de la richesse ; que les tableaux les mieux émaillés de chiffres statistiques; que les élucubrations les plus ingénieuses sur l’évolution des salaires, les fonctions du crédit et le taux de la rente, puissent accroître les subsistances en proportion des naissances, aussi sûrement que l’établissement d’une propriété intellectuelle latérale à la propriété matérielle ? » Réponse. — Autre variante de la même question, avec un coup de pied déplus à la statistique en général.

Quelle que soit la garantie de la propriété intellectuelle, il est sûr que la connaissance des lois naturelles, et, par conséquent,équitables, qui président à la production, à la répartition, à la consommation de la richesse, que la connaissance exacte des faits, que des notions exactes sur le crédit, les salaires, la rente, sont indispensables pour que l’harmonie sociale s’établisse, pour que les populations puissent maintenir les subsistances en proportion des naissances, et aussi pour que la théorie àa monatUopole' soit bien présentée et bien éclaircie.

Quatorzième question. — a N’est-ce pas un fait providen- * Monautopole, propriété exclusive des œuvres de sa propre création.

liel que cette idée de doubler tout d’un coup le champ du travail et les ressources des sociétés trop encombrées, au moment même où tout le monde est aux abois et tellement à court d’expédients, qu’une foule de gens , trés-pacifiques d’ailleurs, en viennent à regarder la guerre comme un bien nécessaire ? »

Réponse. — Cette promesse du double produit est à l’état d’assertion, sans démonstration.

11 serait facile et superflu de démontrer que cette « foule de gens » n’ont pas le sens commun.

Quinzième question. — « Ne pensez-vous pas que si les quatre mille inventeurs, brevetés chaque année, possédaient un titre réel de propriété, ils ne trouvassent plus aisément qu’aujourd’hui les fonds nécessaires pour essayer leurs inventions? Quand, pour perfectionner la veilleuse, j’ai distribué 25,000 francs aux ouvriers des mansardes de Paris et de . Rruxellés : ne suis-je pas en droit de dire qu’il en coûterait au moins autant à tous les brevetés pour s’assurer seulement si leur découverte est viable ou non?Cela ne ferait-il pas 100 millions de salaires qui n’auraient certainement pas été distribués sans les brevets, qui contrarient si fort le système du laissezfàire toutà tous? »

Réponse. — Premièrement , où prenez - vous les quatre mille?

Deuxièmement : nous avouons qu’avec un brevet on trouve plus facilement des fonds que sans brevet ; mais cela prouvet-il la légitimité du brevet? — En ce qui touche la veilleuse ; si elle est bonne, la dépense des 25,000 fr. a été utile à la société ; sinon, la société a perdu 25,000 fr. — Quatrièmement, si vous n’aviez pas consacré ces 25,000 fr. à la veilleuse, vous les auriez consacrés à une autre production, à solder d’autres salaires.

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Seizième question. — « Ces 100 millions ne se multiplieraient-ils pas sur une échelle incommensurable, quand on passerait à l’exploitation? Ne croyez-vous pas qu’il y aurait chaque jour moins d’ouvriers sans travail et que les salaires hausseraient au fur et à mesure de la diminution du nombre de bras en concurrence? la Chambre de commerce de Clermont l’a déclaré au ministre de l’agriculture en ces termes : « La seule exploitation des industries brevetées permet d’élever les taux des salaires, et par conséquent de faire les retenues que vous proposez ; c’est le contraire pour les industries banales, livrées à la libre concurrence. »

Réponse. — Ces 100 millions provenant de 4,000 brevetés, dépensant 25,000 fr, chacun, sont une pure supposition ; l’échelle incommensurable, pareillement.

Nous ne voulons cependant pas nier, nous le répétons, qu’une meilleure détermination de la propriété des inventions ne suscite de nouvelles branches de travail, et ne tende à augmenter les salaires dans une proportion x; à la condition, toutefois, que les classes ouvrières n’oublieront pas de s’astreindre aux lois de la prévoyance.

La phrase tirée des délibérations de la Chambre de commerce de Clermont n’est pas très-intelligible. Qu’est-ce qu’une industrie banale... livrée à la libre concurrence?

Dix-septième question. — a Est-il vrai que le pays qui fabrique le plus et le mieux se crée le plus de moyens d’échange avec le reste du monde, à partir des nations moins avancées, qui produisent peu, jusqu’aux tribus barbaresques, qui produisent du grain, et aux peuples pasteurs et chasseurs, qui produisent de la viande, de la laine, du bois? etc., etc. »

Réponse. — Je ne comprends pas bien. — Voulez-vous dire que le pays qui fabrique le plus et le mieux échange davantage avec tous les autres, qu’ils soient industrieux ou

it.

non? Nous sommes en parfait accord, sans bien saisir la portée de votre question. — Voulez-vous dire, au contraire, que le pays qui fabrique le mieux trouve d’autant plus à échanger avec les autres, que ceux-ci sont plus arriérés? Dans ce cas, nous nierons purement et simplement. Voyez ce qui se passe dans le monde entier : plus le peuple avec lequel on entre en échange est riche et prospère, et plus les échanges internationaux sont multipliés et importants. Ouvrez les tableaux des douanes.

biX'huitième qiu’stion. — ■ « Comprenez-vous que l’état de pléthore, que la gêne actuelle des travailleurs enfin, n’existerait probablement pas, si l’on eut songé plus tôt à la création de la propriété industrielle, littéraire, artistique et commerciale? Si enfin ceux qui disposent de nos destinées eussent songé plus tôt à l’éinancipalion intellectuelle dont nous poursuivons la réalisation? »

Réponse. — Vous dites probablemmt ; ce n'est donc pas une affirmation complète.

Quant à nous, sans nier, nous le répétons, les avantages qui fussent résultés d’une garantie plus efficace de la propriété industrielle mieux déterminée, nous croyons que la pléthore et la gêne des travailleurs ont bien d’autres causes qu'il n’est pas inutile de rechercher.

Dix-neuvième question. — « Doutez-vous encore que le monautopole, dont le nom vous effraye, ne donne la meilleure solution, cherchée vainement jusqu'ici, de ces formidables problèmes, comme vous les appelez, de la misère croissante, de la charité chrétienne ou légale impuissante, de l’organisation du travail rationnelle et de la moralisation du commerce si désirable? »

Répü.nsf,. — Nous doutons que ce soit l’unique solution , en admettant même que vous soyez parvenu à exprimer la

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vérité à cet égard. — MomvtopoJe a trop de parenté avec monopole.

Vingtième question. — « Croyez-vous que les dérangements qui pourraient résulter pour les Nemrods du communisme industriel , pour les contrefacteurs et les fauteurs du commerce anonyme, puissent entrer en ligne de compte avec les avantages du travail organisé et du trafic avoué , et qu’on doive hésiter plus longtemps à vei*ser sur la société malade tous les baumes contenus dans la maxime absolue ; Chacun doit être propriétaire et responsable de ses œuvres ?

Réponse. — Nous ne défendons pas le droit des Nemrods, si Nemrods il y a : nous attribuons des vertus curatives à la maxime-baume; mais il s’agit de bien constater la nature des œuvres et les droits de l’individu et de la société à ces œuvres.

C’est toujours la question de fond à examiner, c’est-à-dire la détermination de ce qui est ou n’est pas appropriable, au point de vue du juste et de l’utile combinés.

Ailleurs*, M. Jobard admet deux concurrences : la bonne concurrence et la concurrence anarchique. Il est partisan de la bonne et ne veut combattre que l’autre.

Cette distinction, souvent faite, repose sur un sophisme. Il n’y a qu’une concurrence,- qu’une liberté de travailler, qui a son côté agréable ou désagréable selon qu’on la considère en consommateur ou en producteur; fnais on ne peut scinder ces deux aspects. 11 n’y a pas de concurrence anarchique ; la concurrence est au contraire un principe organique et d’ordre social*. 11 ne peut être ici question de' concurrence déloyale par faux poids, falsification ou fausses manœuvres; ce sont là des délits punissables parle code pénal.

• Dans sa lettre d’envoi des vingt questions, Jourtial des économistes. 2' série, tome V, p. 105.

* V. sur ce point l’excellent article concubbksck, de Ch Coquelin, dans le Dictùmriaire d'économie politique.

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Observation finale. — C’est pour arriver à la défense de son idée de propriété perpétuelle des inventions que M. Jobard s’était laissé aller, par inconséquence, à attaquer le libre commerce, à ridiculiser le laissez faire et laissez passer des physiocrates, par la formule « Laissez faire la montre ; laissez passer le filou » ; à attaquer les économistes avec des quolibets à la manière des socialistes. Celte inconséquence, ces excentricités n’ont point servi à la considération de sa théorie.

On n’a pas contesté, au point de vue économique, qu’il fût équitable et d’ordre social que le législateur garantisse à chacun la propriété exclusive des œuvres de sa propre création, c’est-à-dire le monautopole en général (la propriété!). On a recherché raulhenticité de cette création, et on a contesté à M. Jobaid son monantopolef c’est-à-dire son mode de détermination des œuvres intellectuelles ou industrielles, et ses procédés réglementaires pour arriver à faire garantir ce genre de propriété.

Ce qu’on lui a encore contesté, et ce que nous avons spécialement repoussé nous-même à diverses reprises depuis que M. Jobard agite sa question (nous aimons à -le répéter, avec une rare persistance, beaucoup de verve, et à l’aide d’une connaissance remarquable du travail industriel), ce sont ses attaques illogiques contre le principe de libre concurrence qu’il avoue loyalement aujourd’hui avoir combattu « sans bien savoir ce qu’il faisait * ; » ce sont ses attaques contre l’économie politique et contre les défenseurs de la liberté du travail; ce

* Voici ses propres paroles ; « .le viens humblement confesser aujourd’hui une faute qui m’a fait déclarer schismatique par les Pères de l’église économique ; j’ai attaqué la libre concurrence depuis vingt-cinq ans, un peu à la légère, j’en conviens. J’obéissais plutôt à un vague intérêt qu’à un raisonnement motivé; je ne savais pas ce que je faisais. Mais aujourd’hui, je le sais; mes idées se sont éclaircies par l’examen des laits industriels qui se déroulent sous mes yeux ; je puis formuler enfin mes griefs, poser mes accusations et démontrer mathématiquement qu’il y a deux libres concurrences, comme il y a deux principes, le bon et le mauvais, deux voies, celles du bien et du mal. te n’attaque que la concun’ence anarchique ... » (Ijcttre précédant les vingt questions.)

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