V. NOTICE SUR LES OPÉRATIONS DE BOURSE ET L’AGIOTAGE
Caractère de ces opérations. — Avantages et inconvénients inhérents à celte branche de commerce. — Des remèdes employés et à employer pour obvier à ces inconvénients : la Corporation, la Prohibition, la Réglementation, la Liberté.
Les Bourses sont des marchés publics, des halles spéciales, des foires quotidiennes, où se rendent, à une heure fixe, les banquiers, les financiers, les commerçants, les intermédiaires du commerce, etc., pour y négocier sur les fonds publics, c’est-à-dire sur les titres d’emprunts des États et des villes, sur les valeurs industrielles (actions, obligations, etc.), sur les effets de commerce (lettres de change, mandats, etc.) et sur de certaines marchandises ; — pour constater les prix courants, savoir les nouvelles, rencontrer ceux avec qui ils sont en relations d'intérêts, négocier et conclure des affaires, elc. Ces marchés ne diffèrent des autres qu'en ce qu’on n’y apporte point les choses qui font l’objet des transactions. Les transactions se font sur des marchandises déjà examinées ou à examiner, ou sur de simples échantillons ; et quant aux titres représentatifs ou valeurs et aux espèces, ils sont livrables aux bureaux respectifs ou caisses des contractants.
Ces établissements sont de véritables machines de l’industrie commerciale, simplifiant les démarches, les opérations et les rapprochements, multipliant les rapports, facilitant l’échange et la mobilisation des valeurs, et par là la circulation et la transmission des capitaux, dans l’intérêt général de la production.
L’utililô de ces rendez-vous a dû se révéler d’elle-même aux commerçants et aux hommes d’affaires, et l’usage s’en est établi partout où le commerce et le trafic ont pris une certaine
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consislance. Toutefois, le nom français de ces rendez-vous et des lieux où ils se donnent est récent; il vient, selon les uns, du nom du propriétaire (Vander-Burse) de la maison où se réunissaient les marchands à Bruges, et, selon les autres, de trois bourses sulptées sur la maison servant au même usage. Les Anglais appellent les bourses de commerce exchange, échange, édifice aux échanges.
Dans toutes les villes où il y a une certaine activité d'affaires, des édifices spéciaux sont affectés à cet usage. Ils consistent en général dans une salle ou cour centrale entourée de galeries ou portiques. Comme à Paris, ils servent à la fois aux affaires de finances et de banque et aux affaires de marchandises, à des heures différentes; — ou bien il y a deux lieux de réunions, comme à Londres, où le Royal- Exchange est la bourse aux marchandises, elle Stock-Exchange csl la bourse aux fonds publics, dans un édifice séparé. Les adjoints de négociants et d'agents commerciaux se groupent dans ces réunions, selon leurs besoins, et l'on ne tarde pas à découvrir un ordre naturel dans ces masses agitées qui au premier abord semblent entassées pêle-mêle et possédées du vertige dans les jours de grande activité. A l'une des extrémités de la salle centrale de la Bourse de Paris, une enceinte entourée d'une grille à hauteur d'appui est réservée aux agents de change officiels, c’est le parquet. Au centre est une grille circulaire ou corbeille sur laquelle s’appuient les agents de change en cercle, s’offrant les uns les autres et se demandant, en même temps, les rentes et autres fonds publics qu’ils ont à vendre ou à acheter pour leurs clients. Ils se mettent en rapport avec ces derniers ou avec leurs commis en venant à la balustrade. Leurs commis circulent pour transmettre les ordres et les observations. Les banquiers, lescommerçanis et tous ceux qui font des transactions pour leur compte ou pour le compte d’autrui se tiennent à une place habituelle. Une catégorie de ces derniers prend le nom de cmlissiers, que l’on donne aussi à ceux qui font en dehors du parquet, et pour le compte de leurs propres clients, des transactions sur les fonds publics ou titres d’emprunts ou
créances sur les États. D’autres s’occupent plus spécialement de la négociation des Valeurs industtielles, c’est-à-dire des Actions et des Obligations des compagnies commerciales, financières, industrielles, et sont appelés coulissiers des valeurs quand ils font le courtage pour leur propre compte, sans y faire participer les agents de change ayant le monopole ofQciel de ces opérations.
A la Bourse des marchandises, il y a également, comme intermédiaires entre les vendeurs et les acheteurs et les divers spéculateurs, des courtiers officiels et des courtiers marrons tolérés.
Les opérations sur les fonds publics, qui appellent plus particulièrement notre attention ici, sont de deux espèces : les Placements ou Déplacements et les Spéculations. Les placements ont pour objet des achats pour employer des économies ou des fonds disponibles ; les déplacements ont pour objet des ventes en vue de rentrer dans des fonds destinés à un autre emploi ; les spéculations ont pour but des achats en vue de ventes et des ventes en vue d'achats pour faire des bénéfices sur la hausse ou la baisse des titres de fonds publics ou des valeurs industrielles, souvent au moyen d'un arbitrage plus ou moins compliqué. Ces spéculations peuvent être plus ou moins aventureuses, être faites avec ou sans les fonds nécessaires, et dégénérer en simple pari ou jeu, dans lequel tout est livré ou hasard.
Il y a à cet égard dans Topinion publique de nombreuses confusions, sur lesquelles nous allons nous arrêter. Donnons auparavant encore quelques indications sur la nature des opérations. Les opérations de Bourse peuvent se faire au comp-
< D'un couloir ou coulisse exisianldans l’ancienne Doui'sc. La dénomination s’esi d'abord appliquée aux courliers marrons, opérant sur les rentes les seuls tilres négociés alors. En 1860, les agents de change ont traduit devant les tribunaux les coulissiers, qui ont été condamnés en vertu de la législation existante et qui ont cessé d'agii ostensiblement. '•
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tant; c'est le plus souvent le cas des placements et des spéculations prudentes. Elles peuvent se faire à terme; c’est en général sous cette forme que se produisent les spéculations. Les opérations à terme se distinguent en ventes fermes ou en ventes à primes. Dans les premières l’acheteur est engagé à recevoir le titre contre le payement, le vendeur est tenu de livrer le litre en échange des espèces. Dans les secondes, l'acheteur n’est engagé que conditionnellement, et peut renoncer à prendre livraison en abandonnant celte prime. La liquidation des marchés à terme se fait à la fin du mois pour certaines affaires et deux fois par mois pour cei taines autres. — 11 y a aussi des opérations de prêt ou reports : de prêt d'argent sur titres, de prêts de titres contre espèces qui s’exécutent à l'aide de combinaisons de ventes et d’achats L
Nous n'avons point ici à entrer dans le mécanisme de ces diverses opérations, dans les combinaisons, les calculs et les formules de langage auxquels elles donnent lieu ; tout cela est affaire de métier et se trouve indiqué dans les manuels spé. ciaux. Mais nous devons arrêter notre attention sur le caractère général de ces opérations, objet, comme nous venons de le dire, de nombreuses confusions, de blâmes et de critiques qui manquent souvent de fondement.
lit
Le public confond dans la même réprobation toutes les opérations faites à la Bourse, sous le nom « d’opérations de bourse, d'agiotage et de jeux de bourse. » Il fait plus encore, il confond dans la même réprobation la spéculation : pour lui, spéculateur, agioteur, joueur, boursier sont synonymes. 11 y a pourtant des distinctions à faire. D’abord la spéculation n’est ni plus ni moins que le commerce. De quoi s’agil-il en commerce? D’acheter pour revendre et de gagner une différence ;
' L’expression de report exprime encore le prix auquel se font les prêts de numéraire sur titres; on appelle le taux auquel se font les
avances de titres conti-e numéraire.
KOTES ET PETITS TRAITÉS
or, pour obtenir ce résultat, il faut combiner, calculer des éléments divers, apprécier les chances, c'est-à-dire spéculer : donc la spéculation n’est pas autre chose que le commerce. Toutefois l’usage, en prenant ce terme en bonne part, lui fait désigner le commerce supérieur, savant, nécessitant des connaissances, des moyens, des combinaisons plus étendues que le commerce ordinaire et restreint. Mais l’usage le prend aussi en mauvaise part, et lui fait signifier des combinaisons répréhensibles et peu avouables; et cela, parce qu'elles sont trèsaventureuses et qu’elles peuvent compromettre la fortune et la moralité des contractants.
L’expression d’agiotage nous est venue de l’italien aggio (ajouté, augmentation), d’où agioter, échanger pour ajouter à son avoir. Échanger et agioter sont donc étymologiquement synonymes ; mais l’usage en a décidé autrement ; il prend le mot en mauvaise part : premièrement, en en faisant un synonyme de jeu où tout est livré au hasard, ou de spéculation aventureuse, ou répréhensible aux yeux de la loi; deuxièmement, par suite de celte fausse idée que l’échange est un simple changement de possesseur, et non productif d’utilité et de valeur, Cependant il y a à distinguer : jouer, c’est tout livrer au hasard ; — spéculer, c’est calculer, combiner, tenir compte des bonnes et mauvaises chances ; — échanger (ou agioter), c’est changer de propriété, de chose possédée au mieux de ses intérêts. Or, dans l’échange, chacun des deux contractants gagnant à avoir ce qu’il préfère, il s’ensuit que l’opération est productive d’utilité et de valeur au point de vue individuel; — et comme delà libre action des intérêts individuels résulte l’intérêt social, il S'ensuit que l’échange est utile au point de vue individuel et social. 11 y a encore lieu d’ajouter que l’expression d’agiotage est empreinte à un certain degré du préjugé contre les Juifs qui ont particulièrement agioté, trafiqué, commercé, parce qu’on leur a longtemps défendu de travailler d’une autre manière; comme il y a de ce sentiment, pour bien des gens, dans les noms de spéculation , de commerce, de banque, de capital !
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Quoiqu’il en soit, il est impossible de méconnaître l’usage, et il faut bien prendre le mot agiotage dans le sens de spéculation fiévreuse , comme elle se produit à certaines époques d’engouement; c’est dans ce sens que nous l’employons dans les lignes qui suivent
Sur ce, revenons aux opérations de Bourse, c’est-à-dire aux opérationis faites à la Bourse.
Nous avons distingué ces opérations en opérations de commerce, ayant pour objet l’achat ou la vente des titres et des valeurs en vue de placements plus avantageux ou de réalisations nécessaires, et en opérations de spéculation. Mais c’est là une distinction plus apparente que réelle. Au fond, l’esprit de spéculation inspire toutes les opérations. Onachète toujours dans l’espoir de vendre plus cher à un moment donné ; on vend, parce qu’on y trouve plus d’avantage qu’à garder. Les transactions qui se font à la Bourse sont plus ou moins aventureuses ; mais en cela elles ressemblent à toutes les transactions, à toutes les combinaisons d’entreprises agricoles, industrielles, commerciales, financières, et même aux entreprises artistiques et scientifiques.
Le marché à terme, qu’on a toujours en vue quand on parle de laBourse, est une opération de crédit ou à découvert, comme l’escompte, comme toute autre opération qui ne se résout pas immédiatement en espèces ; il a pour effet de faire faire beaucoup de transactions avec peu d’argent; c’est un moyen qui a ses dangers, mais qui a aussi ses avantages, Faut-il renoncer aux avantages pour éviter les inconvénients ? D'un autre côté, il y a dans toute opération à terme des raisons diverses de croire à la hausse ou à la baisse, qui, pour être appréciées
• On appelait au dernier siècle de ce nom toute opération sur papier du commerce, sur matières d’or ou d’argent, et même sur denrées alimentaires.— Depuis le Consulat on a plus particulièrement appliqué le mot aux opérations à terme.
et déduites, nécessitent des efforts d’intelligence et de jugement. C’est la prévision la plus exacte, la mieux renseignée qui est récompensée par le succès. Et personne ne peut dire où doivent s’arrêter ces combinaisons et ces supputations qui diffèrent essentiellement du jeu proprement dit.
Sans doute, il y en a parmi ceux que l’amour du gain enflamme, qui raisonnent mal, suivent une illusion et font des spéculations ruineuses ; mais ils sont punis par l’insuccès et la ruine.
La facilité de mobilisation qui se produit à la Bourse attire les capitaux et les porte à se réunir pour former de grandes entreprises. De cette manière, moins de capitaux sont improductifs. La Bourse, avec son marché à terme, est donc un véritable établissement de crédit, économisant l’emploi du capital, ofl'rant un débouché assuré aux__titres et leur garantissant un prix plus élevé.
C’est en vain qu’on cherche à y séparer des choses qui s’y tiennent étroitement et qui constituent le ressort de ce marché ; les opérations de placement ou de réalisation et celles de spéculation pure, soit à terme, soit au comptant. Ces éléments se transforment et se croisent ; la spéculation devient placement, le placement devient spéculation; ils se complètent et concourent ensemble pour imprimer au marché une activité constante.
Or cette activité, ce mouvement, cette facilité de mobilisation, soit qu’on vende, soit qu’on achète, sont d’une immense importance, aujourd’hui que la fortune mobilière a pris un si grand accroissement. Elle est utile à tous ceux qui, ayant des titres, ont besoin d’argent ; à tous ceux qui ont des placements de capitaux à faire ; à ceux qui ont des capitaux à solliciter pour développer une industrie ancienne ou en créer une nouvelle; à l’État enfin, dont elle contribue à maintenir le crédit. Sans les Bourses, telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui, les réseaux des chemins de fer ne seraient point, à beaucoup près, aussi avancés, et la plupart des autres grandes entreprises n’auraient pas vu le jour.
COMMERCR, CHARGE. AGIOTAGE.
K côté de ces grands avantages, nous ne dissimulerons pas les inconvénients.
Les affaires de Bourse, en se développant, attirent un capital considérable qui ne se porte paS dans l’industrie et dans l’agriculture, ou qui même peut en avoir été retiré. Il est vrai qu'en se mettant sous forme d’actions ou d’obligations, il vient en aide à l’industrie et môme à l'agriculture ; mais il est encore vrai que les branches qu’il anime et vivifie sont autres que celles qui l’auraient acquis ou conservé, sans les affaires de Bourse. Il y a donc là une bonne et une mauvaise influence, qu'il faut laisser se produire selon la nature des choses et sans provocation aucune.
Ces mêmes affaires donnent prise aux manœuvres et aux intrigues de quelques calégories de spéculateurs, de gros spéculateurs en général, qui font des hausses et des baisses factices, par une entente entre eux, en profitant de la connaissance qu'ils peuvent avoir des circonstances publiques ou spéciales aux entreprises, pour faire des achats ou des ventes qui leur permettent de bénéficier à coup sûr. — C’est assurément là un grand inconvénient, mais un inconvénient inhérent à tous les marchés, qui ne disparaîtra jamais, mais qui pourra être diminué par les remèdes qui vont être énumérés. Toutefois, tant que le monde sera monde, tant qu’on trafiquera, tant qu’on négociera, tant qu’il y aura des marchés, il y aura de temps à autre des intrigues, des manœuvres, des ventes simulées, de fausses nouvelles, etc. ,
Ces manœuvres, jointes aux effets des événements inattendus et des accidents de la politique, font la fortune des uns aux dépens des autres, et découragent ceux qui avancent lentement dans les industries par un travail pénible et peu lucratif. Les heureux de la fortune les scandalisent souvent encore par leur ostentation, leur vanité et leurs débauches !
Enfin le développement des affaires de Bourse, et le succès de ceux à qui elles réussissent, excitent l’esprit d’aventure,
d’agiotage et de jeu, inhérent à la nature humaine. Il en résulte des enrichissements et des appauvrissements subits, des ruines et des catastrophes qui brouillent le sens moral des populations.
L’agiotage, nous venons de le dire, n'est pas le jeu, mais il s’en rapproche en s’éloignant de la spéculation raisonnée ; il en a tout l’attrait, il éblouit et transforme l’esprit de spéculation réfléchi et calculé en une fièvre ardente qui conduit à une fortune ou à une ruine également scandaleuses. La ruine engendre le déshonneur et souvent le crime ; la fortune, imméritée, subite, démoralise à la fois celui qui l’obtient et celui qui la voit obtenir, surexcite la cupidité générale, développe l’art de faire des dupes, et fait naître le mépris de tout moyen de accueillir une médiocre fortune parle procédé lent et pénible du travail et de l'économie.
Tous ces mauvais effets sont malheureusement le triste accessoire des emprunts et du crédit publics, qui, à l’avantage de fournir d’immenses ressources aux gouvernements, joignent . forcément le terrible inconvénient de développer le mauvais côté des opérations de Bourse, de donner un aliment à l’esprit de spéculation aventureuse, de mettre les gouvernements à même de se faire les complices actifs ou consentants des manœuvres des gros financiers qui leur font des avances, en mémo temps qu’ils contribuent à l’expansion de l’esprit de guerre et de l’esprit de dépense collective, qui est inhérent à la nature humaine.
Il faut enfin ajouter qu’en dehors de toute excitation, l’agiotage ou fièvre des spéculations aventureuses est une maladie épidémique qui s’empare de temps en temps de certaines classes de la société, et que ses ravages ne s’arrêtent qu’après avoir suivi leur cours, à l’instar de toutes les maladies épidémiques. Les bâtisses et les spéculations en terrains, les canaux, les chemins de fer, les mines, les fonds publics, les fonds étrangers, les entreprises d’exportation, les spéculations sur les sucres, sur les colons, les alcools, etc., etc., ont été tour à tour l’objet de celte fièvre. Cet engouement amène imman-
COMMERCE, CHANGE, AGIOTAGE
quablement une crise, qui se dénonce immanquablement aussi par des souffrances et des désastres commerciaux et industriels; après quoi, les choses reprennentune allure plus calme et la prospérité renaît.
•\ ces maux, quels remèdes?... — Aucun remède direct, aucune panacée administrative ou judiciaire; mais une série de remèdes indirects consistant dans la diminution des causes produisant les effets que nous venons d’énoncer.
Pour bien des gens, la Bourse est, en tout et pour tout, une caverne de voleurs, ou au moins un mauvais lieu à supprimer; et les pouvoirs publics sont invités à opérer cette suppression.
C’est là un vœu parfaitement absurde, quoique général, auquel les gouvernements font bien de ne pas prêter l'oreille. Les bourses sont des lieux de réunion essentiellement utiles, comme nousle disions en commençant. Leur suppression sei ait aussi barbare que celle des autres halles et marchés, que celle des foires.
Mais ne peut-on laisser toute liberté pour ce qui est bien, et empêcher ce qui est mal, — au moyen d’une réglementation convenable? — Examinons.
Pour diminuer les engouements industriels et commerciaux, pour prévenir les crises, il n’y a d'autres remèdes que l’abstention des producteurs intéressés, et l’amélioration de leur jugement par l’étude des saines notions économiques.
A la surexcitation de l’agiotage par les emprunts publics, parla multiplication des titres ou matière première à spéculation fiévreuse, il y a un remède héroïque naturellement indiqué, mais d’une application difficile : c’est la cessation des emprunts, le remboursement des titres, d’où ressort la nécessité d’une politique de désarmement suivie d’une réforme financière et radicale dans tous les États. Il y a des personnes qui poursuivent l’utopie de supprimer l'agiotage, de calmer la
HOTES ET Pi.TlTS THAITÉS.
fièvre des affaires de bourse, qui font des tirades de morale sur le temple de Plutus, et, qui d’autre part, prêchent une politique belliqueuse, la théorie des embellissements publics et l’augmentation des dépenses. La logique et l’esprit de ces gcns-là ne sont jamais passés par la même poi te.
Il y a un autre remède dans les mesures propres à rétablir la légitimité et le calme dans les temps d’agitation : en ces moments, les soubresauts dans les prix provoquent la spéculation, surexcitent l’agiotage
Les manœuvres de Bourse étant le fait des gros spéculateurs et des coalitions qu’ils font entre eux, il est évident que la législation doit prendre garde à fortifier leur action et leur puissance par- des monopoles et des privilèges. C’est ainsi que, dans un État bien ordonné, il ne doit point y avoir, de par la loi, de grandes machines à crédit ou à spéculation qui combinent des spéculations par masses et produisent les effets résultant des créations de fonds publics dont nous venons de parier. De même le marché doit être libre, accessible à tout le monde, à tous les intermédiaires qui conviendront au public vendeur ou acheteur, afin qu’un petit nombre d’intermédiaires 1 officiels ne gênent pas l’essor du marché, ne manœuvrent pas avec les grands spéculateurs, et ne viennent pas accroître d’une manière ailificielle le monopole naturel qu’ils ont déjà par la force des choses. On a motivé l’existence de ces corporations d’intermédiaires par le contrôle qu’ils exercent et la garantie qu’ils offrent. En fait, trop de transactions leur pas-
‘ Esl-il possible de concevoir une nature d’effets publics qui ne donne pas prise à l’agiotage?... Qu’est ce qui produit l'agiotage? Ce sont les chances de hausse et de baisse. Si vous ôtez ces chances, vous tuez votre créd.t (le crédit public, la facilité d’einprunlerl. . . H n’y a qu’un moyen de tuer l'agiotage, c’esi de renoncer à votre système de crédit. Mais, tant que vous sentirez, comme nous, 1 indispensable nécessité de pouvoir recourir à des emprunts, il faut bien conserver vos moyens de crédit... Tant que vous sentirez la nécessité de consener cette ressource extraordinaire du crédit pour les circon.-tances extraordinaires, vous êies soumis à la pénible condition d’en subir les conséquences iftclieuses, celles de l’agio, tage. » (De Villèle, ministre des linances, défendant la proposition du trois pour cent. Moniteur de p. 516. Cité par M, Courtois.)
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sent par les mains pour qu’ils puissent servir à autre chose qu’à percevoir un courtage. L’expérience déinonire aux États-Unis et en Angleterre que la liberté de courtage est un moyen supérieur aux vieux procédés de la corporation formée, dont l’organisation, par parenthèse, date d’il y a un siècle et demi ', alors que certaines affaires étaient infiniment moindres, et que d’autres n’existaient pas. Tout porte à croire que la pratique stricte de ce dernier système en France, après le régime de tolérance qui avait laissé se multiplier les courtiers marrons, ne tardera pas à convaincre le législateur que la liberté du travail est la meilleure organisation à la Bourse comme ailleurs.
On a cherché le remède à l’agiotage et à la fièvre des spéculations dans la voie de la réglementation, qu’on a expérimentée jusqu’à ce jour et qui a fort mal réussi. On se propose de protéger le public ; mais la meilleure protection est dans sa liberté d’action, dans l'application des lois pénales ordinaires, dans la publicité, l’instruction et la cessation des stimulants que nous venons d’énumérer. C’est une manie de notre temps et de bien des pays que de vouloir incessamment prendre en main la tutelle des niais et des écervelés et régler le pas de la société sur le pas de ceux qui ne savent pas se conduire.
La réglementation actuelle des Bourses, dans la plupart des pays, en France notamment, est le résultat de ce système de tutelle, combiné avec l’esprit de monopole et le besoin que les gouvernements ont ou croient avoir d'influence sur les cours, en vue de leurs combinaisons financières et des emprunts qu’ils ont toujours en perspective. Le monopole disparaîtra le premier; la réglementation primitive tend aussi à disparaître, ou au moins à diminuer.
Sur ce point, il y a une question délicate qui partage les meilleurs esprits, les esprits les plus libéraux, nous voulons parler de la sanction judiciaire des alTaires à terme.
* Le nombre des agents de change de|Paris est de 60, comme en t’24.
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500 KOTES ET PETITS TRAITES
La législation et l'administration partant de ce principe erroné que les marchés à terme ne sont que le jeu organisé, se sont efforcés de les prohiber sans atteindre le but. La nonreconnaissance de ces transactions par la loi rendant toute réclamation par voie judiciaire impossible par le créancier, est résultée de cette manière de voir. Les uns pensent que cette abstention de la justice favorise la mauvaise foi des contractants, et est la cause première du sentiment de répulsion qui induit le public en erreur contre toutes les affaires de Bourse et les fait confondre avec le jeu. Us demandent qu'on assimile toutes les transactions faites à la Bourse aux autres transactions commerciales, pour garantir positivement l’exécution des conventions, et ils pensent qu’elles finiraient par paraître ni plus morales ni moins morales que les achats et ventes de toute espèce. Us voient dans la responsabilité des contractants, justiciables des tribunaux, un moyen de réfréner l’excès des marchés à terme, de les rendre moins aventureux, d’éviter que la spéculation ne dégénère en une loterie, en une opération ou l’alea reste seul en dehors de tout autre élément d’appréciation.
Les autres, sans vouloir qu’on interdise (chose impossible du reste) les opérations à terme, et qu’on cherche à les classer selon la proportion A'alea, et à les distinguer du pari pur et simple (chose encore plus impossible), pensant que ces marchés n'ont pas d’effet utile, trouvent rationnel que la loi ne les protège pas, et que les tribunaux ne les sanctionnent pas et ne soient pas appelés à les reconnaître pins que les paris de jeu et autres dettes dites d’honneur.
Nous sommes d’avis que le législateur et l’administrateur doivent laisser faire toutes opérations utiles, inutiles et même dangereuses pour les contractants. Nous inclinerions volontiers vers l’opinion de ceux qui pensent que la loi doit faire respecter les transactions, et venir ainsi en aide à l’action des mœurs dont l’influence seule peut réagir contre les opérations d’agiotage ou de jeu, dangereuses pour les contractants*.
* Voir dans ce sens une notice de M. A. Courtois fils, Défense de l’agio-
rOUMFnCE, CHANGE, AGIOTAGE.
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En résumé, le remède applicable à la Bourse, comme en bien d’autres circonstances, se traduit par cette formule de la civilisation moderne : liberté, responsabilité, c’est-à-dire absence d’entraves pour les opérations du travail, pour les monopoles et les règlements, et garantie des transactions. Et» marchant dan's cette voie, on ne verra pas disparaître tous les inconvénients dont la plupart sont inhérents à la nature humaine ; mais ces inconvénients s’atténueront autant que cela est possible. D’autre part, on verra se développér au maximum les avantages naturels de ces établissements, puissatites machines du commerce ou du crédit, au sein desquels les phénomènes d’échange, de (ransmission et de mobilisation se produisent sur une grande échelle, avec de grands avantages et de grands inconvénients, avec plus d’avantages que d’inconvénients toutefois, au sein desquels les hommes qui les fréquentent doivent apprendre à se mouvoir en tâchant de se préserver du vertige et des dangers inhérents à la nature de la chose, et pour cela le meilleur moyen est de ne pas y mettre les pieds; car, ainsi que le disait M. de Villéle ‘ : « Tous ceux dont ce n’est pas le métier y laissent leur fortune. »
La Bourse forme de nos jours une des préoccupations des hommes d’État, et entre dans les attributions des ministres des finances, qui sont requis par leurs collègues et par l’opinion publique de faire mouvoir ce grand ressort, utilement pour la direction générale des affaires. — On éprouve le besoin d’agir sur les cours et les grandes opérations, en vue du prix de la rente, en prévision d’emprunts futurs pour subvenir à des besoins soi-disant imprévus qui renaissent sans cesse. — On croit utile d’intervenir pour réglementer ce grand marché. — Cette préoccupation est de nature à cesser un jour,
tage, étude aux divers poiRts de vue phitosopliique, economique, de la morale, du droit et de la législation; in- 18 de 08 p., 1864, chez Garnier frères et chez Guillaumin.
* IxK. Cil. V. p. 298, en note.
NOTES ET PETITS TBAITÉS
lorsque la politique du libre-échange (paix et liberté) aura triomphé, et dès lors la besogne des ministres des finances sera simplifiée, ainsi que celle des pouvoirs publics. — Ce serai en même temps se disculper vis-à-vis de l’opinion des masses qui, par suite de l’intervention et de la réglementation de l’autorité en ces affaires, la font responsable des soubresauts dans les valeurs, des intrigues, des fièvres de spéculation et d’agiotage, ainsi que des ruines, des catastrophes et des scandales qui en résultent.