‹ Notes et petits traites contenant elements de statistique et opuscules divers faisant suite aux traites d'economie politique et de financesChapitre 57 sur 205 · t,000 grammes d’or monnayé · texte numérisé non relu

t,000 grammes d’or monnayé

1,000 ; 15.5 pièces de 20 francs;

1 ; 20 francs : : 1 liv. slerl. ; x fr. = 25 fr. 22 c.

On tire 47 souverains et 29/4# d’une livre troy d'or; l’or monnayé est au titre de 22 karats (22 parties pures sur 24); la livre troy vaut 573 grammes et 202 milligrammes. L’or inotCiayê français est au titre de 900 (OOOd’er pur sur 1,000); 100* granffl?é^ont 1 rafogramme.

SOTES ET PETITS TRAITÉS

valeur des effets de commerce ne dépend pas seulement de la valeur intrinsèque des monnaies qu’ils représentent, mais de leur échéance plus ou moins longue, et par conséquent de l’intérêt de l’argent, — des frais qu’occasionnerait le transport de cetargent, — des risques qu’il aurait à courir, — et du plus ou moins grand besoin que l’on a d’échanger des lettres contre de l’argent, ou de l’argent pour du papier, ou, en d’autres termes, de l’offre et de la demande. C’est ainsi que les cotes que se communiquent les banquiers et qui contiennent les cours des changes, portent les valeurs classées en papier à court jour et à long jour, et indiquent des prix auxquels le papier et l’argent sont offerts ou demandés.

On conçoit que le prix du change peut comprendre l’intérêt, mais qu’il n'est pas l’intérêt, composé lui-même du taux courant du loyer des capitaux et de la prime d’assurance du payement, et qui peut se compter à part sous les noms d’escompte et de commission; de sorte que nous pouvons raisonner ici du change absolument parlant.

Le prix du change varie nécessairement avec les qualités de la monnaie en laquelle les lettres de change sont payables. Lorsque les monnaies étaient moins régulièrement refondues qu'aujourd’hui, il y avait des pays où les espèces étaient plus rognées par l’usage que dans d’autres, et le prix du change s’en trouvait affecté. En second lieu, les dépenses du monnayage, en tant qu’elles sont à la charge des gouvernements et des particuliers, inOuent également sur le rapport de la valeur intrinsèque des pièces avec la valeur numéraire, et exercent une action correspondante soit sur le certain, soit sur l’incertain du change. Enfin, si les billets de change sont payables en monnaies de banque ou en papier de gouvernement*, ayant une valeur plus ou moins élevée que la monnaie courante, le

• Adam Smith dit ; « Ce qu’on nomme argent de banque est toujours d’une valeur supérieure à la même somnje nominale en espèces courantes. A Amsterdam, par exemple, mille florins en banque valent plus de mille florins argent courant d’^Vmsterdani. » (Uv. IV, ch. 8, p. 70, édition Guillaumine, 1843.)

COMMERCE, CHAKGE, AGIOTAGE.

rapport du change en est pareillement affecté. Si ces causes étaient permanentes, il en faudrait tenir compte dans le calcul et la fixation du pair du change, qui n’est invariable qu’àcon* dition que rien ne changea la quantité et à la qualité de la matière contenue dans les termés du rapport.

La facilité ou les difficultés du payement en espèces influent aussi sur le prix du change. Adam Smith (liv. II, ch. ii) explique une variation de 4 pour cent entre le prix du change de Londres sur Carlisle, et de Londres sur Dumfries (qui n’est qu’à 30 milles de Carlisle), par le payement des lettres de change à Carlisle en espèces, et à Dumfries en billets de banque d’Écosse dont les directeurs avaient la faculté d’ajourner le payement à six mois, on tenant compte de l’intérêt.

Lorsque le change varie par suite de la variation de la valeur réelle des monnaies, il ne faut pas oublier que cette variation peut être aussi bien causée par la variation de la valeur de la monnaie du certain que par celle de la valeur de la monnaie de l’incertain, ou même par les deux variations ayant lieu simultanément. M. H. Say {loc. cit., p. 100) cite comme exemple, dans ce dernier cas, le change entre le Brésil et l’Angleterre en 181 6. Le même économiste montre, par la comparaison des changes avec le prix de la piastre et le prix des marchandises, que, dès les premières années du commerce entre l’Angleterre et le Brésil, les variations des changes ont tenu à la mobilité de la valeur de la livre sterling par suite de l’épuisement des finances anglaises, des emprunts et du cours forcé des billets de banque'; et que plus lard ces variations ont tenu aux changements dans la valeur de la monnaie brésilienne, par suite de l’abus d’émissions de la banque de Bio, des emprunts du gouvernement brésilien, et de la suspension des payements de cette banque *.

* Sous l’Empire, pendant la guerre avec l'Angleterre, une livre sterling payable à Londres s’achetait couramment à 18 francs et môme moins.

- En 1808, pour 1,000 reis du Brésil on avait 70 deniers sterling à Londres; en 1814, 90 deniers ; en 1815, 70; en 1826, 46; eu 1829, 20. — En 1815, 1 franc payable à Paris coûtait 150 reis; en 1829, 475 reis. La valeur de la monnaie du Brésil avait fléchi de plus des deux tiers.

A côlé de ces cas de variations considérables dans les changes par suite de la variation dans les monnaies, il faudrait aussi citer le changement survenu à la suite de la grande dépréciation du papier-monnaie pendant la révolution française, c’est-à-dire après les événements de 1789.

Mais les variations de cette espèce sont pour ainsi dire nominales, car ceux qui achètent les lettres de change ne les payent bientôt qu’en rapport de la quantité et de la quahté ou soit de la valeur des monnaies qu’elles représentent. Et en défmilivedes variations de change ne sont réelles que lorsqu’elles dépendent des circonstances qui affectent le commerce en luimôme, c’est-à-dire relatives au besoin des espèces ou du papier sur une place, d’un pays à un autre, c’est-à-dire à l’offre et à la demande de lettres de change et des autres effets de commerce; et dans ce cas elles ne dépassent jamais une certaine borne, celle des frais et des risques du transport des lingots. Si 1 pour 100 suffit pour couvrir les dépenses que nécessite ce transport et les risques qui l’accompagnent, le débiteur paye indifféremment 1 pour 100 de prime, soit pour une lettre de change, soit pour un lingot ; et c’est parçe que la prime pour se procurer la lettre est le plus souvent moindre que pour faire porter de l’or ou de l’argent, qu’il a recours au procédé du change. 11 est à remarquer qu’au fur et à mesure que les relations commerciales s’étendent entre deux pays, et que leurs moyens de transport se perfectionnent, les variations naturelles sur les changes deviennent moins grandes ; et d’autre part qu’au fur et à mesure que les causes de dépréciation des monnaies disparaissent, les causes extraordinaires de variation des changes disparaissent aussi.

Une variation dans le change nominal peut avôir de fâcheux effets comme tout changement brusque, et amener des mécomptes et des pertes pour un certain nombre de négociants ; mais elle n'influe pas d’une manière permanente sur le commerce étranger. En effet, quand il y a dépréciation de monnaies, l'exportateur reçoit, en vendant des lettres de change sur ses acheteurs étrangers, une plus-value ; mais cette plus-

COMMEBCE, CHANGE, AGIOTAGE.

value est compensée par la hausse des prix d’achat, causée par l’altération des monnaies. Quand au contraire la prime obtenue sur la vente d'une lettre de change payable à l’étranger provient, non d’une altération dans les monnaies, mais de la rareté des lettres, alors elle agit comme stimulant à l’exportation. On cherche à exporter pour avoir d’autres lettres à tirer et à vendre à ces conditions avantageuses, et cette même cause agit comme entrave à l’importation. En effet, on évite d’avoir des lettres à acheter pour remettre en payement des marchandises importées. Mais peu à peu les lettres de change sur l’étranger deviennent plus nombreuses, leur prix baisse, le stimulant à l’exportation et l’obstacle à l’importation diminuent ; dans le cas contraire, lorsque les lettres sur l’étranger sont à bas prix, il s’établit un concours entre les commerçants pour importer, afin d’avoir à payer, avec des lettres achetées à de bonnes conditions, et pour éviter d'exporter afin de n’avoir pas à recevoir des lettres qui ne peuvent se vendre avantageusement; et peu à peu les lettres de change sur l’étranger devenant plus rares, leur prix hausse, le stimulant à l’importation et l’obstacle exportation diminuent, et c’est ainsi que les oscillations du change se limitent et se régularisent naturellement ; le pair réel formant le centre de ces oscillations que mille circonstances tendent à en écarter, et que mille autres tendent à en rapprocher, pour ainsi dire, chaque jour et à toute heure, parce que ces circonstances font varier la quantité et les conditions des dettes réciproques des particut liers et des nations.

L’action des banqufers peut influer sur cette tendance naturelle des cours du change à se balancer. Que Paris, par exemple, doive plus à Amsterdam que celui-ci ne doit à la France, les lettres sur Amsterdam seront rares; mais d’autre part il y aura forcément un pays quelconque, Londres, par exemple, avec lequel le contraire aura lieu, et sur lequel les lettres seront abondantes. Que feront les banquiers? ils achèteront des lettres et des lingots sur les places où ils sont abondants, pour les faire vendre sur les places où ils sont rares.

HOTES ET PETITS TRAITÉS

§ V. Dn change soi>disant favorable ou défavorable.

Les écrivains de l’école mercantile appelaient favorables et défavorables les cours du change qu’ils supposaient capables d’augmenter ou de diminuer la masse de numéraire national. Ils croyaient que le numéraire est la richesse par excellence, et que le solde entre deux nations se fait toujours forcément en espèces. Mais, d’une part, il a été démontré avec évidence par les physiocrates et par Ad. Smith que les métaux précieux ne sont pas la richesse par excellence, et que le solde des importations et des exportations ne se fait en espèces que dans des cas exceptionnels ; et d’autre part il est de fait qu’entre deux cours du change, si l’un est bon pour tirer, l’autre est bon pour se faire remettre ; que si l’un est bon pour remettre, l’autre est bon pour faire tirer sur soi. Exemple : le pair du change entre Paris et Londres étant par hypothèse de 25,22 (25 fr. 22 c. pour 1 livre sterling), lequel est plus favorable à Paris du prix de 24 ou de celui de 26? Ils sont tous deux favorables et défavorables ; car il est avant^eux par rapport au pair de remettre à Londres au plus bas, et de faire tirer sur soi au plus haut, puisque avec 24 fr. de débours on fera parvenir une livre à Londres (1" cas), ou que, pour obtenir 1 livre à Londres, il faut y négocier une lettre qu’on ne payera à Paris que 24 fr. (2" cas) ; en outre, il est avantageux, toujours par rapport au pair, de tirer sur Londres à 26, et de se faire remettre de cette ville à ce prix, puisqu’on vendra 26 fr. à Paris une lettre de 1 livre payable à Londres, ou bien on ne payera à Londres que 1 livre sterling une remise de 26 fr.*^sur Paris. En d’autres termes : veut-on payer de Paris à Londres? le change le plus bas est le plus avantageux pour remettre à Londres ; mais le change le plus haut est le plus avantageux pour faire tirer sur soi. Veut-on être payé? le change le plus bas est le plus avantageux pour faire tirer sur soi, et le change le plus haut est le plus avantageux pour remettre. De sorte que les deux expressions de change l^avorable et défavorable

COUMERCE, ClUNGE, AGIOTAGE.

n’ont donc pas trop de sens, même dans la théorie de la balance; et il est vraiment difficile et dangereux de s’en servir en dehors. — Que si on appelle change favorable ou défavorable le change au-dessus ou au-dessous du pair sans faire les catégories que nous venons de distinguer, on tombe dans la logomachie.

Nous disons plus haut que le prix entre Londres et Paris étant de ) livre sterling pour 25 fr. 22 c., cela signifie que si la livre était une pièce effective d’argent au même titre que celui du franc, elle contiendrait 25 fois et 22 centièmes de fois le poids de l’argent contenu dans le franc, ou 25,22 fois 5 grammes, ou 126,1 grammes, et, en d’autres termes, que 126,1 grammes d’argent à Londres valent 126,1 grammes d’argent à Paris. Supposons maintenant le change à 25, cela signifie que 126,1 grammes d’argent de Londres s’échangent contre 125 grammes d’argent de Paris. — Voilà le change favorable à Londres et défavorable à Paris, nous dira-t-on? — Eh non, en vérité, car les 125 grammes transportés à Paris valent comme 126,1 Londres, en vertu des circonstances du marché et des lois de l’offre et de la demande.

Mais pourrait-on dire, il y a deux prix du change entre Paris et Londres, le change de Londres sur Paris et celui de Paris sur Londres; et ce sont ces deux changes que l’on compare pour déterminer le favorable et le défavorable. 11 est bien vrai qu’il s’établit entre deux places cambistes deux cours du change, une espèce de va-et-vient. Eh bien, supposons que le change de Paris sur Londres soit de 25, et que celui de Londres sur Paris soit de 26, cela veut dire que si on veut payer de Paris à Londres, le change de 25 est plus avantageux, car en achetant une remise de 1 livre payable à Londres, on ne dépense que 25 fr.; comme en faisant tirer sur soi, la traite, ne sera que de 25 fr. et produira 1 livre. Mais si on veut à Paris recevoir de Londres, le change de 26 sera plus avantageux, car en tirant 1 livre sur Londres, on la négociera 26 fr.; comme si on donne ordre d’acheter à Londres une remise sur Paris, cette lettre sera de 26 fr., et ne coûtera qu’une livre. Si

donc on veut s’exprimer clairement, il faut dire, à côté des mots change favorable et défavorable, si c’est pour recevoir ou pour payer, pour envoyer des valeurs ou en faire venir.

En résumé, les cours des changes peuvent avertir que les lettres ou l’argent sont plus ou moins abondants sur une place, et qu’on peut avoir avantage à y faire parvenir, par voie directe ou indirecte, soit des valeurs, soit des lingots, soit des marchandises ; ils peuvent être momentanément favorables à telle ou telle opération des particuliers, à telle ou telle opération de banque, ou sur les métaux précieux ; mais ils ne sont ni favorables ni défavorables à aucune des deux nations. Contrairement à ce que pensaient les balancistes et à ce que croient encore les protectionnistes, il est avantageux que l’or et l’argent s’exportent pour les pays où ils sont rares.

Toutes les fois que l’on veut apprécier parle cours du change l’abondance et la rareté des valeurs ou des espèces sur un point donné, il faut bien se rendre compte des diverses circonstances qui peuvent amener les variations et que nous avons indiquées ci-dessus; — et en résumé, puisque la théorie de la balance du commerce a été sapée par sa base, puisque les indications que l’on peut tirer du cours des changes sont restreintes au cas que nous ve'nous de spécifier, nous pouvons conclure que l’ancien axiome de l’école mercantile ‘ : que le change est le vét itable baromètre du commerce, et qu’il montre journellement laqqelle des deux nations doit à l’autre, ne ressemble pas plus à la vérité que l’hyperbole à la proposition naturelle. Le prix du change est le baromètre du commerce du change, comme le prix du blé est le baromètre du commerce des blés ou du commerce en général : voilà tout.

§ VI. Des opérations de ebanse.

Ce sont des combinaisons qui se résument en achats et en ventes de lingots et de lettres de change faits à propos. Ces opérations sont dites de changes directs, intérieurs ou étran-

* Dulot, üé flexions sur le commerce el les finances, cliap,3.

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COMMEUCE, CHANGE, AGIOTAGE.

gers, suivant qu’on opère avec une place de l’intérieur ou de l’étranger. On les appelle de changes indirects lorsqu’on fait entrer dans la combinaison une ou plusieurs places intermédiaires, soit de l’intérieur, soit de l’étranger.

Dans le change direct, on peut payer un créancier soit en achetant et en lui faisant passer une remise qu’il vend ou encaisse; soit en lui disant de tirer sur soi une lettre qu’il négocie et que l’on paye à l’échéance. On fait payer un débiteur soit en tirant sur lui et en négociant une traite qu’il payera; soit en lui donnant ordre d’acheter et d’envoyer une remise que l’on encaisse à l’échéance ou que l’on négocie en attendant.

On a recours à la voie du change indirect et on se sert d’une place intermédiaire : 1® lorsqu’il n’y a pas de change ouvert entre deux places; 2“ lorsque les événements. politiques ou autres interrompent les communications et les relations commerciales entre deux pays; o’^lorsque l’emploi d’ime ou de plusieurs places intermédiaires offre plus d’avantages que celui de la voie directe ; 4® lorsqu’on fait des spéculations en changes, c’est-à-dire lorsque l’on trouve avantageux de se créer des créanciers dans une place, et de les faire payer par des débiteurs d’une autre place, et vice versa. Ces opérations sont assez variées, et l’emploi judicieux qu’on peut en faire est une partie de l’art du cambiste. Ce n’est pas ici le lieu de les détailler; mais il est utile, pour compléter cet article, d’exposer en peu de mots une de ces opérations. — Supposons qu’un banquier de Paris doive six mille francs à un de ses correspondants de Londres, et qu’il ait ordre de se Servir pour le payer des places intermédiaires de Francfort et de Hambourg, voici comment il pourra procéder : il achètera une remise sur Francfort, et l’enverra à Hambourg pour y être encaissée; avec l’argent de cette remise, son correspondant de Francfort achètera une remise sur Hambourg, laquelle sera envoyée dans cette place et encaissée par un correspondant de cette ville. Avec l’argent de cette seconde remise, ce correspondant achètera une troisième remise sur Londres, qui y sera envoyée et encaissée par le cor-

KOTES ET PETITS TRAITÉS

respondant créancier. Le calcul convenablement fait indiquera combien on fera parvenir de livres à Londres par ce procédé, après avoir préalablement dépensé les six mille francs dus. Le banquier de Paris pourrait aussi agir par traites successives ou par remises et traites combinées, selon que l’inspection des cours des changes indiquerait plus ou moins d’ avantages.

On se demande comment il se fait qu'il n’y ait de changes ouverts qu’entre un petit nombre de places de commerce, et que celles où ime ville a un change ouvert ne soient pas toujours les mêmes que celles où elle envoie ou d’où elle tire le plus de marchandises. C’est un effet de la division du travail. De même qu’un simple particulier fait un mandat sur son banquier ou son homme d’affaires, une ville fait payer ses achats par une autre ville. C’est ainsi que les fabricants lyonnais reçoivent en lettres sur Livourne le prix des étoffes vendues à Rome, et qu’ils payent avec les mômes lettres les soies grèges qui leur fournit le Piémont; c’est ainsi qu’on paye avec des traites sur Londres ou sur Amsterdam les blés d’Odessa. C’est ainsi, dans l’exemple cité plus haut, que les achats et les ventes de l’Amérique se soldent avec des traites sur les principales places d’Europe. C’est ainsi que Paris est la principale place cambiste de la France, et que Londres, Amsterdam, Paris et Francfort sont les principales places cambistes du monde.

§ vil. Arbitrage» de banque.

Soit que l'on ait à choisir pour une affaire déterminée la meilleure place intermédiaire entre plusieurs places données; — soit que l’on veuille monter une spéculation en banque, et se rendre compte des places sur lesquelles le change est plus avantageux ou moins désavantageux pour y faire des traites ou des remises; — soit que l’on ait besoin de faire le même choix pour exécuter les ordres d’un correspondant au mieux de ses intérêls, il y a lieu de faire des calculs pour guider dans ce choix. Ces calculs ,

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COMHEnCE, CHANGE, AGIOTAGE.

établis d’après des opérations projetées ou supposées, et que l’on réalise si elles paraissent avantageuses, sont ce qu’on appelle des arbitrages de banque.

Ces calculs, qui ne sont autres que des séries de calculs de changes indirects, montrent à quel taux ressort le change direct, par l’emploi de chacune des diverses places intermédiaires. On compare ensuite ces résultats avec le change direct lui-même; et c’est ce qu’on appelle àespantés de change. Par une autre disposition de calcul, on obtient des résultats à tant pourcent. Ceux au-dessus de cent indiquent que la voie intermédiaire est bonne pour tirer ou pour se faire remettre, et les résultats au-dessous de cent indiquent que la voie est bonne à remettre ou à faire tirer sur soi. C’est là ce qu’on appelle les arbitrages à tant pour cent.

Autrefois, sous le premier Empire encore, au commencement de ce siècle, les banquiers se livraient beaucoup à ce genre d’opérations, consistant en des combinaisons de traites et de remises ou de revirements successifs, et dans lesquelles ils se créaient des débiteurs pour les faire payer, ou des créanciers pour les payer ensuite, en tâchant de faire des bénéfices sur les changes. Ce genre de spéculations, dans lequel on se contentait souvent d’un bénéfice assez faible, est aujourd’hui à peu près abandonné par les banquiers. D’une part, la tranquillité internationale, le perfectionnement des voies de communication, l’augmentation des relations entre les villes, l’extension de l’usage des papiers de banque, l’augmentation des banques elles-mêmes et la facilité qu’elles offrent aux virements de fonds, la baisse du prix du transport des monnaies soit par la poste, soit par les voitures publiques, ont diminué les oscillations des changes et laissé moins de marge aux spéculateurs; et, d’autre part, ceux-ci ont trouvé dans les négociations d’emprunts, dans les affaires de chemins de fer et autres grands travaux, dans les commandites industrielles, dans le développement des escomptes, un emploi plus profitable ou au moins plus heureux de leurs capitaux et de leurs facultés.

Mais si cette branche du commerce du change, qui est ellc-

même un auxiliaire de toutes les autres branches de commerce et un des rouages de la circulation, semble disparaître en tant que spéculation courue, l’étude des opérations de change et des phénomènes économiques auxquels il donne lieu n’en est pas moins nécessaire aux économistes et aux négociants. Toutefois, il est consolant de constater que les nombreux détails des monnaies, des rapports et des cours de change, donnant lieu à des calculs compliqués et fastidieux, diminuent avec la simplification, avec l’uniformité des systèmes monétaires, et que les considérations économiques ne sont plus obscurcies par autant de chiffres et de rapports à l’abri desquels les écoles réglementaire et protectionniste ont souvent invoqué victorieusement la hausse ou la baisse des changes à l’appui de leurs théories : aujourd’hui il est facile de voir clair dans cet arcane et de s’assurer que les variations des prix des changes tiennent à des phénomènes bien connus, et qu’elles sont de nature à diminuer précisément avec la liberté du travail la liberté des échanges et des transactions.

§ VIII. Cerit« aur le change.

La question du change était une question assez confuse au dernier siècle ; elle participait de l’ignorance où étaient les écrivains sur la véritable notion de la monnaie que les physiocrates seuls étaient parvenus à saisir, et de la fausse notion qu’on avait du commerce et de la balance du commerce. On peut avoir une idée de celte confusion en lisant: un chapitre ii de Law dans ses Considérations sur le mméraire, 11“ partie ; — Melon, Essai politique sur le commerce, chap. xx, trèscourt chapitre ; — Dutot, Réflexions sur le commerce et les finances, chap. ni ; — Condillac, i)u commerce et du gouvernement, chap. XVII. — Adam Smith n’a parlé du change qu’en passant, liv. II, chap. ii et iii ; il cite les Observations on exchange de Blake, en disant : « Pour avoir une exposition plus complète de la théorie et de la pratique du change, on peut consulter la célèbre brochure de M. Blake. » L’article Change du Dictionnaire du commerce, de l’ Encyclopédie méthodique.

COUMKr.CE, CUA^GE, AGIOTAGE. 287

est exclusivement consacré à de longues opérations arithmétiques des changes.

J. B. Say a consacré un chapitre, le xxi"" de la lll®'partie de son Cours complet, à ce sujet au point de vue économique, — ün trouve de lumineuses explications et des faits récents sur les changes, dans le chap. vu de V Histoire des relations commerciales entre la France et le Brésil, par M. H. Say. Paris, Guillaumin, 1859. — De très-nombreux ouvrages sur les changes au point de vue des opérations du banquier, du commerçant et du calculateur, ont été publiés à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci. Mais ils sont tous fort pauvres en considérations économiques. Dans l’article Charge du premier Dictionnaire du commerce et des marchandises (publié par Guillaumin), nous avons cherché à exposer ces opérations avec 1e plus de clarté possible.

§ IX. CTontrat de change.

Le contrat de change est la convention par laquelle une valeur fournie dans un lieu doit être livrée dans un autre. Il diffère de l’échange en ce que Yédiange désigne le fait ordinaire et général qui se représente à chaque opération, tandis que le contrat de change est cette variété d’échange qui a lieu par remise de place en place, par payement d’un lieu dans un autre.

Le Code de commerce français ne détermine pas bien les conditions du contrat de change, et ce qu’est la remise de place en place, et il en résulte plusieurs difficultés judiciaires au sujet de cette espèce de convention.

11 ne faut pas confondre la lettre de change avec le contrat de change. La lettre est l’acte qui constate l’obligation, et se distingue de l'obligation elle-même, qui est antérieure à l’acte. Toutefois dans l'application, ce qui manque bien souvent à la lettre de change, c’est le contrat de change, et c’est pour fausser ta vérité que des masses assez considérables de lettres de change sont tirées d’une ville assez voisine pour qu’il n’y ait pas impossibilité absolue du contrat du change et de la remise de place en place. Ainsi s’explique, par e.xemple, la

grande abondance sur la place de Paris des lettres de change tirées de Versailles, la ville la moins commerçante du monde.

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